LIVRE xxxvi
qui y conduisent. Le général Sillègiie s'arrêta quelques jours à Bou-Sada pour mettre fin à ces désordres, puis il se porta sur Msilah et ensuite à Sélif, où il rentra le 2 novembre. Dans celle longue incursion , qui fui de quaraale-cinq jours, nos troupes n'eurent que deux ou trois fois à tirer quelques coups de fusil à l'arrière-garde «ontre de petits groupes de dissidents. Il était évident que partout l'immense majorité était pour nous ou au moins pour la paix.
Pendant que le général Sillègue rentrait de sa paci- ^8que et utile expédition, le généra! Baraguey-d'Hilliers se laissa entraîner à un acte dont les suites réveillèrent ians le Zab le parli d' Abd-el-Kader. Les tribus du Sahara, à l'époque de leur vojage périodique du Tell, avaient ^prouvé, en 1842, quelques pertes de la part des Zemoul pi leur avaient enlevé une certaine quantité de chameaux. Slles portèrent leurs plaintes à Constantine ; mais elles te purent se faire écouter, à cause de la grande faveur la kaïd Ali, chef des Zemoul, qui s'interposa entre leur iéclamalion et le général français. Les Sahari, n'ayant ien pu obtenir par les voies légales, eurent recours à la arce: lors de leur voyage de 1843, ils pillèrent à leur ;iour les Zemoul ; aussitôt plaintes de ces derniers, apjpuyées cette fois par le kiiïd Ali. Les Sahari ayant refusé de rendre ce qu'ils avaient pris, en disant qu'ils n'avaient fait qu'user de représailles, le général fit marcher contre «Dx deux escadrons français et la cavalerie arabe qui les surprirent au défilé de Batna, leur tuèrent une soixantaine d'hommes et leur enlevèrent la plus grande partie de ce |a'ils possédaient. BenGanah avait été retenu à Gonstanâoe pendant cette expédition ; lorsqu'il voulut reparaître chez les Sahari, ils l'accusèreat de trahison, pillèrent ses
Jragages et déclinèrent complélement son autorité. Plusieurs d'entre eux se ralliÈretit à Mohamnied-bel-HaJje]-Sghir. Il fallut bientôt compter avec cei homme, dont il était à peine question avant cette malheurtîuse affaire de Balaa. Elle fut la dernière de l'administration du général , ^araguey-d'Hilliers, administration habilemeul conduite^ I guoique la fin n'en ail pas valu le commencement. Ce I général fut remplacé par M. le duc d'Aumale, qui s'était déjà fait connaître d'une manière brillante dans son commandement de MMéa.
Malgré la guerre active qui se faisait en Algérie depuig le traité de la Tafna, le Gouvernement ne perdait pas de vue les intérêts de la population civile européenne. Les événements de 1859 avaient détruit les premiers essais ^e la colonisation de la Mélidja, et arrêté tes progrès de celle du Sahel. Ceux de 1840 et 1841 ayant éloigné le théâtre de la guerre, le champ était redevenu libre en 1842. Néanmoins, une méfiance bleu naturelle dominant encore les esprits, le Gouvernement crut devoir fairç quelques sacrifices pour ramener la confiance et donner , 1 impulsion aux entreprises agricoles. A cet effet, un crédit ' 'de 500,000 francs sur le budget général et un autre de , 485,500 francs sur la caisse coloniale furent ouverts à de , nouveaux essais de colonisation. Ces crédits permirent , de mettre en vigueur un arrêté du 18 avril de l'année I précédente, relatif à la formation de centres de population I et au mode de concessions rurales à titre gratuit. On , établit d'abord de nouveaux rouages administratifs. Nous ^ avons vu qu'en 1852 la chétive création des misérables villages de Kouba et de Déli-Ibrahim avait servi de prétexte b. celle d'une agence spéciale de colonisation, quoiqu'il parût assez naturel que l'administration civile ordi-
q^irç 4inge4t cette petite besogae 3aQs augmentation do personnel. En 1842, on se contenta de former, h la 4|r6CtiQn de rUiténeur, m ))ureau 4e colopisation auquel 09 adjoignit une sectipR de géomètre^. Qela fait, on se mîJ âi Vçeuvre. M, Gi^yot, direeteur de rintérieur, Qhargé 4e présenter au ministère un plan de colonisation, s'ac-* ^itta de sa tâche aveo ^èle et intelligence. D'aprë$ sou projetj adopté par le niinistre le 26 ayril 1842, quatre villages furent fondés la même année d^ns le fhas d'Aiger, savoir : Drariah, El^Acbouf, Oulad-Fayed et Cheraga. L'État fit à ses frais toutes les constructions d'utilité puT blique ^ les constructions particulières furent à la charge des colons, h qui on fournit cependant les premiers matériaux. Outre ces quatre centres nouveaux de population, on jeta à Douera, où existait déjà un immonde hameau 4e çantiniers, les fondements d'une ville. Le plan en fut tr^cé dans de grandes dimensions qui seront toujours^, je le crois, en disproportion avec la population que corn-» porte cette localité, à laquelle un avenir brillant ne me paraît pas réservé,
En 1843, on créa cinq nouveaux villages tant dans )d fbas que dan§ le sahej d'Alger ; ces villages sont : Saoula, Çfaba-llassen, Cressia, Sainte- Amélie et Saint-Ferdinand ç Ces den:i^ derniers furent construits par les condamnés Çftilitaires, sous la direction de Tautorité militaire, qui ^^ fit ensuite la remise à la direction de Tintérieur, laquelle 4istrîbua les lots aux colons au prix de 1,500 francs le lot, composé d'une petite maison et de quatre hectares défrichés, plus huit hectares en friche.
