I. Ori^e du pbTOozftra
Le phylloxéra vaslatm; est-il im insecte européen dont 4' action nr ies irgnee, restée lateatte durant des eièdet, ne leraR devenue désastreuse que de nos jours? Telle est rillosioD 4ont se itercent de iotn en loin quelques eapritt ofitùniates. i'our oeux-li le fléau peut disparaître coimne il est venu : il suffira d'uo dnmgemeot dans les saisons, d'une proteclicm plus efficace aux p^ite oiseaux, d'une BM)dific«tioo dans les oultures, de la niujtiplieati«a plus grande des eanemis naturels ou eattnibaiea du pliylloxera : sdors toutes 4^)Mes reatro'oiA'dans l'ordre et les vignoUesnprendrootleur fécondité. ¥o^, nous itit-on, ks attemances si ourienseB dans le développement exeessif et la disparvtioa presque etnnplète de tel o« tel insecte ravageur, de la galéniquede l'orme, par exemple! Voyez ces grands ËMlG oaturek dn balanoemeitt entre les -étre^idwildeE nas, canniteles ou paiBsiles, font échec aux autres, déïoreure de «égétaox! Tout cela sonne bien >conmie nûsonnenient théorique, maislout nia pée^ par la base en tant qu'appliqué au phylloxéra. Il &■i4rak d'abord prouver l'exÎEtenGe anoie&nedeeet'tnsecle en Europe; établir ensoite qu'il n'est ipas américain ; expliquer en£n par quel phénomè&e étrange un être iaotTeaisif pendant des milliers d'années s'est trouvé tout d'un coup doué d'une telle puissance de deetruelion que sa marche graduelle est celle d'une armée dévastatrice, et ^ue ses légitms souterraines ou aériraines procèdent oonHne les épidémies, semant la mort dans les espaces qiï* elles occupent, lai&sant la vie sw les poiou f[M' elles a'ont pas enoore atteints. Yojhmis sur
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quels faits on a voulu fonder l'idée que le phylloxéra est européen.
Voici d'abord M. Koressios, d'Athènes. Ërudit plutôt qu'observateur, il croit voir \e phylloxéra dans le phtheir de Strabon, coDtre lequel les Grecs anciens employaient, comme les modernes, la terre ampélile, c'est-à-dire une sorte de bitume. J'étudie les textes, et rien ne m'est plus aisé que de retrouver dans le phtkeir ou pou de la vigne, la cochenille farineuse dont les ravives n'ont pas cessé de s'exercer sur les vignes de la région de l'olivier, et qui détruisit, il y a peu d'années, des vignobles entiers en Crimée (1).
Voici M. Nourrigat, de Lunel. Encore de l'érudition tendant i prouver que la maladie des vignes appelée gabel (rourchelte) par les Allemands, el qui sévit épidémiquement au ^iècle dernier sur divers points de l'Autriche, de l'Allemagne, de la France, etc., n'était autre que le phylloxéra. Par l'étude môme des symptômes, j'établis que la maladie en question, particulière aux terres froides, humides -et mal ressuyées, n'est probablement pas autre que le coUis des Charenles, el en partie l'anthrachnose de Fabre et Dunal. Si quelque cause animée existe pour cette maladie, ce n'est pas un insecte, mais un mycélium de ci^ptogame, celuMà même peutêtre que M. Schnetzler, de Lausanne,, a signalé comme amenant la mort des vignes des bords du Léman Ci).
Lorsque la maladie du phylloxéra fit son apparition dans Vaucluse, les vignerons du pays n'y virent qu'une forme de ce qu'ils appelaient blanquet ou pourridié. Ce blanquet était connu de tout temps dans le Comtat et la Provence comme un mal des racines des jeunes vignes plantées sur défrichement de chênes verts. Je l'ai étudié dans le Gard, chez M. Im-Thurm, et j'ai pu découvrir la cause de la pourriture des racines de la vigne plantée dans ces conditions. C'est un mycélium (ou blanc de champignon) de nature spongieuse (non filamenteuse), que sa texture et son odeur me font présumer devoir produire un polypore, c'est-à-dire un champignon à chair dure dont l'amadduvier peut donner l'idée. Dans tout cela pas de traces d'insectes : c'est purement une maladie cryptojtamique souteualne, ne se développant que dans des conditions spéciales et prévues.
