POPULATIONS INDIGÈNES DU NORD DE L'AFRIQUE
L'humanité est une : les différences que l'on remarque entre les diverses sociétés qui la composent sont plus apparentes que réelles ; les formes varient, mais le fond est toujours le même i soumis partout aux mêmes besoins essentiels, l'homme a partout les mêmes passions ; né pour vivre en troupe, il est doué d'un sentiment naturel de bienveillance pour ses semblables, sentiment sans lequel la société n'existerait pas un seul instant ; mais, né
progressif, il a aussi celui de rindividualisme beaucoup plus développé que ne Tout les animaux à association stationnaire. Deux instincts moraux, puissants, nécessaires, conséquences forcées de son organisation, dirigent donc ses actes : l'un, tout attractif^ l'atiire vers ses frères ; l'autre, plus personnel, le pousse à s'élever audessus d'eux. Enfin, pour que ces deux forces qui, abandonnées à elles-mêmes, pourraient le conduire à la négation du mouvement, le conduisent au contraire à l'accomplissement de sa destinée, il a été doué, à l'exclusion de tous les animaux, ce qui le met bien ap-dessus d'eux, de la connaissance du premier principe et de la prévision d'un avenir sans bornes, dans un monde qui ne finira point.
Voilà ce qu*est l'humanité partout ; mais les différents milieux dans lesquels agissent ces trois forces produisent des modifications qui constituent ce qu'on appelle les mœurs ; du reste, ces variétés entre les habitudes des hommes sont souvent bien moins tranchées d'un peuple à un autre qu'entre les classes de citoyens d'un même peuple. L'homme du monde peut parcourir l'Europe et l'Amérique sans sortir de son milieu. Il y retrouvera* s'il le veqt, à peu près les salons de Paris. En Perse, en Turquie, sous la tente même d'un cheik arabe de quelque Importance, il retrouvera quelques-unes de ces manières aisées, qui distinguent partout, du plus au moins, les familles qu'une position élevée affranchit des préoccupationsjournalières de l'existence matérielle , tandis que, dans son pays même, il pourrait, en descendant un peu, arriver à une sphère bien plus étrangère à ses habitudes.
Néanmoins, il est certain qu'il existe entre les peuples des nuances sensibles, provenant, comme nous venons de le dire, des milieux où se passe leur existence ; et ces milieux, je les prends dans les circonstances qui ont présidé à leur formation, dans le sol et le climat qu'ils habitent, dans la forme qu'a prise la religion chez eux ; choses dont quelques-unes étant en même temps causes et effets, réagissent les unes sur les autres et font naître une masse d'idées traditionnelles qui constituent l'esprit public.
Dans ce que je vais dire des mœurs des habitants du nord de PAfrique, c'est à l'étude de oet esprit public, à la manifestation qa'il affecte le plus habituellement, que je m'attacherai de préfé-
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rcnce : qiiam aux peiîls usages exiérieurs qui n'arrrpnt qn'on asseK mince inlérél ile curiosilé puérile ou, si l'on veiil, piliorcsque, je ne m'en occupiTai qu'acdileiilelleinpnl; j'nvnue même qu'une asspz longuo liabilude m'a lellcmuol Tiimillarisé avec ces usagps , que c'est i peine ti mainlenant je m'iiperçoig qu'ils dinèrenl des nClres.
L'organisation poliiiqne des Arabes est iort simple : c'est celte ]e la famille agrandie; les termes qui s'f rallaclient iiidii|uen( P ^celie origioe pal ri 3 ri a le. Chaque Iribu (arche) porle un nom qui I wpptllc la souche commune d'ofi snnl sortis ses membres. Tels I JOUI, par exemple, les Beni-Kkalil, les Betâ-Movça, les Oufad- I abi-Allah, expressions qui, traduites ii la leilre, signiHenl iMjifi l *ie /TAnlil, le* (iU de Moula, f<» «n/'anU d'Jftrf-Ji'nA; le ehefde 1 tribu s'appelle le vieillard. Cheikh, et tousses membri'S se traitent L jenlre eux de frérei ou au moins de couiintj cependant on ne I peut établir d'une manière absolue que le nom colleclir qu'ils I portent soit toujours celui d'un ascendant commun : des tribus . 0nl dû se former par l'agglomération d'individus séparés des 1. «aires par diverses causes, et alors elles auront pris le nom de I leur premier chef. Enlîn il en est dont le nom n'aricn degéoéa- I logique; tels sont, par exemple, les lladjoutes, les Huracia, les L Scnhadja et queli]ues autres.
L'autorité du theikh est généralement assez bornée; mais, comme L aile n'est limitée par aucune règle fiic, elle peut s'étendre plus [ on moins selon le caraciëre et l'habileté de celui qui l'exerce. L Chaque tribu est partagée en subdiiisions qui porteut le nom de F ï'arca, lesquelles ont charune à leur lâle un cbeikU inférieur, subordonné au cheikh principal qui, quelquefois, prend le litre I de Cheikh des Chiikht; enfin chacune de ces subdivisions est ' ^rtagée en douars.
I Le douar, unilé élémentaire de la société arabe, est une réunion
l . de familles vivant sous des tentes. Ces tenues, en tissus noirs ou
bruns de grosse laine, sont disposées en cercle de manière ï laisser
dans le centre ua grand espace vide, oit l'on enferme la nuit les
troupeaux, pour peu que r maux de proie. Les dievi iluprès<1e chaque teolei les :
■ous la muiu , de surie qu'
DQ ait à craindre les voleurs ou lesaniux sont eoEravps à des cordes teniluus irmes et les selles soniioiijours préicset in moins de cinq mioules luul le douar
,-peul êlre ï dievai. En cas il'alerle,pend3iilque les guerriers prcQ- , neai les armes, ks tentes et lus b^Kio^s soiil plies el chargés sur ' les chameaux et sur It^s mules par les feuimes, les eufauls el les , ^eillards, et rieu D'égale la promptitude avec laquelle toute la , ^uplade se mel en ni.irche pour luir le danger, si elle ne se sent I Jtas de force à y Taire face.
Toutes les afTairus du quelque iraporlance que le cheikh ne peut régler seul sont débattues en assenihlée générale de la iribu ; c'est Ib que le cheikh est nommé à tbaque vacaoce ; mais tréstouvenl cette dignilé est héréditaire, de sorte que l'on volt quel- ^efois le liire de Clieikh nu vieillard donné h uo eufant. L'auio- Âïié ett alors exercée en son nom par une espèt:e de régent, choisi itabituellement parmi les membres de la famille. Du reste, c'est |è jeune cheikh qui jouit des huuneurs aiiachés au couimaude' il qui 1:11 porte les insii;iies. Il y a quelque chose de vrai- Sient iDiicliant dans la manière tendre et respeciUKUse dont il est traité par la tribu, dont il est le Dis avant d'éire le chef. Rien cependaul ne consacre le droit béiéditaire d'une famille à la dignité de cbeikh i c'est uu fait |<lulôt qu'un droit, lait qui dé- , coule des penchants aristocratiques des Arabes.
Telle est la tribu arabe dans son organisation primitive, là oCi l'aile ferme enciire une petite nation indéiieudauie, lauiôt unie Il ses voibins par des ciinveuiioDS passagères, tanldl ayant re- , lux armes pour rcgler ses dillérends avec eux. Mais celle
ftSl^anisation s'est un peu modifiée partout où les tribus ont été ■'•Qumises îi uu pouvoir cculral, furuié en dehors et au-dessus