‹ Annales agronomiquesChapitre 42 sur 221 · CULTURE DU CÉDRATIER E^ CORSE · texte numérisé non relu

CULTURE DU CÉDRATIER E^ CORSE

petit à petit cesseront [es habitudes déplorables de la culture pastorale, d'où naissent les procès, les vengeances, le mépris de la loi et la violation coastaote du droit de propriété.

Fomare du cédratur. — Difflcnltéa spéciales A la Corse.

De toutes les conditions à remplir dans la culture du cédratier, il n'en est aucune de plus importante et hérissée en même temps de plus de dirTicultés que celle des fumures, sans lesquelles l'entreprise n'aurait aucune chance de durée et de succès. — Le sol, l'eau, les abris, le climat, c'est la nature qui les donne sans que l'homme ait besoin de faire de grands efTorls et de s'imposer des sacrifices très-considérables. Dans la question des fumiers, la nature n'est que d'un faible secours, et c'est à l'industrie humaine qu'il faut demander la solution de ce problème, solution toujours difficile à trouver même dans les pays hs plus propres à l'élevage et à renlcetien du bétail. Nous avons déjà dit qu'il n'existe pas en Corse de fermes proprement dîtes, et ce ne sera pas chose facile que d'en établir dans les terres malsaines et inhabitables pendants six mois de l'année, ou bien dans les centres de population disséminés çâ et là sur les coteaux exempts en tout temps de malaria, -r- Vus de la mer, du bateau qui côtoie le rivage, les villages corses avec leurs maisons blanches ramassées comme des nids d'aigle au niilieu des rochers, sur te flanc de la montagne, sont d'un effet aussi original que pittoresque. On les aperçoit de bien loin sur un fond noir d'oUviers et de maquis.

Mais cette situation, si avantageuse sous le rapport de la salubrité et de la défense, si ravissante pour le touriste dont la vue embrasse de vastes horizons de mer et de montagne, que d'obstacles elle oppose aux progrès de l'agriculture I Gomment organiser des fermes, en les supposant même très-petites, dans ces villages privés d'air et d'espace, aux habitations serrées les unes contre les autres, trèsélevées, à plusieurs étages, renfermant je ne sais combien de ménages, sans cours, sans jardins et sans rues? On ne peut réellement décorer de ce nom les allées étroites et raontueuses faisant communiquer ces constructions disposées sans ordre sur des plans différents où l'établissement des routes offre de grandes difficultés et exige des sacrifices exceptionnels. — Je ne connais pas de situation plus ingrate pour les lourds transports de l'agiicullure et plus incommode

lit A. BVIIVI..

pour les propriétaires désireux de donner leurs soins à l'amélioration de leurs domaines. Quand ils doivent se rendre au milieu de leurs travaux, ils ont toujours de longues distances à parcourir et des pentes rapides à monter ou à descendre. Comment produire des fumiers dans des villages constitués de cette fa(;on?ll ne faut pas songer à créer des élables au milieu de ces habitations déjà trop resserrées et trop rapprochées. A peine y voit-on d'étroiles écuries pour quelques mules de transport. Dans les villes les plus importantes, les gens qui viennent de la campagne se dispensent toujours de mettre leurs chevaux à l'écurie. Leur monture pauvrement harnachée se passe d'abris et essuie toutes les intempéries, attachée à un pieux sur la place publique, privée de nourriture et de toute espèce de soin, habitude déplorable pour l'animal qui en souffre et aussi pour les engrais dont la production est réduite à peu de chose dans les villes.

Rentré à la maison, cet animal exclusivement occupé à porter son maître et jamais sa maîtresse, foumira-l-il au moins quelque peu d'engrais pour les besoins des cultures? Pas le moins du monde. Il est immédiatement lûclic au maquis, dont le pâturage lui procure nuit et jour sa nourriture et d'où il ne sortira qu'à la voix de son gardien et sous l'appdt d'une poignée d'orge, pour de nouvelles courses à la ville ou de pénibles voyages à travers les montagnes.

Un autre obstacle à la confection des engrais, c'est la pénurie des substances propres à servir de litière aux animaux. Sur quelques points de la côte orientale et dans certaines vallées fertiles, on a de la paille de froment en assez grande abondance, mais ce sont là des conditions tout à fait exceplionnelles. Dans presque toutes les localités, on ne récolte qu'un peu de paille d'orge, qui, associée au foin non moins rare et non moins cher, est consacrée exclusivement à la nourriture des animaux de travail (bétes de somme et bœufs de travail).