(1) L« phlhirioMt oa pédiculiint de \a vigne chei Ici *ncieiu el lei cochenille* de U vigne chei les modernei. {Bulletin de la Soc. da agricult. de France, a" du ISjuill«t 1870, p. UT-iT5.)
(S) Compter rendui de FAead. (tei u., 30 dot. 1874, t. LXHX. p. 1131-1I3*.
U DÉPENSE COirniE LE PRTLLOXERA. IT
Faul-il maintenant citer les lettres insérées dans les n" des 16 et 27 janvier 1875 du Moniteur vinicole, cherchant & promer l'existence du phylloxéra ou du moins de pucerons destructeurs de vignes dans la Maroe, entre les années 1 767 et 1 771 ? En insérant ces prétendus documents, la rédaction du journal ne se fait guère d'illusion sur leur valeur. Ces puceroiu, aussi bien que les mille-diables dont il est question dans le même article, n'ont évidemment rien de commun avec le phylloxéra; on pourra même y voir des êtres un peu fantastiques tant que leur signalement ne sera pas mieux tracé. Notons que la date de l'épidémie des vignes dans la Champagne {1767-1771} rentre dans la période citée pour la maladie appelée gabel en Allemagne, et que le chanvre semé dans les vi<rnes, et auquel on attribue la guérison des ceps malades, aurait bien pu dans ce cas agir comme moyen d'absorber l'humidité surabondante au lieu de chasser les insectes, propriété qu'on lui prête gi'atuitement par suite d'un préjugé aussi faux que répandu. •
Mais c'est peut-être trop longuement discuter une idée insoutenable. Arrivons plutôt aux preuves de l'origine américaine du phylloxéra. Ces preuves sont de plusieurs genres : d'abord, l'identité absolue des phylloxéras de la vigne en Europe et en Amérique; en second heu, l'ubiquité relative et l'existence ancienne de cet insecte aux États-Unis ; puis le dépérissement Tatal de nos vignes dans ce pays ; enfin les preuves multipliées que l'introduction en Europe de plants enracinés de vignes américaines s'est trouvée soarent liée avec l'introduction involontaire du phylloxéra.
Sur le premier point, identité absolue du phylloxéra dans les deux mondes, je crois vraiment inutile d'insister. Les témoignages de Riley, de Signoret, de Lichtenstein, ont à cet égard une aulre valeur que tes assertions contraires de personnes étrangères aux études entomologiques. Je puis affirmer de visu que rien ne permettrait d'établir une distinction quelconque entre les phylloxéras de la vigne des deux pays ; c'est, du reste, à ceux qui les déclarent différents à faire la preuve de celte assertion. La fréquence en Amérique de la fonne dite galUcoU, sa rareté relative sur les cépages d'Europe, ne sont pas des caractères spécifiques; ce sont des variations dans le mode d'existence, variations auxquelles les èlres inférieurs surtout ont depuis longtemps habitué les naturalistes, et qui n'étonnent et ne déroulent que les novices en fait d'observations entomologiques.
Bien que le phyléêœera n'ait été décrit am Élats-Unis qu'en 1854, 9on existence noss y eat révélée fingt ans avant par ud témoignage irrécveable , savoir la présence de g^dlei phyllosûrique» sur des fetifUes d'aoe vigme sauvag'e, vitis momticoia, récoltée au Tesas en 1854, par le k>oCaaJste saisae Berlaadier. E^eouvertes daos Ikerbier du docteurEngelmann, ces galles esiMeot dans les divers éeba»titlone distribué» par Berlandier, dan» eem da moins du muséum de Paris et de mon propre herbier. Done l'iineete était aiu État»- Unis, sur une vigne sauvage, près de trente ans avant qa'cmeapMl^ en Enrope. Dans ma conviction proEaBde, il y est paçlaitemenl indigène et probablemeat aussi ancies que les vignes sauvages ellesm&mes.
