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Dans le temps oii le nord de l'Afrique faisait partie du l'empire
Poes Califes, chaque province de ce vaste continent éiaii adininis-
Irée par un ckel appelé unali, i ta nomination du gouverneur
de l'Afrique qui résiU-nt à Kairuuau. Les provinces éiaicnl sulidi-
visées eu arrondisscmenls uu ouibau-s ayant à leur tète des kaids
s par l'»uali. Or, ces caïds devinrent uaturellemcnt les
^«facra des tribus qui liabiui<
é des
cheikhs s'affaiblit devant la leur, ainsi que la puissance des assemblées des tribus, surtout lorsqu'elles se fixèrent au sol par des habitudes agricoles. Les cheikhs prirent place , selon leur importance, dans la hiérarchie administrative qui, partant de Kairouan, se ramifiait, de subdivisions en subdivisions, jusqu'au douar le plus obscur. Cependant ils ne cessèrent point d'être, avant tout, les hommes de la tribu qui elle-même, quoique faisant corps avec l'Etat , continua à avoir une existence propre, analogue à celle des communes du moyen âge en Europe. Mais nos communes, se rattachant par leur origine et par leurs institutions au monde romain, se trouvaient naturellement animées d'un esprit de fixité et de civilisation. La tribu africaine, au contraire, dut conserver des premiers Arabes^ dont la société imparfaite lui servit de type, cet esprit nomade contre lequel luttait le pouvoir central : ainsi les libertés municipales qui> par la seule différence des points de départ, ont fait sortir l'Europe de la barbarie» ont sans cesse tendu à y replonger TÀfrique. Mais la liberté est partout si attrayante, qu'il est naturel que les hommes l'acceptent sans trop calculer où elle conduit.
Lorsque le nord de l'Afrique se sépara des Califes, lorsque, plus tard encore, il se fractionna en divers Etats^ les tribus ayant conservé et leurs formes et leurs traditions, se trouvèrent toutes prêles à profiler de la décentralisation pour ressaisir leur indépendance. Les chefs de ces petits Etats, sans cesse en guerre les uns contre les autres, travaillaient réciproquement à les attirer à leur cause par diverses concessions. A mesure que ces princes se consolidaient, ils cherchaient bien à les remettre sous le joug ; ils y réussissaient quelquefois ; mais le moindre prétexte faisait naître de nouvelles révoltes; on peut même dire que depuis la chute des Almohades, c'est-à-dire depuis plus de six siècles, les tribus du Sahara ont été de fait toujours indépendantes; celles du Tell, qui sont plus saisissables, ont obéi, tant bien que mal, aux rois de Tlemcen, de Bougie et de Tunis, et enfin aux Turcs. Mais une chose digne de remarque, c'est qu'à chaque chute de gouverne* ment, on a vu, jusqu'aux portes des villes, les vieilles tribus arabes reparaître avec leur ancienne organisation, leur esprit d'exclusion, qui fait que chacune d'elles se considère comme une nation distincte, et leurs vieilles rivalités ; et, partout, le premier usage
qu'elles ont fait de rindépendance momentanée que leur procuraient les circonstaDces a été de se battre entre elles. C'est ce que nous avons vu de nos jours après la chute de la domination turque à Alger. Cependant les troubles, l'anarchie, le défaut de sécurité, qui sont toujours résultés de cet état de choses, n'Ont jamais manqué, au bout d'un certain temps, d'amener une réaction favorable au retour de Tordre. Fatigués des excès d'une liberté orageuse, les Arabes, comme tous les peuples qui se sont trouvés dans le même cas, se prenaient alors à désirer le rétablissement d'un gouvernement central et fort ; c'est là tout le secret de la fortune d'Abd-el-Kader.
Il est résulté de ces passages successifs de l'indépendance à la soumission et de la soumission à l'indépendance, considérées comme correctifs l'une de l'autre, il en est résulté, dis-je, que la liberté et le pouvoir ont été chez les Arabes deux idées contradictoires. Leur organisation de tribu les fixant au sol moins que tous les autres peuples, ils s'y sont attachés comme à un moyen toujours existant de se soustraire à la tyrannie, au moins par la fuite ; et chaque fois qu'ils ont été las de révoltes et de courses vagabondes, ils se sont reposés dans le pouvoir absolu, sans concevoir d'alliance possible entre une liberté sage et un pouvoir tempéré.
Sous le gouvernement turc, les beys remplacèrent les ouali dans le commandement des provinces ; les fonctions de ka!d furent dévolues k peu près exclusivement à des Turcs. Cependant les tribus les plus puissantes, celles qui avaient pu mettre des conditions à leur soumission, relevaient directement des beys, sans interposition d'aucun kaîd. Celles-là avaient à leur tête, comme an temps de leur indépendance, de grands cheikhs pris dans leur êem, mais nommés par le Gouvernement. Au surplus, les Turcs, lorsque des raisons politiques ou la cupidité de leurs agents ne s'y opposaient pas, consultaient assez volontiers les convenances des tribus dans la nomination de leurs chefs, et accordaient même à la naissance cette préférence que l'habitude avait consacrée. J'ai conna des cheikhs élevés par eux à cette dignité dès l'âge le plus tendre, uniquement parce que leurs pères et leurs ancêtres en avaient été revêtus.
