‹ Annales algériennesChapitre 65 sur 119 · LIVRE XXXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIX

qoe Bou-Maza n'était qu'un mythe, un élcndard invisible

cl immalériel, quelque ctiose de semblable à la Rebecca

B Irlandais, un mot d'ordre qu'on se passait de main en

:n, afin de ne pas produire au grand jour les noms des

^uteurs d'insurrection. Cependant le vrai Bou-Maza des

d Younès avait reparu dans la vallée du Chélif, pou

p temps avant le départ du gouverneur général, llavail

Égnalé sa présence par le meurtre de notre agha, El-

Badj-Admed, qui nous servait avec zèle el fidélité. Ce

■isalheureux agba, revenant de la petite ville de Mazouna

I il était allé cbercher une épouse pour son fils, tomba

hns un guet-apcns qu'il lui avait tendu et périt avec

j^Dsieurs cavaliers. Mubammed, notre agha des Sbiab,

llief fidèle d'une tribu remuante et perfide,, n'échappa

D'avec peine à une trahison de même nature; mais ce

se fut que pour être assassiné en plein marché un peu

plas lard par les sicaires du prétendu maître de l'heure.

KjCelui-ci, traqué de nouveau par nos troupes, s'était encore

tlme fois jeté dans le Dahra. Chassé de ces montagnes, il

ï«e retira chez les Flitta; mais les Français ne savaient

l'fns encore ce qu'il était devenu, lorsque, peu après le

|4épart du maréchal, le nom de Bou-Maza retentit chez les

T.Beni-Menasser cil un rasscmblemenl d'insurgés se forma

L |ircsque aux portes de Cherchel. Une partie des troupes de

F 4& garnison de cette ville fut aussitôt envoyée contre eux;

s après un court combat les révoltés, ouvrant les yeux

I jur l'extravagance de leur conduite, entrèrent eu pour-

\ parlers, el passant subitement de la confiance k l'indigna-

I lioD contre celui qui les avait entraînés à une prise d'ar-

î motif et sans but, ils le livrèrent aux Fran-

[ eus. Ce n'était pas le maître de l'heure, mais un jeune

\ ^atiquc de la même confrérie. Cundumné à mort par un

isible [

conseil de guerre, il fut exécuté au iniiieu même ( contrée qu'il avait lente d'insurreclionner. Sa tête était à peine tombée, qu'on apprit que Moliamracd-ben-Abdallah leChérif, le Maître do l'heure, le Bou-Moza, agitait les Flitta où nous venons de voir qu'il s'était en effet retiré , on disait en même tomps qu'il précliait l'insurrection dans le Djebel-Dira à plus de 60 lieues de là. Le général Bourjoly marcha aussitât contre les Flllla avec la brigade de Mostaganem. Il partit le 18 septembre de notre poste de Bel-AccI et se porta à Bcn-Atia à deux petites journées de marche plus loin, au centre de la nouvelle insurrection. Mais il ne put se maintenir dans cette position, et dut revenir en prendre une en arrière dans une localité appelée la Touiza des Beni-Bergoura. Ce mouvement de retruite eut Heu le 22. Les Arabes, qui depuis trois jours ne cessaient de harceler nos troupes, les attaquèrent avec un grand acharnement lorsqu'ils les virent céder le terrain. Le combat dura tant que dura la marche sur Touiza, où la colonne arriva avec 22 morts et 57 blessés. Le lieutenant-colonel Berthier, du A' régiment de chasseurs d'Afrique, fut tué dans cette affaire où ses soldats firent des prodiges de valeur pour ramener son corps tombé au milieu des ennemis. Les dépouilles mortelles de cet officier restèrent à ses frères d'armes, grâce surtout à l'intrépidité du brigadier Vincent et du chasseur Jeffine ; ce dernier sauva de plus la vie à un sous-officier et recf six blessures. Ce brave chasseur , dans un des petits combats qui avaient eu lieu les jours précédents, avait enlevé un drapeau aux insurgés.

