‹ Annales algériennesChapitre 52 sur 119 · LIVRE XXXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVIII

C'était le poste le plus dâDgereux sous tous les rapports. La place avait commencé à tirer dès qu'elle avait vu nos vaisseaux en mouvement. Mais ceux-ci ne ripostèrent que lorsqu'ils eurent pris leurs places de combat. Notre feu fut si bien dirigé dès les premières bordées^ que celui des Marocains ne tarda pas à se ralentir. Les bricks et les bateaux à vapeur s'engagèrent alors dans le canal et vinrent attaquer l1le^ où un débarquement de 500 bommes fiit opéré : le prince s'y transporta même de sa personne. Toutes les batteries de l'île furent successivement enlevées malgré la belle défense des Marocains^ qui se battirent en gens de cœur. Cent soixante d'entre eux^ retranchés dans uae mosquée^ mirent bas les armes : deux ceqt qaar rapte avaient péri. Le feu de la place cessa à cinq heures du soir. Nos vaisseaux allèrent mouiller au large petidant la nuit ; la frégate et le Cassard continuèrent seuls à tiret jusqu'au jour. Le 16, le pyroscaphe le Yélocô apporta l'ordre ministériel de conserver l'île de Mogador dans te cas où elle tomberait en notre pouvoir, ce qui venait précisément d'avoir lieu. Le prince y établit donc une garnison suffisante; il fit ensuite débarquer dans la plaq|& même cinq cents hommes qui mirent hors de service les canons des Marocains, à l'exception de deux qui furent em* barques, et jetèrent à la mer ou emportèrent toute lapoudiffi • qu'ils trouvèrent dans les magasins. La ville était dans un état affreux; les autorités et les habitants l'avaient abao*» donnée, et des bandes sorties des tribus presque sauvages qui Tavoisinent, saccageaient les maisons, brûlant et renversant ce que nos boulets avaient épargné. Le prince fil recueillir le consul d'Angleterre, que les Marocains n'avaient pas voulu remettre à un navire de sa nation qui était venu le réclamer quelques jours auparaTant.

}<i8 AN!(&LES ALGÉRIENNES.

Après avoir subi les plus indignes traitements, il était parvenu à se sauver dans une masure du rivage de la marine, où il serait mort de misère et de faim avec sa malheureuse famille, si nos matelots ne l'en avaient retiré. Vers le même temps, un navire anglais fut canonné à Babat; des naufragés de cette nalion avaient été massacrés au cap Sparlel : c'est ainsi que les Marocains récompensaient les Anglais de ramitié subite dont ils s'étaient épris pour eux, U est vrai que cette amitié était au nombre des causes qui les avaient mis dans la triste position où ils se trouvaient.

Après avoir installé la garnison de l'île de Mogador et désigné les navires qui devaient rester en station sur ce point, le prince de Joinville fil reprendre à son escadre la route de Cadix, d'où il était parti pour opérer sur les côtes du Maroc. Dans ce trajet, un magnifique bateau à vapeur, le Groenland, fit fausse route et vint échouer à huit milles d'EI-Araïch, entre cette ville et Mahmora. L'équipage fut sauvé par d'autres navires qui vinrent à son secours avec le prince lui-même ; mais il fallut incendier le bateau pour ne pas le laisser entre les mains des Arabes, accourus en grand nombre sur la plage. Arrivé à Cadix, M. de Joinville attendit dans cette rade de nouvelles instructions et les conséquences probablement pacifiques des faits de guerre qui venaient de s'accomplir. Le maréchal Bugeaud, de son côté, retourna à Alger, ne voyant plus d'ennemis devant lui et n'ayant pas l'ordre de pénétrer dans le cœur des États de Mouley-Abd-er- Rhaman, dont les troupes, dans leur fuite, avaient été harcelées et pillées par les Kbaïies du Rif. Il avait reçu, du fils de Mouley-Abd-er-Rhaman, une lettre dont la coDclusioQ était la demande de la paix mêlée à d'amèrcs

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{Saintes sur ce que l'armée marocaine avait été attaquée

irisly au moment où elle devait, selon lui, considérer

Ktte paix comme faite. Le maréchal s'embarqua à

Kjljemma-Ghazouat, où il fut décidé qu'une garnison fran-

aise serait établie. Le général Lamoricière reprit le

pflommandement des troupes de la frontière, le général

sdeau retourna à Tlemcen, et le maréchal rentra, le

l'B septembre, à Alger, où il fut reçu en triomphateur. Le

fitre de duc d'Isly venait de lui être décerné par ordon-

fesance royale.

Nous venons de voir que Sidi-Mohammed avait fait à

ion vainqueur des ouvertures de paix peu de jours après

B défaite. Le pacha de l'Araïch, Bou-Selem, en fil autant

iprès du prince de Jolnville dans les premiers jours de

^tembre. Il parait que les deux chefs militaires qui

raient si vigoureusement agi contre le Maroc auraient

ralu qu'on imposât àMouley-Abd-er-Rhamanl2,000,000

i francs pour frais de guerre; mais MM. de Mon et

■Je Gliiksberg, plénipotentiaires chargés des négociations,

furent plus accommodants. Voici le traité qu'ils signèrent

à Tanger le 10 septembre, et qui fut successivement

ratifié par le roi des Français et par Mouley-Abd-er-

Hhaman :

n Sa Majesté l'empereur des Français (1), d'une part, et Sa Majesté l'empereur du Maroc, roi de Fez et de Sous, d'autre part, désirant régler les différends survenus entre la France et le Maroc, et rétablir, conformément aux

(1) Dans Ions les acies poliliqijes passés avec les princes nalwnifitoots , il était d'asage, depuis François 1" , que dos rois prissent le titre d'empereur.

ISO ANNALES ALGÉRIENNES.

anciens, traités, les rapports de bonne amitié qui ont été un instant suspendus entre les deux empires, ont nommé et désigné pour leurs plénipotentiaires :

« Sa Majesté l'empereur des Français, le sieur Antoine- Marie-Daniel Doré de Nion, officier de la Légion d'honùeup^ chevalier de l'ordre royal dlsabelle-la-Catholique, chevalier de première classé de Tordre grand-ducal de Louis de Hesse, son consul général et chargé d'aSainçs près Sa Majesté l'empereur de Maroc ; et le sieur Louis- Charlefi-É'ie Decazes, duc de Glûcksberg, chevalier de Tordre royal de la Légion d'honneur, commandeur de l'ordrô royal de Daneborg et de Tordre royal de Charles Itl 4'Espagtie, chambellan de Sa Majesté danoise, chareé 4^affaires de Sa Majesté Tempereur des Français près dé Sa Majesté Tempereur de Maroc ;

« Et Sa Majesté Tempereur de Maroc, roi de Fez et dé Sous ^ Tagent de la Cour très-élevée par Dieu, Sidi-bou- Selato-ben-Ali ;

« Lesquels ont arrêté les stipulations suivantes :

« Art. !•'. Les troupes marocaines, réunies extraordinairement sur la frontière des deux empires ou dans le voisinage de ladite frontière, seront licenciées.

« Sa Majesté Tempereur de Maroc s'engage à empêcher désormais tout rassemblement de cette nature. Il restera seulement , sous le commandement du kaïd d'Oudjeda^ un corps dont la force ne pourra excéder habituellement 2,00Ôhommes. Ce nombre pourra toutefois être auginetitS si des circonstances extraordinaires et reconnues telles par les deux Gouvernements le rendaient nécessaire dans l'intérêt commun,

« 2. Un châtiment exemplaire sera infligé aux diéb marocains qui ont dirigé ou toléré les actes d'agreSsIbU

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