‹ Annales algériennesChapitre 111 sur 119 · AP[>END1CE. ÀVI · texte numérisé non relu

AP[>END1CE. ÀVI

iBtssent ï )■ pensée d'en avoir Ic^ur pitrt. Dâni; U'S grands rep.is donnés par l(!S gens à l'aise, le couscoussou ruudamenial disparaît presque au milieu d'une cunrusion d'autres mets, dont ^,iliielques'iins sonl Tort bons.

L'iusiruaion éléincniaire ne m'a pas paru plus rare cbez les probes qu« ilauG uos canipagues ; mais uu voit peu d'hommes ' dont la Buii-Dw aille au delà, p.I «ucore le bagage lUlérxire de G4iua-ci SK tMrue le plus souvi^ul k savuir i peu près par eœur le Curan, iju'ils ne compreuLicul pus toujours lorl bien, l'eu oni I éluJié leur lutigue par prindpcb, et mému parmi ceux ijui l'éurl- :veiil pureuieut, OD n'en vuiipresque pas qui aient la luoiodre uutiuii de grammaire : aussi ei>l-il impossible d'appreudre à cet égard linéique cbuse avec eux Mulremeiil que par la routine de la coti- ''Tenniioa ; car ou ne saurait Itur l'aire analyser une phrase. Ge- ' iiendaot ii y a parmi les laleb (ou apjjelle aiusi les savauls, nu .'(eus de loi), quelques bommes qui ne sont pas Uiui à Ibil plongés flans celle déplorable ignorance: on en voit n>éme qui, Ii des -counaiïsauces liiiemires et historiques, juiguenl quelque leiniure .des sciences el de la philosophie scolaslique ; les marabiiub les plus célèbres sont daus ce cas. Ils tiennent des écoles publiques, dernier asile des lettres dans Civile terre redevenue barbare. Les ancêtres d'Abd-el-Kader avaient, à quelques lieues du Mascara, un éublisseraeni de ce genre.

Je ne répéterai pas ce qui a été dit tant de fois, peui-âlre même avec un peu d'exagération, sur les succès obtenus par les Arabes dans les sciences et la lilléraiure au temps de leur splendeur j cbaeun sait qu'ils ont apporté plus d'une pierre à i:e inagnilique ^diiiue des connaissances humaines qui g'^iecroti chaque jour. Une jgtiUc de révoluLlons, toutes funestes au progrès, les a replongés 4ans ta barbarie ; mais, si leur ïutelligence sommeille, il ne faut pas croire que le flambeau en soii éteint, lis sont encore Ir6s-aptes aux travaux ac l'esprit, et s'y livreraient avec succès, si la carrière leur eu élail ouverte.

Il est une science, la médecine, pour laquelle les Arabes ont llirtoul une grande vénéraiioD \ je suis persuadé que, par elle, on pourrait leur ouvrir la porte de toutes les autres et leur inucu- }tr les idées qu'il tiefuil bon de projia^jer purmi eux. (Quelques [)ruf<'S£eurs de médecine, sachant l'arabe et faisant dis cours pu-

b ics dauâ celte langue, avanceraient prodigienâernenlnos tffûres dans les trois provinces de i'Âlgéne.

Les différences de rang sont assez marquées chez les Arabes. L'illustration de la naissance y donne droit aux plus grands égards, et presque toujours au commandement. L'homme d'une naissance illustre est celui qui compte parmi ses ancêtres une longue suite de guerriers ou de marabouts : c'est la double noblesse de l'épée et du sanctuaire, bien concevable chez des peuples qui ont si souvent les armes à la main^ et dont les principes religieux sont dans toute leur verdeur. Les Arabes de la tente font peu de cas dès marchands de profession \ ils se servent comme nous de Texpression d'épiciers ou tnarchands de poivre pour désigner un homme dont les habitudes, les goûts et les idées, ne dépassent pas le comptoir. Les qualités guerrières sont les plus brillantes ï leurs yeux, et en cela ils sont, il me semble, parfaitement d'accord avec tous les autres peuples. En effet, ceux mêmes dont les habitudes sont le moins militaires mettent instinctivement la gloire que l'on acquiert par les armes au-dessus de toutes les autres: le plus grand écrivain politique de notre siècle, M. de Toequeville, remarque que c'est à elle que Jakson a dû sa popularité chez le peuple le plus mercantile de la terre (1).

U existe, en Algérie et dans tout le nord de l'Afrique, des familles extrémenienl anciennes, qui pourraient au besoin faire leurs preuves auprès du plus aristocratique chapitre de Théraldique Germanie. Les nobles de race sont appelés Djouad^ parmi eux, ou plutôt au-dessus d'eux, sont les nobles par excellence, les cheurfa (pluriel de chérif), qui sont les descendants du Prophète par sa fille Fatma. Au reste, toutes les familles nobles ne

(I) J'établis le fait, sans prétendre dogmatiser sur la préféreoce à donner à teUe ou telle qualité de l'homme. Cependant il faut bien reconnaflre que la gloire militaire est corrélative à la force, vertu cardinale sans laquelle les trois autres sont sans base.

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lifear pas dans la graudtiur et l'opulence ; il ; a ebei les Arabet, wmme eu Eurupe, bien des gentilshoiniDes ruinés et iléchus.

LesArabes ont celle bravoure de passion qu'Homère a poéiîtisée ; mais ils ont bien moins que nous celle du devoir, c'cst-bdlre qu'ils ne savent pas combattre la peur : ils se battent tant que la passion les anime, et fuient sans honte lorsque la crainte 'eriem laplusTorie. Ceci csi, du reste, tout k fait dans h nature .'ie l'homme, et mius serions eiactemeut comme eux sans noirs )fanc. organisuiion miliiaire oit la discipline et les traditions du ^int d'honneur suppléent, sans cependant les exclure, les élans passagers de l'enthousiasme, auxiliaire capricieux sur lequel un Stinéral habile ne doit jamais trop compter.

