‹ Annales algériennesChapitre 75 sur 119 · LITRE XL. SOS · texte numérisé non relu

LITRE XL. SOS

vols, des exactions, des injustices, des crimes ? Dites sans crainle la vérité. — R. Rien de tout cela. LesArabes vous délesleot parce que vous n'avez pas la même religtoD qu'eux, parce que vous êtes étraogers, que vous venez vous emparer de leur pays aujourd'hui, et que demain vous leur demanderez leurs vierges et leurs enfants. Ils disaient à mon frère : u Guidez-nous, recommençons la a guerre; chaquejourqui s'écoule cousolide les ChréliCDs; « finissons-en de suite. »

D. Nous avons, quoi que vous en puissiez dire, beaucoup d'Arabes qui savent nous apprécier et nous sont dévoués. — R. Il n'y a qu'un seul Dieu, ma vie est dans sa main et non dans la vôIre ; je vais donc vous parler franchement. Tous les jours vous voyez des Musulmans vous dire qu'ils vous aiment et sont vos serviteurs fidèles; ne les croyez pas: ilsvousmententpar peur ou par intérêt. Quand vous donneriez à chaque Arabe et chaque jour l'une de ces petites brochettes qu'ils aiment tant, faites avec votre propre chair, ils ne vous en détesteraient pas moins, et toutes les fois qu'il viendra un chérif qu'ils croiront capable de vous vaincre, ils le suivront tous, fût-ce pour vous attaquer dans Alger.

D. Comment les Arabes peuvent-ils espérer nous vaincre, conduits par des gens qui n'ont ni armée, ni canons, ni trésors ? — R. La victoire vient de Dieu ; il fait, quand il le veut, triompher le faible et abat le fort.

D. Votre frère prend le titre de sultan; les Arabes doivent en rire? — R. Non, ils n'en rient pas: ils l'aiment au contraire, à cause de son courage et de sa générosité; car il ne songe pas, comme Abd-el-Kader, à bâtir des torts pour y enfouir son argent et ses ressources ; il a

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miéax compris qiie hii la gdéite qu'il fftdf ifCfHé Mii ; il he possède qu'une tente et trois bons cfaeVàtix ; aujdlir^ d'hui il est teif detnàiti ndatin à Vingt lièueé plti^ IMti; àa tente est pleine xle biitiii^ un instsint âptès elle est v\âéi il donfae tdtit^ absoluîtieùt tout^ et rë^te léget pdUr ëllér crû l'appellent leis Musdlnoians eh dâingei*.

jD. Que dira-t-il quatiâ il saura que tous èteà en Mlié poutoît ? — R. Que Tottle^-vous qu'il dise ! sOti cfeiïr saignera d'avoir perdu son frère, et pUiS il se tésigâerti à la volonté de Dieu. Quatit à moi^ je sais qttë fa Àort est une contribution frappée sur ùos têtes pdr le MsAftb du inbnde; il la detttsliide quand il lui plait; nous deyâTitè tous l'acquitter, mais rie racqùillëi- qu'Urie Seule fois.

D. VOife frère à-t-il i-eçtt dès lettrés des tribtïs de VéSiV, aeë Kbaïles dû Hafnza? — H. Il eiî à teçti beriudoup, et tbiitës l'éîldourageaierit, lui sOuhaitâient le tridthlnhë dU l'appelatieiit dàbs leur paye.

D. Je vaiâ tous poser tine quèstîofi à laqilélle je Vtffià engage à répdtldrë avec slhdérité. Volii^ êtes en riôttë podVOii-, le tnetisorigë ne vous servirait à riëfl, tafndis ^è des a veux francs peuvent intéresser en vôtf^ faveur iiOtfc roi, qui est humain et généreux. -^JR. Je vOui^ rêpdndrtii avec d'ailtaiit plus dé frattchi§e que, quoique ëhargè de fers, je sais que nia vie n'est pas en vôtre poilvdiir; éflè rië déperid que de Dieu.

