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CULTURE DU CÉDRATIER EN CORSE

subordonnée <i' ailleurs h la force de l'arbre et à la durée de la sécheresse, doit nécessairement varier suivant les années.

On admet que, pendant six mois de l'année, le cédratier doit recevoir deux arrosj^es par semaine, do 100 à 200 litres suivant la force de l'arbre, ce qui ferait 5 à 10 mètres cubes d'eau par cédratier.

L'eau destinée à ces arrosE^es provient tantôt d'une source ou d'un ruisseau qui tarissent plus ou moins en été, lantùt d'une ri- TÎère largement pourvue pendant toute l'année.

Dans ce dernier cas, les bassins hydrauliques ne sont pas nécessaires. Un simple barrage, en amont de la cédralcrie, a.<:sure une alimentation d'eau en rapport avec les exigences des arbres et les conditions de la température. S'il s'agit au contraire de sources et de ruisseaux d'un débit irrégulier et peu sûr en été, il devient indispensable d'établir de vastes bassins servant à emmagasiner pendant l'hiver l'eau dont on aura besoin plus tard pour les irrigations de l'été. Ces bassins, construits avec du granit dur et cher à tailler, et de la chaux hydraulique apportée à grand frais du continent, for-' ment l'une des plus fortes dépenses des cédraterios.

Dans beaucoup de cas, il n'est pas nécessaire de tenir en résen-e 3 ou 10 mètres cubes d'eau par pied d'arbre. Si on a des sources ou des ruisseaux qui ne tarissent pas en été, on pourra se contenter de bassins qui représenteront seulement 2 ou 3 mètres cubes par arbre, à la condition qu'ils se rempliront deux ou trois fois dans le cours de l'été.

Habituellement, il existe au-dessus de la cédraterie une vallée étroite qui se prolonge fort avant dans la montagne. Cette petite rallée aux rives escarpées possède des sources assez nombreuses qui, en se réunissant sous forme d'un petit ruisseau, viennent traverser les terrains complantés en cédratiers. — Qu'un barrage, construit a un point favorable el s'appuyanl par la base et de chaque côté sur des rochers gigantesques solides et imperméables, retienne une partie de ces eaux pendant la saison des pluies, et la cédralerîe sera ainsi pourvue abondamment d'eau en été. Ce projet facile à réaliser en maints endroits a été mis à exécution au pénitencier agricole de Chiavari.

Il a suffi d'une digue pour barrer la vallée et former un bassin d'une capacité de 23000 mètres cubes. — Cette réserve d'eau suffirait h l'arrosaf^e de 2300 cédratiers, si on suppose que le ruisseau doive tarir pendant tout l'été, hypothèse qui ne s'est jamais réalisée.

Si au contraire le bassin se remplit deux ou trois fois pendant', la saison cliaude, par l'efTet des orages, on y aura de l'eiiu en quantité suffisante pour 7 à 8000 cédratiers.

Ce magnifique travail, si précieux pour les irrigations et pour l'utilisation de l'eau comme force hydraulique, fait honneur à M. Franccschi, architecte du pénitencier, qui en a dirigé et surveillé l'exécution avec une intelligence et un dévouement audessus de tout éloge. La digue en maçonnerie, laite en granit dur extrait d'une carrière conliguë au barrage, mesure à labaâe 12" de largeur, au couronnement 6°" de largeur, et en hauteur 17" pour ta partie mouillée.

Ce puissant barrage qu'on aperçoit d'Ajaccio, à travers le golfe à une distance de 20 kilomètres, est sans contredit l'un des travaux hydrauliques les plus remarquables de la Corse et les ^lus intéressants à visiter pour quiconque veut avoir une idée de tous tes avantages qu'offrent, aux localités basses, les eaux barrées et emmagasinées de la montagne. Ce travail merveilleux mérite d'être examiné dans tous les détails de sa construction. II faut voir sur place avec quel soin on y a établi un premier bassin d'épuration, les déversoirs pour les trop-pleins des canaux principaux, la vanne de vidange et les grands robinets de distribution. Il faut voir aussi comment la forme et les différentes épaisseurs de la digue ont été combinées pour lui donner une solidité â toute épreuve, et prévenir, dans les temps d'oi'ages et avec les eaux torrentielles, des dégâts qui seraient incalculables et irréparables.

Ce bassin est la vie du pénitencier, de ses jardins et de ses cédratiers. ■

La cédraterie du pénitencier agricole de Chiavari, oi^anisée sur mes instances et sous mon contrôle, est ainsi constituée pour 1875 :

J'IantaUon de 1873 206 sujels.

— de 1874 279i -

— de 1875 25UU ~

Tolal &500

A l'exception dos 206 arbres de deux ans, tous les autres occupent le môme emplacement et sont arrosables par le grand bassin du Rupione. En 1876, celte cédraterie recevra une dernière augmentation de 1500 sujets, ce qui fera un total de 7000 cédratiers sur le domaine de Chiavari.