La manière dont les Arabes nous ont Tait la guerre dès le principe leur a acquis parmi nous une grande réputation de rérocilé; (Tailleurs, le pays qu'ils habitent rappellant à la pensée toutes les bfites de proie , l'épithète féroce jointe au mot Africain paraît <Iécouler de la nature des choses, et forme une de ces images à la £iTeur desquelles circulent dans le monde des idées qui ue sont pas toujours fort justes. Mais, en allant au Tond des clioses, on se voit pas que la guerre développe chez les Arabes des instincts ftlus sanguinaires que cbuz les Européens. Il est vrai que, dans les commencements, suivant l'impulsion que la politique turque ffvait cru devoir leur donner, ils ne faisaient point de prisonniers, .jtgorgeant tout ce qui leur tombait dans les mains ; mais, à mesure qu'ils sont redevenus plus Arabes, qu'ils ont été rendus ï leur nature, leurs habitudes se sont améliorées il cet égard. Au jnirplus, pour juger un peuple, il ne faut pas le considérer exclo- ^ement dans les temps o^ ses passions sont eicitées pardescir- ^Cflnsiances exceptionnelles: la haine de l'étranger, les préveuitions religicuises, les querelles politiques, conduisent quelquefois X mêmes dont les mœurs sont habiluellement les plus douces ^ des excès fiïcheux. La France de la Sainl-Barlbélemi cl de 93 ;B'esl pas la France du tous les jours, pas plus que les Arabeb 'i^gorgeant les blessés de la Macia ne sont ceux que la froide n doit nous moulrer. C'est celle raison qu'il faut souvent consulter, dans DOS relaiiuoR >Je guerre ou de paix avec les habitants àe L'Afrique. En admciiant saos examen ces vieilles formules d^Arabe perfide, d'Arnhf féroce. d'Arabe que In Itrrreur seule

ANNALES AUÉRIENNES.

peu^ tmtenir^ on s'eipose ï mécoonaltre la voix de rhamaDité, qui <Joil toujours être enienâué d'un peuple ayant en main la noble cause de la dîTilisaiionA II serait bien fâcheux, on en conviendra, qu'à force de s'exagérer Tâpreté de ces peuples, on se crût permis à leur égard des procédés pires que tous ceux qu'on peut leur reprocher.

Nous avons dit comment il â dû arriver que l'amour de la li^ berté, qui a été en Europe le plus puissant levier de la civilisatioD, ait fait persévérer les Arabes dan9 leur existence de tribu, qui exclut radicalement le progrès. Néanmoins leur histoire nous les montre souvent disposés à un autre genre de vie, quand Ils ont ci'u pouvoir s'y livrer sans danger pouf leur indépendance* Je ne dirai rien de ce qu'ils ont fait en Espagne ) mais^ en Afrique même, ils ont fondé ou repeuplé dans le moyen âge un grand nombre de villes dont plusieurs, constituées en républiques, d'oui perdu leur liberté que sous le gouvernement des Turcs.

Rien n'est plus opposé à TArabe des champs que le Maure en Arabe des villes ; j'ai déjà fait ailleurs la remarque que cette qaa'* iification de Maures que nous donnons aux habitants des vilks D'est pas employée par les indigènes, qui les appellent hadan. Il est à croire qu'au temps où celui-ci jouissait de quelque liberté, la diflereuce était wuius tranchée ) mais, depuis que le des^ potisme turc a pesé sur lui, le citadin estun être véritablement flétri, borné, pétri de préjugés misérables, sans énergie, sans force et sans pensée ) du reste, il n'est point méchant^ possède des vertus domestiques et peut se relever par les soins d'une adminis^ Iration sage ei éclairée^

Au surplus, les habitants des villes de l'Afrique ne sont point tous d'origioe arabe ; cette population est un mélange d'Arabes, de Kbaîles, de Goulouglis, ou descendants de Turcs ou de renégats, de quelques Turcs encore, de descendants des colons romaius et îles aucieus Maulres^ enfin des métis de toutes ces races. Mais, soumis au même régime, ils out tous pris les mêmes mœurs, si ce n'est que les Turcs^ et quelquefois les Goulouglis, ont un pen plus de dignité que les autres.

Les Maures, car c'est Texpression qui a prévalu parmi nous |)our désigner les habitants des villes, bien qu'elle n'ait point cours tlaus leur langue, lei Maures, dls^je, ont une éxiatenGe trti-iliiH'

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<■ Me i comine les anlmam faibles ei craintifs, ils ne «ont i, l'aise que dans leurs tanières. Là, bien isotés do monde eicérieur, ils pase dans l'inaciion lu plus coin|itêie de corps et d'espril, j tl la nécessité ne les force pas nu Iravail. Quclquetois ils se réu- I atsseol dans les cafcs et les boutiques de barbiers où ils rumenl, Ejouenl aux dames el échangent âe loin en loin quelques paroles Irasignirianles. Les cafés et les barberies, sans èlre jamais Irês- Tvuies, oDt cependant une étendue en rapport avec leur desiinabÔoq ; mais les autres bouiiques ne sont que des cellules ou pluiât , aes niches ouvrant sur la rue. Le d^liiani y est assis à la manière orientale au milieu de ses niarcbandises, qui ne sont jamais en assez grand nombre pourqu'il ne puisse pas loules les saisir seulement en étendant les bras. Le chaland n'y enire jamais ; il se lient en dehors devant la niche, dont le sol, exhaussé de quelques décimètres au-dessus de celui de larue, sert bu marchand Je siège etdecoiuptoir, el dont la devanture est ahriiée par un auvent. Ces bouiiques sont tout h fait séparées des maisons auxquelles elles sont adossées. Les marchands, après y avoir passé la journée, les ferment par dehors le soir, d'assez bonne heure, et vont rejoindre leurs familles, qui habiient quelquefois un tout aulra quartier.

