INFLUENCE DE U SECHERESSE DE 18T0 SUR LES RÉCOLTES
sol et du sous-sol. La parcelle non fumée renfermait, ainsi que nous l'avons vu, un nombre considérable d'espèces, et parmi elles, quelques-unes avaient envoyé des racines à une grande profondeur, mais l'ensemble du gazon élait formé d'une masse complexe de chevelu et de racines beaucoup moins vigoureuses que celles des parcelles fumées, Ces radicelles avaient pris plus ou moins complètement possession du sol jusqu'à une profondeur de 15 centimètres ; quelques-unes même avaient une tendance à descendre plus bas, devenant cependant plus faibles dans les seconds et troisièmes échantillons de 22^,5, et à une profondeur de i mètre ; elles étaient fines comme un (il de soie. On admit, sans cependant pouvoir le démontrer, que les racines trouvées à cette grande profondeur étaient celles de VAgrostis vulgaris et celles du Bromus mollis.
L'échantillon pris de la surface à 22'',5 de la parcelle non fumée présentait l'apparence du terreau à peu près comme les parcelles fumées ; le second échantillon, 22,5 à 45, avait beaucoup perdu du caractère argilacé du sons-sol ; mais à partir de ce point on n'observait plus guère de modification.
Le sol de la parcelle 9, amende avec des engrais minéraux et des sels ammoniacaux, consistait en une masse épaisse de racines décomposées, pénétré de racines vivantes et de chevelu, à peu près comme dans la parcelle non amendée , mais peut-être un peu moins complexe; les racines y étaient plus vigoureuses. Les filels horizontaux de VAgrostis vulgaris dominaient beaucoup, émettant beaucoup de chevelu, et poussant dans le sous-sol de nombreuses racines fibreuses. Le Poa pralensis développait aussi un grand nombre de racines vigoureuses et une masse de chevelu. Les racines pénétraient à peu près à la même profondeur que dans la parcelle 3, mais en plus grande quantité et plus fortes; au cinquième échantillon, c'est-à-dire à plnsd'un mètre, ellesélaiont devenues rares et extrêmement fines. Ainsi qu'il a été dit précédemment, les sols de réchanlillonn'l recueillis sur chacune des parcelles différaient trèspeules uns des autres; mais si les modifications apportées par la végétation n'élaienl pas absolument identiques, on pouvait peutêtre trouver que l'échantillon provenant de la parcelle n° 9 était le plus noir et celui qui était le plus complètement métamorphosé en terreau. L'échantillon n" 2 de la parcelle 9 avait subi une modification plus complète que celui de la parcelle 3 et même que celui de la parcelle 1-4, Les échantillons n° 3 et n" 4 étaient plus foncés que
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les numéros coiTcspondants delà parcelle ii''3,ils avaient donc été plus modifiés. Les échantillons n" 5 et 6 étaient très-peu difTérents parleur couleur de la teinte jaune clair des nuii)éroscorrcspondaiits de la parcelle non fumée.
Le sol de la parcelle 14, fumé avec des engrais minéraux et du nitrate de soude, n'avait pas l'aspect tourbeux de celui qui forme la parcelle n°9; la raison en esL sans doute que la plante dominante, le Bromus mollis, qui forme près de la moitié de la récolte possède comparativement peu de feuilles enracinées; el que, sous l'influence de cet engrais, le Poa trivialis, VHokiis lanatiis el le Lolium perefine avaient une tendance à s'élever au-dessus du sol. Le Bromus mollis particulièrement lançait ses racines fortes et allongées dans le sous-sol, laissant seulement son chevelu ou ses racines de moindre importance s'étendre à la surface. Le second échantillon de terre était lié au premier, car il était, comme lui, rempli de racines, k. l'extrérailé des radicelles du BrontiiS)Bo//is on trouvade petits tubercules semblables à ceux qui apparaissent sur les racines de quelques légumineuses, à une profondeur de 30 à 35 centimètres. Les racines de cette plante s'étendaient cependant â une profondeur d'à peu près l'°,2fl. Les différences que présenlaient les échantillons de cette parcelle avec ceux des autres parcelles étaient très- frappantes. Le premier différait peu cependant du n" i de la parcelle sans engrais, mais le second était plus modifié que celui de la parcelle sans engrais pris à la môme profondeur. Les troisième, quatrième, cinquième et sixième échantillons présentaient un aspect très-différent de ceux des deux autres parcelles; l'argile, au lieu d'être d'une teinte uniformément rouge jaunâtre, était beaucoup plus traversée de veines montrant un mélange de jaune, de gris, de rouge et de bleu, dans lesquels le jaune et le gris prédominaient. Cette ditTérence était si sensible que lorsque les échantillons furent réduits en poudre, ils étaient d'un jaune grisAtrc au lieu d'être d*un jaime rougeàtre comme les autres, et le plus clair ou le moins jaune étjiit le sixième qui avait été pris à la plus grande profondeur.
