‹ Annales algériennesChapitre 53 sur 119 · LIVRE XXXVllI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXVllI

commis en temps de paix sur le territoire de l'Algérie contre les troupes de Sa Majesté rçmpereur des Français/ Le Gouvernement marocain fera connaître au Gouverneipent français les mesures qui auront été prises pour TeiL^putiop de la présente clause.

« 3f Sa Majesté l'empereur de Maroc s'engage de pou^ veai}^ de la manière la plus formelle et la plus absolue| h w doQoer m permettre qu'il soit donné^ dans ses États^ i|| ^sjstance^ ni secours en armes^ munitions ou objets quelconques de guerre^ à aucun sujet rebelle ou à aucun eunemi de la France.

« 4t HadJ-Abd-el-Kader est mis hors la loi dans toute rétendue de l'empire de Maroc aussi bien qu'en Algérie.

H n sera^ en conséquence^ poursuivi à main armée par les Français, sur le territoire de l'Algérie, et par le^ ilfarocains, sur leur territoire, jusqu'à ce qu'il en soi! ei^pulsé^ ou qu'il soit tombé au pouvoir de Tune ou dQ l'autre nation.

« Dans le cas où Abd-el-Rader tomberait au pouvoir des tiroupes françaises, le Gouvernement de Sa Majesté l'en)pereur des Français s'engage à le traiter avec égards e\ gepérosité.

<K Pans le cas où Abd-e)-Kader tomberait au pouvoir deé troupes marocaines, Sa Majesté l'empereur de Maroc s'eng^e k Tipterner dans une des villes du littoral ouest de l'empire, jusqu'à ce que les deux Gouvernements aient adopté de concert les mesures indispensables pour qu'^Abd? el-Kaiier ne puisse, en aucun cas, reprendre les armes, et troubler de nouveau la tranquillité de l'Algérie et du Maroc.

« S. La délimitation des frontières en treles possessions de Sa Majesté l'empereur des Français et celles de Sa

Majesté l'empereur de Maroc, reste fixée et convenue"

conforraêment à l'élat des choses reconnu par le Gouver- Bemeat marocain à l'époque de la domination des Turcs en Algérie.

« L'exécution complète de la présente clause fera l'objet d'une convention spéciale , négociée et conçue sur les lieux, entre le plénipotentiaire désigné à cet effet par Sa Majesté l'Empereur des Français et un délégué du gouvernement marocain. Sa Majesté l'Empereur du Maroc 8' engage à prendre, sans délai, dans ce but, les mesures convenables, et à en informer le Gouvernement français.

n 6. Aussitôt après la signature de la présente conven- ,tion, les hostilités cesseront de part et d'autre; dès que les stipulations comprises dans les art. 1, 2, 4 et 5, auront été exécutées à la satisfaction du Gouvernement français, les troupes françaises évacueront l'île de Mogador, ainsi que la ville d'Ouedjcda, et tous les prisonniers faits de part et d'autre seront mis immédiatement à la disposition de leurs nations respectives.

Il 7. Les hantes parties contractantes s'engagent à procéder, de bon accord, et le plus promptement possible, à la conclusion d'un nouveau traité qui, basé sur les traités actuellement en vigueur, aura pour but de les consolider et de les compléter, dansl'inlérêt des relations politiques et commerciales des deux empires.

« En attendant, les anciens traités seront scrupuleusement respectés et observés dans toutes leurs clauses, et la France jouira, en toute chose et toute occasion, du traitement de la nation la plus favorisée.

« 8. La présente convention sera ratifiée, et les ratifications seront échangées dans un délai de deux mois, ou plus tôt, si faire se peut.

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« Cejourd'hui, ie 10 septembre de l'an de grâce mil huit cent quarante-quatre (correspondant au 25 du mois de cbaaban de l'aa de l'hégire mil deux cent soixante), lesplénipoteatiaires ci-dessus désignés de Leurs Majestés les Empereurs des Français et du Maroc ont signé la présente convention, et y ont apposé leur sceau respectif.

« (Signé) : km. M. D. Doré de Njon.

« {Signé) : Decazes, duc de Gluûcksberg. «

Nous ne ferons aucune observation sur ce traité qui, réduit ft sa plus simple expression et dégagé de toute phraséologie oiseuse, est tout simplement une déclaration bile par Mouley-Abd-er-Rhaman du désir qu'il éprouve de ne plus être battu, déclaration à laquelle la France répond par la promesse de ne plus le battre. Au reste, avec un État comme le Maroc, il n'y a pas de traités à faire; il n'y a que des injonctions à signifier et des châtiments à infliger.

L'Espagne, la Suède elle Danemark arrangèrent aussi leurs différends avec le Maroc, sous la favorable impresûon du canon d'Isly et de Mogador. fl est bien entendu que les redevances payées par les deux États du Nord furent abolies. L'Espagne eut tort, selon nous, de ne pas s'engager franchement dans une guerre de conquête coutre le Maroc, guerre que sa position géographique lui permettait de soutenir malgré le mauvais état de ses flnances, et qui en donnant un but bien net à son activité inquiète^ l'auraitarrachée à ses misérables discussions intestines qui la réduisent à un rôle si indigne de la noblesse de ses traditions.

