LIVRE XXXV. ' . Vf
qn-on avait eu tant de peine à ramener sur leurs terres^ qui avaient fourni la matière de tant de bulletins. Après ce suecès^ l'Émir était allé prendre position sur llOued- Foufot^ à dix-huit lieues au sud de Mascara^ avec 400 fantassins et 3^000 chevaux^ ayant fait filer sur sa Smala^ qui était en arrière, les douars nombreux qui venaient de se rallier à lui. Ces nouvelles ne changèrent rien aux projets du général Lamoricière. Comme il avait déjà eu vent des mouvements de l'Émir sur ITacoubia, il avait, quelques jours auparavant, donné des ordres pour que le général Bedeau se portât sur les Djaffra, et pour que Hostapharben-Ismaël^ qui était à Oran, allât avec toute sa cavalerie renforcer le colonel Géry à Mascara. Confiant dans l'efficacité de ces mesures, il continua sa marche sur Tiaret où il établit le camp projeté. Il donna le commandement de ce poste à M. Maissiat, chef de bataillon au 41^ de ligne.
Lorsque le maréchal Clauzel présenta au Gouvernement son plan de conquête générale pour rAlgérie en 1836, l'occupation directe ne devait comprendre, outre le littoral, que les villes centrales du Tell, depuis Tlemcen jusqu'à Constantine. Après bien des tergiversations, ces villes étaient enfin occupées en 1842. Mais, malgré cette occupation, la guerre continuant toujours, on fut conduit à penser qu'il était nécessaire d'établir, sur les limites méridionales du Tell, une seconde ligne de places parallèle i celle du centre, places destinées à dominer directement les tribus extrêmes du Tell, et indirectement celles du Sahara, à qui elles pourraient à volonté ouvrir ou fermer les portes de la contrée d'où elles tirent leurs grains et sans laqudle elles ne sauraient vivre. La dispositioti des ruines que les Romains ont laissées sur le sol de l'Algérie
prouvait que ces habiles conquéraots s'étaient établis dans ce pays d'après ce système ; enfin, Abd-el-Kader, dirigé par les inspirations de son puissant esprit, avait agi comme ' les Romains, ainsi que l'attestaient ses établissements de Sebdou, Saïda, Takdemt, Boghar cl Taza. Cependant, en 1841 encore, nous étions. si loin de croire que nous aussi nous entrerions dans cette voie, que nous détruisîmes systématiquement, autant qu'il nous fut possible, ces mêmes établissements que nous devions occuper à peu près tous un peu plus tard. Certes, si notre vue s'était étendue un peu plus loin à cette époque, nous aurions pu faire économie de temps, de fatigue et d'argent. Tiarel n'était pas au nombre des points que l'Émir avait occupés; mais nous aurions pu, avec tout autant d'avantage, nous établir à Takdemt, qui n'en est qu'à quelques kilomètres. De même, l'occupation de Taza aurait élé tout aussi utile que celle de Tenict-el-IIad. Bienlât nous allons voir nos troupes à Boghar, à Saïda, à Sebdou, au milieu même des ruines amoncelées par leurs mains. L'établissement des postes de la lisière du Tell obligea d'en avoir d'intermédiaires pour la sûreté des communications ou pluldt pour le ravitaillement de nos colonnes de marche, aussi les appela-t-on postes-magasins. Le général Lamoricière en établit un à Sidi-Ali-ben-Oraar , entre Mascara et Tiarel, et le général Cliangarnier un autre sur l'Oued- Rouiua.
Cependant les ordres envoyés par le général Lamoricière à Tiemcen et à Oran avaient été exécutés : Mustaphaben-Ismaïl arriva à Mascara avec sa cavalerie ; le général Bedeau, entrant le 27 avril chez les Djaffra, se mit eu communication avec le colonel Géry, L'Émir se relira alors plus au sud, vers le haut Chélif. Le 15 mai, le général