La justice est administrée, dans ie nord de TAfrique comme
. dans lous les pays musulmans, par tes cailis, et les muptiiis, qui )iil les Jeriiicrs, d'un caracière religieux. k II y a ordiiiaircni<.'ul un cadi par oulhan pour les Arabes des .campagnes; nous parlerons des villes plus lard. Ces cadJs liea- [ neol leurs audiences dans lesinarcliésoù les Arabes se réunissent e Tuis par semaine. Le kuid doii s'y trouver avec ses cavaliers j pour y faire régner l'ordre. Comme il a des droits à y perce- I voir sur les maicliandises, il y mani|ue rarenieni. S'il eft I forcé (le s'eti absenter, il se fait remplacer par son lleutenanl. I Ces léunions ont quelque cbose de irès-pilloresque, et mérileni rde fixer l'allenlion du voyageur. Les lieux où elles se tienneul I nni elioiâis, anlanl que possible, sur un point central, près d'UD cours d'eau un d'une foniaine. C'est aussi là que s'élève k mosquée, s'il en existe une dans l'onlban. Le cadi et le kaîd s'y
font dresser chacun une tenie e assis sur un tapis, ils vaquent aux dev coup de fusil tiré de la teute du kaU : fermeiure du marubé. Les Arabes de l'c
baraque en ramée i lit, irs de leur cbarge. Un inonce l'ouverture et la nbun, el même ceux des
tribus voisines, s'y rendent pour y échanger leurs denrées et s'y procurer les éiolïes cl les objets de mereeiie et d'épicerie qui leur sont appariés par les marchands des villes, surlout parles juifs; on y vend auss' du fer, du plomb, de la poudre à feu, des instruments aratoires, des barnaLheiucnts; quelqueluis il s'y fait d'assez (tniDdes aflaires en laine, en cuirs, en béiail et en grains. Un emplaeement distinct est affeutë i chaque espèce de marchandises. Celles qui se vendent en grandes masses, leli que les cuirs, les laines, les graine, etc., sont étalées sur le soi. Les merciers, les épiciers, les marchands d'élbrt'es, débitent la leurs dans de petites tentes rangées en ligne ; ceux qui n'oi vendre qu'un ou deux objets isolés, comme une arme, i un livre, les colportent dans le marché.
Aussitôt que le signal de fi^rmeiure est donné, les i aliatienl leurs tentes, chargent sur leurs mules ou leurs c les niarcliandises qui leur restent, et chacun s'en retoniaci, G pendant le marcbé que le kaïJ fait proclamer par DD { public les ordres et les défenses de l'admi
Les Arabes itu Tell se livrent à l'agricallure, aussi ne sont-its qu'à demi nomades. Leurs douars se déplacent souvent , nuis sans sortir des limites du territoire aiïecté à la tribu i laquelle ils appartiennent, h moins de quelques secousse politique qui les oblige d'émigrer au loin. On voit ctiPZ eux quelques propriétés privées qui Torment le patrimoine des familles les plus puissantes ; le resie du sol est possédé en commun. Les kaïds et les cheiks en font chaque année la répartition ; chacun en prend ce qu'il peut et veut cultiver : il n'y a aucune difficulté h cela, vu la faiblesse de ta population comparativement ï l'étendue des terres râbles, teui qui n'ont que de faibles moyens d'exploitation l-tfassocient pour cultiver en commun. Chaque famille qui se fixe I #n sol par un établissement permanent, tel qu'une maison, un Ij^ulin, peut s'approprier, autour de la cousiruclion qu'elle a KÎlevée, la quantité de terre qui lui est nécessaire et qu'elle met f illors en culture permanente. Ce droit, proclamé par le Coran, tl la récompense de ce que la loi appelle la viviticatlon delà l.terre. Une administration sage ne saurait faire trop d'eflorts pour »^coura(;er ces sortes d'établissements qui, Ënuugmenianllebiea- ■ ^tre des populations, les rendent aussi plus paisibles, plus stables, et par conséquent plus faciles k gouverner- Dans un rayon plus ou moins étendu autour des villes, les propriétés privées, qui ailleurs sont l'exception, deviennent h règle. Lk le commun des tribus se réiiuît à quelques pacages, quelques portions lie bois et de marais, d'où les Arabes qui, dans ces localités, oui en partie abandonné l'usage de la tente, tirent les joncs dont ils lortnent la toiture de leurs chaumières ou gourbis. Cette modificalinn de la société arabe se fait surtout remarquer dans la belle plaine de la Métidja ; le haouch fixe y a remplacé te douar nomade ; on a traduit ce mol par celui de ie, qui lui convient assez. C'est en eflet une propriété privée ^loitée, Goit par le propriétaire lui-même, soit par des fermiers, it par des colons partiaires appelés Kbamas, parce qu'ils ont le Inquième de la récolte en graius. Us ont de plus le croît du l ne doivent au maître qu'une redevance en lait, et la
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moitié de la laine. Il y avait dans ces haouchs, à l'époque de la conquête, des familles de cultivateurs qui depuis un temps immémorial les exploitaient à ces divers titres. Le temps semblait tellement avoir consacré leurs droits à cette position, que les propriétaires ne se croyaient presque plus celui de les changer. Mais la plupart de ces haouchs ont passé dans les mains des Européens, que les mômes cousiilérations n'ont point retenus.
