‹ Annales algériennesChapitre 90 sur 119 · LIVRE XLII · texte numérisé non relu

LIVRE XLII

a s'en preDaient à tout, et durent naturel lemeiit s'a- I Marner de préférence sur celte ordouDauce qui servit dc } thèse à d'incroyables déclamations. Dans le Svi, voici i eominent, se passèreut les choses :

Depuis iSÔA, an avait beaucoup rebâti à Alger, l'ia- IduBtrie particulière cherchant à relever les ruines que I l'admiaistralion amoncelait. Ces ruines relevées plus ou I voina complètement, on s'aperçu^ que les iocommodca 1 maisons europécDnes, qui, sur plusieurs points avaient tfemplacé les maisons mauresques, rendaient cependant L davantage, parce qu'à surface égale elles contiennent ÎQ- [' Animent plus de logements. En conséquence, on se mit k L transformer à l'européenne le plus de maisons indigènes qu'il fut possible, même des maisons en parfait état de service que l'on acheta à cet effet. Ceci faisant renchérir naturellement le pris des immeubles, les locations s'élevèrent, et les spéculateurs en pooclurent qu'à Alger, plus il y aurait de logements plus on les louerait cher. 0* singulier raisonnement redoubla la âèvre de constructions qui avait gagné le public. L'admii^islration des finances, dont la vue a toujours été si bornée en Algérie, augmenta le mal en spéculant plie-même sur les immeubles urbains du domaine. Sur ces entrefaites^ voilà que l'enceinte du vieil Alger est condamnée à disparaître; une nouvelle est Iracée, renfermant une superficie trois fois plus considérable. Alors la fureur des constructions est poussée à soq comble ; il faut remplir ce vide, b&tir partout et toujours, comme si Alger devait recevoir un demi-million d'habitants. Les entrepreneurs se multiplient; les capitalistes offrent des fonds; on emprunte sur le rez-de-cluiussée pour bâtir le premier, sur le premier pour bâtir le second I et ainsi de suite. Mais lorsque l'on vit que les nouvelles

m ANNALES ALGÉRIENNES.

constructions ne se veDdaient ni aussi vite Di aussi ]> qu'on l'avait espéré, parce qu'il y avait disproportion entre l'augmentation des maisons et celle de la population, les capitaux htsilèrcnt, puis se resserrèrent, et une réaction violente éclata dans les derniers temps de l'administration du maréchal Bugeaud. Les ateliers se fermèrent, les constructions s'arrêtèrent; les faillites se multiplièrent, et une foule de spéculateurs qui se croyaient riches, et qui en effet avaient pu vivre quelque temps comme s'ils l'étaient, furent ramenés à leur point de départ. Du reste, il n'y avait dans tout cela rien de fâcheus: à conclure pour l'avenir du pays. Bien an contraire : la valeur des immeubles s'équilibra avec les besoins; la vie devint plus facile à Alger pour la population à chiffiï modéré, mais sérieuse et productive, que la force des choses y fixa, et tout n'en alla que mieux . Les spéculateurs eux-mêmes ne perdirent que des illusions dans cette crise douloureuse mais nécessaire.

Si maintenant nous considérons sous un point de vue purement matériel ce que la rage dos constructions et reconstructions a produit à Alger, nous n'y trouverons rien de fort satisfaisant. Une ville à masque européen, maussade et incommode, a remplacé en grande partie la ville mauresque. Déjà flétrie et lézardée, cette ville neuve peut être comparée à une jeune fille de mauvaises moeurs fanée par l'inconduite avant sa maturilé. Les constructions ont été abandonnées aux convenances des entrepreneurs , sans que l'administration ait paru se douter que chez tous les peuples civilisés il existe des règlements qui, dans les villes, fixent les rapports entre la hauteur des maisons et la largeur des rues, entre cette même hauteur et l'épaisseur des murs, la profondeur des

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fondements et la nature du sol et des matériaux. Il en est résulté^ que si ce n'est dans les trois rues principales et dans le nouveau quartier de Babazoun y les maisons européennes qui n'ont pas^ comme les maisons mauresques de cour intérieure , manquent d'air et de jour et sont des foyers d'infection ; que souvent une maison tombe d'un côté quand on l'achève d'un autre ; et qu'eiïfin un tremblement de terre^ un peu plus fort que ceux qui ont lieu tous les ans, peut amener quelque épouvantable catastrophe. De plus^ les nouvelles maisons manquent généralement de citernes, ce qui est un inconvénient d'autant plus grave que le nombre des fontaines a diminué.

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