‹ Annales algériennesChapitre 30 sur 119 · LIVRE XXXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXV

' 4on B«r tes terres abandonnées depuis les dernières se'mailles. Cette opération lui réussit malgré tout ce que nous fîmes pour la troubler. Le 24 juillet, il alla attaquer un petit camp établi depuis quelque temps sur i'Oued-Haramara , pour protéger la construction d'un pont que l'on jetait sur cette rivière ; il fut repoussé, mais r le commandant de ce camp, le clief de bataillon Leblond, I du 6' léger, fut tué dans rafTuire,

Il y eut ensuite quelques courses insigniflantes chez les bja&'ra, les Flita et d'autres tribus, dirigées par les gééraux Lamoricièrc, Bedeau et Bourjolly. Le duc d'Au- I maie quitta l'Algérie ; en partant de Médéa, il laissa au ' colonel Yousouf la conduite de la colonne active des trou- ' pes de la province do Tittery. Cet officier âl quelques incursions sur les tribus du sud. Ces courses l'ayant rapproché de Teniat-cl-Had , il se mit avec sa colonne sous les ordres du colonel Korte ; ces deux officiers réunis opérèrent, dans les premiers jours de juillet contre ^ divers douars de ces contrées qui cherchaient k gagner ' la Smala d'Alid-el-Kader et à lui transporter ic plus de F grains possible. On fit quelque butin sur ces émigrés et pli leur tua quelques hommes.

L'affaire de Taguin et la présence dans le haut Ghélif ' des troupes françaises, qui, ayant formé des établissements permanents à Bogliar, ù Teniet-cl-Had et à Tiaret, ' paraissaient ne plus devoir quitter ces régions, ameuè- I renl tout naturellement de nouvelles relations entre nous *' et les tribus du Sahara. Il est en Algérie, depuis des siècles, un axiome politique qui est que les maîtres du I ïell sont aussi les maîtres du Sahara, ce qui s'explique, k^mme nous l'avons déjà dit, par l'impossibilité ou sont b les tribus sahariennes de tii'er leurs grains d'ailleurs que

90 ANNALES ALGËBIENNES.

du Tell. Sou9 les Turcs, cela seul leur faisait payer l'impôt ; car la quittance du receveur était la seule clef qui pût leur ouvrir les portes du pays aux céréales. Familiarisées avec celte idée, aussi ancienne que leur existence sociale, quelques-unes de ces tribus, celle d'El-Erbaa entre autres, étaient venues d'elles-mêmes offrir de payer l'impôt d'usage, afin que leurs relations commerciales avec le Tell ne fussent point interrompues; d'autres hésitaient; d'autres enfin paraissaient décidées à ne point séparer leur cause de celle de l'Émir. Afin de les réduire toutes à l'obéissance, le gouverneur général résolut d'envoyer une colonne française au milieu de ces populations chancelantes. Par ses ordres, 1,000 fantassins, 400 chasseurs ou spahis, une section d'artillerie de montagne, plus de 3,000 chameaux pour le transport des vivres et des munitions, enfin près de 2,000 cavaliers arabes auxiliaires, furent réunis à Boghar. Les fantassins étaient montés sur des mulets. Le commandement de cette colonne fut confié au colonel Yousouf, qui se mit en mouvement le 28 août. Les cheiks des Oulad-Mahdi, déjA unis d'intérêts avec nous, étaient venus se joindre à lui, ainsi que les Zenakbra, qui vinrent protester de leur soumissioD au nouvel ordre de choses que les armes avaient établi. A mesure qu'il avança dans le Sahara, le colonel Yousouf reçut successivement des déclarations analogues de presque toutes les tribus dont il traversa le territoire; les Oulad-Yakoub et les Oulad-Khelif se tinrent seuls à l'écart et se disposèrent même à aller se réunir à la Smala d'Abd-el-Kader. Surpris dans leur marche par la colonne française, ils perdirent presque tous leurs troupeaux. Leur soumission fut ensuite acceptée, mais ils far< contraints de livrer des otages.

