LIVRE XLI
*^ dimensions. C'est un soin que l'on alorlde négliger, et qui n'a rien de futile, comme on pourrait le croire , ear il correspond à un besoin rée! de l'esprit, el, par lontre-coup, contribue au bien-être physique. Il est Lors le doute qu'une habitation gaie, gracieuse, qui présente bits cesse & la vue d'harmonieuses proportions, exerce (Une salutaire influence sur rhumeur de ceux qui l'octtupent, et, par suite, sur leur santé. Nos ingénieurs, si ^tedifîércuts pour la beauté des formes dans les construc- Itions (le leurs services spéciaux, n'ont pu trouver lu plus petite inspiration lorsqu'ils ont été appelés, par les circoniStances, à élever des monuments où ils seolaieut bien t^'il fallait autre chose que l'équerrc et le cordeau. La -frçade de la mosquée de la rue de la Marine à Alger, celle do palais du gouverneur, sont des œuvres vraiment atfligeautes, la deroièrf: surtout. Lorsque l'on compare ces '(ristes pastiches aux gracieuîi modèles d'urchitetture inauresque qui abondent dans tout le nord de l'Afrique, ijOD est bien loin d'être fier d'être Frai^^is, comme une I ehauson populaire assure qu'un doit l'être en contemplant lia colonne Vendôme.
Un des plus remarquables de ces spécimens d'archi- Itecture mauresque dont je viens de parler était la chartnante mosquée dont nous avons fait l'église Saint-Phijfippe. On a eu el on a mis à exécution la vandalique Wée de la déuaturer pour l'agrandir; c'est à en verser ies larmes de dépit. Or cette sacrilège audace, c'est le ► service spécial des bâtiments civils lui-même qui l'a eue. On a prétexté que le temple était trop petit; mais Il fallait alors eu construire un autre plus grand ail' leurs et, si l'argent manquait, attendre. l\ valait mieux, mËnie sous le poiot de vue religieux, laisser pendant
quelque
S des fidèles
[ue temps une partie des fidèles prier Dieu en plem
air, que de détruire celle ancienne mostiuée, poétique et
brillant lémolgunge du triomphe de l'Evsngile sur le
i Coran. Les vainqueurs de Cordoue se couduisirent avec
I plus de raison daus le moyeu âge, et la belle mosquée
[ d'Almanzor, qui rappelle encore leur vaillance, rappelle
Dussi leur bon goût.
Le développement de la colonisation et l'admiDistra- I tion de la sociélé européenne qui se forme en Algérie 1 sont sans doute des objets fort importants. Mais la di- I rection de cette autre société que nous avons trouvée I toute formée sur le sol africain l'est peut-ftre plus encore. M. le maréchal Bugeaud, par l'extensioD qu'il I donna à la conquête, fut naturellement conduit à s'en occuper avec un soin particulier. Nous avons vu qu'un I de ses premiers acles fui de reconstituer la direction des [ àfToires arabes que le maréchal Valée avait considérable' ment aETaiblic. Cette institution fut consacrée par arrêté hiinislériel du 1" février 1814. Il y eul à Alger un directeur central et un directeur dans chaque province, De plus, des bureaux arabes furent institués auprès de chaque commandant de subdivision, et même aujirès de tout coRimundant de camp permanent. Ces établissements eurent pour type le premier bureau arabe organisé par le général Trézcl pendant le court intérim du général Avizar, en 18ô2, et la direction créée par le comte de Damrémont ca 1857. Toutes les allaires relatives aux iudigènes durent y être élaborées pour être soiinûses au chef politique et mililaiie dont les chefs et les employés de ces mêmes établissements ne sont que les agents. Les nipports entre le directeur central et les directeurs de provinco ne durent concerner que la réu-
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niou des documents et renseignemenls propres à éclairer le gouverneur sur l'élot do la sociclé arabe : car les ordres relalifs à la marclic journalière des altaires et aux mesures poliliques continuèrent, comme de raison, à élre doDoés par les commandants de province agissant , eoit en vertu de leur propre initiative, soit d'après les prescriptions supérieures du gouverneur géuéral. Le même mécanisme administratif exista entre les directeurs dû province et les chefs des bureaux arabes particuliers.
Les indigènes furent soumis sous le maréchal Bugeaud
k deux régimes différents : ceux des localités régies par
l'administration civile furent assujettis ù cette mêiiie
admiaislration comme les Européens. Quant aux autres,
OD leur laissa leur organisation primitive, qui fut cepeii-
I dont un peu modiiïée. D'après le système adopté par Abd-
l 'el-Kader au temps de sa puissance, le pays avait été
I partagé en grandes divisions, ayant U leur tète des kha-
et eu subdivisions commatidêcs par des agbas.
Chaque aghalik était composé d'un nombre variable de
ribus administrées par des kaïds, ayant sous leurs
Srdres les cheiks des diverses farka ou fractions de la
ribu. M. le marécbal Bugeaud crut devoir adopter ce
Système, mais il eut deux sortes d'agba, les aghas or-
'toinaîres placés sous les ordres des khalifas et les aghas
hodépcndanls du bach-agha relevant directement de l'au-
torîté française, sans intermédiaire de khalifas. Celte
Pdévialion des règle;; absolues de la hiérarchie fut com-
nandée par les diverses circonstances de la conquête.