Les ateliers d'arts mécaniques sont naturellement plus vastes que les cellules que nous venons de décrire j mais, en général, il faut peu du place aux ouvriers maures pour travailler, car ila sont souples comme des chais el se replient sur eux-mêmes. Ils ne manquent ni d'adresse ni d'intelligence ; bien dirigés, ils seraient Buseepiiblcs de devenir très-habiles. L'habitude du travail tes rend aussi moins apathiques au moral que les marchand.) et les oisifs ; on peut dire qu'ils forment la partie la plus saine de la population citadine.

Les Tilles sont commandées par des gouverneurs ayant litre de hakcm ou de kaîd } le gouverneur a sous lui un orflcler qui porte celui de cheiek-el-medina, ou cheick-el-belad (cheick de la ville, cheick du pays), et qui csl cbargé de la police cl des détails de l'administration. Chnque corporation industrielle a de plus un eyodic, ou amtn, qui a sur elle une sorte de juridiction consulaire. On agent spécial appelé metouar est chargé de la surveil- ' ttnee des prisons ei des maisons de prostiluiinn. L'entreiien des

«n ANNALES ALGÉRIENNES.

foDluities est coDÛé à un employé appelé amin-el-aioua (sjodic des romaines;) enDn, des agents suballernes ont dans leurs at- Iribuiions la voirie el les marchés.

Chaque viHe a un cadi el un muphti , souTeot mâme deux, si les deux secus des makki ci des bauocû y eiisieni. Les indigènes sont maieki ; les Turcs seuls soni de l'aiiirc secte. Cependant, au tL-mps de leur domluaiinn, c'était le mupliti hanneO qui avait la prééminence. Celui d'Alger portail le litre de clielck-elislam ou cher de la religion, de l'islamisme. Maintenant, les mupbtis et les cadis IiaoneQs sont presque sans ronctions en Algérie.

Les cadis ont dus assesseurs appelés adouia, qui n'oot que t«I coosultaiivti ; ce sont les premiers qui prononcent seuls les jugements et qui Tarment à eux seuls le tribunal. On peut appela de leurs arréls au midjelès, sorte de cour supérieure composée des cadis, des adouls, et présidée par le muphii. Aux termes de la loi, les cadis sont juges au criinioel comme au civil ; mais les chels politiques, surtout sous l'administrai ioa des Turcs, lenr ont presque toujours enlevé la connaissance des crimes el déliO, à l'exception de ceux où la religion éiait intéressée. A notre arrivée ïi Alger, nous la leur avons rendue dans les lieux souiuls à notre domination, pour les causes n'intéressant que des Musultnaos ; mais ils en ont été tellement embarrassés, l'administratton de la justice criminelle a été si molle dans leurs maios, qu'il ■ lallu la leur 6ier, et rendre dans les aiïjires criraiDclles les Musulmans jusliciables comme les Européens des tribunaux francafs pour tous les cas. Il n'est resté aux cadii que la justice civile. Ces magistrats sont en même lemps uotuiies, el font de plus lous les actes de juridiction volontaire attribués chez nous aux juges de paix.

La vie des Mauresques est moins iliirc que celle des lemmes arabes; mais elle leur paraîtrait assez lasiidiouse, si elles en conoaissaienl une autre. An reste, elles sont rarement maltraitées et ne souTireoL point. Une cbose qui paraîtra un paradoxe et qui cependant est une vérité, si ce n'est eu droit, du nioius en fait, c'est qu'elles jouissent généralement dans leur intérieur de ce bonbeur que la fée Urgèie mcliail pour ia femme au-dessus de tous les aulrfS, celui de comuiauder. Elles sont impérieuses.

. >%kîgeaDtes, et leurs maris sont souvent plutâL leurs serviieurs e leurs roatlres. Il est dllficile a ces pauvres Maures de se soustraire à celle nécessilé , car, daus leur maisOD, tout ce qui est réminia, épouse, filles, mères, sœurs ei servantes, est ligué contre eui.

L'oLiligatiou où soin les Mauresques de ne sonir qitc voilées, et fort rarement, ne leur paraît nullemeai une gène imposée par la voloolé de l'Itonimc. Elles la considèrent comme un usage dont elles ne recherclieut p;is l'uri^iue. Cela est si vrai que les courtisanes elles-mêmes s'y soumettent, et que les négresses libres qui veulent se donner l'apparence delà distinction pren-

'nent le voile.

Les mœurs sont loin d'être pures parmi les Maures, surtout parmi ceux du littoral. La décence extérieure, si chère aux Arabes, n'y est pas taèrnu toujours respectée. Les Turcs ont Introduit en Afrique un spectacle obscène que l'on représente dans les caiés pendant le ramadan, qui cependant est une époque t. Ce sont des scènes d'ombres chinoises, dont le héros est un être fantastique appelé Cara^ou5, semblable k notre polichinelle par son humeur battante, et à notre Mayenx par son impudence luxurieuse, dont il donne en présence du public les

' preuves les moins équivoques. Caragous a le droit de tout dire comme de tout Tiire. 11 n'épar^jne pas mcine les autorités : c'est la liberté de la presse de l'Orient ; et il n'y a pas d'exemple que ses grossières épigrammes lui aient atliré de méchantes affaires. En Algérie, ses privilèges ont été respectés par l'atl mi nisl ration française, dont il traduit souvent les agents iisuu satirique tribunal.

e partie notable de la puputalion des villes est formée par les Juifs, qui sont l ce qu'ils si>nl partout. On ne saurait croire jusqu'oii va le mépris que li's Musulmans «nt pour eux, et le dédain avec lequel ils les traitaient. Sous la domination turque, il n'existait pas une disposition législative, sur quelque matière que ce fût, qui ne contint pour eux une excepiion humiliante et veialoire; ce qui existe encore partout ofi les Musulmans sont

' les maîtres. Cela n'a pas empèchi' un grand nombre d'entre eux lie faire d'immenses foritines en Alrique. Hais, très-souvent aussi, ils s'en voyaient dépouîllrs par bi limiale cnpidilé d'un

4S4 ANNALjBS ALGÉRIENNES.

gouyernement doot toute rhabileté consistait à prendre» Sops radminislraiion française, les Juifs, soustraits à celte tyrannie, sont devenus fort insolents envers leurs anciens oppresseurs, sansavojr contracté encore des habitudes dignes de la liberté qu'ils ont acquise. Leurs tnœurs domestiques ont même empiré : à Alger, il est peu de maisons juives qui ne soient un lieu de prostitution ouvert a tout venant et, il faut le 4ire, à tons les genres de vice.