L'aspect de ces haoucbs est agréable : ils forment dans la plaine de jolies oasis composées de jardins, de vergers, de bosquets d'assez beaux arbres ; les gourbis de culiivateurs sont pittoresquemeat groupés dans cette masse de verdure. Quelquefois il y a un corps de ferme composé de quatre faces de bâtiment en pierre disposées en carré, de manière à former une cour intérieure.
Les Djema ou villages ne diffèrent des haouchs que par leur étendue ; il y a souvent une zaouîa ou chapelle servant de mosquée au village et aux haouchs voisins. Dans les uns et dans les autres la vie intérieure des Arabes est, à peu de chose près, celle de nos paysans d'£urope, si ce n'est qu'elle est moins occupée, parce qu'ils demandent moinsi à la terre. Ls passent les moments où ils n'ont rien à faire dans les champs, accroupis à Tombre de qnelque grand arbre, ou dans une grande cabane commune qui leur sert de café. Les uns jouent aux dames, les autres foni des contes merveilleux dont les Arabes out conservé le goût. Les plus pauvres ou les plus laborieux, pour ne pas perdre leur temps, tressent des nattes, des paniers et des souaris pour leurs bétes de somme.
Les mêmes habitudes se retrouvent, avec quelques nuances différentes, chez les Arabes à tentes et à douars. Ceux-ci sont gé* néralement au-dessus des autres par l'audace, l'adresse et l'intelligence j et cei avaui;)ge qu'ils oui sur leurs compatriotes à demeures fixes, ils l'ont aussi sur les paysans européens, et par la même raison. En effet, l'intelligence individuelle de l'homme a bien plus besoin de s'exercer dans les sociétés qui n'ont presque rien fait pour lui, que dans celles où tout a été prévu et réglé* Un paysan de nos départements de France sait d'avance ce qt*!! a à faire ; il n'a presque jamais rien à chercher : des roules bien entretenues et faciles le conduisent sur les marchés; Il trouve des ponis sur toutes les rivières; il sait à quelle porte il
At>t»ENDlCE. 4Sfi
éoit frapper pour se procurer ce qui lui manque ; il n*a presque pas h craindre les voleurs, et fort rarement l'ennemi ; il vit dans une atmosphère de sécurité qu! lui paratt tout aussi naturelle que Pair qu'il respire. L'Arabe, au contraire, est sans cesse aux prises avec les difficultés de la vie : s'il veut voyager, il faut qu'il connaisse l'état des routes et qu'il se garde des brigands ; qu'il se prépare à ce qu'il doit dire, selon la renconire qu'il peut faire. Dans son intérieur, il a peu debesoinsjl est vrai, mais aussi il n'a guère que lui et sa famille pour les satisfaire ; il faut qu'il sache mettre to main à tout. Gomme membre de la tribu, il a souvent à débattre des intérêts qui façonnent son esprit k toutes sortes d'affaires : si la tribu jouit d'une indépendance permanente ou seulement momentanée, il prend part à des débats d'une importance égale, toutes proportions gardées, à ceux de nos conseils de ministres. Il s'agit de paix, de guerre, de commerce^ de ûnances, toutes choses aussi graves dans une fourmilière que dans un grand Etat. Même lorsque la tribu est soumise h un pouvoir central, il reste encore bien des affaires à débattre en commun, affaires de la nature de celles dont s'occupent nos conseils administratifs. Voilai, certes, bien des motifs pour qu'un Arabe, pris au hasard, ait une valeur intrinsèque supérieure à celle d'un Européen, pris au hasard également. Mais aussi tout est individuel chez ces peuples : les générations se succèdent sans rien léguer à leur postérité ; et, dans les luttes des peuples barbares contre les peuples civilisés, les premiers n'ont à opposer que des hommes k ces redoutables masses organisées, à la conduite desquelles une seule intelligence suffît.
Les causes de guerre entre les tribus arabes sont nombreuses : ime rixe particulière, l'enlèvement d'une femme, un vol dont la réparation n'a pas été obtenue, les prétentions sur une prise .^d^eau, les font souvent courir aux armes. Leurs guerres sont or- ■ijppairement peu sanglantes : elles se réduisent à des courses sur te territoire ennemi et à des coups de fusil tirés de plus ou moins toitt i rarement ils en viennent k l'arme blanche. Ils cherchent surtout k se surprendre et k piller leurs douars. Ces entreprises,
appelées raxxia, mol que nos guerres d'Afrique ont presque fidt passer dans noire langue, ne sont que des acies de brigandage , aecompagnés de moins d'excès cependant que n*en ont malheureusement commis quelquefois nos troupes dans des expédilions de même naiure \ la vie des femmes et des enfants, la pudeur des premières^ y sont toujours respectées.
Les expédilions des Arabes, la guerre effective^ ne sont jamais de bien longue durée; mais il exisie souvent de tribu à tribu de vieilles rancunes héréditaires, qui fonl que les hosiilités se renoovellenl périodiquement; j'en ai vu de nombreux exemples, non-seulement en Algérie, mais dans tout le resté du nord de l'Afrique.
Il arrive assez souvent qu'au lieu de prendre les armes pour obtenir la réparation d'un tort, lorsque ies réclamaiions sont insufûsantes, les Arabes ont recours à ce qu'ils appellent VOusiga, L'ouziga est une sorte de représailles par laquelle la partie lésée saisit une occasion favorable de s'emparer de quelque chose apparienant à des membres de la tribu de ceux qui ont commis le délit, ou aux délinquants eux-mêmes, s'il est possible. La restitution des objets enlevés est ensuite proposée en échange de la réparation du tort. L'ooziga s'exerce sur les personnes comme sur ies biens, et elle manque rarement son effet (1).