La presque ubiquité du phylloxéra en Amérique, depuis le Canada jusqu'à ta Floride: iocIusivemeiiL et sur toute l'étendue comprise entre l'Atlantique et ies monta Rocheus, ne saurait non plus être conteAée. Riley l'a constatée directement daas le Kansas, le Jowa, l'IUinois, le Missouri, le Midiigan, l'Onlario, le New-Yoric, le New-Jersey^ la Pensylvaaie et le Maryland. J'ai trouvé l'insecte égalnnent dans le district de Columbia, b Caroline du Nord, l'Ohio et le Massachusets : Berlandi«r Va recueilli sans le savoir au Texas ; rien ne prouve qu'il soit absent des autres États du bassin de l'Atlantique : car si MM. Berckmans , le Hardy de Beaulieu et Ravenet l'ont vainement cberché dans la Géoi^ie, j'ai la preuve qu'il existe dans les cuHurea même de M. Berckmans, puisque je t'ai trouvé, en juillet 1874, sur les ntciaea de Taylor vwues d'Augusta (Géorgie) qnelqQes mois auparavant.
L'échec presque fatal de la culture eu plein veut de nos cépages européens aui États-Unis est an feit depuis longtemps observé et de notoriété séculaire dans le pays. J'en ai rappelé tes exemples les plus fréquents dans mon récent opuscule nir les vigne» aKiéricaines (1); Riley en a décoovertr je croii, la vraie cause en l'attribuant au pbylk)«era.
Mais les preuves Us pfau décisives et les plus directes de l'origine américaine de cet insecte reposent sur bob introduction récente em Eorope par l'importation de cépages de& États-Unis.
(I) Lei Vii^nei américwiei, leur cullure, liur réiUtance au phylloxéra et leur avenir en Europe, in-li, UOfage», Hontpclller, 1875, chez Cauk-t, libraire éditeur, e( Piru, ch« IMahnje, phiM de l'Ecote-do-MMecine. Poar te ptw*ce en quetUon, lairaMt tk* pigMS5-87.
LA DËFEN» CMnUE U raYUOXERA. »
Ici nom toucb(«s am temin brûlant de la controverset; car je vois d'avkuce se dresser eODtre mes affirmalioDs les aflirmaltOBS cdflUvires de M, Lalima», de Bordeaux, appuyées sur ane enquête d'utie cfmuniaston déparlemétilale d« la Gironde. Je me garderai bien pourtant d'entrer dans nne diseussion interminable en répcndant article par article aux ai^meMs de ce long plaidoyer. Il ne suffira de dire en bloc que ces argumente sont de l'ordre négatif. On eonntate, par exemple, que chei M, on tel ou M'°* une teUe le» vignes américaines n'onr pas introdoit le phylloxéra. Or les ;u^ments de ce genre n'ont jamais qn'une valeur prorisoire ; ils ne sont plus rien dés que des faits positifs et conarrdanti ont établi la vérité dont ils semblaiMt être In négation. Les sceptiques avaient beau jen contre Colomb tant que l'Amérique n'était pas découverte ; mais Colomb eut raison ccmtre les scepUqaes lorsque te succès eut couronné ses calculs et ses prévisions. Attachonsnous donc aux faits : nous verrons ensuite ce que valent les raisofidements.
Premier fait. Le phylloxéra se montre i Bordeaux en 1867 (1>. Où d'abord? Dans l'eaclos de M. Laliman. Or les vignes américaines, directement importées avec leurs racines, y sont cultivée* depuis 1865 (i) ou tout au moins depuis 1866. C'est de ce tbyer que le mal s'est répandu graduellement sur tes vignobles vmsins.