Nous avons parlé de TÂrabe des champs et de Thabitant des villes. Il nous reste k faire connaître les Kballes. Ces peuples, chassés des plaines par la conquête ismaléite, ont trouvé, dans Tàpreté des montagnes où i)s se sont concentrés, un moyen pins efficace de conserver leur liberté que la nomadité des Arabes. Ils sont comme ceux-ci divisés en garoubas. Mais le douar mobile n*exisie point chez eux. Ils habitent des villages appelés dachour dans leur laugue. Ces villages, dont plusieurs sont assez étendus pour mériter le nom de ville, se composent de gourbis et de petites maisons en pierre, recouvertes en tuiles pour les plus riches. Leur constitution politique est la démocratie la plus nh dicale : (Test le peuple qui décide de tout. Les tribus ont rarement de grands cheiks permanents : elles n'en nomment le plus souvent que dans des circonstances graves, lorsqu'elles sont obligées d'unir leurs forces. Les fonctions de ceux-ci ne durent alors qu'autant que la circonstance qui les a fait nattre. Les Kbaïles sont essentiellement agricoles. Le sol est chez eux très-morcelé et fort bien culiivé. Us se livrent aussi à ciuelques branches d'industrie manufacturière ; ils travaillent les métaux, font des armes, des tapis, des étoffes. C'est de leurs mains que sort presque toute la poudre à feu qui se vend dans le pays. Le besoin d'ordre que font natire leurs habitudes laborieuses, et l'influence des marabouts, paraissent balancer suffisamment chez les Kbaïles les éléments dissolvants du régime démocratique poussé à ses plus extrêmes limites. Aussi il n'est pas de peuple qui se montre plus attaché à son pays et b ses institutions. On en voit beaucoup qui, dans leur jeunesse, vont pendant plusieurs années travailler

AtikB Im villes do liuoral; d'autres se laeilent à la solde de puUssnces barbaresiiues. Unis presque mus , ausi'iitkt qu'ils te snnt amassé un |idii pcculL', r«<oiirticDl dans leurs uiontagRes vivre libres el hciirem à leur manière.

L» simplicilé de leurs gnûls semble dénoter des mœurs douces { cependani les guerres locales sool au^gi fiéqUL'uies eolre les Kb;>!ieE qu'entre les Arabes. D'ud autre côlé, une nicliance farouclie contre les éirungers les rend son veni cruels cl qtielquefuis (lerfides envers quxj mais, après loul, c'esi à ce prii qu'ils out conservé leur indépendance. Ilesi dimcileau voyageur étranger le plus înorCeasil de pénétrer clifz les Kbaïies , s'il n'a eu soin de se placer sous la proieciion a ia sauvegarde de l'un d'eux. Celle sauvegarde ou anayi esi oianiresi^e par un objet quelconque, que le protecteur remet au protégé, eldout l'ei^bîbilion est une garantie que l'on ne pourrait violer snus faire un outrage mortel â celui dont l'anaya serait ainsi itédaiguée. Hais on concevra facilement que l'crScacilé de l'anaya est en raison directe de l'importance de celui qui l'accorde. La plu$ sûre, quant à la Torme, est uue lettre, ou la compagnie d'uu aurviievr du garant.

LesKbaîles proresseut ta religion musulmane, è laquelle beau- ^Dp mâlcDt de vieilles supersiiiioiis (élicbiques. Leur langue ilTère totalement de l'arabe. Tout porte k croire que c'est l'aniea idiome puuique, qui était encore parlé dans les campagnes r|ji temps de saint Augustin. Quoique répandus dans presque Mlles tes ihiifiies de montagnes de l'Algérie, ce u'est guère que is celles de Bougie cl dans l'Aurèsque les Kb^Hes sool restés cwmpléicmeDi indépendants.

Nous allons terminer ce que nous avions à dire d'eus par le

résumé de la constitutioD piiliiique des Bi'ui-\bbés, une de leurs

plus puissantes tribus, ensuivant les renseignemeuts qui nous

L fiai été donnés par des députés qu'ils envoyèrent à Alger, à une

L époque où ils eroyaient leur indépendance menacée par Abd-

^^Kader.

La iribu des Beni-Abbës est divisée en sept fractions ou garou- L Jns, dont cbacune a à sa léie un cbcick qui est nommé par ceiii ^ 4)U'il dilit administrer. Ses riinrlinns n'ont pasdcdnrée dcteruiiu tout temps uu tuembre quelconque de la garouba

■WO ANNALES ALGERIEMNES.

peut provoquer sa destitution, ci il faui que rassemblée en ifffibéie, qn»Qd même la proposition ne serait soutenue que par sod ■uioiir.

Les sept clicicks de garouba nomment dd grand cheick qui ré- Eîdedaas la Torte ville de Kalah, cnpitale de celle petite républiqae ; celui-ci veille aui iuiérèts journaliers et géDérauK de la tribu, en prenant l'avis des sept cbeicks qui forment son couseil Lorsqu'il s'agit d'une aTTaire grave qui exige acte de EOUTpralnelé, c'est le peuple réuni en asseniblËe de garouba qui en décide.

La jusLice est adminliitrée par des cadis nommés par te conseil des cheicks ; la rébellion contre ses jugements devenus définitifs est punie de l'expulsion. La maison du rebelle est rasée, sa famille est bannie avec lui ; le pays semble lui dire : Puisque mes loit ne le eontsienitent pat, va vivre aitltVTS.