Lorsque les tribus se sont assez baiiues^ la paix est ordinairement rétablie entre elles par les marabouts; ces marabouts sont des hommes qui, ainsi que l'indique leur nom qui signifie aUocA^, se consacrent eniièremenl à Dieu et à l'exercice des bonnes œuvres. Ce sont des saints vivants^ placés par l'opinion entre les
(1) Cette manière de procéder était ea usage chez dous daos le moyen âge. On lit dans Olivier de la Marche, qu'en 1428, le seigneur de Granisoo pilla un château de Jacques de Ghabanoes , et s'empara de son fils encore enfant et ee, dit notre vieux auteur, à la querelU et eontrevange (ouzigl) de plutieurt grieft, pilleriet et prîtes faites tur ledit seigneur et sur sei amis parents et alliés^ par Antoine de Cfiabannet comte de Damartiny frèn dudit mesiire Jaques. Je pourrais citer d'autres exemples, mais je me bons à celui-ci, parce quMl appartient à une époque très-rapprochée des temps demei.
hommes ei les anEPS, des vases d'dleciion qui onl le privilège de voir Dieu en face dnns leurs eilases. Ce ne sonipas di« praires, comme on l'a dit, ear ils sont en dehors de I» hiérarchie saccrdo- Inle. Au reste, quoiqu'il soil dirUcile de dire précisément ce qu'ils sont , il le serait encore plus de dire ce qu'ils ne sonl pa<^ : c.ir, lorsque leur répulalion est bien établie, ils exercent sur les (Iiléles un empire presque absolu. Toule autorité p&lit devnnl la Icnr, et, chose remar<]ualili>, ils font en général un bon usage de cet immense pouvoir. Il ust vrai que. s'ils voulaient l'exercer dans on but mondain, le prestige de leur i>»tnielé disparaît rail, et l'on ne verrait plus en enx que des bommts politiques attaquables par les moyens ordinaires.
La qualité de marabout est indélébile et se transmet de père en nis'i Diais l'iiilluL'iire religieuse qui y est attachée doit s'acbeler il chaque génération par les mêmes venus ei la même piété ; ■ansquoi elle disparaît, et il ne reste plus qu'un vain titre. Les vrais marabouts sont des hommes de bien, instruits en ihiîologie, en législation et ménic en histoire ; amis de la paix, toujours disposés à faire régner la concorde entre tes tribus, et bien moins fanatiques qu'on ne pourrait Te croire.
Les marabouts morts en odeur de sainteté sont ensevelis en grande pompe ; on élève sur leurs lonnbps de petites chapelles où les crojiants se rendent en pèlerinage. On voit dans le pays un grand nombre de ces édilices que les Arabes l'nlreiiennent avec soin et dont ils blanchissent les murs à la chaux, ce qui fuit qu'on les aperçoit de très-loin. Ils portent Ii: nom du marabout qui y est enseveli, précédé de lu qualiScatioiide5ûli, que, du reste, les Anbes se donnent loua entre eux, et qui, pour celle raison, n'a pas plus de valeur que notre UoniUuT.
Les Arabes sont polis et même cérémonieux ; ils ne s'abordent jamais sans un échange de longs complimfnis il'nne monotoni-: souvent fatigante. Leurs lettres commencent aussi par des formu* les du même genre, véritable galimatiaii dont ta traduction liilérnle esi presque impossible ; mais leur style esl fort simple et fort naturel dans le corps de la lettre ) il n'a rien de celle enflure
4S8 ANNALES ALGttRIENNBS.
que D0U8 appelons orientale, et que , dans le coflimeDeefli6filde nos relations avec eui, nous croyions devoir adopter, pew nous conformer à ce que nous supposions être de leur goût , de sorte qu'ils pouvaient à plus juste titre l'appeler l'enQure européenne. La politesse naturelle des Arabes les dispose k se conformer sans répugnance, dans les relations de la vie, aux habitudes des étrangers au milieu desquels ils peuvent se trouver momentanément transportés, et leur intelligence exquise leur rend la chose facile* Ils observent rapidement ce qui se fait autour d'eux et s'y conforment avec une aisance remarquable ; la trempe délicate de leur esprit leur fait saisir les moindres nuances, et en ceb ils se rapprochent beaucoup des Français.
A la politesse, qui est le respect pour autrui, les Arabes joignent la décence, qui est le respect de soi-même. Comme leurs' institutions patriarcales laissent au chef de famille on grand pou*» voir, ceux-ci> par un juste sentiment de leur imporlance, M maintiennent dans de bonnes habitudes de dignité personnelle, d'après lesquelles se forment les jeunes gens : aussi, on ne saurait croire à quel point ils poussent la réserve et l'horreur pow le cynisme. 11 est presque impossible de les surprendre dans un état complet de nudité ; dans les camps même, où les Européens mettent si peu de gêne à la satisfaction des plusliumiliants besoins de l'organisation matérielle de Thomme, les Arabes trouvent le moyen de cacher cette fâcheuse nécessité. Toute conversation où la pudeur peut être offensée leur est ordinairement pénible; et cependant, par une contradiction que, du reste, on trouve en Europe, même chez les gens les mieux élevés, c'est à Tacte pour lequel la décence, le bon goût et même la volupté bien comprise, réclament le plus de mystère, qu'ils empruntent ces sortes d'interjections triviales que l'on jette quelquefois dans le discours.
