LITRE XL. SOI
dans le Djcbcl-Amour el chez les Oulad-Naïl, tribu riche et nombreuse qui pourvoyait à ses besoins. Il évitait avec grand soin de se laisser approcher par nos colonnes, espérant toujours que nos troupes ne pourraient rester longtemps dans des conirées si éloignées de leurs magasins. Mais nos généraux avaient pourvu à tout : un camp avait été établi à El-Beida ; di^ux colonnes l'alimentaient par Boghar de munitions de guerre el de bouche ; celle de Yousouf allait s'y ravitailler quand elle en avait besoin, puis elle se remettait à courir le pitys des Oulad-Naïl, à qui elle faisait tout le mal possible, afin de les forcer à abandonner la cause de l'Émir. Le général d'Arhouville, qui avait repiisson comraandemenlde Sétif, était entré de son cûlé sur leur vaste territoire. Ils durent donc se soumettre. Ben-Aouda-el-Moktari, ce chef des Oulad-Moktar, dont j'ai parlé plus d'une fois, el qui dans ces derniers temps s'était rapproché de l'Émir, demanda à rentrer en grâce auprès de nous, ainsi que Djellid des Oulad- Chaib. Ces deux hommes n'avaient été entraînés vers Abd-el-Kader, qu'ils n'aimaient point, que par suite de l'appui que lesHarrar lui avaient donné. Cet te circonstance atténuante et l'utihté dont ils pouvaient nous être leur firent accorder facilement le pardon qu'ils imploraient. Les Harrar, de leur côté, dont le territoire était attaqué par les troupes du général Lamoricière, traitaient de leur soumission. Abd-el-Kader se voyant ainsi abandonné, se décida enfin à se rapprocher du Maroc. Il se porta vers Stilen, ne voulant pas passer par la lisière du Tell, dans la crainte de rencontrer nos colonnes. Il espi-rail pouvoir se maintenir chez les Oulad-Sidi-Chirk où il se rendit.
L'éloignement d'Abd-el-Kader signala la fin de l'in-
surection^ comme spn apparition en avait signalé le eom* meQcement. Bou-M^^ avait été blesi^ dans uije rencontre d'un coijp de fejij fliji |ui avait fracassé le poigpiB)t, et souffjrail; te)Iemen|; de sa I)le$sure^ qjixïl étaijt peu en éjt^t d'agir. Le Dabra^ où }\ tienait cependant toujçurs^ fqt §ijl]taqué yef s la fijr^ 4>vril, s|piul;j^émepj; par fes Itroupejf (Je Tepiez, d'Qrijé^nsville içt dp Ifosl^gapem, sQn3 ^ di: rjectiop .de }^. 4r Péjissjer, ijommé jrpice^iflijBpt m^péiC^ d^ camP' La soumission fut prompte et complète. I^e^ ]$eni-2eroual firent seuls quelque résist^ncie. 11$ ^'étaienjt retranchés dans des grottes^ comme l'avaient fait les Oulad-Rriah TannéiB précédente. J^e général Jps y ^ siégea, et chercha à arriver h eux par Ja s^pe ; i^fiais leg insurgés se rendirent au bput de trois jours. B.9|i;-]|ila^ s'enfuit dans TOuenseris, apprès itJi'El-HadJ-ei-Sghir.
Pepuis le commencem.ent de l'année plusieurs colonnei^ ^vaienjt parcouru les vaUées de cetjte moi^tagnjç ppur pf^ chasser le )ie^teAant d'A))d-el-K%(},er qui était parvenu^ s'y maintenir, ou qui, lorsqu'il ^v^it éjté forcé de ^'^n éloigner, y était prQmpjtppiept revenu, ne voulant pas montrer moins de persévérance que son maître. Mais le maréchal ayant cru devoir se porter en personne dans rOuenseris, vers le mois de mai, et l'Émir étant en m^arche pour le Maroc, il s'éloigna définitivement avec Bou- Maza et alla le rejoindre.
