‹ Annales algériennesChapitre 69 sur 119 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

(fais sachant que la révolte gagnait ses derrières, il avait ijù revcDir sur ses pas et faire rentrer les détachements qu'il avait sur divers points pour les travaux des routes. Il s'était ensuite porté sur la petite ville de Calah, qu'il avait mise à sac pour la punir d'avoir pris les armes en faveur de Boii-HIaza. Il avait également châtié les Khermanza pour le même motif et enlevé trois de leurs marabouts fauteurs d'insurrection.

Telle était la situation de la province d'Oran à l'arrivée de M. de Lamoricière. Le 2 octobre, ce général se mit en toute pour Tlemcen. Le 3, il arriva à Ben-Rechache, où il fut rejoint par le général Korlc, venu d'après ses ordres du camp de Bel-Abbès. Il se trouva alors à la tète de 4,000 fantassins et do 700 cavaliers. Le 4, il parvint à Aïn-Te mouchent, qu'Abd-el-Kader avait fait sommer, niiiis qu'il n'avait pas attaqué. M. de Lamoricière en ayant renforcé la garnison, continua sa route et arriva k Tlemceu le 7. Le général Cavaignac, après y être venu installer le colonel de Barrai h qui il avait désiré en confier le commandement pendant son absence, en était reparti pour s'opposer au dessein formé par l'Émir do faire passer à sa deira les populations des Beni-Âmer, des Gharaba et des Grossel, qu'il avait poussées devant lui après ses premiers succès et réunies chez les Trara. Un malheur . avait encore eu lieu : le chef de bataillon Billot, commandant le poste de Sebdou, en étant sorti avec un de ses officiers et trois ou quatre cavaliers d'escorte, pour aller se promener chez les Arabes du voisinage, absolument comme s'il eût ignoré ce qui se passait autour de lui, avait été assassiné par les Oulad-Ouraïch avec l'officier qui l'accompagnait. Le camp de Sebdou, attaqué ensuite par les insurgés, avait été victorieusement défendu par

le capitaine Brachet qui le commandait depuis la mort de l'imprudcDt Billot. Sur ce point, l'insurrection avait à sa tôte un certain Bou-Guerrara, personnage jusqu'alors inconnu, que l'Émir venait d'investir du titre de khalifa. Le général de Lamoricière ne s'arrêta pas à TIemcen ; mais continuant à s'avancer, il fit jonction, le 9 octobre, avec le général Cavaignac au col de Bab-Taza. Les deux généraux se portèrent de là à Djerama-Ghazouat pour ravitailler leurs colonnes ; ils se dirigèrent ensuite sur les montagnes des Trara. Le 15, nos troupes eurent un engagement assez chaud au passage du col d'Aïn-Kebira qui fut très-bien défendu par quelques milliers de fantassins kbaïles. Abd-el-Kader se tenait à dislance avec deux ù trois mille cavaliers venus avec lui du Maroc. Voyant la victoire se décider pour nous, il s'éloigna emportant les malédictions des Trara qu'il abandonnai! à notre vengeance, ainsi que la partie des populations émigrées fi qui il n'avait pu encore faire franchir les frontières. Heureusement pour eux, ces indigènes avaient affaire h un vainqueur humain et généreux. M. de Lamoricière, après les avoir resserrés jusqu'à la mer, n'avait plus, pour accomplir celle vengeance qu'ils redoutaient, qu'à lancer Eur eux ses colonnes ; mais dans la disposition d'esprit oii se trouvaient les soldats, celle vengeance aurait été « trop sévère peut-être (I). n M. de Lamoricière, préférant donc la clémence à la rigueur, accorda le pardon qui lui fut demandé, el se porta à Nédronma pour suivre les mouvements ullérieurs de l'Ëmir, qui lui fit remett;

(1) Ces nobles el btlles paroles s rapport de M. de t^murictère.

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laquelle coolenait les détails de la malheureuse affaire où cet officier avait été fait prisonnier. Il y apprit aussi qu' Abd-el-Kader s'était rapidement porté au suddeSebdou après la reddition des Trara, et qu'il avait brûlé les ponis que nous avions eonatruits sur la Tafna et la Melouia. Le général de Lamorieière se dirigea alors sur Tlemcen. Sachant ensuite que l'Ëmir semblait vouloir prendre la direction de l'est, co qui paraissait en effet devoir entrer dans ses vues, il se sépara du général Cavaignac et alla s'établir à Sidi-Ëel-Abbès.

Pendant que tous ces mouvements avaient lieu dans la subdivision de Tlemcen, le général BourjoUy avait eu eoatre Bou-Maza un nouvel engagement dans lequel ce dernier avait été blessé et avait perdu assez de monde. Le colonel de Saint-Arnaud, après avoir eu quelques avantages sur les Beni-Ouragh, avait fait jonction avec le général Bourjoly cbez les Fiilla, et le colonel Géry avait conduit un convoi à Tiaret, bloqué par les insurgés. Tout cela n'avait pas empêché la révolte de se propager ; Bou-Maza, malgré sa blessure, était venu, le 18 octobre, insulter les environs de Mostaganem, d'où il avait été I repoussé par le lieutenant-colonel Mellinet.

Cependant on avait appris en France ce qui se passait l ai Algérie, et le Gouvernement avait décidé que de nou- ! Telles troupes y seraient envoyées en toute hâte. Le ma- I rccbal Bugeaud, qui, comme nous l'avons vu, avait été , prévenu directement de l'état des cboscs par l'officier que I le général Lamorieière lui avait expédié, n'attendit pas les ordres de Paris pour retourner à Alger, où il arriva ' le 15 octobre. Il n'y resta que trois jours pendant lesquels ' ayant fait ses préparatifs de campagne avec cette prodi-

gieuse et intelligente activité qu'il a déployée dans toute la durée de son commaDdement, il se mit en mouvement le 18. Le 22, il était à Miliana, d'où il se porta avec rapidité sur Teniet-el-Had. Le général Bedeau, qui était en France au moment où l' insurrection éclata et qui en était revenu comme le maréchal, reçut l'ordre d'aller prendre le commandement supérieur des troupes deTittcri. Sa mission paraissait devoir être de comprimer l'insurrection dans le centre de l'Algérie, d'en fermer l'accès à Abd-el'Kader, s'il clierchait à y pénétrer, pendant que le gouverneur général frapperait quelque grand coup dans l'ouest, soit contre Abd-el-Kader lui-môme, soit contre sa Smala, que le Gouvernement semblait décidé à faire poursuivre jusque dans le Maroc, puisque le souverain de ce pays manquait ou de volonté ou de puissance pour exécuter par lui-même la seule clause un peu significative du traité de Tanger. Mais pour frapper Abd-el-Kader, il fallait arriver jusqu'à lui. Le maréchal, pensant qu'il pourrait le trouver dans les tribus du grand coude du Chelifoùil paraissait se diriger, résolut de s'y transporter lui-môme. D'ailleurs, il imporlait, quelles que dussent être les intentions de l'Émir, de le priver, des ressources qu'il pourrait tirer de ces tribus remuantes et plus impatientes que toute autre du joug des chrétiens. Ce fut donc par là que le maréchal commença une série d'opérations toutes nécessitées par les circonstances et justifiées par les événements, mais si monotones et de si peu d'intérêt historique prises une à une, que je me contenterai d'en donner une analyse rapide, sans entrer dans des détails presque inénarrables.

Le 26 octobre, M. le maréchal Bugcaud était à Aîn- Tekeria entre Teniat-eUHad et Tiaret. Toutes les tribus

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