Dans ce que je viens d'écrire sur les mœurs des indigènes du nord de l'Afrique, j'ai dit ce que j'ai vu, ce que j'ai observé. J^ rendu fidèlement au lecteur les impressions que j'ai reçues. S'il lui arrive de rencontrer des oppositions un peu irancbèes entre mes observations et celles de personnes qui (mt pu étudier les Arabes d'aussi près que moi , je le prie de considérer qu'en général le champ des éludes de ces personnes a été bien pins resserré que le mien, qui s'est étendn de la Cyrénaîque au Haroc. Du reste, je n'attaque en rien leur véracité ni leurs inieniioDs , tout en regrettant qu'elles aient fourni, à leur insu, un aliment aux préveniions haineuses de certains Européens. Pour moi, sans dissimuler que j'ai toujours eupourbuid'aiïaiblirces préventions, je proteste que j'ai constamment dit la vérité telle que Je l'ai vue. Cest dune avec la plus entière conviction, la ptuscomplâleboDue foi, que j'établis les conclusions suivantes :

Les Arabes ne sont ni meilleurs, ni pires que les Français; mais le mal el le bien sont plus inégalement répartis chez les seconds que chez les premiers ; ce qui fait que notre civilisation présetiiudes typesplus tranchés dans la vertu comme daus le vice que la leur. Il en est de même dans le domaine de l'intelligence: les masses en ont plus cbei eux, mai^s il n'y a pas de {innds foyers. Quant au bonheur, je suis persu3<ié, autant qu'on peut

'l'être, qne l3 nmliitiide souffre moins eu Afrique qu'en Europe. Du resie, la civilisalion occîdenlate suit ses desiinées eu cherchant h s'étendre ; elle est condamnée à l'action, et cette action amènera peui-éire un jour dans ce monde un blen-êlre réel , et Dou, comme jusqu'à présent, une assez stérile mulLÎplicatîon des besoins et des moyens de les satisfaire, multiplication qui laisse toujours le même rapport entre ces deux termes. D'ailleurs, la lumière peut brûler l'homme sans doute, mais elle l'éclairé, l'agrandit et lui oavre plus sûrement que l'ienoranco tes voies aux divines transformations de l'autre vie, seul but des vraies et solides espérances. Propageons dnnc la civilisation occidentale ; mais ne nous irritons pas contre les obstacles qu'elle rencontre, car les avantages matériels et immédiats qu'elle présente penveni être contestés.

DE L'ISLAMISME -r

OBÉBË PBISGlPUeMBïï DilS LE IBD DE L'AFBIP

• dei penplei qni le profeuenti

On a souvent répété que le Coran s'oppose radicalement aux progrès de l'esprit bumaio et rend nécessairement siationnaires les peuples qui en suivent la doctrine. Celte assertion est fausse dans un sens, mais elle a quelque chose de vrai dans un autre. Rien dans ce livre ne s'oppose rormcllemeni aux investigations scientiliques, ni an libre développement de l'inlclligcnce. Il admet sans doute certaines explications vulgaires de faits physiques, dont les théologiens musulmans peuvent s'armer contre les découvertes de la science. M^iis à cet éganl nos livres canoniques n'ont

4flB ÀNNAIBS iUÉfUENNBS.

•aeim avantage wr hii, et chacun eoonatt l'abus qui en fut bit à direrses époques. Ce oe sont là que de faibles obslacles que la seîeace persévérante surmonta lacilement, même sans sortir de ronbodoxie, et que Ton rencontrera dans toutes les religions posiliTes* Quant k la brutale réponse d'Omar qui amena la destruction de la biblioibèque d'Alexandrie, déjà décimée par un autre £uiati<|ue, elle n'est qu'un faii isolé, même en l'admettant comme authentique, ce qui est fort contestablCp Elle s'efifaee d'ailleurs devant la création de milliers de bibliothèques fondées par les Arabes au temps de leur puissance, et surtout devant la publication d'ouvrages d'une philosophie assex hardie, dus à des écrivains de cette ingénieuse nation.

Maïs le Coran n'est pas seulement un coda relij;ieux ; il est encore code civil et code politique. Or dans ce mélange intime du spirituel et du temporel, peut résider en effet un principe trèsréel de résistance au pr^rès des sociétés musulmanes. Car l'idée de progrès implique celle de changement, et le dogme religieux étant immuable de sa naiure, son union avec les choses temporelles tend évidemment à immobiliser celles-ci et par conséquent à les soustraire au progrès. Le luèflie livre qui enseigne aux Musulmans h aimer et à craindre Dieu, qui l'initie aux belles et consolantes vérités de la vie future, le dirige dans ks détaik les plus minutieux de l'existence d'ici-bas. Tout étant réglé par le Coran, jusqu'aux soins de la propreté corporelle, tout peut paraître également respectable, également immuable aux âmes ferventes ; car tout se rattaché à la religion.

Cependant , quoique les Musulmans aient infiniment plus de soumission aux prescriptions de la loi que les Chrétiens n'en ont généralement à celles de la leur, il ne faudrait pas conclure de ce que nous venons dédire qu'individuellenieutlls ne s'en écartent jamais. Mais ces transgressions particulières ne sont que de la licence et ne sauraient constituer un principe de progrès. Qu'on se garde bien de s'y méprendre : le Musulman qui boit du vin et qui viole le Ramadan n'est pas plus près de la civilisation qu'un autre. Une nation ne progresse pas par de petits «êtes de révolte tnâividuelle contre ses usages et ses croyances, actes qui sont presque toujours le résutu>t de passions mauvaises, et que trèssouvent le repentir fafît tourner un peu -plus -tard an proii ée la

nperBlitiuQ. La voie du progrès ne lui est ouverte iiua quand elle possède la Taculiè de se donner succeEEJvetnenl des lois qui reodeut légitime ce qui est devenu dcsiraMe, seloD les temps et les drconslaiicoE ; or c'est précisément celle facullé rjue l'iin peut dire Que le Coran enlève i l'homme. Tout étant écrit de la main de Dieu dans ce livre, qui a la prélenlion de tout prévoir, tout doit (être rendu slalioDDaire par ce code universel ; car il u'appariicnl pis i l'iiomme de modirier ce que Dieu a éubli.

