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Maroc une influence qu'il iiourrait au besoin tourner contre nous. Ces calculs d'une poiilique jalouse el cauteleuse furent trompés, comme nous allons le voir,
Gonformémeat aux ordres de son gouvernement , H. Dnimmond-Hai partit pour se rendre auprès de Mou- I ley-Ahd-er-Rhaman. Mais, sans s'embarrasser de ces dé- I marches, le prince de loinvUle, qui n'aurait pu en tenir I compte qu'en paraissant accepter une médiation dont la 1 France ne voulait pas, voyant que les notes de M. de Nion ne conduisaient à rien, alla prendre ce consul à Tanger, [ fit retirer aussi celui que nous avions à Mogador, et le l'ai juillet il envoya au pacha d'EI-Araich l'ullimalum de ■ja France, déjfi signifié à EI~Ghcnaoui par le maréchal £ugeaud. Mouley-Abd-er-Hliaman dut le recevoir pendant l')que M. Drunimond-Hai était encore auprès de lui. Que ■'se psssa-t-il entre ce prince et le diplomate anglais ? On T- Be peut le dire précisément ; mais voici des faits dont on peut tirer deux inductions également admissibles : pre- [ mièrement Mouley-Abd-er-Rhaman, après l'avoir vu, écrivit à sou fils, alors sur les frontières de l'Algérie, ■que la paix pouvait êlre considérée comme conclue; secondement la réponse à l'ultimatum faite au nom de ce prince par le pacha d'Ël-Araîch fut déclarée inadmissible par le prince de Joinville et par M. de Nion. Maintenant de deux chosesl'une : ou M. Drummond-Hai exagéra au monarque marocain l'exiguilé des concessions dont se contenterait la France, et se fit fort de les faire accepter, ce qui aurait porté l'empereur à croire que sa réponse, cette réponse déchirée inadmissible, était suffisante pour rétablir la paix, ou il obtint l'acceptation pure et simple de l'ultimatum d'abord repoussé. Dans le premier cas, M. Drummond-Hai se serait trompé étrangement sur le
Hit ANNALES ALGÉRIENNES.
degré de prépotence de l'Angleterre et sur le caractâw ferme et national du jeune et hrave commandant de notre flotte; il aurait commis par là une lourde erreur, une d^ ces erreurs qui ne sont pas permises à uu diplomate de quelque poids. Dans le second cas, il se serait chargé li]imème de la seconde réponse de Mouley-Abd-er-Rhamao, sans ûtre revèlu du caractère officiel de médiateur, ce qui ne permettait pas à M. de IVion, notre chargé d'affaires, de la recevoir, et ce qui par conséquent, en rendant nulle la tardive acceptation de l'empereur, mettait sous la responsabilité morale de M- Drunimond-Hai tout |e sang qui fut versé dans le Maroc depuis le 6 août. Quoi qu'il en soit, le prince de Joinville, après avoir attendu^ par pure commisération, ta mise en sûreté de cet agent, qui, s'il était resté entre les mains des Marocains, aura^ pu payer fort cher son outrecuidance diplomatique, le prince de Joinville, dis-je, attaqua Tanger le 6 août. P venait d'ailleurs de recevoir de Paris l'ordre de commencer les hostilités, si la réponse à l'ultimatum n'était pas satisfaisante. En peu de temps le feu de la place s'éteignit, les batteries ayant été démantelées, et les pièpes démontées par celui de notre flotte, La ville souffrit peu, )e prince ayant voulu épargner le quartier européen qui lui servit d'égide. Des bâtiments de guerre anglais, espagnols, danois, suédois et sardes, assislèrenl en spectateurs bénévoles à cette affaire. On aurait dit que toutes Les puissances maritimes de l'Europe s'étaient donné rendez-vous sur cette rade de Tanger pour être témoins ^'une lutte oij tous les vœux étaient pour nous, hors ceux ii'un seul gouvernement qui n'avait pas pour lui l'opinion publique, même dans son propre pays.
