‹ Annales algériennesChapitre 91 sur 119 · LIVRE XLin · texte numérisé non relu

LIVRE XLin

Âbd-el-Kader dans le Maroc.— Nouvelle entreprise de Bou-Maza.— Expéditions auxquelles elle donne lieu. — Reddition de 6ou-Maza. -;- Expéditions dans le sud de la province d'Oran. — Soumission dé t)lusleurs tribus des envirotis de Sour-èlGtiuzlad et de Ëddgie. —Expédition du maréchal Bdgeaud dans la Kabyliè.— ExtJéditiôn du général Bedeau contre les KbaTles de Djidjeli. — Nouvelles expéditions dans le sud de l'Algérie. — Le maréchal Bugeaud quitte le gouvernement de l'Algérie. — Il est remplacé par le duc d'Âumale. — Conflit entre Àbd-el-Kader et lé gouvernement roatdcain.— Désastre d'Abd-el-Kader.— Il est rejeté en Algérie liâr les troupes mat'bcaines.— Il se rend aiit ttoupes françaises. -^ Il est envoyé en France avec sa famille.

Abd-el-Kader^ renttê à Isa déira kprhÈ le lilàdsâcré de àôs prisonniers^ s'établit à Aîtl-Zhbfa^ âiir le territoife faarocain. Il paraissait vouloir s'y fixer d'iiûe tnanièrè jpérinahehte, car la saison venue, il fit cultiver et etisètaiencer des terres pour assurer la sUbsistalface Ses nditibrëuses familles^^Ui restaient encore attachées à sa fbtttihe. Bôu-Maza, qui l'avait suivi, chercha à faire reprendre les armes, tantôt aux BéHi-SetiaCeh, tantôt àu± Beni-Sènouà. Les sourdes menées de ce [Jérsonfiàgè flrëilt naître quel- ^tle^ àppréhetisîbhs de notre cflté et mettre de nouveau Quelques colonnes en Campagne. Le gêtiéral d'Arbouville, ^ul avait pris le coinmahdément par intérim dé la province d'Oran pendant une absence momentanée du général Lamoricière, fit lui-même deux petites courses sur les ïrdhtières. Mouley-Abd-er-Rhaman éprouva, lui aussi, quelques inquiétudes, et fit marcher des troupes vers Taza

pour observer Abd-el-Kader ; mais l'Émir ne songeait pour lors qu'à rester tranquille, et rien ne prouve qu'il approuvât les tentatives de Bou-Maza pour recommencer la guerre. On peut même croire qu'il les condamnait ; car il éclata entre eux une mésintelligence assez proi^oncée pour qtie ce dernier se séparât de son chef, près duquel il affectait de ne pas croire sa vie en sûreté.

Résolu de s'abandonner encore une fois à ses inspirations personnelles, Bou-Maza se dirigea dans le sud de la province de Titteri. Il arriva chez les Oulad-Naïl et s'y réunit à un agitateur appelé Mouley-Ibrahim, qui était à la tête d'une bande d'une cinquantaine d'hommes. Aussitôt que M. le général Marey apprit cet événement, il partit de Médéa avec ses troupes disponibles, pour se porter sur le même point. La grande quantité de neige qui vint à tomber sur les hauts plateaux du Tell qu'il avait à traverser le força de s'arrêter quelque temps à la position de Guelt-el-Setel, au nord des lacs de Zarès. Il quitta cette localité le 5 février, et s'avança vers le sud. Bou-Maza, qui avait voulu se retirer dans le Zab, mais qui s'y était trouvé en face du général Herbillon, avait dû revenir sur ses pas. L'approche du général Marey l'obligea de se rejeter tout à fait au midi, vers Tziana, avec le peu de monde qu'il avait rallié à sa cause. Le général Marey ne le poursuivit pas jusque-là ; mais il châtia et fit rentrer dans la soumission quelques fractions des Oulad-Naïl qui s'en étaient écartées et avaient paru prêter l'oreille aux excitations de Bou-Maza, sans cependant se ranger ouvertement sous ses drapeaux. Après une expédition de près de deux mois, à laquelle prit part le khalifa d'El-Aghouat avec deux cents de ses cavaliers, il rentra à Médéa le 7 mars.

