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CULTURE DU CÉDRATIER EN CORSE

M. A. ■•ITEL,

IntpMtevr général de l'agricullura et des pdnitcncien igncoto.

Pendant bien longtemps la culture du cédratier est restée confinée sur les terrains les plus bas et les mieux abrités du cap Corse. Pourvu que le cultivateur eût de l'eau et du fuinicr en quantité suffisante, et qu'il pût jouir d'une exposition chaude et convenablement abritée, il parvenait à obtenir de beaux cédratiers au milieu des rochers et sur des pentes abruptes et rebelles à toute autre culture. Grâce à des soins infinis età des prodiges de travail et d'habileté, les cultivateurs du cap Corse semblaient devoir conserver à jamais le monopote de cette production spéciale dont le débouché paraissait d'ailleurs limité aux besoins' assez restreints du marché italien. Mais, depuis cinq à six ans, les cédrats corses ont été vivement recherchés par l'Angleterre, l'Ilalie et différentes parties de l'Amérique. Sous l'influence des demandes croissantes des acheteurs étrangers, le kilogramme de cédrat, vendu autrefois 0,25 et 0,30 en itahe, s'est élevé successivemcnl aux prix de 0,60, 0,7.'^ i 1 fr.. et davantage. On cite des cédrateries qui ont rapporté l'une 1900 francs pour 29 arbres et l'autre 8000 pour 150 arbres. Les propriétaires, surexcités par la hausse extraordinaire de ce produit, ont eu, on peut le dire, la fièvre du cédrat. Ils ont entrepris celte culture avec l'ardeur passionnée des gens du Midi; ils se sont mis à créer des ccdralerres partout oii les circonstances locales semblaient être favorables aux succès de ces plantations.

On en a vu qui n'hésitaient pas à supprimer leurs jardins et à se priver de légumes, pour posséder des cédratiers dont quelques pieds réussis devaient assurer l'aisance et le bien-être de toute la famille. On ne s'imagine pas les sommes considérables qu'on a dépensées depuis quelques années pour la création des cédrateries. Travaux de défrichement et de terrassement, extraction de rochers, murs de clôture, de soutènement et d'abrî, capiations d'eau avec bassins et

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conduiles hydrauliques ; rien n'a été épai^c quand it s'est agi d'assurer la réussite d'une plantation importante. Il y a deux ans, la bouture ot les plants enracines qui n'avaient pour ainsi dire aucune valeur autrefois, ont atteint des prix extraordinaires, el beaucoup de planteurs n'ont pu se procurer tous les sujets dont ils avaient besoin pour achever leurs nouvelles cédrateries. Du cap Corse les plantations se sont répandues sur tous les points de la zone maritime. Ces essais multipliés dans des conditions variées de sol et d'abri , ont donné lieu à des observations nombreuses que je vais essayer de résumer dans les différents paragraphes de cette notice.

Ëxaminoas d'abord les exigences spéciales du cédratier en ce qui concerne le sol, le climat, l'exposition et l'abri.

I! aime une terre profonde, fertile, fraîche et perméable, où ses racines vigoureuses puissent s'enfoncer facilement sans avoir jamais à souffrir d'un excès d'humidité. Aucun terrain ne lui convient mienx que les riches alluvions des vallées, alluvions qui sont calcaires sur quelques points isolés, et granitiques dans !a plupart des cas. On conçoit, du reste, qu'un végétal si avide d'eau et de fumier se montre assez indifférent sur la nature du sol. Peu importe pour cet arbre que te milieu dans lequel il vit soit calcaire ou purement siliceux, il se contente du premier sol venu, pourvu qu'il y rencontre une abondante provision de matériaux assimilables et qu'il y reçoive ■ des arrosages copieux et réguliers tout le temps que dure en été la période des sécheresses et des chaleurs excessives.

Bion que ses larges feuilles et ses pousses vigoureuses dénotent dans le cédratier une puissance de végétation supérieure à celle du citronnier et de l'oranger, ses congénères, il se montre en hiver plus sensible que ces derniers h l'action du froid, de la neige, du givre et des vents salés ou glacés. Malheur aux arbres surpris sans ibri par les tourmentes violentes et glaciales de l'hiver ! Que ces vents impétueux viennent de la mer chargés de vapeurs caustiques on des cimes neigeuses des montagnes, le mal offre toujours la même gravité : les jeunes pousses, les feuilles et les fleurs sont mortellement atteintes. Les fleurs avortent et les feuifles jaunissent et tombent. D'autres fleurs ne tardent pas à succéder à celles que le froid a détruites, il en est de même des feuilles, mais l'arbre privé un instant de ses organes essentiels s'épuise à reconstituer un nouveau feuillage, ce qui compromet sérieusement la récolte do l'année. On ne se figure pas l'impétuosité et la violence des tempêtes sur cer-

tains points du littoral de la Corse. Les cultures arbustives et herbacées n'y résistent pas, le vent les couche et les meurtrit, il est rare que ces accidents n'occasionnent pas à la récolte une diminution importante dans le rendement.

Le cédratier, plus sensible que les autres végétaux aux intempéries hibernales, ne peut prospérer que dans des endroits où des abris naturels ou arlitîciels le défendent du froid qui résulte des courabts d'air cl du voisinage des montagnes.

Je laisse de côté les abris artificiels, sur lesquels je m'étendrai plus longuement dans une autre partie de cette notice. Je me borne pour le moment à esquisser les conditions naturelles reconnues les plus favorables a la fécondité et à la durée du cédratier. Les accidents qui surviennent dans les cédraterîes par suite de l'inclémence de la température, offrent une corrélation constante entre l'exposition du sol et son élévation au-dessus du niveau de la mer. La bonne exposition est celle qui à l'avantage des abris naturels joint celui de ne pas recevoir directement les rayons du soleil levant. Bien n'est plus funeste aux arbres que faction du soleil succédant brusquement à «ne nuit glaciale accompagnée de neige ou de givre.

L'altitude est sans contredit l'une îles circonstances naturelles qui apporte le plus d'obstacles au développement et à l'cxlensiuR -des cédraterjes. Notons que la Corse n'est à vrai dire qu'une vaste chaîne de montagnes dont les sommets sont d'autant plus élevés qu'on s'éloigne davantage des bords de la Méditerranée.

En moins de 60 kilomètres, on passe par les climats les plus extrêmes, du climat de l'oranger à celui des neiges éternelles, avec toutes les nuances intermédiaires. L'oranger, le citronnier et le cédratier ne sont possibles que dans les terres basses et chaudes de la zone maritime. Les cédrnterics les plus importantes et les plus productives sont à une altitude qui varie entre la cote zéro et 100"° environ au-dessus du niveau de la mer.

Entre ces deux limites se trouvent les situations qui offrent le plus de sécurité pour l'installation de cette culture arbusiive. Sans doute on rencontre encore des cédratiers âiSO", 200 et même 300" au-dessHs du niveau de la mer dans des vallons parfaitement abrités ; ces arbres, protégés par des murs ou des paillassons élevés, parviennent â traverser la saison froide sans ,trop d'avaries, surtout si on tombe sur une série d'hivers courts et peu rigoureux, mais ils ont rudement à souffrir par les froids exceptionnels qui ne man-

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