Sbcomd fait. m. Borty, de Roquemaure (Gard), reçoit vers 1862 des cépages d'Amérique. Il tes plante dans un enclos à côté de vignes d'Europe. En 1873, le hasard fait découvrir l'existence de ces cépages exotiques dont plusieurs, grâce à leur résistance au [^ylloxera, sont r&vtés luxuriants, à càté de vignes françaises morte» ou malades. Or, dans l'intervalle, les vignobles environnants de PujaiiU et de Roquemaure sont décimés par la maladie. En nq)procbanl ce lait du précédent, n'est'il pas permis de supposer nne connexion entre la présence des vignes américaines et celte d'un toyer pkylkixériquc?
(1) Ceal da moins la dnle que M. Laliman indique pour l'apparition des ijmplOmes auriean du mal phjtloxériirne, tm h dAcauterle da l'insctle i KorMniK n« data qa* de 1869.
(3J Je cite cette date d'après M. Laliman (BoeumatU pour »ervir à l'Aitlofrc iii phylloxéra, etc. Bordeaui. in-4% ocl, 1874,p. II); mai» jene sais tommeni conciliercelle anertion avec la suivante, culraite d'an article du même auteur (journal la Gironde, 30 sept. 1873) : < M. le ductcur Plumeau croit que nous avons reçu nos cspaf es en 1863^ il te trompe. C'est en 1S60 que nous avons reçu de H Berckmans, de la Giorfie, le der* nier envoi de vignes que nous cullivions du reste depuis ISU,
Troisième fait. Celui-là tellement clair que toutes les circonstances en étant connues et scientifiquement constatées, il suffirait presque h lui seul pour établir une démonstration en règle. Il s'agit de l'introduction du phylloxéra dans l'école des vignes de ta station œnologique de Kloï^terneuburg, près Vienne, établissement modèle, où des savants tels que MM. von Etabo, F. Roesler, von Meyersbach, Edmond Mach, conduisent leurs observations avec la rigueur des méthodes scientifiques. Or voici comment les choses se sont passées, d'après les témoignages unanimes de ces professeurs, témoignages écrits en ce qui concerne le directeur von fiabo (1), et recueillis soit par lettre, soit de vive voix en ce qui concerne ses trois collègues. Un plan de l'école de vignes de Klosterneuburg, sur lequel M. le chevalier de Meyersbach m'a marqué la marche du phylloxéra, ajoute un élément de précision à l'autorité de ces récits.
C'est au printemps de 1868 que M. von Babo reçut d'un horticulteur distingué de Celle (ou Zell, dans le Hanovre), M. Schiebler, une collection de plants enracinés de vignes américaines, d'environ âO variétés dilTérenles. Avant de les planter en ligne le long d'une allée ouverte dans une partie neuve du jardin, on en avait raccourci les racines sur un point plus élevé de l'ancienne école de vignes : or c'est sur ce point, où les débris de racines étaient restés sur le sol, que se montrèrent, en 1872, les premiers signes de dépérissement des ceps, et que M. Roesler constata la présence du phylloxeia. Plus lard on vit le mal se propager sur les vignes indigènes tout le long de la ligne de vignes américaines, do telle sorte qu'on pouvait suivre la trace de l'invasion dans chaque rangée transversale, à partir du cep américain qui en formait la têle ou point de départ.
Expérience plus décisive encore. Presque en même temps que l'envoi de Celle, on avait reçu à Klosterneuburg W pieds enracinés de cépages américains, envoyés du grand dnché de Bade. Ces pieds furent plantés en ligne, toujours le long d'une allée, à 100 toises environ des premiers, et comme trois des pieds ne purent avoir place dans la ligne, on dut les planter à part, environ à 100 toises des précédents : or c'est juste au contact de ces deux nouveaux lots américains que le phylloxéra se montra, non-sculcment
(1) Voir rariicle ialitulé Ueber dm Aufirtten der phylloxéra neuburg, dans ie journal Die WtinUiube, n° 16, tZ aoai 167i.