Le maquis, qui occupe tant de place dans toutes les propriétés, ne fournît guère plus de litière que la culture fort restreinte des céréales. Les plantes herbacées n'y sont pas abondantes, et les troupeaux qui y vivent les broutent au ras du sol pendant l'hiver et empêchent constamment de grandir ces végétaux, qui cessent du reste de pousser en été, à l'époque des plus fortes chaleurs. — Celte lande d'une nature spéciale, qu'on prendrait pour un taillis fourré et impénétrable, comprend surtout des arbousiers, des bruyères arbo-

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rescentcs, des myrtes, des lentisques et plusieurs autres végétaux ligneux d'une décomposition lente et dlMcile. Les cistes seuls, répandus exclusivement sur d'assez grandes surfaces qu'il»: émaillent au printemps de (leurs blanclies ou purpurines fort jolies, à côté de la couleur sombre et triste des autres maquis, sont faciles à utiliser pour la lilière des animaux.

Pour ce qui est des engrais humains, personne n'a eu jusqu'à présent l'idée de les recueillir et de les appliquer à la fertilisation du sol, personne, bien entendu, en dehors des établissements pénitentiaires, qui ont au contraire grand soin de faire profiter les cultures de toutes les vidanges de ta détention. Partout ailleurs on est trop heureux de les envoyer à la mer ou à la rivière, pourne pas les voir abandonnés dans ta cour intérieur des habitations, où ils forraent des foyers d'infection aussi contraires à la propreté qu'à la salubrité des villes et des campagnes. — De tout ceci il résulte que le pays produit fort peu d'engrais et que, faute de soin et par suite d'habitudes regrettables, on perd totalement les déjections humaines et une grande partie des fumiers des animaux.

Cependant, si ta Corse prétend à une large exporlalion de cédrats, elle n'y parviendra qu'en utilisant d'abord toutes les matières fertilisantes qu'on peut recueillir dans le pays, et en s'ingéniant à en créer de nouvelles par une application plus étendue des plantes fourragères, et par des modifications profondes apportées à la culture pastorale, systèmcsuranné quin'estplusen rapport avec les exigences des spéculations actuelles de la Corse.

Tout le monde convient qu'il n'est pas de végétal plus avide (l'engrais que le cédratier, mais personne n'est fixé sur le chiffre exacide la consommai ion d'un arbre en plein rapport. On est d'accord sur un point, c'est qu'il demande deux fumures abondantes dans le cours d'une année. On se contente généralement de fumer chaque pied dans le périmètre des racines principales. — On ferait mieux, si on avait du fumier en abondance, d'en répandre sur toute la surface, en se basant sur ce principe de physiologie que les racines tendent toujoursà s'éloigner et à envahir tout le lerrain, et que ce ne sont pas les ramifications les plus jeunes et les plus éloignées du tronc qui sont les moins aflàmées et les moins avides d'engrais.

Une étendue d'un hectare complantée de cédratiers absorbera pour une bonne fumure 60 000 kilog. de fumier, c'est la dose qu'on administre aux cultures industrielles dans les contrées les mieux

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cultivées. Celle fumure icpélée deux fois représente 120 000 kilog, i l'hcclare, soit 300 kilog. par arbre. Ce chiffre de 300 kilog. paiarbre esl le maximum désirable à atteindre pour quiconque vise aux plus ferles récolles de fruits.

Sur le continent, le prix du fumier est considéré comme trèsélevé quand on l'achèle plus de 10 francs les 1000 kilog. En Corse, tant que le cédrat se vendra bien, on pourrait le payer plus cher, l'acheler jusqu'à 20 francs les 1000 kilog., et en mettre pour 2400 francs par hectare, si les cédratiers sont en plein rapport el en mesure de donner en fruits une production brute de 50 francs par arbre. Mais, en supposant que les cultivateurs veuillent s'imposer de tels sacrifices en argent, leur projet serait irréalisable par l'impossibilité de Irouver dans leur voisinage une aussi grande quantité de fumier à acheter.

