LIVRE XXXVUI
^ mr le compte de sa Smala qu'il avait laissée dans le Maroc, se décida à repasser la frontière, en faisant un grand détour pour éviter le général Lamoricière, qui depuis le combat àa 16 juin manœuvrait en avant de Sebdou. Le général Tempoure, qui se mita sa poursuite, atteignit le 2
I juillet, auprès des puits de Sidi-Mohammcd, à peu de distance des fronliêres, quelques fractions de tribus qui avaient seules répondu à ses excilations. Elles furent traitées de manière à ce que les autres se félicitassent de n'avoir pas suivi leur exemple.
Beveouà son point de départ, Abd-el-Kader retrouva
I les troupes marocaines, qui, voyant que les nôtres n'avaient pas dépassé Oudjeda après leur victoire du 16 juin, s'étaient rapprochées de cette ■ville. Le maréchal, après s'être assuré du port de Djama-Ghazouat, s'était porté de nouveau sur ce district , qui pendant un mois et demi fut le théâtre d'une série monotone de marches et de contre-marches. Le hut du maréchal était de trouver ■une nouvelle occasion de battre les Marocains, sans trop s'avancer dans leur pays, et de bâter ainsi la conclusion d'une affaire dont les lenteurs l'irritaient avee juste raison, malgré la politique modération de ses actes. Mais les Marocains se montrèrent peu désireux, d'eu venir aux mains. 11 n'y eut que des engagements insignifiants à la suite desquels Abd-el-Kader envoyait quelques cavaliers brûler de la poudre à notre arrière-garde, puérile démonstration qui ne pouvait en imposer à jersonne sur la véritable position de l'Emir déchu.
Cependant l'attitude du Maroc n'était plusunesimple affaire de localité entre Mouley-Abd-er-Rahman et le gouverneur général de l'Algérie. Au mois de juin, une escadre, commandée par le prince de Joinville, avait été
m AKNALES ALGÉRIENNES.
envoyée sur les côtes du Moglireb, pour appuyer, par ia présence, les réclamations quo M. de Nion, noire consul générale Tanger, élait chargé de faire à ce pnnce. La Suède et le Danemark, qui payaient encore au Maroc cette espèce de tribu que le coupable égoïsme dos grandes puissances européennes avait permis dons d'autres temps aux Barbaresques d'imposer aux petites, avaient profité de l'occasion pour armer aussi contre ce débris encore ÏDSolcnt de la puissance musulmane. Enfin l'Espagne menaçait également son orgueilleux et faible voisin, dont le gouvernement avait fait mettre récemment à mort un Juif, revêtu du titre d'agent consulaire de cette puissance & Mazagran. C'était donc comme une espèce de croisade qui menaçait le débile sultan du Maroc. Nais rAngleterre qui, dans les Indes, a si peu de respect pour les nationalités musulmanes, croit qu'il est de son intérêt de les Boutenir dans le bassin de la Méditerranée. Elle redou-
\ tait surtout extrêmement de nous voir étendre directement ou indirectement notre domination sur les côtes de l'Afrique qui font face à Gibraltar. Elle montra donc
I pour Mouley-Abd-er-Rahman des sympathies qui servi-
I rent de règle à la conduite de ses agents, avant même que ceux-ci eussent reçu des instructions positives du Foreing-Office. Il est dans les habitudes des agents bri-
' tanniques de ne laisser échapper aucune occasion de coqtrarier la diplomatie française, sans même calculer les avantages que la leur peut en retirer, et de le faire avec une jactance tout à fait indigne de représentants d'uHB
1^ grande nation (1). Gomme plusieurs d'entre eux sont des
(1) Ces lignes oal ëié écrites il y a déjà quelques années, t
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gôns d'éSptit el des gens cultivés, Il est & croire que
Celte habilude ne lient pus à leurs moeurs personnelles ,
ttials qu'elle provient d'une suile d'observalioos sécu-
I laires qui auront démontré aux agents anj^lais que le plus
I fifir moyen d'être bien dans l'esprit du ministère britan-
; nique est d'être toujours mol pour nous. Cette règle de
I Conduite, simple et facile, n'est pas sans inconvénients
r lans doute, et peut quelquefois être appliquée à faux.
Hais, comme depuis des siècles le mal qui arrive à la
France est considéré comme nn bien pour l'Angleterre,
Belle-ci aura pensé que ce critérium des actes de ses
agents est encore le meilleur qu'elle puisse leur indiquer.
Le moraliste a dit à l'homme cliez qui l'idée du bien et
du mal serait un peu confuse : Dans h doute, absiiem loi.
La tradition diplomolique de l'Angleterre ditàses agents :
1 laits le doute, prends le parti que tu jugeras le plus con-
I Ifaire aux intérêts de la France.
Appuyés sur cet axiome politique, les agents anglais, If. la général Wilson, k Gibraltar, cl M. Drummond- Hai, consul général de S.M.B. à Tanger (1), dès le principe de nos démêlés avec les Marocains, se mirent à encourager ceux-ci, à leur insinuer que l'Angleterre saurait les soutenir au besoin, et à leur parler de la France
i-âite & une époque où elles élaient vraies dans le présent et dans le p&f^éi Ce qoL se passées 185i peut (aire espérer qu'elles neleseroot plus dans l'avenir.
(1) 11 ne saurait entrer dans la pensée de l'auteur d'attaquer le caractère personael de ces deux foDclionuaires. Il ne s'agit ici que de U politique anglaise. Tout le monde connaît d'ailleurs la vie henonble du géuéral Wilson , de intÏDie que beaucoup de Français ont (0 connaître à Gibraltar sa couiloisie el son affabilité.
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avec ce dédain apparent dont se masque la jalousie. Le Juif qui avait été mis à mort à Mazagran était revêtu du litre d'agent brtlannîque comme il l'élait de celui d'agent espagnol. Mais celte circonstance fut passée aous silence, laot on avait à cœur de se montrer bons et fidèles amis de Mouley-Abd-cr-lthaman.
Lorsque les Marocains eurent été deux fois battus sur Ja frontière, et qu'une flotte française fut venue menacer leur eûtes, le cabinet de Londres comprit qu'il pourrait bien se faire que les tergiversations du prince marocain, au sujel des rcclamations et des demandes pleines de modération de la France, que ces tergiversations, dis-je, entretenues par ses propres agents, eussent des résultats contraires aux intérêts britanniques, tels, par exemple, que l'occupation par les troupes françaises de Tanger et de Télouan, résultats qu'il ne pourrait empêcher qu'en prenant lui-même part à la lutte, ce qu'il ne voulait pas. , L'Angleterre, en effet, tout en étant prodigue envers la France de mauvais procédés et de contrariétés mesquines, redoutait cependant la guerre, et avait bien des raisons de la redouter. Le ministère anglais voyant donc la tournure que prenaient les affaires dans le Maroc, prescrivit à M. Drummond-Hai de ne rien épargner pour déterminer Mouicy-Abd-cr-Rhaman à faire à la France des concessions propres à amener la pais. Il n'osa proposer sa médiation officielle dont le ministère français avait déclaréà la Chambre des Députés ne pas vouloir, par l'organe de son président, M. le maréchal Soult. Mais il espérait faire passer pour officielle sa médiation oflicicuse aux yeux des populations musulmanes, leur persuader que la modération que nos propres intérêts imprimaient à nos demandes de réparations était son œuvre, et conquérir ainsi au