D. Eh bien ! pouvei-vous me dire quelle^ sottt \ék relations qui existent entre Muley-Abd-er-Rhamafl et Abd-el-Kader ? - /î. Muley-Abd-er-Rhànian est au plus mal avec Abd-el-Kader ; plusieurs fois il lui a dit : « Sors de mon pays ! )> Mais Abd-el-Kader a totijoUts tépondu : « Je ne suis pas dans ta main^ et je n'ai petl^ tt ni de toi ni des Français ; si tu viens me trouver, je té

i Wisâèieraî dé jjôtiaré, ëi fei les Frahçsiié Tîèfitîent aiièS Â ike trouver, je les rassstsierai atissi fle poudre. >i

if. Satvei-vbùs flour^ùdi Muley-Abd-èr-Rhaman et Abd-ei-Kàdèr sorlt trouilles ? — Jfî. C'est J)âi*ce que le siûtiti dii Maroc craint de voit lès Français entrer chée lui pour y poursuivre Abd-el-Kader.

h. Cômmetit se fait-il (|u'Èl-Hadj-Abd-èl-Kàdër ptiisse se moquer d'un souverain aiissî ^issaiit que Muley-Abdët-fthamàn ? — R. Dépuis que lès Maroèains dnt apprîfe que Mule Jr-Abd-er-Rhamàn avait fait lapîiixàvec les Chrétiens, ils se sont presque tôUs tournés dii côté de l'ËrtHr, qirt à lofagtëmps fait la guerre- saihte et qui la faitenèbre. Depuis cette paix, tout le pays compris ëûtrë SouÉe et Rafiàt s*ëst insurgé ; il en est de même de tdtitës leé trffcus, et if né ëfalmiiiande jiKis, à bieii dire, ijuc dans les villes. Les Oiilsld-Mouley-thàïefa méihës, qui ont uii si grand ascendant religieux dàdS tbut reriipirë, riè Veulent f)lus Tèiercèi' pour lui, et le sultan a télleiliëht'compHs là gfavité dé sa position qu'il s'occupe de faire petit â petit Iransjxjrtër tôiis sei^ trésors et tdus ses magasins aii Tafllet, bû il a brdohné dëpliis deux âiis déjà dés constructions cdiisidérâblé^.

D. Ces Mouley-Thaïeb sont dohc bien pùisâaiits ? ^- È. Aitciiii sultan ne peut être homme sans létir a^sëntinàeiût. C'est Sidî-él-Hadj ël-Ai-bi qui est leur chef iliaîtltènâht, et c'est lili qui envoie daiis l'Algérie les sultatis ^bî S'y prbdaèrient, après avoir lu sur eux lé fattah.

B. S'il y a sept ans que vous êtes en AlgéHe, cotilment pôuvëz-vdus savoir ce qui se passe dans le Maroc ? --^ R. lé l'ai entendu dire souvent dans le camp de mo&

me.

B. Airez^tbus entendu {Parler d(i retobir dé M^ le mt^

réchal? — R. Oui! les uns étaient contents et les autres mécontents; ceux qui voulaient les cliérifs s'en chagri- □aient, et ceux qui ne les voulaient pas s'en réjouissaient.

D. Que faisiez-vous chez les Beni-Zoug-Zoug? — R, J'avais été appelé par eux pour les guider dans une attaque sur Miliana.

D. Gela ne se peut pas; Us vous ont livré aux Français, — R. Ils ont entendu parler du retour d'une colonne et de l'arrivée d'une autre, ils ont eu peur de s'être compromis, et pour faire leur paix avec vous ils m'ont arrêté. Que Dieu les maudisse dans ce monde et dans l'autre !

D. Avez-vous pris part aux différentes insurrections? — R, A presque toutes.

D. Jeune et étranger, quels pouvaient être vos désirs, votre but ? — R. Je n'avais pas d'autre désir, pas d'autre but que ceux de faire triompher notre sainte religion.

D. Croyez-vous que les Arabes ne se lasseront pas de mourir pour des entreprises qui n'ont aucune chance de succès? — R. Je suis très-fatigué, je vous prie de me laisser tranquille. Vous m'accablez de questions ; on me les posera sans doute dans un autre moment; je ne me souviendrai pas de ce que je vous ai répondu, et puis vous direz que j'ai meoti.