Le général Herbillon, qui s'était porté dans le Zab à ;Ia rencontre de Boii-Maza, commnndait, ainsi qu'on l'a \ti tdaiis ce qui précède, la subdivision de Batna. Il était >^rti de celte place, d'après les ordres du général Bedeau, »|e 5 janvier, avec une colonne d'un millier d'hommes et b' était dirigé sur l'oasis des Oulad-Djellal, que Bou-Maza, ;^i s'était avance jusque-là, agitait, et oii il était même fiarvenn à (aire une petite levée. Le cheik de cette oasis, mrès de vains efforts pour maintenir ses administrés dans l|e devoir, avait été contraint de se réfugier à Biskara, auprès du commandant fran^^ais du cercle, M. de SaintjGermain. Le cheik arabe de Biskara, Mohammed-Sgrir, ^i avait voulu lui prêter main-forte, avait été repoussé j(ar les partisans de Bou-Maza. Il y avait donc urgence à jréprimer ce commencement d'insurrection : c'est ce que ^t le général Herbillon , avec autant d'énergie que de jNromptitude. Il arriva devant l'oasis des Oulad-Djellal le ^0 janvier dans la matinée; il avait été rallié en route ^r le commandant Saint-Germaiu, avec une partie de la garnison de Biskara et par le goum du kbalifa Si-Mokran. lou-Maza venait de s'éloigner, mais les Oulad-Djellal ^'en étaient pas plus disposés à la soumission. Après une fpmmation inutile, il fallut faire appel à la force. Les lasîs du Sahara sont des dédales de chemins tortueux, lordés d'enclos, de vergers et de jardins, entourés de clû- ^res de terre battue, dans lesquels la défense est facile t l'attaque exirèmemcnt dangereuse. Le général Herttillon les connaissait trop bien pour s'engager imprulemment dans celle des Oulad-Djellal. Il se borna donc i faire agir son artillerie et à chercher à attirer les Arabes lors des jardins par diverses démonstrations. Il y réussit <D partie : car un détachement considérable d'Qulad-

S8S ànnaLë^ algériennes.

Djellal s*aveQtùra en rase campagne pour faii% le coup de fusil avec les gens cle Si-Môkrân ; thaïs le cdinmandant Billon^ du 31» régiment d'iùfanterie de ligne^ les châtgea trop tôt ; dé aorte qu'ils eurent le temps de regagner Tôasis avatit d'être taillés bh pièces. Le cbttiitlahdaiit Billbn, empbhé par sdn ardëtir, y pênéttà avec éui. Cette litidace ne fat^ pài* l'évêhenient qui décide de tbui à h gtierire^ ^u'ilile cbildâninâble imprudence; mais elle àttrâllt peut-être feii tih plein lèliccès, si ce courageux officier ii'eût pas étë tué âli mbment mênie où il atteignait la pbrte âU village. Sa mort ayant ârtêté l'élan de sa trbbpe, cèll6-fci se trouva fortement compromise, et il feillat que le gë* hêral pénétrât lui-même dans l'oasis poùi* l'en dëgàgeh Cette affaire nous coûta cent quatre blessés et quarante iiibrt^. Un maréchal des logis, dti beau noin Ak ChatèaiibHatid , s'y distingua fbtt et y ètlt là jambe brisée. Lô câpitaitie Ôtidin , du 2« de ligne, grlètemèût blessé, fut arraché dii milieu des ennemis pat tlii bligadier de spahis dont je regrette de n'avoir pu savoir le nom.

Les Oulad-Djellal avaient, de leur côté, perdu beaucoup de monde. Pendant toute la nuit qui suivit le combat, on entendit dé notre camp les crïs de deuil dès fëtUmes de l'oasis. Le lendemain, ces Arabes, voyant le gédéral Herbillon bien décidé à les réduire, demandèrëtit & se soutnettre. Ils furent reçus ëh grâce, moyehriafat Id renlise d'otages et une amende de 30,000 francs.

