SITUATION DE L'ALGÉRIE EN
La situation de l'Algérie s'est présentée sous un aspect satisfaisant au début de l'année 1854. Notre autorité, reconnue à peu près partout, à l'exception de quelques districts de la Kabylie, ne paraissait plus devoir rencontrer d'obstacles sérieux nulle part. On peut légitimement espérer que cet état de choses se maintiendra, et croire que si des perturbations nouvelles devaient surgir, elles proviendraient de causes extérieures peu h craindre sans doute, dans un moment où la Franco a pour alliés intimes précisément les deux seuls peuples qui pouvaient voir avec méfiance et regret la cooçoliil^tion de notre domination dans le Qord de rAfrique.
374 ANNALES AtaÉlilENNES.
Les tâtODoements, les changements de système, Finstabilité ()^ volontés nous ont fait arriver au but par un cheinin plu? long, plus diffiiMle et surtout extrêmement plus coûteux que celui que nous aurions eu à parcourir si, dès le principe, nous avions sa bien nettement jusque où nous voulions aller. On a longtemps balancé entre la conquête générale Qt Toccupation restreinte; mais celle-ci ne pouvait exister qu'à la condition d'établir sur les parties de l'Algérie que nous n'aurions pas directement dominées, cette espèce de suzeraineté connue dans la langue diplomatique contemporaine sous l*expression euphémique de protecior rat. Or, c'est ce proteciorat que Ton n'a jamais su ou pu constiluçr en Algérie. Le maréchal Clausel aurait voulu l'organiser avec des princes tunisiens, et il y serait, je crois, parvenu, si ses projets eussent été adoptés. Les éyén^m^nts nous présentèrent ensuite Abd-el-Kader ; mais le général Desmicbels d'abord et le général Bugeaud, après lui, manquèrent le but : ils firent de cet émir un antagoniste et non un vassal de la France. Les négociations do général Damrémpnt poiir lui opposer Àl^ipedrBiîy et arriver ao protectorat par la rivalité de ces deux chefs, n'aboutirent pas ; la victoire qu'il fallut remporter sur celui-ci ayant tourné à l'avantage de l'autre, son orgueil le fit rompre avec nous, et nous fûmes auunés, d'événement en événement, à la conquêie générale dont peu de gens voulaient dans le principe. L'occupation restreinte et le protectorat paraissaient être, en effet, ce qu'il y avait de plus raisonnab'e, au moins à un déltut. C'est, du mule, la politique suivie parles Anglais «lans Tlnde; Ct* fut auss», d.»ns le monde antique, celle des Romains, qui imposaient leur alliance et leur protection avant d'imposer leur empire. Le système contraire a prévalu en Algérie plus par entraînement que par choix. Il nous avait coûté, à l'époque où finissent les Annales, c'est-à-dire à la fin de ISiT, la somme énorme de 896,819,286 franco, de laquelle il convient, il est vrai, de déduire pour les revenus de l'Algérie jusqu'à la même époque, celle de 121,655,084 fr., ce qui porte à 775,164/202 (r. les dépenses de la conquête dans les dix-sept premières années. Je ne compte pas les frais de la prise d'Aigcr en 1830, car ils forent couverts par le trésor de la Casbah.
Depuis le 1*' janvier 1848 jusqu'au l^"^ janvier 1854, on peut évaluer les dépenses, déductions faites des recettes, à 498 mil-
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lions (1) ; ainsi les frais de conquête, d'occupation et de colonisation de l'Algérie, se sont élevés, jusqu'à ce moment, à plus d'un milliard trois cents millions, en comptant les mois écoulés depuis le f janvier de cette année.
iDlIINISTRÀTlOIf.
