CULTURE DU CÉDRATIER EN CORSE. 10S
environs d'Ajaccio, demeurés intacts dans le même hiver, ont été, au contraire, sérieusement atteints pendant l'hiver de 1875.
Au reste, le mat ne présente pas le même degré d'intensité dans toutes les parties d'une même cédralerie. Les vallons encaissés où l'on dispose les terrasses destinées au cédratier placent les arbres dans des conditions ditTérentes d'abri et d'exposition. Généralement la cédraterie forme une demi- ellipse adossée à la montagne et ouverte sur une petite vallée. Dans une situation pareille, il n'est pas facile de déterminer à l'avance les points où ces plantations étagées en amphithéâtre seront les plus vulnérables et les plus accessibles aux météores qui nuisent davantage au développement des arbres. Une fois la plantation organisée, le mistral, lo liheccio et les autres intempéries ne tardent pas à indiquer les points faibles de chaque emplacement et la nature des abris qu'il faut y appliquer, si on veut qne les cédratiers n'y demeurent pas languissants et improductifs. Quiconque tient à s'épargner de graves mécomptes, se garde bien de planter du premier coup un grand nombre de cédratiers. Les spéculateurs les plus intelligents procèdent par des agrandissements successifs ; ils évitent les fortes dépenses d'installation tant qu'ils ont des doutes sur l'abondance de l'eau en été et sur les effets des abris naturels en hiver.
C'est ainsi que les opérations ont été conduites dans les pénitenciers agricoles de Chiavari et de Castelluccio, situés sur la c6le occidentale, aux environs d'Ajaccio.
Une autre considération qu'il ne faut pas perdre de vue et qui arrêtera longtemps l'extension du cédratier en Corse, c'est que la zone qui lui convient comme climat et comme température est infectée de malaria pendant une partie de l'année, qu'elle est déserte et inhabitable pendant les mois les plus chauds et les plus secs. Les ouvriers occupés à l'arrosage et au\ façons diverses du cédratier peuvent à la rigueur y demeurer pendant le jour sans trop de danger pour leur santc ; mais, pour échapper aux atteintes souvent mortelles de la fièvre, ils sont forcés d'aller coucher à la montagne, à des distances plus ou moins éloignées des cédratiers. Cette condition, qui ne souffre d'exception que dans des situations particulières, rend rare et chère la main-d'œuvre que les cédaliers ré- ■ clament au cœur de l'été, li est même des localités tellement insalubres, qu'il serait impossible de trouver des ouvriers qui consentissent à y séjourner à l'époque des plus grandes chaleurs de l'été.
Les terrains bas les plus favorables au développement et à l'existence des cédratiers sont généi-alement situés dans la zone la plus insalubre du département. Il faut tenir compte de cette difficulté qui rend la main-d'œuvre plus rare et plus chère pendant les mois d'été, et qui expose les cédratiers à être privés d'ouvriers au moment des arrosages et des façons, si ta malaria vient décimer les rares habitants qui consentent à les soigner, moyennant un salaire exceptionnel.
Malgré les sacrifices énormes qu'elle impose comme frais de première installation, malgré les difficultés qu'on éprouve à réunir les conditions favorables à ces plantations, l'industrie des cédrats n'en reste pas moins, dans l'étal actuel du marché, la première des spéculations culturales, celle qui l'emporte sur toutes les autres par ses profits et par le chiffre élevé de son produit brut à l'hectare. Il me reste à indiquer sommairement les détails pratiques de cette culture.
On ne connaît en Corse qu'une seule espèce de cédratier, le citrus medica, qui, selon toute probabilité, s'est constamment reproduit de bouture sur le lype originaire cultivé au cap Corse. Il reprend de bouture sans aucune difficulté sur du bois d'un an terminé quelquefois par un fragment de vieux bois, comme on le fait pour les crosselles de la vigne.
Pour les nouvelles plantations, on se sert tantôt de simples boutures, tantôt de plants enracinés. Ces derniers ont l'avantage d'avancer la plantation ^'un ou de deux ans, ce qui n'est pas à dédaigner pour des arbres qui sont en plein rapport à 7 ou 8 ans.
Le plant enraciné donne quelques fruits à la deuxième année de plantation, à la qiîatrième et à la cinquième année la récolle commence à avoir une certaine importance, surtout si les arbres ont été abondamment fumés et arrosés. La taille et la foimation de l'arbre exigent une grande surveillance et des soins de tous les instants.
