‹ Annales algériennesChapitre 76 sur 119 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

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faifê triompher là sainte cause ^ et pas assez dans les miracles et les secours d'en haut. Nous avons vu cette faction prendre les armes contre lui en 1834, et les paroles du Bou-Maza des Beni-Zoug-Zoug font connaître ce qu'elle en pensait encore en 1846. Aussi, au moment de ses derniers échecs, cette même faction qui s'agitait encore sur la frontière, au lieu de se rallier à lui dans une lutte suprême, comme le vrai Bou-Mazà luî-hiême avait cru devoir le faire, se groupa autour de quelques frétiétlques sans portée, dont les efforts isolés vinrent se briser suceéssivemént cotitre lès colonnes du général Cavaignac. te plus fou de ces énergumènes fut un certain El-Fadel, qui se croyait Aïssa (Jésus-Christ), dont la seconde venue est attendue par les Musulmans, et qui doit réunir tous tes peuples en un seul. Après avoir sommé le général CaVaignâc de le reconnaître en cette qualité, il eut Taudàce de l'attendre en raso cdmpagne ; mais ce ftit avec le succès qu'on peut croire. On assure que cet El-Fadel, dont il ue fut plus question depuis, avait annoncé à ses gens que la terre s'ouvrirait pour engloutir les Français. Cette tendance de l'esprit religieux, ou plutdt du fanatisme, à agir en dehors d' Abd-el-Kader, ne put qu'alarmer celui-ci dans un moment où il aurait eu si grand besoin de ce puissant auxiliaire. Nous ne serions pas surpris que les réflexions qu'il dut faire à ce sujet et le désir de donner un gage aux passions brutales et sanguinaires de l'islamisme exalté û'aient été pour beaucoup dans la cruelle résolution qu'il prit tout à coup dé faire périr les prisonniers français qu'il avait entre les mains. Lorsqu'il quitta le Djebel-Amour et les Oulad-Naïl, pour se porter chez les OuladSidi-Chirk> il fit partir devant lui et rentoya à là dêira son lieutenant Ben-Tami^ avec ^elques

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ccDtaJDes de malades et de bloï^sés. II prescrivit en mtow temps k Bou-Hamedi, qui avait commandé la déira pendant son absence, de venir au devant de lui avec toutes les forces qui pourraient en 6lre distraites sans inconvénient. II lui fut répondu qu'il était impossible de faire ce qu'il désirait sans exposer à uoe perte certaine toute la déira, menacée à la fois par les Français et les Marocains, et embarrassée de la garde des prisonniers. L'Émir répliqua par l'ordre barbare de massacrer ces malbeureux. Celte horrible exécution eut lieu dans la nuit du 27 au 28 avril. Les officiers et quelques soldats attacbés â leurs personnes furent seuls préservés (1), Les autres, au nombre de deux cents soixante-dix, après avoir été partagés en petits groupes, furent lAcbement égorgés par les fantassins réguliers de la déira. Deux ou trois parvinrent & s'échapper et h gagner nus postes, Abd-et-Kader rentra à sa déira un peu plus d'un mois après cette infamie, qui a souillé à tout jamais l'existence pure jusqu'alors de cet homme célèbre, dont les grandes qualités trouvaient jusque dans nos rangs de sincères admirateurs (2).

(1) Il furent rachetés quelques temps après par l'inlermédiaire des auiorités espagnoles ^e Meljlli : au nombre de ces prisonuiers Ëtait M. Courby de Cognord.