Le chiffre de 120000 kilog. de fumier par hei^taie, posé plus liaul, esl l'idéal vers lequel doivent tendre les efîorts des producteurs qui ont en vue [en plus grosses récolles. Je suis convaincu que la plupart des cédraleries ne rei;oivenl que la moitié et même le quart de cette quantité, soit 30 000 kilog. en deux fois. Voyons comment on peut arriver à produire par soi-même cette quantité d'engrais, qui n'est à vrai dire que - le quart d'une fumure normale de ■iOO cédratiers en plein rapport.

Une tête de gros béktil du poids vivant de 500 kilog. produit en chiffre rond 10 000 kilog. de fumier en une année de slabiilalion permanente avec une nourriture el une litière sudisammcol abondantes. Tous les animaux de la Corso sont de petite taille cl pèsent moitié dnbétail des contrées les mieux cultivées; il faut les doubler quand on veut les convertir en tète de gros bétail. Par la force des choses, ces animaux ne pourront pas être en slabulalion permanente, et ce serait déjà un progrès énorme que de les maintenir à l'élable pendant douze heures sur vingt-quatre, autre condition qui'obligc à compter quatre animaux coi-ses pour la production de 40 000 kilog. de fumier en une année. Une production de 30 000 kilog. exige t'eniretien de douze vaches, douze bœufs, douze chevaux, cent vingt moulons-ou cent vingt chèvres à l'élable la moitié de la journée, la nuit en hiver et le jour en été. Telle est la condition à remplir pour une cédraterie mise au régime d'un quart de fumura; il faudrait quatre fois plus d'animaux pour des arbres favorisés d'une alimentation abondante de 120 000 kilog. de fumier par hectare.

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Oii logera-l-on des troupeaux de cette importance? Nous savons déjà qu'il est impossible de leur trouver de la place au centre des villages.

11 faudra évidemment les installer au milieu des domaines, à portée des pâturages et des cultures qu'on y développera pour les nourrir; il y aura là desétables avec des annexes pour loger les senileurs aflectés à leur garde et aux soins de la culture; en d'auires termes, on sera amené à bâtir de petites fermes qu'on aura soin de placer dans la partie la moins insalubre de la propriété et la mifîux située au point de vue des chemins destinés au transport des récolles et des fumiei'S.

La solution de ce problème, rarement tentée par les particuliers, a été réalisée sans trop de difficultés au pénitencier agricole de Chiavari. Les troupeaux, soumis au pâturage pendant le jour, rentrent le soir dans les élables, où ils trouvent une litière faite de cistes, d'algues marines, parfois de paille et de foin avariés, toutes substances qui, imprégnées d'urine et de déjections solides, constituent un fumier d'excellente qualité.

Les animaux de rente (vacbes et moutons) trouvent toute leur nourriture au dehors à certaines époques de l'année. Quand l'herbe commence à manquer, ce qui arrive souvent en été, et quelquefois en hiver, on leur donne à l'étable un supplément de foin sec, de luzerne verte ou sèche, de betterave, de carotte, de vesce verte mélangée d'orge, de ci-ucifère, notamment de] moutarde blanche.

Les animaux de travail (bœufs et mulets) ne participent en rien à l'alimentation pastorale. Occupés toute la journée aux travaux de l'extérieur, ils passent comme les autres toute la nuit à l'étable, et reçoivent pendant vingt-quatre heures trois repas composés généralement d'orge en grain et de foin naturel , le tout récolté sur le domaine de l'État.

Ce domaine, qui n'était en 1856 qu'un vaste maquis infecté de materm, désert et abandonné aux animaux errants et aux bandits de la Costa, nourrit maintenant de nombreux troupeaux , grâce à la culture de l'orge faite sur les défrichements, à la création de prairies naturelles et de luzernières que fécondent des eaux venant de la montagne, grâce surtout à la mise en culture de toutes les Tallées fraîches et fertiles qui sont la vie des troupeaux, tandis qu'elles ont ét« les foyers les plus actifs de malaria, tant que hi main de l'homme a négligé de les assainir et de les cultiver.

Telle sera la marche à suivre dans les domaines où l'on voudra

produire des engrais en rapport avec l'importance qu'on désirera donner à la production des ci^drats.