Malgré leurs habitudes de décence, les Arabes n'en sont pas moins très-portés aux plaisirs des sens. Il n'est, je crois, pas de peuple sur qui l'amour physique ait tant d'empire; c'est même peut-être en partie k cela qu'il faut attribuer leur peu de goût pour les conversations trop libres : il semble qu'ils craindruent, en s'y livrant, de profaner par l'indiscrétion de la parole ces jouissances dont leur législateur leur a présenté la perpétoité comme une des récompenses de la venu dass la vie focure, isat
* niwêîr (te taar t«mpéram(;nt les Iptir rend nécessaipes dans celleci. Lnin de considérer la continence dans l'homme comme une Iterfection, ainsi que l'euselgtip la doctrine thréllenne, ils coinprennent ï peine qn'elle puisse exiMn* hnrs le cas d'impuissance physique. La plus grande mnrtiGc;<lion rharnelle que puisse s'imposer à cet égard le marabout le plus aiisière ne va qu'à la privalion des caresses préliminaires et à l'accomplissement pur et simple de l'acte dans les ténèbres, avec le plus de célérité possible ei te moins iraiiuiichetnent que (aire se peut ; et encore ces cas sont si rares, qu'on ne m'en a cité qu'un seiri eieiuplc. Quant à (a continence de la femme, les Arabes l'admeilenl et ftca fout même un titre à la bé:ililicaiion céleste. J'ai rencontré ■jjpas mes voyages plusieurs tombeaux é'evâs à des sainies mu- I ÉB'manes avec la qualiOcation de vierges : on voit ï Tunis celui I d'une de ces sainies qui, d'après la légende, défendit sa vir(^iniié I cuchangi Hnl en femme un téméraire qui voulait ta lui ravir; I weis c'est Ik une perfection ï laquelle aspirent Irès-peu de femmes misulmanfs.
Les filles étant toujours mariées ilc fort bonne heure, n'ont presque jamais le temps de cesser d'èlre sages; mais l'adultère est assez fréqneut. La loi rend, dans ce cas, le mari miitlre de la vie de sa femme ; non-si'ulenienl il peut la tuer siir le coup, droit terrible que tomes les lénislaiions donnent S l'Iromme, mais encore i! peut , après s'itre donné le temps de calculer sa vengeance, l'envoyer froidement au supplice. Cependant, malgré tout ce qu'on a pu dire de la jalousie orientale, les iragéiiîel dnmesliqoea ne soBl guère plus fréquentes cliei lis Arabes que i hei nous : te mari trompé se tonienle le pins souvent de renToyer sa (emnie ; qoelquefuis même il la garde, aiirès hiî avoir adminîsiré une punition cnrpore'le. Enfin, cbosi- éirioiïe [ on voit en Algérie une irihu tout entière, les Amer de Sélîf, dont tes femmes sont aussi publiquement adultères que l'étaient les grandes dames du siècle de Louis XV, et dont les hommes sb résignent de fort bonne gr9ce i être ce qu'étaient les philosophiques maris de cette épo- «. Dans les premiers temps de notre occupation de Sétif. nos i.panvres soldats se trouvèrent as'ei bien decetle facililéde mœurs ; Iflais arriva un nouveau kM qin y mit ordre.
e i ce sujet une vieille légende qui attribue aux malé-
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dictions d'un marabout outragé les dispositions plus que galanlS des femmes des Amer ; on va même jusqu'à dire qu'il y aurait qni^lque dauger h repousser leurs avances, et qu'il s'en est vu qui, douées d'un pouvoir suroaturel, oui fait naître des amours monstrueuses dans les cœurs qui les avaient dédai}!néus.
Le lecteur aura probablement conclu de tout ce que nous venons de dire que les Arabes ne sont pas des maris plus terribles que d'auires; en effet, quoiqu'il soit de mode, en Occideul.de beaucoup s'apitoyer sur le sort des femmes musulmanes, dont la position morale et civile est réellement inférieure ii celle des u6- Ires, je ne vois pas qu'à le bien prendre leur existence matérielle ■oit pire.
D'abord, il faut se défaire de l'idée qui nous li:s présente entassées en grand nombre dans un liarem, attuuiiuiil avec une alh négation de prostituée qu'un mari dédaigneux leur jette le mouchoir. La polygamie est tolérée par la loi, qui encore la restreint k quatre femmes ; mais la muimlre réflexion Indique que ce n'est lii qu'une faculté dont tout le monde est loin de pouvoir profiler : car enfin, pour prendre quatre femmes, il faut être en élat de les entretenir; et ce qui rend la chose encore plus difficile, c'est que, chez les Arabes, le mari, au lieu de recevoir une doi de si femme comme chez nous, est obligé de l'acheter h ses parents et de lui assurer un douaire. Ainsi, qu'on re!<te bien persuadé que la polygamie n'est pas d'un usage général en Orient ; elle s'étend seulement autant qu'il le faut pour qu'il ne reste presque point de femmes sans maris. Or, ceci est ceriainemenL un avantage potir nn sexe que les dures lois de la nécessité condamnent h ne rien Tien être par lui-même (1), malgré les préleuiioos de quelques beaui esprits fémiuius de noire Occident. J'en appelle à toutes les femmes de bonne foi, et je ne crains pas qu'elles nient que la
(1) Qusnd je dis que )a fcinme cft condamnéE à ne rieu £lre par elle-mCD j'cnlpud) dnna l'ordre ettérieur et poliiligue, (.ù rll« a'« tt oe peut aieir d'au r)Dg que cefui de edd lunri. Dans l'ordre ialt'riciir l'IJe est tout ; el io s paissBiiimenl, sur In sociéli, puisque e'nt e I* l'espru des générations qui s'ilèvenl.
tffre de tontes les condilioos est pour elles llsoIcmeDi où les laisse vn célibat délînitîi'.