En dehors du sahel d'Alger, on fonda, dans la mèm^ année, un village à Douaouda, à gauche du Mazafran, s^r ]^ ^^itoirç de Çoléa. On convertit au3^i ca villages,
SOUS les noms de Joinville et de Montpensier, les deux camps de Blida.
Nous avons dit que, en 1841, le gouverneur général avait fait construire par le génie militaire deax villages, celui de Fouka et celui de Mered. Le premier, situé presque sur le bord de la mer, au nord-ouest de Coléa, daos une fort belle position, fut peuplé de soldats congédiés à qui on conserva cependant une organisation militaire. On leur fit plusieurs avantages ; on leur fournit même les moyens d'aller chercher des femmes en France : cependant ils ne réussirent pas. Par décision du 18 novembre 1843, le village de Fouka fut remis à la direction de l'intérieur, qui en compléta le peuplement avec des colons civils. Ou avait établi, dans celui de Mered, des soldais encore liés au service; ceux-ci firent prospérer l'établissement. Un village du même genre fut établi à Maelma en 1845. Ces deux villages rentrèrent sous le régime civil, lorsque les colons militaires qui en formaient la population eurent terminé leur temps de Fervice.
Le mouvement ayant été donné par l'administration, quelques particuliers, propriétaires de domaines d'une superficie considérable, offrirent d'y construire des villages et d'y établir des cultivateurs européens, moyennant certaines avances faites par l'État. Leurs offres furent acceptées ; mais nous nous réservons de parler plus tard de ce mode de colonisation ainsi que de quelques établissements particuliers, au premier rang desquels nous mettrons, sous le point de vue agricole, celui des trappistes à Staoueli, qui est de 1845. Nous reviendrons également sur les villages fondés par l'Etat en exécution de l'arrêté du 18 avril 1841.
Outre les avantages déjà mentionnés faits aux colons,
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Jôn leur fil encore des dislri butions de semences et de
Iplaots d'arbres ; Padministration militaire leur prêta des
BftDitnaiix de labour; enfin, la sollicitude du gouverneur
S^i^r^l alla plusieurs fois jusqu'à envoyer des bataillons
intiers cultiver leurs terres et les mettre tout d'un coup
Q valeur. Tant de soins n'avaient encore élevé qu'à 5,000
1 plus le chiffre de la population européenne rurale à la
a de 1843.
L'État n'ayant pas le plus souvent un mètre de terre
r les lieux où il désirait étahlir des villages, on procéda
r voie d'expropriation. Comme on prit non-seulement
les terrains en friche, mais encore des terrains exploités,
plusieurs intérêts privés furent lésés ; car, ainsi que tou-
jburs, les indemnités furent promises, mais non données.
■1(68 Européens s'en consolèrent facilement par les grands
tvantages qu'il était manifeste que leur procureraient les
f^uveaux établîssemenis ; d'ailleurs l'expropriation les
bpensait de payer la rente des parcelles dont on les
Bèxpropriait : or, le lecteur sait que c'était à rente que tous
B achats s'étaient faits. Quant aux indigènes, ils souf-
irent doublement par la raison inverse. Quelques cir-
ponstances particulières, et certainement non calculées de
ria part de i'administraliou, en exaspérèrent surtout plu-
' ûeurs : en publiant la confiscation des biens des émigrés,
mrbn avait eu soin de bien faire entendre à la partie de la
topulation qui n'était pas allée grossir les rangs de l'in-
nrrection, que sa fidélité lui assurait la conservation de
ion avoir; or, il arriva plus d'une fois que pendant qu'on
' ^apropriait un Musulman resté fidèle, parceque son terrain
e trouvait sur l'emplacement de quelque village projeté,
on restituait le sien à un émigré rentré, parce qu'il était
dans une position à ce qu'on n'en eût pas besoin. Cela