A peine rentré h Alger, le maréchal fiugeaud eut h b' occuper de nouveau des Kballes de Dellys, dont il avait

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élé forcé de s'éloigner un peu à la hâte au printemps précéJeotj pour courir sur les fronlières du Maroc. Beii- Salem, redevenu entreprenant depuis qu'il ne voyait plus Je danger d'aussi prés, était sorti de sa retraite, soutenu par Bel-Cassem-OuHdou-Cnssi . Ces deux hommes agitaient les tribus dont la soumission n'avait été qu'incomplète et menaçaient celtes que leurs intérêts raLtacbaient plus solidement à notre cause. Vers la fin de septembre, le général Comman fut envoyé dans ce district avec une colonne espédilionnairc d'un peu plus de 3.000 hommes. Pendant plusieurs jours il parcourut le pays sans rencontrer de résistance, ravageant le territoire des tribus rebelles. Enfin le 17 octobre, il se trouva, chez les Flissa-el Bahr^ en face d'un rasaeoiblcment fort considérable de Kbaïlcs, dans une localité appelée TIelat. Il les attaqua aveq résolution. Malheureusemenl, une partie de ses troupes qu'il avait chargée de tourner la position qui était très^ forte, rencontrèrent de telles difficultés de terrain qu'elles ne purent manœuvrer avec la célérilé sur laquelle on avait compté, II résulta de ce contre-temps que celles qui attaquaient la position de front eurent à supporter seules un combat où elles eurent le désavantage dunorabreetde la position. L'affaire fut extrêmement chaude et plus meurtrière que ne l'avait élé la bataille d'Isly. L'ennemi fut débusque des hauteurs qu'il occupait et dont nous nous emparâmes. Mais comme nous ne pouvions y établir le camp, il fallut en redescendre. Les Kbaïles reprirent alors l'offensive, ce qui donna à cette affaire un caractère équivoque. Le général Comman, qui avait beaucoup de blessés, dut se replier sur Dellys, oii il arriva le 19.

Dès que le maréchal eut eu connaissance du combat de

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TIelat, il partit pour Dellys avec de nouvelles troupes. Les ayant réunies à celles du général Comman, il se porta en avant, le 28 octobre-, sur trois colonnes. La position de Tlélat, où il se dirigea d'abord, n'avait pas été réoccupée par les Kbaïles ; mais, le 28, il les rencontra à Aîn-el-Arbi, position très-forte, d'où il les chassa après quelques heures de combat. Le maréchal s'avança ensuite jusqu'au village maritime de Tedlès, qu'un bateau à vapeur parti de Dellys avait canonné quelques jours auparavant.

L'affaire du 17, où les Kbaïles avaient perdu beaucoup* de monde, celle du 28, où ils avaient été compléteinènt battus, et enfin kl présence dans ces contrées du duc d'Isly, que sa victoire récente sur les Marocains présentait aux indigènes sous un aspect plus redoutable que jâînais, déterminèrent les tribus qui avaient pris les armes à se soumettre; elles appartenaient à l'aghalik de Taourga, un des trois qui avaient été formés six mois auparavant. La tranquillité fut ainsi momentanément rendue à cette contrée . Elle régnait depuis plusieurs mois dans là province de Constantinë, dont le duc d'Aumale avait remis, au ïiiois d'octobre, le commandement au général Bedeau, que remplaça à Tlemcen le général Cavaignac. Aucun bruit de guerre ne se faisait entendre non plus dans la province de Tittery. Dans celle d'Oran, le commandant des troupes réunies à Ben-Abbès crut devoir faire, vers la fin de novembre, une course sur des tribus établies entre les deux Chots, à sept journées de marche au sud. Il ramena un peu de bétail de cette expédition complètement inutile et même impolitique, car, de l'aveu de cet officier; « la razia atteignit principalement (c une tribu qui avait échappé aux razias d' Abd-el-Kader^

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« à qui elle donnait de fréquents sujets de mécontente- « ment. « Celte étrange naïveté, estrailc textuellement de son rapport, dénote une inquiétude d'esprit qui s'était emparée de presque tous les commandants de nos nombreux postes, et qui, prenant à leurs propres yeux l'apparence du louable désir de se rendre utiles, compliqua singulièrement les affaires, et fut au nombre des causes I qui firent naître les événements fâcheux que nous aurons I bientôt à raconter.

A l'exception des espérances qu'il avait fondées sur la [ guerre du Maroc, rien n'était changé dans la position I d'Abd-el-Kader. Mouley-Abd-er-Rliaman lui écrivit pour ' lui enjoindre de se rendre à Fez, mais il ne tint nul I compte de l'injonction, et le monarque marocain n'in- ' sista pas. Abd-el-Kader attendait donc patiemment, à I quelques tieues de nos frontières, que les événements le I remissent en scène, fort satisfait sans doute du soin que < nous prenions de châtier les tribus qui lui avaient donné de fréquents sujets de mécontentement, M. le maréchal E Bugeaud, profitant du moment de calme qui succédait à t tant d'agitations, alla prendre en France un peu de repos. [ Le général Lamoricière fut chargé de l'intérim.

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