La manière dont les femmes sont traitées par ies Arabes dépend, comme partout, de l'humeur des maris ; il serait téméraire de vouloir élablir k cet égard des r^les fixes. Qnelques ioiiri<les, qui n'ont faii qu'entrevoir ces peuples, se sont hllés de faire de Kntlmenlales élégies sur la irisie destinée k laquelle le beau sexe y est invariablement condamné selon eus : ayant vu dans les damé nage meols des douars des femmes chargées de fardeaux, tandis que le cbef de la famille était majestueusement monté sur son cheval de guerre ; ayant rencontré quelques vieilles courbées par rage, ils en ont conclu qne les femmes arabes sont réduites à la condition de bétes de somme, et que les travautt eicessiTs auxquels on les soumet leur dévient de bonne heure la colonne vertébrale. La vérité, telle qu'on la voit lorsqu'on ne se laisse pas aveugler par les préventions et par l'amour des contrastes, la vérilé, dis-je, est que l'homme et la femme, condamnés partout au travail et-à la peine, ont dû, en Afrique comme ailleurs, se partager les maux comme les plaisirs de la vie. La femme a sa litcbe et l'homme la sienne: à l'une les soins intérieurs du ménage, k l'autre les travaux de la guerre et des champs. J'avoue que ccui du ménage sont assez rudes pour les femmes arabes: il faut aller chercher le bois et l'eau quelquefois assez loin, tout comme au temps de Rchecca : mais il me semble que les femmes de nos paysans et de nos ouvriers ne passent pas plus qu'elles leur vie dans la mollesse ; elles ont h endurer, de plus que les lemmes arabes, les eicés monstrueux auxquels l'ivresse entraîne trop souvent leurs maris.
La mouttrre m'a paru être la partie la plus pénible du travail des femmes dans les tribus ; elles l'efTectuuni, au fur et à mesure des besoins, avec de petits moulins à bras, dont la manœuvre, qui leur prend souvent une portion de leurs nuits, est autrement rode que celle des innocents moulins à café de nos ménagères d'Europe. J'avoue qu'il m'est arrivé plus d'une fois, en entendaDl le bruit nociurne et triste des meules dans les douars arabes, de ne sentir disposé à géiuir sur la destinée des pauvres créatures qui les tournaieni, tout autant que pourrait le faire le touriste le phis élégiaque ; mais bientôt la raison, me rappelant ï d'autres
i4S ANNALES ALGÉaiENNBS.
mœurs et à <l*autre8 maux^ venait diminuer la compassion en ta généralisarit. Partout, en effet, chez tous Ses peuples, dans tous les climats, c'est chose dure et pénible que la vie terrestre, et je crois consciencieusement que, tout compte fait, il y a peur les masses moins de souffrance et surtout moins de tortures d'esprit chez les Arabes que chez nous.
Le Coran donne positivement au mari le droit de châtier sa femme avec le bâton ; il recommande seulement de n'en user qu'avec réserve, et seulement dans des cas très-graves. Chez nous, la loi n^ s'explique pas aussi crûment; mais chacun sait quels sont les usages matrimoniaux dans les classes les pins nombreuses de la société. Ces brutalités sont en horreur aux gens bien élevés, et elles sont tout aussi rares en Afrique dans les familles qui ont quelque distinction de rang et de naissance, malgré tes termes précis de la loi.
Cette même loi rend les liens conjugaux très*faciles k dénouer en Orient, et c'est en cela, bien plus ^ne dans la polygamie €« dans les principes d'nne subordination nécessaire, qve "Conshite l'infériorité de l'étal civil des femmes musulmant'S. fl n'est p9S rare d'en voir qui oiKt passé dans les bras de trois ou qoaff% maris encore vivants et qui en ont eu deiv* enfants: or, l'être qui appartient à tant de familles n'appartient en réalité k aucune. Le mari peut répudier sa femm^^ sans autre motif que le dégoût qu'il a conçu pour elle ; mais il y a une espèce de correctif à ce mous* trueux M bus dans l'obligation où il est de lui faire dans ce cas quelques avantages pécuniaires , ce qui l'empêche très-souvent d'user de son droit. Le (iivorce pour cause déterminée on par couseuteiiient mutuel est plus fréquent ; la femme peut le provo*quer pour des raisons qui pourront paraître fort étranges : ces naïves créatures prenn<'nt à la lettre le principe du partage entre les deux sexes des peines et des plaisirs de la vie. Le Coran, qui a eu soin de faire un devoir aux maris de ne point les priver de ceux du mariage, les rend intraitables à cet égard. Elles ne craignent pas d'aller confier au cadi les secrets de leurs couches, et de se plaindre, s'il y a lieu, de la froideur de leurs époux, et quelquefois, ce qui est bien plus rare, des exigences d'un tempérament hors d'harmonie avec le leur. Le cadi traite ces sortes d'affaires avec gravité et bonhomie ; mais sa balance, galammeal
fsrtiile, peoohe presque loujdurs pour k (ctatni. Ea général, dans tous leurs procès conire leurs maris, les reiumes africaines
1 toujours galD de cause devant la justice, qii et <|ue exorbl lames
le soienl leurs prcieniions.