iiVRE XXXV. 81

' Pendant que le colonel Yousouf, avec sa colonne mo- Be, opérait vers le sud, le colonel A. Pélissier, avec les roupesdûDt le gouverneur lui avait laissé le commanlemeat, maintenait dans le devoir les tribus récemment loumises de l'Ouenserîs; le général Lamoricière et le comel Géry, appuyés sur leur droite par le général Beau, manœuvraient au midi et à l'ouest de Mascara. Le I août, le camp de l'Émir, dont il était personnellement genl dans ce momcnl, fut surpris, à l'entrée de la nuit, 9 d'Aîn-Mana, à l'ouest de Saïda, par la cavalerie du lierai Lamoricière, commandée par le colonel de Bour- |on. On prit sa tente et celle de son fidèle lieutenant BenilLllal, qui l'avait rejoint après avoir été chassé de l'Ouenkerïs au mois de juillet précédent. Les colonnes du géné- I Lamoricière et du colonel Géry se réunirent un instant à Saïda après cette affaire. Cette jonction fit croire t l'Émir que, le pays en arrière étant dégarni de troupes, I pouvait tenter un coup de main vers Mascara ; il résobt donc de profiter d'une circonstance qui lui parut fa~ l'Torable; mais en descendant la vallée de l'Oued-Saïda, ms la nuit du 29 au 30, il donna dans les grand'gardes L^u colonel Géry, qui, après s'être séparé de nouveau 1 général Lamoricière, était campé dans cette vallée. iommc il n'y avait pas un seul feu allumé dans le camp Klhtnçais, l'Émir ne s'aperçut de la présence de nos trous qu'au jui vive! des factionnaires. Renonçante son Rfrojet, il se jeta augsil()t sur la droite de l'Oued-Saïda, %t s'éloigna rapidement. Instruit de ce mouvement, le général Lamoricière se rapprocha de Mascara et se porta k Ouizert, sur VOued-Traria. Il y établit un pont et un gste-magasin.

iLe 12 septembre, le colonel Géry, au moment où il

quittait, à cinq heures du matin, la positioi) d'ÂïoiJi Eeranès, où il avait bivouaqué, pour se rendre sur l'Oued-- Tifril, apprit qii'Abd-el-Kader était depuis I9 veille ail soir à Assian-Tircina, à deux lieues de 14; il s'y dirigea aussitôt en toute hâte. Comme le point où était caTnpé Abd-el-Kader était au milieu d'une plaine rase, jl m pouvait espérer d'y arriver sans être aperçu; mais, su^ pléant par la promptitude du mouvement au secret de la marche, il lança sa cavalerie au galop dés l'entrée de U plaine, et la suivit avec son infanterie au pas de com-Mi Le camp fut enlevé, mais l'Émir eutje temps démonter achevai et d'en sortir; il rallia à lui ses cavaliers, et se forma en arrière de son camp^ faisant face à notre cavalerie, composée de deus escadrons, commandés par le capitaine Billoux. Il y eut là un engagement assez vif^ DU l'Émir parut constamment aux premiers rangs, mais / auquel le feu de notre infanterie ne tarda pas à mettrg fin. Abd-el-Kader se relira, laissant encore une fois ses bagages entre les mains du colonel Géry, et avec une perte considérable en hommes et en chevaux.

Le 22 septembre, le général Laraoriciëre, étant but rOued-Foufot, fut informé que l'Émir se trouvait i sis lieues de là, aux marabouts de Sidi-Yousef. Il prit au^ sitôt cette direction. Après une marche pénible dans un pays très-difficile, sa cavalerie, commandée par le colonel Morris, du 2* chasseurs d'Afrique, se trouva en face de l'ennemi, qui avait eu le temps de lever son camp. L'Émir avait avec lui un bataillon d'infanterie et plus de 500 cavaliers. Le brave Morris, quoiqu'il n'eût qije 350 chevaux, n'hésita pas ù prendre l'initiative de l'atlaqu^ sans attendre noire inrauteric, qui était encore fort m arrière. 11 marcha de sa personne contre la cavalerie de

Page 1