(2) Je dois dire et je dis volontiers qne beaucoup de personnes qui ont approché Abd-et-Kader pondant son long séjour en France pencbeal à croire que Ben-Tami n'attendit paa les ordres de l'Émir pour faire exécuter le massacre, et que celui-ci n'aurait eu que le lorl de ne pas le desavouer et d'en assumer l'odieuse responsabilité. Lorsqu'il partit pour le Levant, ses dernière? paroles b, M. de Bellemare, interprète an minislëre de ta guerre, furent une déclaration (arniell€ d'absence de toute pariicipaiion à ce crime, du regret amer

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jaore de nos prisonniers sur les terres de l'empereur de Maroc rendit encore plus vives les inslances ^ de noire diplomatie pour qu'il prit enfin un parti vigoukifeux au sujet d'Abd-el-Kader et de ses adhérents. Mais |P toujours partagé entre ses idées superstitieuses, sa mé- |-£ance envcis l'Énur, sa liaine innée, quoique timide, contre les chrétiens, et les craintes que lui inspirait notre I puissance, il hésitait et ne prit longtemps que des demimesures. Le Gouvernement français, de son côté, appréhendant toujours de se voir entraîné à une guerre sans I profit contre les populations fanatiques du Maroc, résistait à l'irritation que lui causait l'attitude indécise de ce misérable chef de barbares et aux excitations de ta presse qui l'accusait de faiblesse ; il attendait du temps une [ solution qu'il craignait de compromettre en la brusquant. rLes événements devaient prouver plus tard que la raison tétait de son câté. Au reste, Abd-er-Rliaman ne cessait, Hdepuis le traité de Tanger, de protester de son sincère I désir de vivre désormais avec nous en bonne intelligence. fil avait envoyé une sorte d'ambassadeur à Paris, et réglé P la question des frontières par convention du 18 mars I84S, I passée entre Sid-Hamida-ben-Ali, son fondé de pouvoirs, Jet M. le général de Larue, plénipotentiaire du Gouverf nement français. Un traite de commerce fut aussi né- |tgocic ; mais Mouley-Abd-er-Rhaman eut quelque peine à rie ratifier.

I qa'il éprouvait de penser que les Français l'en croyaient personnelr lemenl coupable, et du désir que il. de Bellemare cbercbàt à délroni' rpr le public. Je suis autorisé par ce dernier à taire connatlre cetlu Irfatéreesaate particulari té.

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La Tffovince de Constantine ne se ressentit que faîMement de l'agifation qui avait rofzné dans le reslo de l'Algérie, depuis la catastrophe de Sidi-Ibrahim jusqu'à l'expulsioQ d'Abd-el-Kader. Cependant il s'y passa quelques événemeuts que nous devons raconter.

Dans le mois de novembre 1 845, un certain Mohammedel-Tebroui, surnommé Bou-Darbela, se disant envoyé de Bou-Muza, parut dans le Belezma et se mit à y prêcher la guerre sainte. LesOulad-Sulnn, un instant agités par ses

> prédications, furent néanmoins contenus dans le devoir par le général Herhillon, commandant de la subdivision

i Buliia, qui trouva un puissant appui dans la fîdélitu

> lie uus kaids, empressés k se railler à lui ; mais l'iasurtectioo éclatu chez les Oiilad-Sellam. Le général Levas-

' seur, qui commandait la province en l'absence du général Bedeau, marcha contre eux. Après avoir vainement tenté de les faire rentrer volontairement dans la soumission, il les attaqua avec ses troupes réunies à celles du général Hcrbillon, leur tua une centaine d'hommes, el les força de se mettre à sa discrétion. Bou-Darbcla, arrêté dans sa fuite, fut conduit prîsonaier à Batna.

Cette affaire terminée, le général Levassour se porta dans le Hodna, dont quelques tribus s'étaîeut soulevées & la voix de Si-Saad, contre le kaîd Si-Mokran, nommé l'année précédente par le dm; d'Aumale. Le général les fit promplemenl renoncer à leur rébellion, leur imposa des contributions de guerre, et dispersa, le 29 décembre, après un léger combat, le seul rassemblement d'insurgés que Si'Saad eût osé lui opposer. Il se remit ensuite en marche pour rentrer à Constantine. Mais, le 3 janvier, sa colonne fut assaillie, dans les défilés du Djebel-bou-Taleb, par un ouragan glacia', accompagné d'une neige épaisse.