La tendresse des piirenls pour leurs enTatits esi lellement dans t nature de l'homme et mûtnc des animaux les plu»^ farouches, tpi'il serait superflu de dire qu'elle exitie dans le cœur de.<; Arabes, i\ elle 0(^ se trouvait pas au nombre des qusliiés qu'un esprit de dénigrement systématique ge platl ï leur refiiser. Les lières s'y livrent sans auciiiie de ces contraires de fausse honie l|>i en gênent quelquefois la m^tnifesiatinn parmi nous. Il n'est iB rare d'en voir qoi se produisent en public avec un tout petit 'tnfant dans les bras, et un autre un peu plus grand qui les suit Ihi s'aitauhant â leurs vêlements. La rude vie de la tente, la nél^igencedes soins hygiéniques rendent la mortalité irès-inlense xebez ces faibles créaiures; mais la cruelle habitude ilu pli.s sen- ■U)le des deuils ne parvient pas à émousscr la sensibiliié îles ^■renls. Quoique je sache fort bien qu'il ue faut jamais conclure ^ particulier au gi'oéral, qu'il me soit permis de raconter à re P «Djet la petite anecdote suivante : revenant un j>.ur de Guelma avec 4eui spahis de la tribu des Merdes, dont un était marié à Bâne, je rencontrai, â une lieue de cetti> dernière ville, quelques Arabes de la même tribu qui revenaient du marché. Pendant que je continuai ma roule, mes deux spahis s'arrêtèrent avec eux, et bienlôt je les entendis qui, après l'échange de quelques paroles, pressaient le pas pour me rejoindre. Lorsqu'ils liireot près de miii. je m'aperçus que celui des deux qui était marié ^ BAne était loni en larmes; je lui en demandai le sujdaveciniérét, et il me r^pomiit qu'il venait d'apprendre la mort d'un fils de quatre ans qu'il savait malade depuis quelques jours ; je me liàtai de le rongédi;-r ponr qu'il pât prendre les devants il se trouver plus lAt uiiprès de sa femme. Le lendemain, me promenantnn peu .ifirès le lever dn soleil hors de la vjlle dans les environs de la casbah, mes pas BM conduisirent an cimetière des musulmans qui en est ceu éloigné; je roe trouvai bientAi derrière nu homme et une femme
4«4 ANNALES ALCËRIEN.NES.
assis près d'une losse récemment coiiverle, cl ex prima at pM desRxclamaiions déchiranlrs ladnulcur In plus vivement sKnlie. Un mouvement de lêie dfi l'Arabe me le lit reconnaître i c'éiail ■non pauvre spahis pleurant avec sa rumine l'eufani qu'ils avsieut perdu, sur In loniLe qui Yenail de lu recevoir.
Quoique li'S irîbus, partout nù elles ne sont pas mainifnues p»r l'aciion directe et vigoureuse d'un gouvernement central, se fassent fréquemment la guerre pmir des sujets quelquefois fort légers, dans l'iniérieur même des tribus, Us acies de violence individuelle sont assez rares, il s'y commet comme ailleurs des assassinais par intérâL ou par vengeance, mais bien moins qu'où ne pourrait le croire d'un peuple dont la vie est si rinle et la police presque nulle. Le meurtrier doit être poursuivi par la famille de la victime, i qui la loi veut qu'il soii livré. Elle peut disposer de sa vie, ou en accepter une compensation en argent , c'est ce qu'on appelle la Di'a ou prix du sang.
L'Arabe passe pour être irès-enclln au vol ; mais à cet égard, il convient de s'entendre : entre membres d'une même tribu, le vol n'est pas Tort commun, et les actes d^ fllouierie le sont encore moins; mais il l'est d'une tribu h l'autre. Il n'est point rare de voir des jeunes gens lier une partie de vol de bétail, comme on lie chez nous une partie de plaisir. L'adresse et l'audace qu'exigent ces sortes d'entreprises en 6tent la bonté aux yeux des Arabes et leur donnent b cet égard les idées qui régnaient chez les Lacédétuouiens. D'autres fois ou conviendra d'aller voler ou au moins rançonner unecaravane; mais cette action est considérée comme un peu plus blâmable ou au moins comme une espièglerie poussée trop loin, car tous ces actes de brigandage ne passent, au bout du compte, que pour des écarts de jeunesse plus ou moins excusables. La réputation n'en souiïrc que lorsque l'on continue ï s'y livrer dans un âge qui veut des babKudcs plus régulières. Tout cela doit nous paraître bien barbare, cITlsi en ciïet. Uaisrappelons-uous nos gentitstiommes du moyen ige détroussant les passants surles grandes routes, en vertu de celte belle excusedcTalbol que, si Dieu était gendarme,'il serait pillard. Rappeloos-nouseutore que, dans un icmpï moins éloigné, nos jeunes seigneurs tricbajent dU jeU] et que le gracieux Hamilton a déployé tout son esprit pour nous raconter les aimables friponnuries du brillaut clievalîer de
Il de DOS jours la police curreciionuelle aurait laii jusiice.