Les remarquables paroles du jeune fanalique que nous venons de mettre en scène jeltent sans doute beaucoup de clarté sur les causes et la nature de la grande insurrection de ISiS- Cependant il ne faut pas perdre de vue que l'exaltation du personnage a du nécessairement le porter à exagérer l'influence, certainement très-grande, du sentiment religieux chez les Arabes, et qu'enfin étant homme de cœur, il aura voulu soutenir son rôle devant ceux qui étaient appelés à prononcer sur son sort. D'à

fleurs ses paroles étaient aussi entendues des Musulmans. Lalevéedeboucliefs JesBou-Mazaaurait été peu de chose sans l'intervention plus politique que relifjleuse d'Âbd-el- Kader. Ouoi qu'il en soit, au surplus, des secrètes pensées des Arabes, on ne saurait nier qu'un très-grand nombre d'entre eux ne nous aient servis avec persévérance, même dans les circonstances les plus difriciles. Dans l'insurlection dont je viens de tracer rapidement l'histoire, il n'y eut pas une seule de nos colonnes qui n'ait eu à sa suite un certain nombre d'auxiliaires. Les Portugais et les Espagnols avaient aussi trouvé avant nous des alliés parmi les Arabes. Gela prouve au moins que ce que ceux-ci considèrent comme l'inlcrêt de la religion, c'està-dire ta haine contre les chrétiens, ne les a jamais empêchés de sacrifier à des intérêts plus matériels. Eofio, le vrai Bou-Maza lui-même, las de courir les ravins pour la cause de l'islamisme, ne s'est-il pas jeté dans les bras de ces mêmes chrétiens qu'il disait avoir mission d'exterminer? Mais n'anticipons pas sur les événements.

Le colonel Renault, qui avait été chargé de suivre Abd-el-Kader jusqu'au moment où on le saurait horis de l'Algérie, arriva, le 28 mai, au Djebel-Ksel, où l'Émir avait séjourné quelque temps. Après avoir puni les Arabes de cette localité de l'hospitalité qu'ils lui avaient accordée par l'enlèvement d'une partie de leurs troupeuus, il forma on dépôt de vivres dans le Ksour de l'Arba et continua sa poursuite. Il arriva, le 1" juin, à Chellala-el Dahrnia au moment où l'Émir venait de quitter celle localité. Les habitants, qui voulurent opposer quelque résistance, furent mulmenés et perdirent une soixantaine d'hommes. De là le colonel Renault s'avança vers El-Bioud, au centre du pays des Oulad-Sidi-Cbirk, où se trouvait en ce mo- III. i!i

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ment l'illustre fugitif et ses compagnons, eiténués de fatigue les uns et les autres. Les fameux marabouts de cette localité, sainte aux jeux des Arabes, les engagèrent à s'éloigner au plus vite afin de ne pas attirer les maux de la guerre dans leurs foyers, et de sauver de la profanation le tombeaudu chef vénéré de leur race. Abd-el- Kader s'éloigna, et entra par Figuig sur le territoire lùarocain. Le colonel Renault ayant accompli sa mission reprit la route de Mascara, où il arriva dans le mois de juillet.

L'existence de la déira de TÉmir avait été fort agitée pendant les huit mois qui s'étaient écoulés depuis que celui-ci en était parti pour aller encore une fois tenter Ift fortune en Algérie. Les mouvements du général Cavaignac l'avait souvent inquiétée ; d'un autre côté, l'empereur de Maroc, pressé par nos agents diplomatiques, l'avait sommée de s'éloigner de nos frontières, de se rapprocher de Fez et de cesser de reconnaître une autre autorité que la sienne. A la vérité, aucune démonstration armée n'avait accompagné cette sommation ; mais les tribus marocaines, entrevoyant dans ce conflit une perspective de pillage, laissaient voir des dispositions peu rassurantes pour la déira. Jai déjà dit que des masses considérables d'émigrés l'avaient quittée pour rentrer sur nos terres avec l'autorisation etTappui du général Cavaignac. Enfin, ?,liloud-ben-Arach lui-même en était parti avec les siens pour aller se mettre à la disposition de Mouley-Abd-er- Rhaman. Il était manifeste que l'opinion publique s'éloignait d'Abd-el- Kader ; que même le parti fanatique se détachait de lui. Ce parti l'avait déjà, à diverses époques^ trouvé trop mondain, trop disposé à se rapprocher des Chrétiens, trop confiant dans les moyens humains^ pour

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