L'oranger et le citronnier végètent en toute liberté comme des arbres de plein veni, et une fois la tète de l'arbre formée cl bien établie, la taille annuelle ne consiste que dans des nettoyages successifs destinés à conserver la forme régulière des arbres et à maintenir un juste équilibre de la sève dans toutes les branches principales de chaque sujet. Ces arbres demi-tiges peuvent sans de irop graves inconvénients s'élever à plusieurs mètres de hauteur. Le cédratier traité de ta mêm<^ façon n'arriverait jamais à une production satisfaisante.
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Forme et espaoemest des céàxatàera.
Le poids et la grosseur de ses fruits exigent que ses branches soient soutenues et palissées solidement. De plus, il est indispensable de maintenir l'arbre près de terre, si on veuL qu'il souffre moins de la violence du vent et qu'il soit mieux protégé par les abris qui le dérendent des intempéries. Parmi Ip.s cédratiers les plus âgés, on voit des foimes essentiellement différentes. On en trouve qui partent de terre sur plusieurs tiges en forme de buisson, d'autres sur une seule tige en forme de gobelet. Des échalas verticaux réunis par des traverses horizontales servent à les soutenir et à les palisser. La forme en table ou en guéridon sur une tige unique de 1 mètre à 1",20 de hauteur est celle que l'on observe dans les nouvelles cédrateries les mieux dirigées et les mieux installées.
De la partie supérieure de la lige se détachent avec une certaine alternance les branches mères en nombre plus ou moins considérable, suivant l'ûge et la vigueur des sujets. Elles sont arquées et palissées sur un treillage composé de pieux verticaux réunis entre eus par un ou plusieurs étages de traverses horizontales. L'arbre ainsi dirigé forme un espalier horizontal de forme circulaire, carrée ou rectangulaire; les fruits pendent en girandoles sous cette
espèce de grand guéridon. — D'autres fois, les branches sont palissées par étages sur les traverses horizontales. C'est la forme adoptée pour le cédratier dont la figure accompagne celte notice.
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Quel que soi( te mode de palissage appliqué à cet arbre, on voit qu'on lui impose une forme hors nature. On maintient dans une position à peu près horizonlale des branches qui, livrées à ellesmêmes, suivraient constamment la direction verticale. Il arrive alors ce qui se produit "sur les pêchers soumis à des formes savantes qui ont pour elTet de détourner les branches mères de leur position naturelle. Les branches horizontatcs émettent des gourmands nombreux et vigoureux qu'il faut maîtriser par le pincement ou le palissage, sous peine de les voir absorber une forte quantité de sève au détriment des fruits et des autres parties de l'arbre. A la taille d'hiver, ils sont supprimés ou palissés. On fait des boutures de ceux qui sont les plus longs et les mieux conformes.
La question de l'espacement des arbres divise les hommes les plus compétents sur cette culture. 11 est difficile de donner une règle invariable à ce sujet. La dislance à observer est subordonnée à la forme des terrasses où régnent les plantations, et au dévcloppeinent ultérieur des arbres. On les met suivant les cas à 3, 4 et 5 mètres de distance. Dans un endroit privilégié sous le rapport des abris, on comprend qu'on adopte la distance de 3 métrés, afin de planter le plus d'arbres possible sur le moins d'espace donné, et d'arriver plus promptement à une forte production. On préférera l'espacement de 5 mètres, si on ne manque pas de terrain, et si l'eau dont on dispose n'est pas très-abondante en été. — Les arbres les plus espacés offrent un avantage sérieux pour l'exploitant, ils sont vigoureux et peu sujets aux maladies : les travaux de palissage, de binage, d'irrigation et de récolte y sont plus faciles et moins chers que dans les cédratiers trop seirés entre eux et trop rapprochés.
Je sais bien qu'il est facile, par des arrachages successifs, de remédier aux inconvénients d'une ccdi'atcrie trop épaisse et trop chargée d'arbres. Mais n'est-il pas à craindj'c que des arbres maintenus trop rapprochés pendant les premières années de leur développement ne soient jamais d'une grande vigueur ni d'une grande durée?
Arroaage et bauins dlnigation.
Nous savons déji que le cédratier aime l'eau pendant l'été, plus même que l'oranger et le citronnier. Comment évaluer la quantité d'eau nécessaire à l'entretien annuel d'un cédratier? Celte dépense.