On devra bûtir de petites fermes au milieu des domaines, y entretenir un nombre de têtes de bétail dans la proportion des arbres à fumer, et y pratiquer une culture semi-pastorale avec des céréales (oi^e, avoine, blé et seigle) et des prairies naturelles et artificielles (luzerne, trclle incarnat, vesce d'hiver, racines et criicifères). Pour les litières, on recueillera des cistes, des algues marines, des herbes de marais, des joncs, des foins inférieurs, en un mot toute substance ligneuse ou herbacée propre à absorber les déjections animales et à se décomposer facilement dans le sol.

Quant aux planteurs peu disposés à entreprendre le seul genre d'exploitation qui puisse fournir du fumier à un prix abordable, il est évident qu'il leur sera toujours impossible de se livrer à une production de quelque importance. Ils se borneront à l'entretien de vingt, trente ou cent arbres qui rapporteront plus ou moins suivant les efforls que l'on fera pour les fumer et les bien soi<^ner. Rien n'empêcherait de les fumer avec des compost composés de feuilles de chàlaigniers, de cistes, de débris de toute nature arrosés de temps en temps avec toutes les déjections humaines qu'on pourrait recueillir au village. Le peu de fumier de cheval, de mouton, de bétcsà cornes dont on disposerait, serait avec avantage mélangé à ces compost de cistes et de feuilles. On devrait également utiliser pour le même objet les cendres des foyers et la suie des cheminées. Ënlin, dans les cliamps convenablement préparés, on devrait cultiver le lupin, et employer sa graine à fumer les cédratiers. Ses tiges desséchées, portées dans les parcs des animaux, contribueraient à augmenter la masse des fumiers. Les engrais chimiques, si efficaces dans certaines contrées, n'ont pas jusqu'àprésent donné de bons résultats dans les essais tentés sui' les domaines de l'Etat. Le phosphate fossile, si précieux pour la mise en valeur des défrichements, le superphosphate de chaux, le sulfate d'ammoniaque et même le guano ne paraissent pas trés-efficaces en Corse, et les produits qu'on en obtient ne couvrent pas les dépenses qu'ils occasionnent. De nouvelles expériences avec d'autres substances feront peut-être connaître des engrais artificiels d'un effet meilleur sur le sol et les cultures de la Corse.

Dans tous les cas, si l'extension du cédratier n'est possible que par le défrichement et la mise en culture des maquis, ne devrait-on pas s'applaudir du développement d'une spéculation qui aurait pour '

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conséquence la transformation des terres incultes et l'assainissement des domaines qui offrent le sol le plus fertile et le climat le plus favorable aux cultures? Le cédratier deviendrait le pivot de toutes les améliorations, comme la betterave à sucre dans le nord de la France a été la pierre angulaire de la richesse des exploitants el de tous les progrès de Jeurs cultures.

Engrais verts, lapins, trèfle incarnat. — Algues Diarines.

Les enterais verts sont de nature à suppléer, dans une certaine mesure, aux fumiers de ferme toujours insuffisants pour la fumure des cédratiers. Seulement, dans ce cas, l'engrais vert est difficilement produit sur le sol même qu'il s'ag;it d'enrichir et de fertiliser. Comment pourrait-on cultiver une plante herbacée au milieu de cédratiers embarrassant et ombrageant toute la surface du champ? Qu'on le fasse pour de jeunes arbres peu développés, pour le blé sur la pâture ou la jachère qui le précède, ou bien pour la vigne, quand elle se trouve taillée, dépouillée de ses feuilles et plongée dans son sommeil hibernal, cela se conçoit aisément. Mais les circonstances sont bien différentes pour des arbres à feuilles persistantes dont la végétation ne souffre pour ainsi dire aucune interruption même pendant la période la moins chaude de l'année.

Il est de toute nécessité que l'engrais vert destiné à cette culture arbustive soit produit en dehors de la cédralerie. C'est un inconvénient au point de vue des frais de transport. Mais il n'y a pas moyen de faire autrement. Ces frais seront d'ailleurs considérablement diminués, si on a sdin de produire l'engrais vert sur les champs les plus accessibles et les mieux situés, par rapport à la cédraterie.