L'explicaiiou do d«ux faits, constatés par l'histoire, découle peut-éire de là : le premier est que la société musulmane, en lOrtant des sables de l'Arabie, a pramptemeniaiieini son apogée, puisqu'elle s'est arrêtée, et qu'enHo son ioaclion l'a livrée Si un CDurani rétrograde; le second est que les gouvernements ne pou- .nnl faire de lois constitutives sang courir le risque de se heurter «ontre l'immobilité du Coran, ont opéré par l'arbitraire et la violacé, mais toujours par actes isolés. De Ih ce mélange de despo- .iticme et d'anardiie qui a désolé tant de riches et belles contrées. Cette influence du Coran a eu d'auiant plus d'.-iciiim, «(u'elle a 4'abord opéré sur des populations préparées ï la recevoir. En elfei, •M foule de faits fournis tant par les sciences élhnograph ligues fueparlesscîeocesnalurelles, et corroborés par les plus antiques Indliioos, placent en Asie le berceau de l'espèce humaine. Or les ■ociélés primitives que cette terre a ild produire, dès l'origine des choses, n'étaient que des familles dont la constitution fut un fait naturel et non une combinaison discutée par l'esprit, admise par une conciliation d'intérêt. La famille qui compia dans son sein le plus de membres braves et vigoureni exerça sur ses voisines plus faibles une action oppressive et se développa i leurs dépens. Mais, si l'on veut aller au fond des choses et ne pas se laisser éblouir par la renommée de ces taniasiiques empires de rOrirni, on verra qu'en réalité il n'y eut nulle part d'autre constitution sociale que celle de la famille, ni de lien commun poli* tique autre que la force matérielle. Or, comme celle-ci ne pouvait avoir d'aellon continue, le despotisme et l'anarchie marchaient déjï de pair, avant que le Coran (ùi venu raiiaeber ce fait déplorable Il la métaphysique Ihéologiiiue. Il en résulta cette série monotone de Taiis sans portée humanitaire périodiquement re- Douvelés, cet amalgame nauséabond de crimes et de faiblesses

«n ANNALIÏS ALCÉRIËNMËS.

qui rend ni Tatigame ei si confuse la lecture di; l'bistoire des peuples oriGnlaui. Les vEsaims détachés de ces radies primilives de l'humaniié formèrent au contraire eo Occident des sociétés plus rationnellement organisées ; car les émigrations qui les cuqilîluèreDi étant des entreprises où des convenllons arrêtées entre ceuï qui y prirent pari deTenaient nécessaires, un notiïel ordre d'idées dui se produire et servir de germe h la science sociale, dont il est facile de suivre le développenjent en Occident. Nous ne nous ■rréleroDs pas davantage sur cet aperçu, qui pourrait servir de Ibémeitlout un livre. 11 nous sulTit d'avoir indiqué que le principe d*immobiHlé, qu'il est impossible de ne pas voir dans le Coran, eiistail de fait avant lui au sein des sociétés orieutales.

Comme c'est principalement sous le rapport du son influence sur le génie des peuples qui professent l'islamisme que nous nous proposons de parler de celte religion, naus avons dû débuter par les coosidé ratio us que l'on vient de lire. Elles dominent toute la <]uesiion,etnuus paraissent douner une première idée assez nette de la nature de l'empire exercé sur imt' grande partie du genre hnmain par le livre célèbre auquel elles se rapportent. Noiu allons maintenant faire connaître avec quelques détails les dogmes religieux qu'il proclame, le culte qu'il prescrit et les devoirs moraux qu'il impose. Nous devons dire avant tout que le Coran n'est pas tout k fait l'unliiue source des croyancesdesMusulmans: ceux de l'empire ottoman et ceux de l'Afrique, que nous avons surtout en vue, admettent la sounah ou loi orale émanée des parôles et des actions du prophète, conservée d'abord par la tradition et mise ensuite en écrit. Les hadil, traditions, moins auibentiques que la sounah, ont cependant un très-grand poids. Abou- Abdallah-Uohamiiied-ben-Isiuaël-el-Bokari, le plus célèbre des théologiens musulmans, en fit, dans te 3' siècle de l'hégire, un recueil, que les Arabes d'Afrique véuèrent presque à l'égal du Coran.

Les cinq fondements de l'islamisme sont, d'après les docteurs de celle loi, la foi, la prière, l'aumôuc, le jeûne du ramadan et le pèlerinage de La Mecque.

La foi consiste ii croire en Dieu, au$ .iiiges, aux prophètes, au

jugemenl dernier, aux livres inspirés ei au déu-et divin i ce qui Ml six articles de fui.

Les idées des Musulmans sur la Divinité sont belles et philosophiques; Le Coran en parle en termes subiimes, et la prohibiiiOD complète des images a tnainienu, même chez les masses les plus grossières, la pure croyance de sa spirilualilé. Dieu est uDique, lout-puissaut, éieruel dans le passé el dans le Tuiur; créateur, conservateur, rémunéraieur, vengeur ; il est parlout, voit tout, enlend tout. Quoique les Musalnians soient pénétrés du sentiment de son immeosité, que le Coran dise que sept océans d'encre ne suCriraîent pas ù tracer ses merveilles, ils ont lait une nomenclature de ses allribuis, m;iis seulement pour rendre hommage à ses pcrrections , et non dans la pensée qu'il puisse être rimité, même par l'imagination. Ces ailribuls ont ouvert la porte à quelques arguires scnlastiques : il s'agit de savoir s'ils SDDt ou non diâtiocts de l'essence divine; question oiseuse qui, du reste, n'a jamais eu un bien grand retentissement.

