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Il leur tua plus de deux cents hommes et leur fit soixantedix prisonniers.
Après ce succès, qui fut décisif, le général Bedeau, exploitant avec habileté Tesprit public des Kbaîles qui est essentiellement républicain et fédéralif, fit comprendre aux habitants des montagnes dont il venait de chasser Àbd-el-Kader, que le patronage de la France serait l^ meilleure garantie pour leur liberté. Se posant moins ^ .VVmaître qu'en allié, il se montra à eux comme le rcstau-j^i * • rateur de leur indépendance que la politique de l'Émir ne tendait qu'à anéantir. Ayant ainsi posé franchement la question dans des termes que peu de gens avaient compris avant lui en Afrique, où nous avons plus besoin de la pacification que de la soumission des Kbaîles, il leur proposa une ligue contre Abd-el-Kader. La ville de Nédrouma et plusieurs tribus du Trara s'empressèrent d'y entrer. Quelques autres tribus de cette contrée et les Oulassa ayant voulu rester en état d'hostilité, le général marcha contre eux vers le milieu de mai. Après quelques faibles engagements, ils comprirent la folie de leur conduite, et se soumirent à un étal de choses qui ménageait tous les intérêts. Abd-el-Kader, vaincu tout à la fois par les armes et par la sage politique du général Bedeau, ramené d'ailleurs vers Mascara par la crainte de voir la constance des Hachem céder à l'activité dévorante du général Lamoricière, quitta la contrée, où il laissa cependant son lieutenant, Bou-Hamedi, avec cinq à six cents cavaliers.
Débarrassé de l'Emir, le général Bedeau s'occupa aussitôt à consolider par la paix ce qu'il avait obtenu par la guerre. La ville de TIeracen sortit de ses ruines et se repeupla ; de bonnes relations s'établirent entre les Français m. 2
et les indigènes. Instruit de tout^ mais assez sage pour discerner ce qu'il devait aflfecter de ne pas voir, il ne tint jamais grand compte ni des exigences toujours exorbitantes des vainqueurs^ ni de la mauvaise humeur quelquefois irritante des vaincus. Par cette conduite supérieure aux petites passions des masses^ il usa celles-ci^
^ ^ parvint en peu de mois à faire, du pays le plus récemjf» lltent conquis, une des contrées les plus soumises de
' \-\FAIgérie.
Il restait un point à régler, savoir nos relations avec le Maroc, dans lesquelles les derniers événements avaient jeté de l'aigreur et de la méfiance. Le général Bedeau eut à ce sujet une entrevue avec le kaïd d'Oucheda, qui prétendit que son gouvernement avait d'abord ignoré les secours que des tribus de son territoire avaient fournis à Abd-el-Kader, mais qu'aussitôt qu'il avait été instruit de la vérité par les plaintes de notre consul à Tanger, il avait pris des mesures sévères pour empêcher à l'avenir toute violation de la neutralité. Les excuses du kaïd étaient d'autant plus frivoles qu'il avait reçu en dépôt dans sa place les notables enlevés de chez les Beni-Amer par Abd-el-Kader, ce qui prouvait bien que le gouvernement marocain n'était point aussi innocent que cet agent voulait bien le dire; mais enfin, c'était un désaveu, et on dut s'en contenter, notre intérêt n'étant pas d'amener une rupture ouverte avec l'empire de Maroc. Les Beni-Amer détenus à Oucheda furent remis en liberté ; il fut convenu que le commerce serait libre sur la frontière, et que les émigrés qui voudraient rentrer en Algérie auraient toute faculté de le faire.
Après cette entrevue, qui eut lieu le 3 juin, le général Bedeau alla visiter le pays de Souhalia jusqu'à Msirda,
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et reçût partout le» aawrftnces les plus pacifiques. Toûs les Kbailes de ces couttées eûtrèrent dans la ligue de Nédrouma. Le général rameua ensuite ses troupes à Tlemcen^ où il ne les occupa plus^ pendant tout le reste de l'été, qu'à des travaux d'établissement.
L'Emir était encore aux prises avec le général Bedeau^ lorsque le général Lamoricière^ après avoir pourvu ses troupes dans les magasins d'Oran d'objets d'équipement et d'habillement; en échange de ceux dont cinq mois de fatigues incessantes avaient rendu le remplacement indispensablC; partit de cette ville le 28 avril^ et se dirigea de nouveau sur Mascara. Il fit un grand détour vers l'ouest et traversa tout le pays des Djaffra. Pendant ce temps, le général d'Arbouvillequi, comme nous l'avons dit^ l'avait remplacé à Mascara, s'avança jusqu'à Saïda. Ces deux généraux ramenèrent de leurs courses plusieurs familles des Hachem-Garaba qui parurent consentir assez volontiers à s'établir de nouveau sur le territoire qu'elles avaient abandonné. Ds rentrèrent simultanément à Mascara d'où le général d'Arbouville retourna à Mostaganem avec sa brigade, destinée à former la principale force d'une expédition que le gouverneur général devait diriger en personne. Il s'agissait de remonter toute la vallée du Chélif, et de commencer ainsi à établir par terre des communications entre les troupes de la province d'Oran et celles de la province d'Alger^ qui jusqu'alors n'en avaient eu que par mer.
I^ns ce but, le général Bugeaud envoya quelques renforts à Mostaganem ; il s'y rendit lui-même dans les premiers jours de mai. Sidi-Allal-Moubarek et Ben-Arach avaient attaqué Sidi-el-Aribi sur le Ghélif et v^aient de l'obliger de se replier sur la Mina. Cette oirconstaqce dé-
cida le général Bugeaud à hîllrr son mouvemenl. Il partit de Mostagancm, le 14 mai, h la lête de près de 5,000 hommes; il se porta d'abord sur la Mina où il s'arrêta jus- 4u'au 17. I.e 18, ayant réuni ù sa colonne près de 9,000 I Arabes auxiliaires comnaandés par El-Mezari, il se jeta sur la rive droite du Chclif dans le pays de Dahra, dans le but de châtier quelques tribus qui se montraient bostiles, les Beni-Zerouel principalement. Il y eut ce jour-là quelques engagements entre notre cavalerie et ces indigènes. Le 19, l'armée pénétra sur le territoire des Beni-Zerouel et y fit du butin et quelques prisonniers. Le gros de la tribu s'était retiré dans des cavernes que je ne saurais mieux comparer qu'A celles de la Palestine dont parle l'hislorien Joseph, et que l'on voit figurer plus tard dans l'histoire des croisades. On ne jugea pas ix propos d'aller l'y attaquer, et l'on commença à remonter le Chélif ù petites journées. Après avoir visité la ville Maiiuuna, que l'on trouva presque complètement dégarnie d'habitants, l'armée repassa sur la rive gaucbc chez les Oulad-Sidi-el-Aribi. Le 24, elle arriva sur le territoire des Sbiah. Cette tribu remuante, alors aussi attachée à Abd-el-Kader qu'elle lui avait été hostile précédemment, lait sous les armes. Cependant deux cheiks, ennemis l"personnels de l'Émir, ayant fait espérer sa soumission, He général Bugeaud se décida h ajourner Tattaque. Il lien résulta une journée de repos dont il profita pour T proclamer avec pompe khalifa de la vallée du Chélif I Ahd-Allah-Oiilid-Sidi-el-Arihi, qu'il venait d'élever à l 'Cette dignité.
Le lendemain 26, les Sbiah ayant taillé en pièces quelques Arabes qui se rendaient à notre camp, il n'hésila plus h les attaquer. Les Sbiah payèrent cher leur fidélitî