Le vuleur pris serait passible d'une peine corporelle et même ;de mulilalioD, d'après louie la rigueur de ta loij mais le plus it le volé se désiste de lu plainte Djoyeiinant la resiituiion, et quelquefois une indL'mnité snpplémentaire : après cela louteal jdil, et le voleur ei le volé rcsieni bons amis.
Les Arabes, peuple euinal h bien des égards, suni assez géaénienient niealeurs comme on l'est dans le jeune Age, c'eM-àj^iremeoieursplus oégaiifs qu'a tOrma tifs, je m'explique : un enrant ^oi a été battu court en pleurant auprès de ceux dont il attend pru- IvGliou ut dit : Or m'a battu; mais si les coups dont il se plaint ont ^é provoqués par quelque circijjistance qui ineile les tons Ue sou
■ffilé, il se garde bien d'en parler. 11 en est de même des Arabes qui déguisent la vériié, moins en avanç.int de» faiis faux qu'en aisaui dïs Taits réels. 11 est Tucie, quanil ou les a Tréqueniés quel- [lie lemps, d'éviter le piège et de deviner ce qu'ils ne disent pas 'ipar ce qu'ils disent. Alors, après tes avoir laissés parler tout k leur ^e, on peut reprendre teurdéclaralion en sous-oeuvre avec les l^rreclirs nécessaires, et il est rare que leur embarras n'auuouce :|»s qu'un a rencontré juste. Dans les demandes derenseignemenls, it beaucoup d'adresse et de patience. Si l'on se borne ^ leur dire : Racontez-moi ce que vont tavei de lelte roule, de tel poyc, on n'obtiendra presque rien : d'abord parce que la chose les Uiuuie, ensuite par uue habitude de méOance qui les rend trèsrvés. ]1 faut donc leur poser des questions catégoriques sur Sout ce que l'on présume pouvoir être ou ne pas être, de manière p les mettre dans l'impossibilité de répondre autre chuse que oui )u. SI, miilgré toutes ces précautions, il existe quelque drpinslance en dehors de la série des questions ordinaires, on e.si à feu près sAr de ne rien en savoir, quelque remarqual)le qu'elle |DiI. C'est aiasi que, malgré le zèle de nos oISciers lopograplies ^l'habitude qu'ils ont acquise de la mauière d'interroger les Crabes, cliaquc expédition nouvelle nous TaiL découvrir des choses ^lie l'uu ne présumait jias devoir eiister. Quand ils demandent ensuite à un de nos donneurs de renseignements : Pourquoi tu n'avait-lupas dit cela? notre bomme répond avec beaucoup de flegme : Tu nt me l'ai pas demandé.
446 àNNaLës al6ériën(»ë$.
Quoique les Arabes aieol peu de besoin, ils sont asseï avides d'argent, et aiment beaucoup à ihésauriser. Cela tient à leur vie errante et à leur organisalion polilique, les richesses monétaires étant les plus faciles à transporter et à cacher au besoin. Ils ne sont pas toujours de très-bonne foi dans leurs transactions commerciales, surtout avec les Européens, qui du reste le leur rendent bien : ils craignent toujours de ne pas avoir fait d'assez bonnes conditions dans leurs marchés avec eux, de sorte que, lorsqu'ils voient qu^on leur accorde sans objection les prix qu'ils demandent, ils dierchent à se rétracter, disent qu'ils se sont trompés et en exigent de plus élevés. Quand ils doivent, ils ne nient pas la dette, quoiqu'il n'en existe souvent pas de preuves; mais ils retardent le paiement le plus qu'ils peuvent, et emploient pour cela mille subterfuges comme nos dandys sans argent aux prises avec leurs tailleurs.
Malgré leur amour pour le lucre, les Arabes ont conservé les habitudes hospitalières do leurs ancêtres. Le voyageur, quel qu'il soit, trouve graïuiteiuent chez eux le couvert et la nourriture. On use de beaucoup de discrétion avec lui ; il est rare qu'où lui demande qui il est, d'où il vient ni ou il va. La coutume est que les voyageurs accueillis sous une tente arabe mangent séparément de leur hôte qui, selon son rang, les sert lui-même ou veille sur les domestiques qu'il charge de ce soin. Il ne s'assied avec eux que sur leur invitation, et pour leur faire plaisir. Cette habitude de repas séparés s'étend du reste à l'intérieur de la famille : les hommes mangent entre-eux et les femmes entre-eiles. Les Arabes sont assez sobres, et ne tout pas habituellement une grande consommation d'aliments. Le fond de leur nourriture est le couscoussou, espèce de semoule qu'ils apprêtent au beurre ou à la graisse. Ils le servent dans de grands plats de bois, a?ec des morceaux de viande de boucherie ou de volaille saupoudrés de poivre. Mais cet accessoire de viande n'a lieu que dans les grandes occasions, ou chez les gens riches. Le plus souvent le couscoussou tout simple et quelques galettes constituent le repas de la famille. Aussi, lorsqu'il arrive des étrangers qu'on ne peui se dispenser de régaler un peu^ tandis que le mari égorge un mouton en calculant en lui-même ce qu'il va lui en coûter^ les femmes ei les eui'auts, exempts de cette préoccupatiouy se ré-