U DÉFENSE CONTRE LE PHYLLOXERA. S
secondant les mesures de défense prises par le gouvernement, empêche longtemps le fléau d'envahir ses vignobles naissants et pleins de promesses. Mais, ce principe de défense admis, une question se présente, susceptible de diviser 4es meilleurs esprits, à savoir dans quel élat les vignes venant de pays phylloxérés peuvent se montrer dangereuses. FsX-cn seulement sous la forme de boutures enracinées'.' Serait-ce également sous la forme de simples sarments^ Sur le danger des plantes enracinées, l'opinion n'a pas à se faire. C'est par des pieds de ce genre qu'ont eu lieu toutes les invasions bien constatées. Quant aux simples sarments, les apparences sont en faveur de leur absolue innocuité : quelques présomptions seulement peuvent les faire considérer comme suspects. Je vais impartialement exposée les raisons pour et les raisons contre.
Taillés sur le cep, en général assez loin du sol, après la clmte des feuilles, les sarments doivent être absolument indemnes de phylloxéras. Ils le sont presque sûrement 999 fois surlflOO, peut-être même dans une proportion plus forte encore. Par là s'expliquerait ce fait que Visabelle, le calawba, un petit nombre d'autres variétés américaines, ont pu être impunément introduites, depuis plus de 50 ans, dans beaucoup de vignobles d'Europe. Ajoutons que ces cépages n'ont presque jamais, aux États-Unis, des galles phylloxériques, c'est-à-dire des insectes sur leurs parties aériennes. Aucune recherche n'a fait découvrir sur les bourgeons d'un sarment quelconque des traces d'oeufs de phylloxéras, ni de ce même insecte à l'état de larve, de nymphe ou d'adulte. Donc on pourrait croire ces sarments libres de tout germe d'infection (i).
Un seul scrupule m'arrête et m'empêche de donner à des sarments dans ces conditions un bill absolu d'innocuité : c'est la possibilité rigoureuse que leurs bourgeons recelassent dans leur duvet les germes appelés par M. Balbiani œufs d'hiver, germes déposés on ne sait où par les femelles sans ailes, sans rostre et sans tube intestinal, qui, fécondées par des mâles semblables à elles, représentent l'état sexué de l'espèce, tandis que les insectes aptères à rostre en représentent l'état parthénogenésique. Comme ces femelles aptères
11) M. von Babo, dini l'article ciié plus haut, coniUleque 1m wnnonU letrannhis par Il laiU« dc9 pieda enracinés Je vignes américaines reçus du paya de Bade, rurenl plantés et ne donnèrent aucun pied phyllaxéri:, tandis que les ceps enracinés d'où l'an avait éiafué ces sarments inrectireni par les phjUoxeras de leura racines la collectioa de Unslerneuburc-
go <.-E. PLUICB*M.
naissent de certains germes déposés par des individus poui-vus d'ailes, rien n'assure qu'elles ne déposent pas leui-s œufs dans les bourgeons des sarments, de môme que le phylloxéra femelle du chêne, suivant tes observations de M. Balbiani, pond ses oeufs dans les bourgeons des chênes blancs : ce n'est là qu'une hypothèse fondée sur une analogie; mais l'extrême prudence veut qu'on tienne compte de toutes les mauvaises chances possibles, et c'est pour cela qu'il faut avoir l'œil ouvert pour ne pas se laisser prendre aux détours insidieux de l'ennemi.
Une circonstance augmente encore i cet égard mes incertitudes. Pendant que j'étais à Saint-Louis (Missouri) en septembre 1873, mon ami Riiey me fil voir une lettre du docteur Charles Siedhof, de Norlh-IIoboken, iludson-Counly, New-Jersey, très-connu dans la presse agricole, oii ses articles sont signées Harlicola. M, Siedliof, dans cette Icllre, dit avoir expédié en ISSU à MM. Schiebler et fils, de Celle (Hanovre), une grande quantité de boutures {cuUtng) des meilleupes variétés de vignes américaines. Il s'étonne que ces boutures, prises, dit-il, dans le mois de février, aient pu communiquer \g phylloxéra à l'école de vignes de Klosterneuburg, où MM. Schiebler les auraient en partie expédiées. Si les souvenirs de M. Siedhof sont exacts et qu'il n'ait vraiment expédié que des sarments non enracinés à MM. Schiebler; s'il est certain que ces sarments aient pu transmettre le phylloxéra, il faudrait regarder contre tranchée dans le sens affirmalif la question de la nocuilé des simples sarments. Mais contre Texactitude même du Ibit se dresse ime obser- ^'ation sérieuse. M. von Babo alTirme de la manière la plus nette que les pieds de vigne reçus en 1868 de MM. Schiebler étaient des plants enracines (Wùrzelreben) ; or Siedhof Jie nie pas dans sa lettre que les plants envoyés à Klosterneuburg par MM. Schiebler ne fussent justement les siens. Comment donc des sarments, simples boutures â leur départ d'Amérique, se seraient-ils Ironvés à Klosterneubui^ des pieds garnis de racines (1)?Je ne veux pas mettre en doute la bonne foi de M. Siedhof, mais on peut admettre que se» souvenirs le trompent, et donner toute confiance au témoignage de M. von Babo, qui mentionne expressément comment les racines des plants furent raccourcies pour leur mise en place.
r reconnu chez lui la prè-