Au résumé, ^ l'exception de la Trinité que le Coran repousse en termes formels, les Musulmans et les Cliréiiens ont sur Dieu les mêmes idées, La doctrine de l'atnour divin est également la m£me dans les deux religions. Les mystiques musulmans sont I aussi tendres, aussi passionnés que les nôtres. Sainte Thérèse, ' Fénélon, M"Guyon, ne sont pas allés plus loin qu'eux dans cette carrière glissante, en travers de laquelle Bossnet eut tant de légitimes motifs de jeter le puissant obstacle de sa mikie raison. lUais il ne sufnt pas a la Toi chez les Musulmaus, non plus que

> chez nous, de cruire en Dieu et de i'aimer par-dessus toute cho-

: il faut encore être toujours prêt à le confesser. Sans cela, la . foi est une lettre marte sans utilité pour le salut.

La croyance en dis créatures intermédiaires entre Dieu et

> Phomme est encore un dogme commun aux deux religions. Les Musulmans admettent plusieurs ordres d'anges. Tous sont, avec desToDctions diverses, les ministres des volumes divines. Lea plus élevés sont les chérubins. Leur nom , dont le mot français

• est dérivé, indique leur rapprochement du trône de Dieu. Ga-

• briel est chez les Masulmaus, comme chez nous, le plus connu des sages. On retrouve aussi chez eux la douce et poétique croyance aux anges gardiens. Le Coran dit, en pariant ilo l'homme, verget

461 AimAtBS ALÔÉillfelfNEli.

12, Sourate xiii, iDtitolé : Le Tonnerre : il a de$ angeè qiH êe

iuccèdent devant et derrière /ut, et qui le gardent par ordre de Dieu, Ailleurs, au Yerset 4 , Sourate ixixvi , intitulé : Le Voyageur noeiume, il dit : Chaque dme a un gardien.

Les démons chassés du ciel pour leur orgueil et leur rébellion ne sont auire chose que des anges déchus. Leur chef est Belis sans cesse occupé à tendre des pièges aux hommes.

Les Musulmaus admeiient un grand nombre de prophètes que Dieu, dans sa bonté, a envoyés aux hommes à diverses reprises pour les remettre dans la voie de la vérité, h mesure qu^ils s'en écartaient. Chaque nation a eu le sien et même plusieurs ; mais ils n'ont pas toujours été écoutés. Parmi ces envoyés, sont tous ceux que reconnaissent nos écritures, et enfin Jésus, fils de Marie, Â!ssa-ben-Mariam, le plus grand de tous. Le Coran con* fesse sa naissance surnaturelle et les miracles qui signalèrent son passage sur la terre, et attestèrent sa mission. Mais l*i$Iamisme, étranger au mystère du sacrifice de l'Homme-Dieu pour la rémission des péchés des hommes, nie que les Juits l'aient mis à mort. Dieu, au moment où le crime allait être consommé, enleva Jésus au ciel, et lui substitua un vain fantôme que les Juifs crucifièrent à sa place. Voici comment s'exprime le Coran à ce sujet» au verset 156 de la Sourate iv, intitulée : Les Femmes.

« Leurs paroles sont : Nous avons tué le messie Âîssa, (Ils de « Marie, l'envoyé de Dieu. Cependant ils ne l'ont pas tué, ils ne « l'ont pas crucifié { ils ont tué une vaine ressemblance. Ceux « qui ont disputé à son sujet étaient dans le doute. Ils n'ont eu a là'dessus aucune certitude, et n'ont fait que des conjectures. « Us ne Font point tué réellement. Dieu l'a élevé vers lui. »

Le Coran qualifie de blasphémateurs ceux qui disent que le fils de Marie est Dieu, et l'ou sait qu'à l'époque où ce livre a paru, la moitié de la chrétienté était dans les mêmes sentiments. Cependant il en parle en termes si magnifiques qu'on dirait qu'il veut en laire quelque chose de plus qu'un homme. II l'appelle le Verbe, le souffle de Dieu. Il ordonne de croire à sa seconde venue, qui sera le signe certain de l'approche du jugement. Que le lecteur ne perde pas de vue ce passage sur lequel nous reviendrons.

L'islamisme exalte rexcellence de Marie> mère de Jésus, an-

APPENDICE. i63

(inl que le christianisme Jui-uiSme. Les docleurs miisiilmaDS l'appellent la mÎDe tl la sourci: du toute purcié. Le Corao dit qu'elle conserva sa vlrgluiié intacte et qu'elle naquît purifiée. Beaucoup de conitnenlateurs ont cru voir dans ce passage ia proclamation formelle de l'immaculée conception de la Vierge, qui, quoique admise par beaucoup deCbréiiens, ne coustilue point cependant cbcz nous une croyance obi iga loi re. Ainsi les Mutaloiang seraient allés plus loin que les Ctiréiiens eux-mêmes dans leur admiration pour Marie.

L'apparition de tant do prophètes, celle de Jésuti-Cbrisi même ;8t ses miracles n'ayant pu désiiger comptéiemenl la vérilé des .ttreurs dont Suian ne cesse de l'envelopper. Dieu suscita Hoham> ^ed, qu'il envoya aux Arabes pour prêcher un peuple qui n'avait point encore eu d'apôtre, afin qu'il ouvrit les yeux à ta lumière {Sourate xxTiii, tierwi 46). Mobammed parle de lui-même en lernii'S assex modestes dans le Coran ; mais les docteurs mystiqaes eu Tout une sorte du créature ï pari, conienanl en sa perlonne toutes les perrectfons crcêes et incréées, et dont Dieu eut to type en vue avant toute création. Il est certain que Mohammed n des hommes li;s plus extraordinaires qui aient paru : 11 a ^yropagc de grandes et utiles vérités chez un peuple qui ne les ^connaissait point encore, et qu'il a tiré, au moins pour un temps, ,iie la barbarie ; il a lait des Arabes, sans lien avant lui, une nation tonstiluée, dont la puissance s'étendit en peu d'années sur un tiers de l'ancien continent ; il a amélioré chez ce peuple le sort ^es femmes, celui des esclaves, et cunslilué la Tamille sur des baiB plus morales; enfln, sa parois puissante règne encore en Souveraine depuis les Indes jus'qu'à l'océan ÂLtautiquQ, des Steppes de la Tartarie jusqu'aux rives brûlantes du Niger.