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hi la mit en d.m^er de i)crir cnlièrement par une de ces ■tastropbes que l'iniugination a de la peine à ailiiiclUc b Afrique, ot qui piiraissenl réservées aux cliinals du . Lèvent élail si violenl, la neige tombait avec une lie intepsitè, que les soldats, marcliant au hasard cl ; dos peines infinies, s'égarèrent de tous côtés. Cet Itireux temps s'étant prolongé, ta colonne étaîL réduile rçsque à rien lorsqu'elle arriva à Sétif, le 4 au soir. 1 cnil d'abord avoir à déplorer des pertes énormes ; lis elles se réduisirent h une centaine d'Iiiimmes morts fi froid ou de besoin. Les Arabes de la tribu des Rigba en (Uvèrent un très-grand nombre qu'ils ramenèrent suceesllvenaent à SétiT, après leur avuir donné tous les suius Htune généreuse bospitaltté.

- jEn rentrant à Constantine, le général Levaaseur reçut, tur se consoler du petit érMcc que les éléments venaient ^lui faire éprouver, la soumission de la grande tribu des mencha,qui avait été négociée par notre cheik-el-arab. fe-Lorsque Abd-cl-Kader, dans sa marche insurrectionstlc, s'avança vers Bou-Sada, quelque émotion se manifesta de nouveau dans l'Hodna et s'étendit jusque auprès de Sétif, ou elle était produite par le cliérif du Djurdjura, cet autre Bou-Maza que nous avons vu aux prises dans le Dira avec les généraux dArbouville et Marey. Cet agitateur était accompagné de ce Moussa-cl-Darkaoui qui, eu 1835, avait pris les armes contre Abd-cl-Kader : il venait alors de chez les Beni-Abbès oii il s'était retiré. Ces deux fanatiques, qui n'étaient parvenus à réunir qu'un très-petit nombre d'adhérents, ne tenlèrenl aucune attaque et n'attendirent pas les troupes qu'on fit marcher contre eux. Mais ils allirèrent trailrcusemcnt à une conférence et assassinèrent lâchement Ben-Ouani, notre kaïd des

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Amep-Garaha. C'était un serviteur dévoué et brave &Wit la perte fut vivement sentie par l'aiiloritc française, qui avait en lui la confiance la plus grande et la mieux méritée. Il fut remplacé par Mohammed-ben-Douadi, qui, surpris quelque temps après par des cavaliers de Si-Saad, fut également massacré.

Lorsque le général d'Arbouville rentra à Sétif, il y arrivait avec l'ordre de se porter chez les Oulad-Naïl. Il organisa sur-le-champ sa colonne expéditionnaire et, sans perdre de temps, se remit en marche, laissant au lieutenant-colonel Dumonlel le soin d'observer les faibles bandes du chérit et de Moussa-et-Darkaoui. Sa présence chez les Oula-Naïl et à Bou-Sada, qu'il châtia pour les secours ijue cette petite ville avait donnés à l'Émir, contribua puissamment à chasser àbd-el-Kader de cette contrée, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Il retourna . ensuite à Sétif, sa mission étant accomplie. Pendant son absence, le lieutenant-colonel Dumontel surprit, le 12 uvril, auprès de la tribu kbaïle d'Amoucha, le camp du chérir et de son acolyte. Les agitateurs perdirent dans cette affaire, très-vigoureusement et très-habilement conduite, plus de deux cents hommes, c'est-à-dire presque tout ce qu'ils avaient de forces. Cet événement rendit à la subdivision de Sétif son ancienne tranquillité.

Restait à en finir avec Si-Saad qui tenait toujours dans le Bou-Taleb et chez une partie des Oulad-Deradj. Celle mission fut confiée, par le général Bedeau, au colonel Régeau, Cet officier supérieur se porta d'abord, avec une colonne d'environ 2,000 combattants, chez les Oulad- Ameur, fraction des Oulad-Deradj, qui s'était prononcée pour Si-Saad, et les détacha de la cause de ce factieux, moitié par persuasion, moitié par menaces. Il pénétra

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