LA DÉPENSE COHTHE LE PHYLLOXERA
En résumé, les plants pourvus de racines sont les seuls dont les dangers soient avérés ; les simples sarments, peut-être toujours indemnes, restent pourtant un peu suspects à nos yeux, soit qu'ils puissent receler dans leurs bouri^eons ou dans les fissures de leur écorce les œufs d'hiver du phylloxéra ou peut-être quelque phylloxéra retardataire, airèlé au momentjoii il descendait des galles des feuilles sur les racines, soit que, coupé entre deux terres, à la base d'un cep, tel de ces sarments puisse porter à sa base de jeunes phylloxéras souterrains.
Mais s'il es! naturel, dans les pays indemnes de phylloxéra, de se gai'der contre toute introduction de sarments ou ceps venant de pays infectés, rien n'oblige à ces précautions, A ces mesures pénibles et tracassières de prohibition, les pays qui sont déjà la proie du fléau. Dans ces restions déjà envahies, introduire même par centaines de mille les cépages d'Amérique, c'est ajouter une goutte d'eau à un fleuve, l'importation de quelques phylloxéras nouveaux ne comptant que pour une proportion insigniriante auprès des légions d'insectes déjà établis. Quant au transit des sarments ou pieds enracinés des États-Unis par les ports et les chemins de fer de France, quelles que soient à cet égard les suggestions d'un journal qui se prétend le défenseur-né de la viticulture française, espérons que ses déplorables conseils ne trouveront ni près de l'administration ni près des législateurs l'accueil qui pourrait les rendre funestes en leur donnant une sanction légale. Tous les sophismes, toutes les ai^ties, toutes les clameurs ne feront rien contre ces deux vérités connexes; les régions non infectées doivent se défendre contre les importations de vignes américaines, et, en général, de tout cep venant de pays phylloiérés; les régions phylloxérées, au contraire,
(1) Cn rail tout récent doit ftrrc ouvrir les yeux du publie sur le calé Ocheux des megures prises par certains préfets à l'égard des sarments de vig:ae passant eo chemin de fer. i travers leur département, à destination d'un département infeclé. H. Gaston Balille envoyait à un propriétaire de la Cliarentc 1000 sarments de la vigne dite Petit Boutchel. A leur passage en gare à Toulouse, ces sarments ont été saisis et brûlés par application d'un arrêté adminislratir. Que de» arrêtés de ce genre soient pris sur les parcours des grandes lignes do cliemin de France, et voilà la voie fermée à tous les échanges de sarments américains ou autres, entre les points dn pajs intéressés A rc- Iàir« leurs vignobles. Il y a, dans ces mesures dont on peut contester d'ailleurs la légalité, une menace sérictise pour des intérêts respectables, et cela sans profit aucun pour le public et sur l'idée fausse d'un danger purement imaginaire. Dieu préserve les viticnlleurs de ce lèlc aussi peu éclairé qu'intempestif pour des intérêts qui so passeraient de cette prétendue protection '
J.-E. PL«KCH*n.
ont loul intérêt à recevoir et à multiplier le plus possible les c pages des États-Unis. On ven'a plus loin sur quelles preuves cet il
térêt est fondé.