Le général resta chea: les Oulad-Djéllàl jusqu'au 24 janvier. Ce Jour-là, il sb porta, avec un renfort de deux bataillons qu'il venait de recevoir, sur Sidi-Khaled, dont les habitants furent mis à l'amende pour les punir do quelques relations qu'ils avaient éueé avec Bou-lla:Qi«

n pahiounJt ensuite, jusqu'au 25 février, ie pays des Oulad-Naïl-Cheraga, dont il consolida la soumission, et rentra à Batna le 14 mars.

Cependant Bou-Maza, voyant les succès des deux géné- Mux Marey et Herbiilon, et craignant que les Arabes du Sabara ne ûnissenl par ie livrer aux Français, quitta cette contrée accompagné de quelques cavaliers Sdëles, et avec l'intention de retourner dans le Dahra et la vallée du [ Chélifoù il avait toujours conservé des intelligences. Son tgeut le plus actif dans ce pays était un nommé Aïssa- %ben-Djin, de la tribu des Sbiah. Cet homme avait paru se (Rallier à notre cause; il nous avait même rendu quelques 'Services apparents ; mais ses menées, à l'approche de ■Bou-Maza avec lequel il s'entendait, n'échappèrent pas tu colonel Saint-Arnaud, qui ordonna son arrestation, lAlssa-ben-Djin, qui se sentit perdu, se défendit contre les *tavalier3 chargés de l'arrêter et fut tué. Mais on n'ea <é&vait pas assez pour se mettre en garde contre quelque ■■Bouvelle entreprise de Bou-Maza, dont un autre agent, 'Appelé El-Gberib, avait été livré par les gens du Dahra ■ ou lieutenant-colonel Bosquet, chef du bureau arabe de '"Mostaganem.

Bou-Maza , après avoir quitté le Sahara, était arrivé ■■ans accident jusque auprès de Tenlet-cl-Had, lorsqu'il 'fat rencontré par un détachement de spahis commandé par le lieutenant Marguerite qui le chargea, lui tua iiûe partie de son monde et lui prit tous ses bagages. Arrivé presque seul dans le Dahra, et apprenant la catastrophe fl'Aïssa-bel-Djin , il désespéra de sa fortune et prit subilement un parti extrême qu'on ne devait pas attendre de I- lui : il se présenta au kaïd des Beni-Younès et le pria de ^'le conduire au colonel Saint-Arnaud, ce qui fut fait. Ad-

sa* ANNALES ALGERIENKE5.

I mis en présence de cel officier supérier, il lui dit avec beaucoup d'assurance et de dignité :

I n Tu es le Frangais qui a le plus combaltu contre moi, 1 et c'est à toi que j'ai voulu me rendre. » Paroles his-

! toriques déjà prononcées, avec quelques variantes, par

l un homme autrement célèbre que Bou-Maza.

Le colouel Saint-Arnaud envoya son prisonnier à Alf iger, d'où il fut transféré en France. Il y est encore au moment ou j'écris ; il en a appris la langue et parait avoir pris goût à ses mœurs.

La reddition de Bou-Maza consolida la pais dans les subdivisions de Mostaganem et d'Orléanville. Mais le voisinage d'Abd-el-Kader maintenait toujours une apparence d'agitation dans celle de TIemcen, il en résulta quelques courses du général Gavaignac chez les Ouladen-Nahr et les Flamian Garaba dans l'hiver de 1847. Au printemps, ce même général et le général Renault, qui commandait à Mascara, conduisirent, chacun de son ciJté, une forte expédition dans le Sahara. Ces deux officiers généraux partant, Fun de Daya et l'autre de Saïda, devaient agir indépendamment l'un de l'autre, mais de manière à rester autant que possible en communication, afin de s'appuyer réciproquement au besoin. La colonne du général Renault se mit en mouvement le 10 avril et arriva le 15 à Kreider, sur les bords du chott El-Chergui. Le 14, elle traversa le chott qui, quoique le printemps fût peu avancé, se trouva praticable, et elle arriva au lieu appelé El Amra. Conlinuanl toujours à avancer, elle se trouva, le 10 avril, en vue des troupes du général Gavaignac. Le 17, elle arriva à Nahraa, où elle fut retenue quelques jours par la neige qui se mit & tomber en grande abondance. On appritlà qu'Abd-el-Rader, qui avait paru chez les Ha-

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