LIVRE XXXIX
Sidî-bel-Abbès. Ils faisaient tous partie, A oe que l'on dit dauB le temps, de la confrérie des Darkaoun, sorte de puritains très-fanatiques. Mais, comme celte expression s'applique aussi à tous ceux qui serévollent contre l'autorilé établie, je ne sais s'il n'y eut pas confusion et équivoque. Tant il y a que i'on crut presque avoir trouvé en Algérie quelque chose d'analogue à la société des £(rangîeurSf récemment découverte dans l'Inde et qui a d^à fourni la matière à tant de tragiques récits.
Le coup de main tenté sur Sidi-bel-Abbés montrait d'une manière bien manifeste tout ce qu'il y avait encore de haine pour nous dans le cœur d'une partie de la population. D'un autre côté, les menées d'Abd-el-Kader étant connues, on ne mit pas en doute qu'il ne parvînt bientôt à exciter de nouveaux troubles. Le général Lamoriciëre pensant qu'il pourrait, comme l'année dernière, pénétrer dans le Toll, par le baut Mckerra, établit un nouveau camp permanent à Data, au sud de Sidi-bcl-Abbès, entre Sebdou et Saïda.Peu de temps après, on apprit en effet que l'Emir avait quitlé le Maroc, et qu'il se trouvait sur notre territoire au nord des cbots. L'avis en fut donné par le kaïd d'Oudjeda lui-même.
Le général Gavaignac^ commandant de la subdivision deTlemcemj était chez les Oulassa pour la rentrée des contributions, lorsqu'il apprit le mouvement d'Abd-elkader. II se porta aussitôt vers Schdou. En y arrivant il Eut que l'Emir s'avançait vers l'est, et que par conséquent il ne tenterait rien, pour le moment du moins, sur le territoire de Tlemcen. 11 retourna alors chez les Oulassa qui, en le voyant partir, avaient chassé les receveurs de l'impôt et s'étaient mis en pleine révolte. Après les avoir châtiés de leur rébelUon par renlévement d'une partie
de leurs troupeaux, il se transporta au sud de Sebdon prêt à combattre l'Emir, si, revenant sur ses pas, il se préseelait dans ces parages. Il dirigea peu après une petite expédition contre les Beni-Senous qui s'étaient également révoltés, et les fit rentrer dans la soumission. Dans le même temps le général Korte couvrait le pays vers Sidi-bel-Abbès et Daïa, et le général Lamoricière manœuvrait vers Saïda, faisant récoller du foin de tous côtés pour en pourvoir les nouveaux Camps. Le colonel
fSry était plus au midi vers Frenda, de sorte qu'il était peu près impossible qu'Abd-el-Kader cherchât à pénétrer dans le Tell de la province d'Oran, sans se beurter contre unede nos colonnes. Cependantj comme il pouvait se porter par le désert vers l'origine de la vallée du Chélif et gagner de là l'Ouenseris oi!i une insurrection avait éclaté, le général Lamoricière résolut d'envoyer un corps de troupe tout à fait vers le sud à Stitlen et Brezina. Il cbargea de celte mission importante le colonel Géry. .
Nous avons fait connaître, dans le livre XXXVII, la position de Batna et de Biskara. Stitlen el Brezina, sont I dans l'ouest, des positions exactement analogues. La pre- I mière de ces localités est comme Batna à l'entrée d'une [ coupure qui conduit dans le Sabara à travers les dernières I montagues du Tell, et Brezina est comme Biskara une I oasis située au débouché de la vallée. Ces quatre points i Bont réciproquement à la même distance de la côte; I nais ceux de l'ouest sont beaucoup plus au sud que ceux [ de l'est.
Le colonel Géry, à la tête d'une colonne de 2,000 hommes au plus, arriva à Stitlen vers la fin d'avril, sans avoir rencontré d'ennemis dans sa marche. Les habitants de ce village, plus important par sa position géographique