11 y a en outre une sorte de compensation à ne pas faire naître l'engrais vert sur le sol même qui doit le dépenser. En effet, il ne rend alors à la terre que les éléments puisés dans l'atmosphère, tandis que s'il provient d'un autre champ, la cédraterie qui le reçoit profite doublement de celle fumure, elle en tire à la fois les éléments d'origine atmosphérique et ceux qui proviennent du sol où il s'est développé; en d'autres termes, 30 000 k. d'engrais vert apportés du champ voisin fertiliseront mieux la cédralerie que la même fumure qu'on aurait cultivée au milieu des cédratiers.

Parmi les plantes les plus aptes à jouer le rôle d'engrais vert, le iupin blanc {lupinus albus) occupe le premier rang par la vi-

gueur de sa végélation, la facilité de sa culture et l'abondance de sa récolte. Quoiqu'il ne soit pas insensible àlarcrlilîté, à la fralcheui^ et l'ameublissement du terrain, on peut dire qu'il n'existe aucune plante moins exigeante au point de vue des façons aratoires et du nettoyage du sol. Pourvu que la température le gralifie de l'eau et de la chaleur nécessaires à sa germination et à son développement^ on est siir d'en tirer bon parti, même dans les sables granitiques les plus ingrats et les plus épuisés. Il semble que cette légumineuse vigoureuse possède à un haut degré le don spécial de vivre aux dépens de l'atmosphère, et qu'elle ne demande au sol que de la seconder dans la première phase de son développement. Sa récolle presque toujours rémunératrice, quelle que soit la nature du sol, est néanmoins en rapport avec l'état de sa richesse et de sa fécondité. Dans la province de Naples, sur un sol volcanique éminemment fertile, le lupin offre une végétation splendide, mesurant plus d'un mètre de hauteur, et fournissant par ses fleurs, ses tiges et ses feuilles, une masse énorme de substances fertilisantes.

En Corse, il est moins développé, quoiqu'on en voie de bien beaux sur les alluvions des vallées et de la plaine orientale; cependant on se trouve bien de sa culture, spécialement sur les champs accidentés où il est impossible d'apporter aucun autre engrais.

Le lupin se sème en septembre à la dose de 60 à 100 litres à l'hectare, c'est-à-dire au tiers de la quantité employée sur d'autres points de la France. Il végète pendant l'hiver et atteint au printemps son plus grand développement herbacé. C'est à celte époque qu'on doit l'abattre par un coup de rouleau et l'enterrer par un trait de charrue. Sa graine, dédaignée des oiseaux et des autres animaux nuisibles, est semée sur un seul labour et le plus souvent sur un chaume de céréale, sur une terre nue qu'on se dispense d'ameublir à la herse où à la charrue. Cette graine germe facilement sans qu'il soit indispensable de la recouvrir de terre; elle fait, sous ce rapport, exception avec toutes les semences connues. Quand celte grosse graine se trouve enterrée dans le sol, ses énormes cotylédons, deslinésàdevenirscs deux premières feuilles, semblent éprouver une certaine difficulté à sortir de terre ; ils paraissent mieux s'accommoder d'une germination en plein air qui s'opère sous l'action delapremière pluie qui vient humecter convenablement le sol et la semence.

Placé sur une surface exempte de toute préparation, le lupin croît au milieu des plantes spontanées qu'il domine par sa taille et sa

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vigueur, sans touterois arrêter la végétation des végétaux parasites. On utilise d'ailleui-s ces herbes diverses pour le pâturage des moutons et des bètes à cornes, qui les broutent et s'en nourrissent pendant l'hiver, sans toucher aux lupins et sans les gêner sensiblement dans leur végétation. On évite néanmoins de mener les troupeaux au milieu des lupins réservés pour la semence. Ceux-là occupent un champ à part jusqu'à leur maturité. Récoltés au commencement de juillet, ils rendent de 20 à 25 heclolilres de graine par hectare.

L'emploi de cet engrais s'est beaucoup répandu en Corse dans ces derniers temps. A Casabianda, on l'applique de préférence aux terrains en préparation pour le blé, l'orge et l'avoine, tandis qu'à Chiavari on cherche à l'utiliser principalement pour la fumure des vignes. On pense môme s'en servir pour le même objet dans les nouvelles cédratcries.tant que les arbres espacés i 5 métrés n'auront pas un grand développement et laisseront entre eux des vides nomfareux où le lupin se trouvera dans d'excellentes conditions de succès.