La soumission des Harrar avait été acceptée moyennaujl une contribution de guerre fort considérable et proportionnée à leurs richesses et à l'étendue de leur faute. Les Oulad-Naïl durent livrer SOO chevaux pour la paix qu'on leur accorda. Les tribus reçurent l'organisaJU^oo qu'exigeaient les circonstances. Quelques hommes dangereux furent envoyés aux îles Sainte-Marguerijte. i^ais
il p'y eujt pas ^ne seule exécution. Le Bou-Maza des Béni- Zou^-Zoug, qu'un conseil de guerre avait condamné ^ mort, éprouya lui-même les effets de la clémence royale. L'assurance de ce jeune homme devant ses juges> la ni9|,tçté et la distinction de $es réponses intéressèrent; ^s^l viyem^ftlt le public en sa faveur. Nous croyons devoir copsigner ici sop interrogatoire^ quoiqu'on puisse le tronyer dans presque tous les journaux politiques du mois de décembre 1845.
O. Comment vous nommez-vous?— -R. Je me nomme Mohammed-I^en-Abdallab .
J). Ne vous donne-t-on pas le surnom de Bou-Maza ? •7- /l. Non ; c'est mon frère que les Arabes ont ainsi nommé.
n. Pourquoi les Arabes l' ont-ils ainsi nommé ? -« R. Mon frère porte le même nom que moi, Mohammedben-^dallab, et les Arabes l'ont surnommé Bou-Maza, parce qu'ils l'ont vu souvent suivi d'une gazelle qui lui a été envoyée par Dieu pour l'accompagner dans ses courses.
J). Il y a encore beaucoup d'autres Bou-Maza qui en diverses contrées cherchent à sonlever les populations^ les connaissez-vous ? — /î. Il n'y a pas d'autres Bou- Maza qu|e mon frère. Quant à ceux qui prennent ce nom, je ne les connais pas et n'en ai jamais entendu parler.
D. Quel est votre âge? — R. Je l'ignore; nous autres Musulmans, nous vivons jusqu'à notre mort, sans nous inquiéter de notre âge.
D. De quel pays êtes- vous? — R. Je suis de Taroudente, village de {trois cents maisons, empire du Maroc, province de Sous.
D. Dépits guand ètesrvouf en AlgérieSf — J2. Depuis
sept ans à peu près. J'y suis venu envoyé par noire seigneur Maulay-Tliayeb, pour y visiter les Zaouïa, les saihls marabouls, et faire des œuvres pieuses.
D. Depuis quand voire frère est-il en Algérie? — R. Depuis la même époque ; il s'est marié eliez les Oulad-Younès , où il s'est acquis une grande réputation de sainteté; les trihus du Dahra venaient le visiter, lui parler du désir de faire la guerre sainte; il s'est mis à leur léte et vous savei ce qu'il est arrivé,
D. Par qui a-l-il été encouragé ou poussé? Par Abdel-Kader sans doute, par celui que vous appelez le Sultan. — iï. Il a commencé la guerre seul ; sa réputation s'est btenldt étendue au loin, chez [es Flitta, les Sbebia, les Beni-Tigrin, les Keraicbe, et puis seulement alors il a reçu des lettres de Muley-Abd-er-Rhaman,d'El-Ha(tj-Abdel-Kader, et des sultans de Constantinople et de Tunis. Ces lettres lui disaient de continuer, qu'il était bien le Maître de l'heure annoncée par les livres saints, et que s'il parvenait à chasser les Chrétiens, ils le proclameraient leur Sultan, se contentant du titre de ses khalifas.
D. Avez-vous vu ces lettres, leurs cachets?— R. Je ne sais pas lire, mais je les ai vues et tenues dans mes mains,
J>. Quelles sont les tribus qui ont donné leur parole à votre frère? — R. (Ici Mohammed-ben-Abdallah cite un grand nombre de tribus.)
D. Sont-elles venues avec leurs anciens chefs ou bien avec ceux que nous leur avons donnés ? — R. Les tribus ne sont pas venues en masse; elles envoyaient des députalions commandées le plus souvent par leurs anciens chefs, quelquefois par les vôtres.
D. Qu'avaieot-elles à reprocher aux Français? Des