A moins de se déclarer Musulman, il est dillicile d'admettre la ^miure des rapports que MoUammeJ prétend avoir eus avec Dieu ; ,aiais il est possible qu'il se soit cru de bonne Toi chargé d'une •Ulssion divine, et que n'espérant pas tàlre comprendre à scscon- .temponiins le caractère purement métaphysique de son inspira- ."llan, il ail cru pouvoir l'expliquer par le Tait d'une révélation ma- ^ielle, consistant dans la descente du ciel des Teuillcs mêmes du lioran.Au surplus, s'il est vrai que Dieu, lorsqu'il veut ouvrir une B nouvelle aux Lommes, eu choisisse d'abord un parmi eux,

qu'il aDiiue de sou esprii ei qu'il charge de les y coaduire, j qne ce soit 1^ ce qu'au appelle va pruplièie, Motiammed a mériié ce nom.

fluus o'cDirepreo tirons pas de retracer ici l'histoire si connue de ce graoïl homme ; ses biograplies musulmans y mêlent à li Térilé historique quelques miracles qui ne sont pas admis comme articles de Toi ; car il résulte de plusieurs passages du Coran qu'il ne s'est jamais donné comme ayant la faculté d'enTaire. La Iradition en conserve bien quelques-uns; mais, en définiliTC, les Musulmans n'ont jamais beaucoup insisté sur ce point. La seule drconstance miraculeuse de la vie de Mohammed qu'ils paraigsent regarder comme auihenliquc est son fameux TOvage au ciel, dit El-Hcsra , qu'il lit dans la nuit que les Arabes appellent par cette raison la nuit de l'Ascension, sur la jument El Barak, l'éclair, et encore beaucoup d'entre eux ne radmeitent que comme vision prophétique. Le lecteur qui désirerait connuttre celte espèce d'apocalypse la trouvera dans la Vie de Mohammed, d'ûmaèl-Abuu-el-Feda, nu mieus; encore dans la légende que Savary a mise en léte de sa iradneiioa du Coran, ouvrage plus facile à se procurer.

Le grand principe de Mohammed était de ne repousser aucune des religions émblies, à l'exception cependant de l'idolâtrie, pour laquelle il était implacable ; c'est pour cela qu'il a admis la mission des divers prophètes, disant que la sienne était de compléter et non de détruire leurs œuvres. Admettant les prophètes, il admit aussi les livres sacrés des Juifs et des Chrétiens, livres que, d'après la foi musulmane, le sien, c'est-à-dire le Coran, a résumés et absorbés. Le Coran est l'ceuvre directe de Dieu qui a choisi Mohammed pour le communiquer aux hummes. Le propliête arabe alfecte h toute occasion de se dire complètement illettré : ainsi, comment aurait-il pu faire le Coran, qui est un livre si parfait, même sous le rapport purement littéraire f Celte perfection du Coran, mise en regard de sa propre ignorance, est, selon lui, la preuve la plus convaincante de la vérité de su mission ci de l'origine céleste du livre : aussi tous les versets du Coran suol amant de signes, de miracles, et en ont pris le nom en arabe, aïat. Ces versets 004 été successivcmeui apportés au prophète par l'ange Gabriel. Après In mort de Mohammed, Abou Bckr l.-s

Ém

II'PIÎNDICE.

rëuoh tlariH l'oHre où iinus les voyons mainrenini ; mais cet ordre est, pour àkn vrai et parler le langage de la critique, une uonfusion réelle qui rend très-pénible la lecture d'un livre qui conlienl cependant d'ad mi rallies choses et de grandes ei inconlestabhs vérités ; pénible eurtoul pour des Occideniaux chez lesquels l'harmonie des périodes n'esi point une compensation sollisanie du désordre des idées. Ahon-Brlvr mil l'exemplaire primitir du Coa entre les mains d'HiiUssah, fille d'Omar, one des veuves du hropliële. On y recouraîl pour corriger les copies, comme à une irtgle invariable ; malgré cela, il y a eu diverses éditions du Co- Nn, qui dilTârent par le nombre des versets, mais on assure que, is toutes, il y a invariablement le même nombre de mots et de >lMires.

On a longtemps et chamlcment discoté chez les Musulmans la piestion de savoir fi le Coran est créé ou incréé ; enfin, après )ien des paroles et des écrïis, et même quelques persécutions, fill-Mi'tuuakel, disîèmelihalireabasside, déclara que la chose étant lodirré rente pour le salut, chacun pouvait croire ï cet égard ce I lui paraîtrait convenable. Longtemps après, El-Ghazali, le lilli'ur des philosophes arabes, donna une snluilon fort simple el n logique de la question : le Coran, selon lui, est coélernel à 'Dieu, et par conséquent incréé quant aux vérités de principe ; il lest créé quant \t sa forme littéraire et aux vérités de relation.

Les dogmes religieux du Coran sont simples et inattaquables, l 'moins qu'on ne pousse l'incrédulité jusqu'à l'athéisme. Les chré- Ws peuvent trouver qu'il n'en dit pas assez, mais non que ce [H'il dit est faux , puisque tout se réduit en définitive â l'unité de Ken, à l'immortalité de l'ikme et aux peines et récompenses de IPautrevic. La morale qu'il enseigne est irréprochiible, bien que « livre soit loin de saiisfaire, de pénétrer, de loucher le cœur el 'esprit i, un aussi haut degré que l'Evangile. Olez Mohammed du Il vous aurez un livre qui aurait été orthodoxe au temps te la primitive Eglise : car, en l'ôtanl, vous en ôiez aussi tout ce a fait successivement descendre du ciel pour les besoins de oliiiqiie et même de £on repos domestique, comme, par #xem|ile, les versets relatifs à i'iaaocence suspecte d'Âïcha.

Le Coran enseigne que rislamisme est la religion primilivei

ainsi, d'après sa propre doctrine, Mohammed n'en est pas le fon-

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