Après le bombardement de Tanger, le prince de Join-
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Lville fit voile pour Mogador. Il informa en même temps I^ maréchal de ce qui venait de se passer, afin que de son pôle il pût prendre l'offeosivc. Celui- ci y était on ne peut {illis disposé. Depuis quelques semaioes Sidi-Moliammed, gU de MouIey-Abd-er-Rbaman, était venu prendre le fpmmândenieDt des troupes marocaines, amenant avec ]ui des renforts qui en avaient considérablement augmenté ig Dombre. 11 prit d'abord un ton fort haut et somma le ^aréchal d'évacuer Lella-MaginiS] comme l'avait fait £1- Gbenaoui avec le général Lamorioière. Mais bientôt son :9ttitude devint moins menaçante, les lettres de son père pe cessant de lui recommander la prudence et la tempofisatioQ. Néanmoins sa présence sur nos frontières, avec One armée nombreuse, notre position en apparence hé- Ifitante, et les intrigues d'Abd-et-Kader, que ces circonftaoCËS favorisaient, répandaient une sourde agitation I ^DS DOS tribus. Nos pourvoyeurs les Souhalia avaient été , plusieurs fois plaqués dans le trajet de Djama-Ghazouat à l^eila-Ma^rnia ; enfin tout indiquait que la silualioii ne pouvait se prolonger sans les plus graves inconvénients. J^ussî^ dès que le maréchal Btigcaud eut reçu la nouvelle officielle que la guerre était diplomatiquement déclarée, s'ewpressa-t-il d'en venir aiix mains avec Sidi-Mobam- Wed,
Paos la nuit du 13 au 14 aoùl, le gouverneur général |.yant réuni toutes ses forces ne s'élcvant qu'à 11,000 boiaues, se porta sur le camp marocain établi à la position deDjarf-el-Akhdar, à peu de dislance d'Oudjcda, sur la droite de l'Oued-Isly, petit affluent de la Moulouja- Devant avoir affaire presque exclusivement à de la cavalerie, il avait formé de son infanterie un grand losange dont les faces se composaient elles-mêmes de petits car-
Ipés. La cavalerie était dans l'intérieur de ce losange qui marchait par un de ses angles dûment pourvu d'artillerie. Les Marocains assurent que la lettre où Mou1ey-Abd-er-
' Bbaman annonçait ù son fils que la paix devait être coasidcrée coname faite, que cette lettre, dis-je, dont il a été
, question plus haut, étant parvenue la veillem'me à Sidi- Mohammcd, celui-ei ne s'attendait à rien moins qu'à une attaque. Mais il est difficile de croire que ce barbare n'eiît pas déjà connaissance du bombardement de Tanger, qui avait eu lieu le G, et que, par conséquent, il ne soupçonnât rien de ce qui allait lui arriver. Quoi qu'il en soit, dès qu'il vit au point du jour s'avancer l'armée française, il
I lançacontre elle toute sa cavalerie, présentant une masse
' de vingt à vingt-cinq mille chevaux. Cette cohue ne par- Tint pas même à forcer nos lignes de tirailleurs, et fut bientôt séparée en deux par nos carrés qui s'avançaient majesteusement à travers cette foule confuse, comme uo beau navire au milieu des flots impuissants d'une mer agitée. Le maréchal, saissisant avec rapidité le moment favorable, fit alors sortir sa cavalerie. Celle-ci se formant par échelons, chargea avec une grande vigueur la partie de la cavalerie marocaine qui était à noire gauche, et la dispersa après avoir jelé sur le carreau plusieurs centaines de ses cavaliers, aussi bruyants, mais bien moins audacieux que ces braves Mamelouks d'Egypte qui ont laissé de si poétiques souvenirs dansles traditions denos années. Le premier échelon, composé de six escadrons de spahis et commandé par le colonel Yousouf, ne voyant plus devant lui que le camp marocain encore tout dressé, s'y précipita audaeieusement. Onze pièces de canon qui en couvraient le front de bandière ne firent qu'une seule décharge. Les artilleurs marocains n'eurent pas le temps
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ê recharger: les uns furent sabrés sur leurs pièces, les
Ijkulres éperdus allcreot chercher derrière ia toile de leurs
lentes un illusoire abri. L'iafauterie marocaine, qui du
LVesteétaitpeu nombreuse, montra la plus insigne lùcheté;
telle se dispersa dans des ravins où notre cavalerie ne
inuvait la poursuivre, et gagna, par de longs détours,
I route de Taza.
