‹ Annales algériennesChapitre 26 sur 119 · LIVRE XXXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXV

pc^ùlàtion de plus de 20,000 âmes, dont 6,000 guerriers. L'attaquer avec SOO cavaliers sans le secours des zouaves fet dé Fartillerie, qui ne pouvaient pas arriver avant deux heures^ était téméraire sans doute; mais attendre où Battre ëil reiraite était peut-être plus périlleux encore ; ëar lèi^ guerriers de la Smala n'auraient pas manqué de se réunir^ et ils auraient pu mettre nos gens dans une {idsitidh tbès-critiqiie. Le ^lus sûr paraissait donc être de profiter dti préniier moment de surprise , et de fondre tèté baissée sur l'ennemi ; c'était aussi le parti le plus bonorablé ; le duc d' Aumale n'hésita pas un instant à le prendre. Le lieutenant-colonel Morris chargea à droite âveci les chasseurs ; le colonel Yousouf à gauche avec les â|)àfais, éi le priilce se porta sUr le centre avec une petite tésetve. On aurait de la peine à se faire une juste idée de la côiifusion qui régna pendant une heure au milieu dé bette foule surprise ainsi au sein de la plus profonde sécurité. Les guerriers ennemis n'ayant pas eu le temps de se réunir fa^édt déduits à se défendre individuellement ââdsl rilitériedi' iiiême du camp. Les cris des femmes, les pleurs dés êtifants, le bi'uit des armes de tant de combats Ihdividuets, remplissaient l'air d'un horrible fracas , au milieu duquel se perdait la voix des chefs. Enfin les asèaillants étant trop peu nombreux pour tout prendre , firent une coupure dans cette ville ambulante, chassèrent devant eux la partie qu'ils avaient séparée de la masse, et laissèrent fuir le reste ; 300 guerriers arabes furent tués; 3,000 prisonniers, hommes, femmes et enfants, quatre drapeaux, On canon et un immense butin, furent les trophées de la victoire. La mère et la femme d'Abdcl-Kader se sauvèrent stir un mulet escortées par quelques câv&lièls. La première avait tenu pendant quelques

instants, en si^pliante, l'étrier du colonel Yousouf, qut, après l'avoir rassurée, sans la connaître, la perdit de vue. A quatre heures rinfaolerie arriva ; clic avait fait 30 lieues en 36 heures.

Le 17, le prince séjourna à Taguiu pour donner un peu de repos à la colonne. Les tentes et le butin qu'on De put transporter forent brûlés. Le duc d' Aumalc se replia ensuite sur Bo{;har et de là sur Médéa, d'où sa prise fnt conduite à Alger. Parmi les prisonniers se trouvaient la famille entière de Moharamed-ben-Ailal-Embarek, celle d'El-Karoubi , premier secrétaire de l'Émir, et celles de plusieurs autres chefs inQuents. On mit à part toutes ces personnes de marque au nombre de plus de deux cents, et on les envoya aux iles Sainte-Marguerite ■ sur les cales de Provence. Les autres, appartenant à des tribus des environs de Mascara, furent embarqués pour la province d'Orau où on les réinstalla sur le territoire qu'ils avaient abandonné pour suivre l'Émir.

Pendant que le duc d'Aumale manœuvrait vers le haut Chélif , le général Lamoricière avait fait quelques mouvements en avant de Tiaret. Il est manifeste qu'il dut y avoir un moment ou la Smala et Abd-el-Kader luimême se ti-ouvèrcnt entre les deux généraux, et qu'avec plus d'accord dans les opérations, la guerre pouvait être finie du coup. Mais, tandis que le duc d'.Vumale manœuvrait avec une heureuse rapidité, le général Lamoricière perdit du temps à terminer je ue sois quel différend survenu entre deux tribus arabes; ensuite le manque d'eau et d'herbe le força à se replier trop loi sur Tiaret. Cepeadanl, le 19 mai, le hasard lui fit rencontrer près de Loha un des débris de la Smala ; c'étaient plusieurs Douars de la plaiue d'Eghrès qui y furent ramenés, après avoir été

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' pillés au préalable par les cavaliers de Muslapha-ben-

Ismaët. lis seraient morts de faim, si le général Lamori-

cière, après les avoir replacés une fois encore sur leur

territoire, ne leur eût fait distribuer des secours.

