‹ Annales algériennesChapitre 39 sur 119 · LIVRE SXXVII. lis · texte numérisé non relu

LIVRE SXXVII. lis

a de bon sens, malgré le sombre fanatisme de sa race et sa vénération personnelle pour le caractère de sainteté que les musulmans accordaient à Abd-el-Kader (1), avait

I assez de bon sens, disons-nous, pour ne pas s'aveugler

I sur les suites d'un conHit avec la France. Ensuite, tout

' en honorant le âls de Mahiddin comme marabout, il redoutait pour lui-même son ambition, et se souciait peu de le voir entrer trop avant dans les affaires de son pays.

' Ses répugnances à cet égard, loin de s'être affaiblies par l'affaire des Hamian, n'avaient fait que s'accroître, car il comprit fort bien à quoi devait être attribué ce zèle subit

I de l'illustre réfugié pour des intérêts qu'il ne lai avait pas donné mission de défendre. Aussi, l'Émir lui ayant fait, au commencement de 184i, des ouvertures directes pour une guerre ouverte contre la France, ces ouvertures furent

I trèft-froidement accueillies. Néanmoins, comme l'idée de cette guerre était très-populaire dans le Maroc, Abd-er- Hhaman évita de donner trop de retentissement à sou refus, ce qui fut cause que l'opinion publique resta sous

I l'impression produite par un acte ou Abd-el-Kader s'était posé en allié avoué de ce prince. Le dénùment affreux

I -où celui-ci laissait son hôte n'affaiblit en rien l'idée qu'on s'était faite h cet égard , car on l'attribua uniquement à l'avarice bien connue et devenue proverbiale du souverain du Maroc.

Dans cette position, Abd-el-Kader comprit que sa politique était d'attirer les Français sur les terres du Maroc,

(I] Oq assure que cetic véuÉration allait jusqu'au télidûeme, et qae Mouley Abd-cr-Kliaman recbercti&it comme reliques tiaintea les «ieîUes bardes d'Abd-el-Kailer.

ne doutantpasque,s'ilayparaissaient, Abd-er-Rhaman ne fût forcé à la guerre. Voar cela, il fallait qu'il reparût lui-même en Algérie et que, après quelques actes d'hostilité, il revint dans le Maroc, entraînant les Français sur ses traces. A cet effet, après avoir fait avancer sa Smala encore plus vers le sud, afin de la mettre à l'abri de quelque nouvelle surprise, il franctiit, dans le mois de mars, la frontière à la Icle de quelques centaines de cavaliers, fit ce qu'on appelle une razia sur les Beni-Selîman, fraction des Beni-Amer qui était campée entre nos nouveaux postes d'Ouizert et de Sidi-bel-Abbès, et rentra dans le Maroc avec un butin considérable. La nouvelle de cet audacieux coup de main mit tout en mouvement sur nos lignes. Le général Lamoricière, alors occupé de l'établissement d'un camp permanent à Saîda, s'empressa de se porter sur les frontières, où, sans chercher à pour- "Suivre Abd-el-Kader au delà, il prit la résolution d'établir de nouveaux postes, pendant que l'internation de l'Émir et le désarmement de sa bande seraient demandés par les voies diplomatiques. Le général Bedeau avait déjà songé & Zebdou, dont l'occupalion permanente fut décidée et dont on se mit à relever les ruines. On choisit de plus, à l'entrée de la vallée qui conduit à Oudjeda, à la Zaouia de

■ tella-Maicrnia, l'emplacement d'un vaste camp retranché que les troupes se mirent aussitôt à élever.