Pendant que le général Bourjolly était aux prises avec les riilta, de graves événements se passaient dans l'arroudissement de Tlemccn. (Quoique tes dernières entre

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prises d'Abd-el-Kada* n'eussent pas eu un histiretix sucoè», il n'en conservait pas moins sa position sur la frontière du Maroc. Il l'avait même améliorée dans ces derniers temps^ car^ bien que noiis eussions arrêté l'émigration en grandes masses, il avait été impossible d'empêcher les émigrations partielles. Cette espèce d'infiltration journalière et insaisissable, traversant sourdement nos lignes, allait grossir sa Smala ou Deira, campée alors à la gauche de la Melouia; sur le versant du Djebel-Azgan et du Djebel-Touzia à la limite des districts du Rif et du Caret. Vers la fin de l'été, il comptait près de six mille tentes autour de la sienne. Les tribus marocaines au milieu desquelles il se trouvait lui montraient bienveillance et dévouement. Quant à l'empereur Abd-er-Rhaman, il paraissait ne plus s'occuper de lui, et n'avait fait aucune tentative sérieuse pour mettre un terme à un état de choses si contraire aux engagements qu'il avait pris par le traité^de Tanger. L'Émir pensant donc qu'il était temps d'agir activement, traversa de nouveau les frontières à la tête d'une troupe nombreuse de cavaliers et de fantassins, et se montra dans la vallée de la Tafna; grande agitation aussitôt dans les tribus qui presque toutes Coururent aux arrties et se déclarèrent pour lui. Le général Càvaignac sortit de Tlemceh et se mit en campagne. Il eut sur-le-champ à livrer quelques petits combats, dans l'un desquels M. Paraguey, chef de bataillon au régiment de zouaves , fut tué. Dans un autre engagement qui eût lieu le 24, chez les Beni-Ouersous, les Arabes montrèrent une telle ardeur, combattirent avec un si grand acharnement, une si grande confiance en eux-mêmes, que le général, jugeant qu'il devait être arrivé quelque chose d'extraordinaire pour qu'ils fussent

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ainsi excités, se replia sur le camp de Lella-Maghrnia où il apprit en effet de bicu tristes nouvelles. Voici ce qui s'était passé.

Le nouvel élablissemenl de Djema-Ghazouat, qui ne comptait pas 700 hommes de garnison, était commandé par le lieutenant-colonel Monlagnac, officier distingué comme homme et comme militaire, mais dont la prudence n'égalait pas malheureusement la bravoure. Le général Bugcaud, qui craignait un peu son exallalion chevaleresque, lui avait particulièrement recommandé dans une visite qu'il fit à Djcma-Ghazouat avant son départ de ne pas sortir de la place quoiqu'il arrivât, le soin de tenir la campagne, s'il y avait lieu, ne devant le concerner en aucune manière. Le voisinage d'Abd-el-Kader ne larda pas à faire oublier â M. de Montagnac ces sages recommandations. Sachant que l'Émir marchait sur les Souhalia, il crut m; pas devoir abandonner celte tribu, qui nous avait rendu de vrais services dans la campagne de 18ii. Il sortit donc avec 550 hommes du huitième bataillond'Orléans et 62 hussards du cinquième régiment, le 21 septembre, à dix heures du soir. Après avoir marché toute la nuit, il passa la journée du 22 à Sidi-Ibrahim. Ce même jour, un fort détachement du camp de Leila-Mahgrnia arriva à Djcma-Gbazoual, avec une lettre de M. le lieutenant-colonel de Barrai qui, en vertu d'un ordre du général Cavaignac, invitait M. de Montagnac à lui envoyer les chasseurs d'Orléans. M. de Barrai avait besoin de ce renfort pour prendre aux opérations du général Cavaignac la part qui lui avait été prescrite. Sa lettre, envoyée aussilûl à M. de Monlagnac, n'ouvrit pas Jes yeux à ce maibenreux officier. Il ne vit pas que le chef de la subdivision étant lui-même en campagne, et sachant

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