CULTURE DU CÉDRATIER EU CORSE
quent pas de se produire de loin en loin dans une succession de dix à quinze années. Dans ce cas, ce ne sont pas seulement les feuilles et les jeunes pousses qui sont complètement détruites, mais toutes les parties de l'arbre, à l'exception de la racine et du collet de la plante. Dès lors plusieurs années sont nécessaires pour regagner le temps perdu et obtenir une nouvelle charpente bien pourvue de ramiQcalions secondaires et de rameaux fructifères. — Il est bien fâcheux que la crainte des gelées limite aui tei'rains bas cette culture arbusttve, car les cédrats obtenus sur les terrains élevés n'ont rien d'inférieur aux fruits récoltés au bord de la mer. Je crois même qu'ils acquièrent sur les hauteurs des qualités que ne possèdent pas les cédrats de la plaine. Pour l'olive et les fruits à pépins, la question n'est pas douteuse. Les poires et les pommes, détestables sous le climat d'Ajaccio, sont exquises à l'altitude de Corte.
Résumons les conditions climatologiques du cédratier. Sur les côtes les plus chaudes et les mieux abritées de la Provence, il ne semble pas trouver des hivers assez doux pour son tempérament délicat et sensible, puisque le thermomètre s'y maintient pendant quelques temps aux environs de 0*. Dans l'Italie méridionale, en Sicile et sur la côte de l'Algérie, le climat devient trop chaud et les fruits manquent des qualités recherchées par les consommateurs.
Quant à la 001*36, on voit combien est restreinte la zone maritime offi-ant à la fois la somme de chaleur nécessaire à la maturité des fruits, et des hivers doux et réguliers où le thermomètre n'arrive que fort rarement au degré de la congélation de l'eau.
Il s'en faut que tous les terrains compris dans cette zone privilégiée sous le rapport des hivers et de la température soient aptes à donner de bonnes récoltes de cédrats. Il faut d'abord en retirer les surfaces ouvertes à tous les vents; dans cette situation, il y a peu de chances de succès, en supposant même qu'on s'impose des frais considérables pour l'établissement des abris artificiels. Celte catégorie de surfaces sans abris naturels représente une partie considérable de la zone en question. Les portions bien abritées foi-ment l'exception, et parmi ces dernières, combien y en a-t-il où il soit possible de recueillir toute l'eau nécessaire aux arrosages des arbres pendant l'été? en supposant enfin que l'eau ne manque pas, disposera-t-on des engrais non moins nécessaires que les irrigations à la bonne végétation des arbres et aux succès de leur fructification? En hiver, les sources et les ruisseaux abondent dans les
mille vallons de la zone marilinie, mais sous l'influence des chaleurs tropicales de l'été, ces eaux disparaissent dans le moment où l'on en aurait le plus grand besoin pour le service des irrigations.
Les difliculrés ne sont pas moins grandes quand il s'agit de se procurer du fumier en quantité un peu considérable. Ce pays où règne la culture pastorale dans la plus large acception du mot, n'a pas de fermes proprement dites. Les animaux vivent toute l'année en plein air, et le peu de fumier que l'on recueille ne provient que des chevaux et des mulets affectés au service des voitures publiques ou aux transports des bois et des charbons. Les troupeaux sont, il est vrai, réunis pendant la nuit dans des parcs permanents, généralement établis près des habilations, mais ces animaux parqués sur la terre nue sans litière ne donnent que des quantités insigniliantes d'engrais.
Quant aux enivrais artificiels, ils sont de peu de ressources en Corse A cause des frais exorbitants de transport sur la mer et dans l'intérieur du déparlement.
11 faut donc que le planteur de cédratiers s'ingénie à trouver sur son propre domaine les fumiers dont il a besoin pour l'entretien de ses arbres. Quelle que soit l'étendue d'un domaine, il faut se garder de planter plus d'arbres qu'on ne saurait en arroser ou en fumer, sinon cette spéculation pleine d'espérances au début, aboutirait infailliblement h de ruineuses déceptions.
Les bons emplacements pour l'installation des cédratcries seront donc toujours fort rares sur la circonférence maritime de la Corse.
Le propriélaire d'un vaste domaine couvert de maquis devra s'estimer très-heureux quand, sur une étendue de 200 à 300 hectares, il possédera un ou deux hectares de cédratiers placés dans les conditions d'abri, de chaleur, d'arrosage et de fumier qui assureront la durée et les succès de ses plantations. Les ressources de chaque localité en eau d'arroiiage et en fumier sont d'une appréciation facile et sûre, pour tout observateur qui connaît le pays et quia eu la précaution de jauger, à différentes époques de l'année, les sources et les ruisseaux dont il peut disposer. Quant aux abris naturels, te temps et l'expérience seuls permettent d'en juger les effets et le degré de protection contre les intempéries de l'hiver. Une seule année d'observation ne suffit pas pour être complètement fixé à ce sujet. Pendant l'hiver de ISyi, ce sont les cédratiers des aiTondissemenls de Caivi et de Bastia qui ont le plus souffert du froid et de la gelée. Un grand nombre n'avaient plus de feuilles au printemps. Ceux des