J'ai vu à Chiavari des lupins, semés à la volée sur un sol nu et sans aucune façon aratoire, produire en vert 24 000 kilogrammes de substances ferrilisantcs par hectare. I^ dépense de l'ensemencement, y compris l'adiat de la graine, atteignait à peine 10 francs par hectare. Celte production verte de 24000 kilogrammes représenté environ 150 kilogrammes d'azote, sans compter les autres éléments assimilables. Il est évident qu'il n'est aucun engrais du commerce, aucun fumier de ferme qui puisse, sous le climat dti Midi, réparer plus commodément et moins chèrement l'épuisement des champs par les cultures.

Les avantages incontestables de l'engrais vert invitent les planteurs de cédratiers, à court de fumier, à consacrer à ta culture du lupin leur meilleure terre, des fonds de vallée, des alhivions profondes, fraîches et fertiles. Sur un sol de celte nature, si on n'a pas eu le temps de l'emblaver en lupin au mois de septembre, on peut encore le semer au mois de mars sur un labour suivi d'un hersage et en obtenir une récolte abondante, bonne à employer verte au mois de juin, ou à réserver sèche pour les besoins ultérieurs des cédratiers.

Le irèlle incarnat semé avant l'hiver donne parfois de bons résultats comme fourrage vert A enterrer ou à consommer au printemps. Malheureusement, celte légumineuse, qui se plaît tant sur les terrains légers et granitiques, a un ennemi redoutable dans une fourmi spéciale qui fait magasin de cette graine et qui la ramasse

complétemenl sans lui donner le temps de germer. Gel accident ne se produit pas quand on a le bonheur de faire coïncider l'ensemencement de ce trèfle avec une température pluvieuse, favorable à une prompte germination. Mais combien les pluies sont rares en Corse à la fm de l'été et au commencement de l'automne !

Les algues marines constituent des engrais verts prricieux, dont on tire le plus grand parti en Bretagne, en Normandie et dans les îles de l'Océan. Les cultures herbacées et la vigne alleigneni, i!i l'île de Ré, des rendements exceptionnels sous l'action des goémons ou varechs, qu'on ramasse avec la plus grande attention sur [ouïes les côtes où la mer se plaît à les accumuler.

D'où vient que ces mêmes fucus soient moins recherchés sur le littoral de la Méditerranée, en Provence et en Italie, el qu'ils soient complètement dédaignés en Corse ? La mer en amoncelle des tas énormes auxquels personne ne fait allention dans le déparlement le plus déshérité que je connaisse eu fumier de ferme, en engrais du commerce et en litières pour les animaux. Au pénitencier de Chiavai'i, on se trouve très-bien de placer ces fucus dans les clables sous les animaux, el de les fairâ entrer pour une forte part dans la confection des fumiers. On a grand soin de les enlever de la plage dès qu'ils apparaissent aux points les plus favorables pour les transporler à la ferme. Une tempèle en apporte un jour en ces endroits plusieurs milhers de mètres cubes, une autre tempête les reprend le lendemain pour les porter sur d'autres plages éloignées et inaccessibles.

Ces engrais marins déposés à proximité des cédrateries aideront à les fumer par l'emploi qu'on en fera pour la litière des animaux. Il n'est pas probable qu'on arrive àadminislrer direclement ces algues à cette culture arbustive. Les fucus de la Méditerranée diffèrent de ceux de l'Océan. Les lames sont plus étroites, plus courtes el plus légères; elles se dessèchent à l'air et mettent beaucoup de temps à se décomposer, on les voit revenir constamment à la surface et se laisser emporter par le vent, dont la fréquence et la violence ne sont que trop connues sur toutes les côtes de la Corse.

A Chiavari on a renoncé à cet emploi des algues dont les résul> tais paraissent douteux, et on s'en sert exclusivement comme litière sousles animaux. Mélangées aux déjections elsoumisesàlafermentation des fumiers en. tas, elles n'offrent plus aucun des inconvénients des algues portées direclement de ia mer sur les champs en culture.

CVLTURE nu CËDR&TIER IS CORSE.

Terreantage.

Une autre manière de suppléer au fumier qu'on nepeut produire, à l'engrais vert, amoindri ou détruit par les intempéries, c'est de faire dans la cédraleric des apports de bonne terre, partout où on en trouve dans des conditions avantageuses d'extraction et de transport. Cette pratique, méconnue des agronomes les plus distingués, et passée sous silence dans les meilleurs traités d'agriculture, rend cependant des services considérables aux cultivateurs non-seulement dans les cultures jardinières, où le renouvellement du sol présente de si grands avantages, mais encore dans les grandes cultures, oii les plantes herbacées n'en profitent pas moins que la vigne et les autres cultures arbustives.