Elle permettait de tenir compte des convenances de Jo-
Êalité, et de satisfaire les grandes familles que nous
tViOQS intérêt i^ rattacber à notre cause.
Il fut réglé que les khalifas et les aghas seraient nommés par le roi sur la proposition du gouverneur général. C'était un moyen convenable et naturel de relever ces grands fonctionnaires^ tant à leurs propres yeux qu'à ceux de leurs administrés, et de les pénétrer en même temps de la gravité des obligations qu'ils contractaient envers la France. La nomination des kaids fut réservée aux commandants des provinces. La durée de leurs fonctions fut fixée à un an, avec faculté pour l'autorité qui les nomme de les proroger. Les khalifas et les agbas reçurent des traitements fixes payés par TEtat. Les kaïds n'en reçurent point, mais ils eurent des droits sur les marchés, une part sur le produit des amendes et un prélèvement sur le moptant des contributions imposées aux Arabes. *
Une force publique soldée par l'Etat fut organisée auprès des grands chefs indigènes tels que khalifa et agha, par arrêté ministériel du 16 septembre 1845. Elle se composa de cavaliers rhiala^ et de fantassins askar. Cette organisation n'eut lieu que pour les localités où il n'existait pas encore de spahis irréguliers. Ces derniers reçurent, sous la qualification de cavaliers du makhzen, ou de cavaliers auxiliaires, une existence plus légale que celle qu'ils avaient eue jusqu'alors, par uu arrêté ministériel également à la date du 16 septembre 1843. Les douair et les zmela d'Oran, les raedjahr, les bordjia et les abid - cheraga. de Mostaganem, les arib d'Alger, furent naturellement compris dans cette organisation. Il fut du reste réglé que les tribus admises à fournir des cavaliers auxiliaires ne seraient pas pour cela exemptes dlmpôts, ainsi que la chose avait lieu sous la domination turque^ attendu que ces cavaliers recevaieot
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une solde. Il y eut cependant exception à cette règle en faveur des douair et des zmcla d'Ornn, avec lesquels nous nous trouvions engagés par la convention du 16 juin 1833.
Toutes les tribus arabes furent gnumiees À l'impôt que le maréchal Valée avait commencé à faire percevoir dans la province deCnnstantine. Il se composa de l'achourou dlme sur la récolle, et de la zckal, contribution représentative de la dime assise sur le bétail et les valeurs mobilières. Mais, pour éviter les tracasseries de ce qu'on appelle l'exercice en style de perception, ces deux brancbes de revenus furent réunies en une valeur déterminée d'après la richesse présumée de chaque tribu , évaluée toujours avec modération et payable, soit en nature, soit en argent. Le maréchal Bugeand ne se dissimulait pas quo, outre la répugnance matérielle qu'éprouvent géuéralement les contribuables à donner leur argent, les Musulmans devaient en éprouver une de principe à payer à un guuveruemcnt chrétien l'achour et la zekat, impûLs d'origine religieuse. Aussi songeaitil à asseoir les contributions sur d'autre bases. Il faisait réunir les éléments de cet important travail lorsqu'il quitta son gouvernement.
Nous avons souvent parlé de la rapacité invétérée des fonction nnires arabes. Pour la refréner autant que possible, un arrêté du 12 février 1844 régla la quotité des amendes qu'ils étaient dans l'habitude d'inlliger, et les obligea d'en rendre compte. Cet arrêté ne leur laissa qu'une partie des produits de ces amendes; le reste dut être versé dans les caisses publiques. On établit également que l'impôt connu sous le nom de lialk-el-bournous (prix du bournous), payé h chaque renouvetlement de
kaid, serait converti ea la remise d'un cheval dil de
[.soumission ou de gada.
Les [lirCcullés que présenlaîL rélnblissement d'une
I police exacte dans l'intéricurdcs tribus durent faire adop- «ter^ ou plulât consacrer, le principe de rcsponsabililé
, collective suivi par l'ancien gouvernement pour les criimes dont tes auteurs resleraieal inconnus. Il fut donc
I proclamé que les tribus seraient pécuniairemenl responsables des crimes de cette nature commis sur leurs Icr- 'ritoircs. Mais l'amende ou rhelia inOigée en pareil cas ne dut êlre exigible qu'après un délai suffisant pour que les Arabes pussent avoir le temps de chercher les coupables et de les livrer à la jasiice. Ce système de responsabililé, dont les bons résullats ne tardèrent pas à se faire sentir, ne fut du reste présenté par le gouverneur général que comme un régime transitoire qui devait disparaître, h mesure que la consolidation de notre domination nous permettrait d'en adopter un plus régulier.
L'avénemenl de ce régime régulier était préparé par l'extension donnée à celui des cercles, si heureusement appliqué par le maréchal Valée à l'arrondissement de Bône. Dans un cercle en effet les Arabes sont plus prés de l'autorité française que dans les grandes circonscriptions des kbalifas; ils sont mieux en posillon d'apprécier te désintéressement et l'impartialité de nos officiers mis en regard de l'esprit de rapine de leurs chefs nationaux; ils s'habituent à nos formes administratives, apprennent à ne plus s'effaroucher de nos recherches statistiques et à désirer plulât qu'à craindre d'être régis comme le sont les peuples civilisés. Le maréchal Bugeaud, comprenant parfaitement ces avantages, créa des cercles partout oii il put successivement le faire. Mais il comprit aussi que, ei