En revenant de cette expédition Mustapha-ben-Ismaël, dont la présence à Mascara ne paraissait plus nécessaire, reçut l'autorisation de retourner h Oran. En traversant le territoire suspect des Flita il entendit quelques coups de fusil h l'arrière-garde. Il s'y transporta aussitôt, mais il y était à peine arrivé qu'il tomba mort frappe d'une balle. Quoique le coup fût parti de quelques enfants perdus, 40 ou SO au plus qui tiraillaient au basard, la panique s'empara des cavaliers de Mustapba, qui d'ailleurs chargés d'un riche butin ne songeaient plus guère qu'à le mettre en sûreté. Ils abandonnèrent lâchement le corps de leur général et se débandèrent. Les premiers qui arrivèrent à Oran répandirent le trouble et la douleur dans les tentes des Douair et Zmela campés autour de la ville. Ils annonçaient un massacre général ; aussitôt de toute part l'air retentit des hurlements lugubres des femmes ; mais peu à peu tous ceux que l'on croyait morts vinrent successivement les faire cesser par leur présence. Muslaphaben-Ismaël manqua seul. Telle fut la fin de cet homme qu'une basse jalousie contre Abd-el-Kader avait jeté dans nos rangs. Il était d'une bravoure éclatante, mais d'un caractère dur et rapace. Il passa les dernières anaés de sa vie dans les regrets du passé, cherchant du reste à s'assurer par tous les expédients de l'avarice et de k cupidité un avenir qui lui échappait. Il avait près de quatrevingts ans lorsqu'il fut tué. Sa tète fut portée à Abd-el- Kader.

Dans ce mémo mois de mai, si rempli d'événements

Vf ANNALES ALGëRtENNES.

milltairba, lêâ annales du 2" régiment de chasaeùrf I d'Afrique s'enrichirent d'un beau fait d'armes : dans une I course que le général Gentil fit chez les Flita, oO chasseurs, conduits par le capitaine Dàumas, s'étant avancés .trop loin, furent subitement attaqués par plus de 1,300 \ jfflvaliers ennemis ; ils gagnèrent avec peine le marabout jie Sidi-Bnched, situé sur un petit tertre, et là, mettant I jied à terre, ils combattirent en fantassins, résolus de l Yendre chèrement leur vie. Le capitaine Favas était, avec 60 autres chasseurs, à quelque distance de ce point. (Ses derrières à lui étaient libres , et l'ennemi si nora- I l)reux, qu'à la rigueur il aurait pu sans honte se replier i «Ur l'infanterie ; mais ce vaillant officier, n'écoulant que [ #on courage, prit l'énergique résolution d'aller partager " ie sort de ses camarades compromis. Il traversa, avec Bne rare intrépidité et un rare bonheur, la ligne enoemie, et rejoignit le capitaine Daumas, qui continuait à fie défendre héroïquement ; malgré ce secours, les chas- I Beurs auraient infailliblement succombé , sans l'arrivée f jd'un bataillon du 32' de ligne qui les délivra. En ajou- I tant cette glorieuse page à leur histoire. Us curent 22 I bommes tués et 50 blessés, dont G ofGciers sur les 7 qui I étaient h leur tète. Ces officiers étaient, outre les capi- , daines Daumas et Favas, le lieutenant Lacaze et les sous- [ lieutenants Bruchard, Vidil, La Cocardière et Dénoue, [ lie combat de Sldi-Rached eut lieu le 16 mai, le jour I "Siënie de la prise de la Smala.

Revenons maintenant au gouverneur général. Rentré

[ -à, Tenez le 23 mai, comme nous l'avons dit, il conduisit

! -d'abord un grand convoi à EI-Asnam, que l'on commença

dès cette époque à appeler Orléansville; puis il se porta

chez les Zalinm, la plue puissante des tribus kbftîles &

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