Apporter sur un champ épuisé une tene prise dans des conditions déterminées, c'est l'enrichir de nouveaux éléments de fertilité et augmenter au profit des plantes ic milieu où elles puisent l'eau et la nourriture dont elles ont besoin.

Qui ne sait que le vigneron de Cap-Breton (Landes) fume ses vignes des dunes en y apportant du sable vif extrait des surfaces laissées en repos et sans culture?

Le? Bretons et les Normands font un large emploi des langues et des sahics coquilliers de la grève pour donner à leurs champs le cîiicaire cl d'autres éléments utiles à la végétation. Kn Beauce et dans beaucoup d'autres localités, la terre vierge que l'on peut recueillir sur les bas côtés des chemins, le long des fossés, des clôtures, el dans tous les espaces vagues et abandonnés, produit dans les champs un effet égal au fumier de ferme, surtout si, avant de l'employer, on a eu le temps de la remuer et de l'exposer à l'action des agents atmosphériques. Il s'opère dans ce cas une espèce de nitrification et une modification des éléments constituants, favorables à la nutrition des plantes.

Pourquoi les planteurs de cédratiers n'useraient-ils pas du même procédé, bien connu du reste au cap Corse, où la terre recueillie dans les interstices des rochers (véritable terreau des jardins) est couramment employée pour l'entretien des-plantalions.

On ne saurait donc rechercher avec trop d'attention la bonne terre restée sans emploi dans le voisinE^'e de lacédraterie. En alternant ce lerreautage avec les fumiers, à la dose d'environ un demi-

mètre cube par arbre en plein rapport, on en obtîenilra d'excellents lésullats. Cette expérience faite en grand sur une vigne de Chiavari ne laisse aucun doute à ce sujet.

En vue des rigueurs plus ou moins éventuelles de l'hiver, la question des abris doit éveiller toute la sollicitude du cultivateur. Il suffit d'une gelée exceptionnelle et d'un coup de venl pour produire des dégâts dont les effets se feront sentir ensuite pendant plusieurs années.

Abris artiflcielB.

Le cédratier gèle, dil-on, à + 3°, tandis que le citronnier ne commence à souffrir qu'à 0° et l'orangor à — 3°. Il est de beaucoup le plus sensible au vent du nord, dont le bOuHIe violent et glacé détruit infailliblement ses (leurs et ses feuilles.

Tant que les arbres ont peu de développement, on se contente d'un simple capuchon de bruyère ouvert d'un côté, et protégeant ' l'arbre contre le vent et le soleil levant, abri de peu d'importance qu'on enlève au retour de la belle saison.

Les arbres adultcfi^ sont défendus contre le vent cl le froid par des abris verticaux et des abris horizontaux.

Les premiers coupent les vents qui viennent de la mer ou de la montagne, et restent en permanence sur le terrain. Les seconds, au contraire, ne servent que pendant l'hiver contre les fortes gelées. Posés après la cueillette des fruits, ils sont enlevés vers la mi-mars. — Les abris verticaux sont des palissades en planches, des murs en maçonnerie, ou de grands paillassons de maquis, de roseaux de paille, paillassons qui servent également pour les abris horizontaux. Ces différents abris sont aussi efficaces les uns que les autres; dans chaque localité, on donne naturellement la préférence au système qui coûte le moins à établir et à entretenir.

Les abris horizontnux ne sont pas nécessaires dans toutes les localités. Quand l'arbre peut s'en passer, il ne s'en porte que mieux.

Les abris fixés sur les pieux verticaux du palissage doivent déborder un peu le périmètre extérieur de l'arbre. Quoiqu'ils forment couverture au-dessus du cédratier, ils n'empêchent pas ce dernier de se mettre en équilibre de température avec l'air ambiant, mais ils le préservent du rayonnement solaire si dangereux pour les feuilles et les jeunes boui^eons soumis à un fort abaissement de température.