On sait combien les frontières sont vaguement déterminées chez les peuples constitués comme le sont ceux de la Barbarie. Le territoire de Leila-Magrnia avait fait

[ partie, selon les Français, de l'ancien domaine turc, et, \ ,par conséquent, ils étaient convaincus qu'il leur appartenait ; les Marocains, croyant ou alTeclant de croire le contraire, virent une violatieo de territoire dans la prise

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' ée possession de cette localité. Le fanatisme, ]a haine du

I Boinchrétien,s'ennummèrentaupointqiJe ta guerre sainte, L le chaad, fut proclamée par la foule, depuis les frontières I jusqu'à Mogador. Le gouvernement de Méquinez, ému à I Bon tour, envoya des troupes à Oudjeda. Il était manifeste l^e la guerre allait éclater et que les tiablles manœuvres ■i|le l'Émir avaient atteint leur but. Les choses étaient ■arrivées A ce point, lorsque la nouvelle en parvint au ma- Fiéohal Bugeaud, qui, après s'être débarrassé des Kbaïles, i l'embarqua pour la province d'Oran le 28 mai. Avant de [ le suivre dans la nouvelle campagne qui s'ouvrait, il nous I iiut revenir sur nos pas et faire connailre au lecteur les I événements survenus, depuis le commencement de l'année I' 1844, sur les autres points de l'Algérie.

L'anuée commença, à Conslantine, à peu près avec [ Vwiininistration du duc d'Aumale, qui y était arrivé le I édécembfe 1845. La grande fête des Musulmans, l'Aid- I d-Rebir ou Aïd-el-Korban, étant survenue quelques jours ■près, le prince en proQla pour faire connaissance avec l'élite de ses administrés indigènes. Il est d'usage que les principaux chefs de tribus se réunissent à Conslantine i l'occasion de cette solennité, pour la célébrer en commua I et exécuter ces belles courses, ces jeux guerriers, dont le véritable nom est mlahb, mais que l'on désigne vulgaî- [ rement par l'expression hybride de fanlasia. Le désir de \ voir le fils du roi rendit cette année l'afiluence plus considérable que de coutume, et les fêtes furent magnifiques.

Aucune partie de l'Algérie n'avait été pour nous aussi I facile à dominer que la province de Coustanline. Depi^s lia prise de cette ville, nous a'avions rencontré nulle part \A* résislaoce vraiment sérieuse. Il s'était même établi

entre les Français et les Arabes une sorte d'intimité dont on ne voyait ailleurs que de rares exemples; les indigènes se mêlaient à nos fêtes comme nous nous mêlions aux leurs. Cependant , depuis la seconde administration du général Négrier^ l'autorité française avait adopté un système de rigueur que la situation politique du pays ne rendait nullement nécessaire. Par une inconcevable combi-

' naison d'idées, elle en était même venue au point de voir avec défaveur les Français que leurs goûts attiraient vers les Arabes , et qui avaient appris leur langue , tandis qu'elle accordait la plus extrême confiance à quelques

' chefs indigènes, par les mains desquels tout se faisait. Il en résulta des actes très-regrettables. Le général Négrier, par exemple, qui s'était montré si justement sévère pour ïes concussions d' Hamouda, s'abandonna presque entièrement au kaïd Ali, qui n'était pas plus pur que ce Hakem, et qui était de plus fort sanguinaire. Généralement l'idée que les musulmans se forment de l'autorité est celle d'une

■ force oppressive et surtout spoliatrice, s' exerçant contre le faible au profit du fort. Elle est si bien établie, que ceux d'entre eux qui arrivent au pouvoir ne se font guère plus de scrupule de piller leurs administrés que n'en a en Europe un fonctionnaire public pour encaisser ses appointements. Les masses souffrent de cet état de choses, tout en le trouvant naturel par l'habitude, de sorte qu'on ne saurait mettre en doute qu'elles n'en préférassent un plus régulier. Le bien-être qui en résulterait pour elles doit être même considéré comme la seule compensation qui puisse leur faire oublier leurs antipathies religieuses et l'humiliation du joug étranger. Les meilleures esprits parmi nous l'avaient parfaitement compris. Cependant passer de l'administration Violente et rapace, mais déci-

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