La haute administration de l'Algérie est dirigée par un gouverneur général sous les ordres du Minisire ^e la guerre. L'autorité de ce gouverneur général est direcie et complète sur la plus grande partie du territoire qui est celle où la colonisation européenne n'a pas assez d'importance pour que l'autorité civile y ait été organisée. Cette partie du territoire por(e la dénomination officielle de territoire militaire. Par opposition, on appelle territoires civils les districts, comparativement très-peu étendus , où la population européenne a une consistance qui a dû déterminer le Gouvernement à la faire administrer par des fonctionnaires de )'ofdre civil ('^). Ces districts^ quoique disjoints et séparés par les territoires militaires, ont été partagés en trois groupes appcr lés, cqmme en France , départenoents, et administrés par des préfets.
Jjes préfets de l'Algérie ont, comme ceux de France, la correspondance avec les Ministres, pour toutes les affaires réglemenl^ires de l'administration orç|iqaire ; mais ils doivent s'adresser au gooverpeur général pour les affaires d'tine nature spéciale à l'Algérie, par exen^ple pour tout ce quj| concerne la colonisation.
fiCS territoires militaires sont administrés et commandés par des officiers généraux subordonnés en tout au gouverneur gé-
(f ) Je ne pais donner ce chiffre que comme très-approximatif, tons les comptes afférents à la période à laquelle il se rapporte n^ayanl pas encore été définitif ement arrêtés.
(S) Le ministère a publié, en 1853, une carie de l'Algérie, où les territoires eivils sont marqués d'une teinte rouge. On Yoit, au premier coup d'œil, combien ils sont resserrés et peu nombreii ; mais ils ont un peu augmenté depuis en étendue et en nombre.
néral. Ils forment les trois provinces d'Alger, d*Oran et de Constaniine , auxquelles correspondent les trois départements qai portent les mêmes noms que les provinces où ils sont enclavés.
Les subdivisions des départements sont des sous-préfectures oa des commissariats civils , selon leur importance. Les sous-préf( dures sont organisées comme en France. Les commissaires civils réunissent plusieurs attributions; car ils sont en même temps, maires, sous-préfets et quelquefois juges de paix. On peut voir, au XXVIII* livre des Annales, l'analyse de l'ordonnance qui les constitua en 1838; l'organisation actuelle, qui est celle du 9 décembre 18^9, les a conservés à titre provisoire dans les localités où l'élément civil n'exige point encore le partage des attributions conférées à cette classe de fonctionnaires, qui a rendu de modestes, mais très-réels services et où se sont formés d'excellents administrateurs.
Il existe dans chaque département un conseil de préfecture, comme eu France, et un secrétaire général. L'arrondissement da chef-lieu n'a pas de sous-préfet ; il est administré directement par la préfecture, également comme en France.
Le département d'Alger, dont Alger est le chef-lieu, n'a qu'une sous-préfecture dont le siège est Biida. Mais il a cinq commissaires civils résidant à Médéa^ Miliana, Gherchel, Tenez et Orléansville.
Le déparlement d'Oran, donlOran est le chef-lieu, n'a non plus qu'une sous-préfecture, celle de Mostaganem. Il compte trois commissari:Us civils, Arzeu, Mascara et Tlemcen.
Le département de Consiantine, dont la ville de ce nom est le chef-lieu, a deux sous-préfectures, Bône et Philippeville, et quatre commissariats civils, Lacalle, Guelmà, Bougie et Sétif.
Les généraux commandant les provinces administrent les territoires miliiaires par les officiers placés sous leurs ordres dans les subdivisions et les cercles. Ainsi chaque' province est partagée en subdivisions, ei chaque subdivision en cercles. Le général commandant la province administre directement la subdivision où se trouve la capitale de la province, de même que chaque commandant de subdivision administre le cercle du chef- lieu de sa subdivision. Chaque province forme une division militaire. Void le t;ibleau de celte organisation :
DIVISION D'ALGER. — quartier général a blida.
Subdivitiont. Cerelet*
Blida
Alger
Médéa I
Blida..
Alger.
Dellys.
Aumale | Aumale.
Médéa
Bogbar.
Miliana. Ifiliana { Cherchel.
Teniet-el-Had.
OrléansfiUe | O'I^"'''"*'
( Tenès.