CULTUnC DU CËMnTIEK EN WRSE. IIS

Les abris verlicauï atteignent 3 à 4 mètres de hauteur. Ils sont d'aulant plus eflicaces qu'ils sont plus rapprochés les uns des autres. On ne saurait trop les multiplier. On remarque que ce sont les arbres les plus voisins des abris qui se montrent les plus vigoureux et lesplus productifs. On peut dire que les cédratiers sont en chambre quand, pendant l'hiver, on voit les paillassons qui les couvrent et qui les enveloppent de tous les côtés.

On a tenté vainement d'envelopper de paille le cédratier comme on le fait pour certains arbres exotiques. Dans cet état, l'arbre manque d'air, et il perd en grande partie ses feuilles et ses ramifications fructifères. L'agitation imprimée à l'arbre par la violence du vent semble très-nuisible à la formation des fruits. Aussi, il n'est délié de son treillage que le temps nécessaire à sa taille et au rétablissement du nouveau palissage qui résulte de l'alongement annuel de chaque branche. L'opérateur ne passe à un autre cédratier que lorsque le précédent est complètement taillé et ratlaché. Ce serait donc une pratique vicieuse que d'enlever pendant l'hiver les pieux qui servent à palisser les arbres, pour les faire durer plus longtemps. Pour une économie insignifiante, on s'exposerait à une perte considérable dans la production des fruits.

Caractères diatmctib du cédratier. Floraisoii et finictiflcatioQ.

Le cédratier est, dit-on, originaire des contrées situées au delà du Gange, c'est-à-dire de la partie tropicale de l'Asie. — On ne doit pas s'étonner qu'il supporte mal la gelée et la neige dos climats moins chauds où l'on essaye de le propager. — Les botanistes le désignent sous le nom de cUrus medica. Les pépiniéristes en cultivent plusieurs variétés. On n'en connaît en Corse qu'une seule variété, qui, du cap Coi-se, s'est répandue successivement sur divers points du département. Cet arbre se distingue facilement de l'oranger et du citronnier par la vigueur de ses pousses et par la largeur de ses feuilles. Son principal mérite, pour la culture, réside dans son fruit, dont la grosseur, la forme, le goiit et d'autres quidités spéciales empêcheront toujours de le confondre avec toutes les variétés de citrons et d'oranges. Ces fruits sont volumineux, oblongs et à surface raboteuse. Les fleurs sont hermaphrodites, quelquefois unisexuelles par avortement, solitaires ou réunies en grappes à l'aisselle des feuilles et sur des brindilles que portent les branches principales et les ramifications secondaires.

La lailie, le pincement et l'arcure permettent de distribuer régulièrement les brindilles fructiréres dans toutes les parties de l'arbre. Les fleurs apparaissent sur les cédratiers depuis le mois de février jusqu'au mois d'août et même de septembre. En février, mars et avril, la plupart des fleurs avortent sous l'action des intempéries. Les fleurs fécondes ne sont très-abondantes que dans les mois de mai et juin. Les plus beaux fruits proviennent toujours des fleurs de la première fécondation. Celles du mois d'août donnent encore des fruits vendables dans le mois de décembre.

Les arbres commencent à donner quelques fleurs à l'âge de deux ou trois ans. On doit sacrifier impitoyablement ces premiers fruits, sous peine de nuire considérablement au développement des jeunes

Prodaction bmte dti cédratier.

A l'dge de quatre ans l'arbre peut rapporter i à 5 k. de fruits, à à sept ou liuit ans il est en plein rapport et donne iO à 50 k. de fruits. A quinze ans les meilleurs sujets pourront atteindre le chiffre maximum de 100 k. Des arbres isolés et recevant des soins exceptionnels dépassent de beaucoup ce maximum, mais la production d'une cédraterie doit être appréciée et évaluée d'après les rendements ordinaires et moyens qu'on observe dans la plupart des cultures.

J'ai visité à la Solenzara une cédraterie d'une étendue de 25 ares, où l'on comptait une centaine d'arbres en plein rapport. En 1872, chaque arbre a produit des cédrats pour une valeur de 50 francs.

En mars 1874, la cédraterie de Porto, l'une des plus importantes et des mieux dirigées de la Corse, renfermait 1C50 arbres, dont 28 de huit ans, -i05 de cinq ans et 1217 de quatre ans.

La production de trois années successives se résume dans le tableau suivant :

ASNÉE.

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