17. Dans qn«lle mesor* peat-on entraver âons une région nonvellement envahie, l'extension dn phylloxéra?
Je poi^e la question dans ces termes, parce que je regarde comme absolument irréalisable l'idée d'anéantir l'ennemi dès que ses colonies se sont établies en plein vignoble, dans une proportion tant soit peu lai^e. Au premier début d'une invasion, amenée par une importation lointaine, dans une école de vignes, comme à Klosterneubui'g, dans quelques foyers circonscrits comme à Frégny, sur quelques pieds de vignes isolés commt; à Annabei^, on a bien fait de tenter même à grands frais la suppression totale de l'insecte : arrachage et brûlis des ceps, écobuage du sol, emploi de substances insecticides, tout ce qu'on a pu imaginer de plus propre à luer l'ennemi, a été essayé avec des précautions dignes du succès. Et pourtant telle est la dilHculté du problème que des doutes se présentent sur la possibilité de le résoudre, même dans ces conditions restreintes. A Klosterneuburg, l'arrachage des ceps, l'emploi du sulfure de carbone à haute dose, n'ont pu faire qu'il ne reste encore des phylloxéras vivants sur des fragments de racines enfouies dans le sol. .Vous souhaitons un meilleur succès à nos voisins de Prégny el aux vignerons d'Annaberg. Mais c'est avec des appréhensions légitimes que l'on peut envisager le résultat fmal de ces tentatives ; l'ennemi visible, anéanti sur un point, ne paraîtra-t-il ' pas sur d'autres points où sa présence était encore dissimulée? Et, si ce danger existe dans les localités où des foyers circonscrits sont éloignés d'autres centres d'infection, combien plus dans les régions limitrophes des grands espaces envahis et qui reçoivent comme des colonies d'avant-garde les essaims ailés de l'insecte! J'ai cm, longtemps que, même dans ces conditions, il pouvait y avoir avantages pour une commune, pour un canton, pour un arrondissement, pour un- département entier, à lutter contre les premières attaques; que des syndicats formés librement pourraient, en réunissant des fonds pour indemniser les propriétaires, faire arracher el brûler les premiers groupes de ceps atteints. Je crois encore à l'efficacité relative de ces mesures comme un palliatif provisoire, comme moyen
U DEFENSE CONTHE LE PHYLLOXERA. OJ
de reliirder renvahissement générât; mais l'expérience m'a rendu sceptique quant à la durée de cette lutte in extremis, te commence à craindre que tant d'efforts cl de sacrifices n'obtiennent pas tout le succès qu'ils méritent. L'assimilai ion entre la peste bovine et le mal phylloxérique a pu séduire un instant quelques esprits distingués. Des administrateurs pleins de zèle et de bonnes intentions ont lancé contre le phylloxéra des arrêts de mort auxquels n'a manqiié que la possibilité de l'appréhender et de l'occire. Or, depuis comme avant, il poursuit sa marche implacable et envaliissanle. Désespérant de l'anéantir ou de l'arrêter, peut-on espérer du moins de le contenir et de lui faire sa part, soit en le décimant par des agents insecticides, soit en soutenant la vigne contre ses attaques par des voies directes ou détournées?
Y- IiBB insecticides et les engrais.
Ponr ceux qui voient dans l'insecte la cause unique du mal phylloxérique, tuer l'insecte, c'est supprimer le mal. La théorie dans ce sens est parfaitement lexique et rationnelle; ta difficulté est toute dans la pratique, c'est-à-dire dans la possibilité matérielle d'atteindre sous terre par des substances toxiques des myriades d'animalcules, protégés contre les liquides par la couche d'air qui les enveloppe, et contre les émanations gazeuses par la porosité du sot, qui s'oppose à la diffusion rapide de ces substances; la submersion totale et prolongée, telle que M. Faucon la pratique, a donné des résultats, parce que l'effet asphyxiant de l'eau sur l'insecte est rendu possible par l'expulsion de l'air du sol sous la pression du liquide en nappe épaisse ; c'est là un moyen insecticide par excellence et le seul dont le succès s'appuie sur des exemples répétés. Quant à l'action des toxiques purs, tels que le sulfocarbonate de potasse, l'acide phénique, le sulfure de carbone, l'huile de cade, etc., je n'essayerai pas de f examiner en détail, le but de cet article étant moins l'élude du mal constaté et confirmé, que l'exposé des grandes pérégrinations de l'insecte à travers l'Europe. Pour des raisons analogues, j'insisterai peu sur les engrais comme soutiens des vignes malades, non que je nie l'utilité de cette médication indirecte qui maintient plus ou moins la vigne contre l'action de son ennemi, mais parce que les frais de ces fumures intensives et répétées, au moyen d'engrais d)imiquesappropriés,nepeuventêtrecompensés,s'ilsle sont jamais,
que par les produits exubérants des terres riches ou par la valeur exceptionnelle de quelques vins privrlégiés. Or c'est aux terres maigres ou de ferlililé moyenne qu'appartient la grande masse de nos vignobles de France; c'est là que la vigne ne saurait être utilement remplacée, c'est là qu'on a le plus intérêt à la faire vivre, serait-ce en lui donnant comme nourrices des cépages dont la constitution robuste résiste aux attaques du phylloxéra. Ceci nous amène comme dernière ressource aux vignes des États-Unis.