Il y avait peut-être naturellement plus d'arçile grise dans le soussol de fclte parcelle que dans celui des autres, mais les différences de texture et d'aspect étaient trop grandes pour qu'on put les attribuer à celte seule cause. Les couches profondes étaient en outre phis molles, plus onctueuses que les couches correspondantes des autres parcelles, bien qu'ainsi qu'il a été dit plus haut
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elles renrermassent une moindre proportion d'eau. En résumé, le sous-sol de celte parcelle paraissait bien plus désagrégé que celui des autres, aussi était-il bien plus facile à travailler, et paiiiculiêremenEquc celui de la parcelle non fumée qui étaittrès-dur.
Ces observations nous conduisent donc à reconnaître que nonseulement les plantes dominantes ont varié dans chacune des parcelles suivant les engrais employés, mais qu'en outre les plus abondantes sur lii parcelle sans engrais avaient les racines les moins, puissantes et les moins vigoureuses; l'argile du sous-sol était trèspeu modifiée, et elle avait cédé très-peu d'humidité aux récoltes. Les graminées si puissamment développées de la parcelle qui a reçu les engrais minéraux et les sels ammoniacaux, ne puisant leur nourriture que dans les couches supérieures du sol, et, ayant fourni cependant sous l'influence de l'engrais, un accroissement de récolte sensible, ont dû prendre directement par leurs racines l'eau que la capillarité a fait remonter des couches les |ilus profondes qu'on ait examinées jusqu'à la surface ; c'est ce que prouve, au reste, la grande diiTérence d'humidité qu'on observe entre les échantilloQS de celte parcelle et de celle qui n'a pas été fumée. Les plantes qui se sont développées sur la parcelle 14, qui a reçu le nitrate de soude, avaient une tendance prononcée à enfoncer leur^ racines profondément, et nous trouvons ie sol desséché à une profondeur considérable, ce qui explique le peu d'effet qu'a produit la sécheresse sur la récolte.
Si nous rappelons que le-sous sol de la parcelle qui a reçu le nitrate de soude est plus modifié que celui de la parcelle qui a été amendé avec des sels ammoniacaux, que de plus la parcelle 14 (nïlrate)a été couverte de plantes prenant leur nourriture à une grande profondeur, ce qui leur a permis de résister victorieusement à la sécheresse, nous pourrons en conclure que l'ammoniaque des sels ammoniacaux est retenue bien plus complètement par tes couches superficielles que l'acide nitrique des nitrates. Ce dernier, par suite, est plus facilement entraîné par la pluie jusque dans le sous-sol où lea racines le suivent, et on conçoit que cet effet se produisant sans interruption pendant quatorze ans ait déterminé une modification sensible du sons-sol de la parcelle 14, tandis que celui de la parcelle 9, qui a reçu les sels ammoniacaux, n'a été que très-incomplètement modifié; on comprend par suite que les plantes à racines profondes aient pris chaque année sur la parcelle 14 un plus grand
accroissement. Il est à remarquer enfin que le Bromus mollis, qui bien que bisannuel a pris possession du sous-sol plus complètement qu'aucune autre plante de l'herbage, esl très-précoce et qu'il mûrit sa graine généralement avant que la récolle soit coupée.
Ajoutons, en passant, que partout où, dans les expériences de Bothamsted, le nitrate de soude est employé d'une façon continue sur la terre arable, l'apparence des parcelles est très-particulière et reconnaissable à une grande distance. Le sol semble retenir beaucoup plus d'humidité ; il est plus compacte, plus plastique que celui des autres parcelles, il est plus difficile à travailler, et ne peut être amené au même état de division que les autres parcelles si on ne lui donne un nouveau labour. On comprendra, d'après cela, que pendant la saison humide la parcelle nitratée et son sous-sol mieux désagrégé conservent plus d'humidité que le sol etl'ai^ile compacte du sous-sol des autres parcelles.
Les considérations précédentes expliquent la résistance à la sécheresse qu'a montrée la parcelle ii pendant l'année 1870.
Avant d'abandonner ce sujet ajoutons que pendant cette année d'une sécheresse exceptionnelle, une partie de l'herbage située dans le voisinage de la prairie d'expérience a reçu une addition copieuse de fumier d'étable de Londres, sans aucun bénéfice apparent; la récolte était si faible qu'elle valait à peine te fauchage.
Les effets de la sécheresse sur les autres cultures expérimentales ne furent par aussi évidents que ceux que nous venons de rapporter, néanmoins nous y trouverons encore quelques faits importants que nous allons présenter au lecteur.