Pendant que le premier échelon marchait sur le camp,
e second, commandé par le colonel Morris, se porta sur
I partie de la cavalerie ennemie qui était h notre droite.
E combat fut très-acharné sur ce point où les Marocains
Re battirent mieux qu'ils ne l'avaient fait à gauche. Il
■Mlut, pour décider leur défaite, que trois bataillons de
wtre infanterie se détachassent du grand losange. Après
Ëela tout fut terminé. L'armée française se concentra
a camp des Marocains, et bientôt se mit à la poursuite
i vaincus pour les empêcher de se rallier. Lorsque le
gxéchal vit que leur dispersion était complète, que tout
e qui pouvait être pris l'avait été, il ramena ses troupes
Bin camp où elles purent goûter le repos qu'elles avaient
ptibien mérité.
Telle fut celte affaire, plus brillante que meurtrière, ■<^i prit le nom de bataille d'Isly. Les trophées de la vic- : furent onze pièces de canon, dix-huit drapeaux, Lloates les tentes des Marocains, y compris celle de Sidi- Hobammed assez richement meublée, enfin, des approvisionnements de tout genre. Nos pertes furent presque i insignifiantes pour un succès aussi complet. Parmi nos Intorts, on eut â regretter quatre officiers de spahis, ■HM. Damotte, Diter, Rozelti et Bou-GLakor. Les pertes en Wmmes de l'ennemi ne furent pas non plus en proportion avec l'échec qu'il reçut. Huit cents morts sont assurément
peu de chose pour une armée de 25,000 hommes ausù complètement battue que le fut l'armée marocaine à laly. Mais cela s'explique par la promptitude de la défaite et par la faihlesse numérique de notre cavalerie, qui ne comptait que dix-neuf escadrons.
Pendant que le maréchal Bugeaud dispersait l'armée des Marocains et humiliait l'orgueil de ce peuple barbare et fanatique, qui était resté sur le souvenir glorieux pour lui de la bataille d'Âlcassar, le prince de Joinville lui donnait une leçon non moins sévère. L'escadre qu'il commandait se composait des vaisseaux le Suffrco, le Jemmapes, le Triton, de la frégate la Belle-Poule, des bricks le Cassard, l'Argus, le Volage, et des bateaux à vapeur l'Asmodée, le Pluton, le Phare, le Gassendi et le Rubis; elle arriva devant Mogador le 11 aoijl ; elle fut contrainte par l'état de la mer de mouiller à trois mille de la côte. Mais le IS au matin, le temps étant favorable, l'attaque commença. Mogador ou Souhira est bâtie sur une pointe sablonneuse terminée par des récifs qui en rendent les abords difficiles et dangereux. Le mouillage est situé au sud de cette pointe et couvert par une petite lie qui s'élève au sud-ouest de la ville. La partie de la place qui fait face à la haute mer était défendue par une batterie de quarante canons, devant laquelle vinrent d'abord s'embosser, à quatre encablures de distance, le Jcmmapes et .. le Triton. La partie de la ville qui a vue sur l'ile et sur le mouillage était défendue par une batterie de seize canons établie sur le continent, par une autre batterie de vingtquatre canons et par une grosse tour construite sur les récifs. Le vaisseau le Suffren, que montait le prince, et la frégate la Belle-Poule, s'cmbossèrent devant ces ouvrages dans le canal qui sépare l'ile du continent.