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Ce sera, sans contredit, la cédraterie la plus étendue et la plus importante de la Corse. A quel produit brut cette magnifique plantation arrivera- t-elle dans cinq à six ans, quand tous ces arbres seront en plein rapport? — La récolle annuelle se chiffrera alors jiai plusieurs centaines lie mille francs, si rien ne vient entraver le développement des arbres ni changer les conditions du marché d'exportation. Mais ne nous livrons pas à de trop belles illusions et n'oublions pas qu'en général les risques d'une entreprise sont en rapport avec les bénéfices qu'on se promet d'en tirer. En raison du climat exceptionnel de ta localité, de ses eaux et de ses abris naturels, j'ai confiance dans l'avenir de celte belle création. — Il est certain qu'on arrivera à Chiavari à une produclion considérable; le point essentiel sera d'en trouver tous les ans un écoulement avanlageu.t par le commerce d'exportation.

Je viens d'indiquer les conditions climalologiques et hydrographiques les plus favorables à la production des cédrats. J'ai exposé en outre les conditions qui obligent à donner aux cédratiers une conformation artificielle par une taille spéciale et par un pahssage tout à fait exceptionnel. Il me reste à décrire les détails pratiques de sa culture tels qu'il m'a été donné de les observer dans les cantons où cette nouvelle spéculation a pris un certain développement. Dans ce chapitre je résumerai sommairement les diverses opérations que réclament la formation et l'entretien de la cédraterie.

Choix et trsîtement des boutures.

La cédraterie se forme de boutures ou de plants enracinés. J'ai dit précédemment que ces derniers sont préférables à cause de l'avance qu'elles offrent sur les boutures.

Malheureusement, les plants enracinés ne suffisent pas à la demande des planteurs, et pour des cédrateries étendues, on a souvent été forcé de procéder par le système des boutures. On a tout intérêt à les choisir sur des sujets sains et vigoureux, où le bois de l'année présente une écorce lisse, exemple de lâches el d'une belle couleur verte. Les meilleures sont celles qu'on fait avec du bois de Tannée et qui se terminent par 0',0-4 à O^jOS de bois de deux ans. Elles doivent avoir 0",35 à 0",50 de longueur, et 0",0I à 0°',02de diamètre à la base. Celles qui n'offrent pas ces dimensions seront résenées pour la pépinière, où elles seront converties en plants enracinés

pour les besoins ultérieurs des cédraleries. Là elles sont fumées, arrosées et soignées comme les plants d'omnger et de citronnier.

Pour ce qui est des boutures mises en place , sans passer par l'éducation de la pépinière, elles demandent à êti'e traitées comme les plants enracinés, sur un terrain défoncé dans toutes ses parties à une profondeur de 0",60 à 0",75. On doit ouvrir pendant l'hiver des trous d'un mètre cube, les garnii' au fond d'une terre de bonne qualité et les remplir avec un mélange de terre et de fumier bien décomposé. Là mise en place a Heu du 15 mars à la An d'avril, période pendant laquelle on n'a à craindre ni les gelées de l'hiver, ni les grands vents du nord, ni les fortes chaleurs de l'été.

ûi bouture, mise en terre au point de ne laisser voir à la surface qu'un bout de O^ilO, demande un sol fortement comprimé e1 immédiatement humecté par un premier arrosage. On préviendra la dessiccation de la bouture en enduisant de mastic son extrémité apparente et exposée à l'air.

Pendant sa végétation, les soins consisteront dans des binages et dans des arrosages proportionnés aux besoins de la plante. Les années suivantes, on continuera au jeune cédratier les mêmes soins, en le taillant, en le débarrassant de ses piquants, et en préparant petit à petit la forme en guéridon décrite précédemment. On fera grande attention aux fumures et aux arrosages, dont dépendent la vigueur des arbres et l'abondance de leurs fruits.

Le cédratier est un arbre d'une gourmandise extraordinaire. Ses racines ne sont pas pivotantes, elles se maintiennent à une faible distance de la surface du sol; peu disposées à chercher elles-mêmes leur nourriture dans les profondeurs du sous-sol, elles attendent avec avidité que la main de l'homme leur fasse une large distribution d'engrais et d'eau. Cet arbre demande deux fumui-es par an, une en décembre, immédiatement après la récolte, qu'on enterre ou qu'on met en couverture, suivant la nécessité de donner, dans des locaUtés froides, un abri de plus aux racines du cédratier. La seconde fumure s'administre ordinairement en avril, elle est enterrée autant que le permettent les racines de l'arbre qui veulent être soigneusement ménagées.

Ne regrettons pas que le cédratier montre tant d'avidité pour le fumier. Il obligera les planteurs à soumettre leurs animaux au système de la stabulation permanente-, on ne verra plus ce bétail errant partout dans la campagne, ce qui est la plaie de l'agriculture, et

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