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dirent beaucoup de monde et n'obtinrent la paix qu'en payant une forte contribution.
Abd-el-Kader se trouvait à Kasbat-Zelouan dans le voisinage de la ville de Mclilla occupée par les Espagnols. Un jour, il se présenta devant cette place avec près de deux mille hommes. Il y envoya quelques-uns des siens pour complimenter le commandant, qui eut avec lui une courte entrevue en dehors des portes. Tout se passa en échange de politesse. Cette démarche d' Abd-el-Kader fut diversement interprétée; les uns pensèrent qu'il avait voulu s'assurer s'il ne lui serait pas possible de s'emparer de Melilla par un coup de main ; d'autres crurent, au contraire, qu'il recherchait l'amitié des Espagnols, ce qui peu de temps après parut prouvé par une lettre qu'il adressa à la reine Isabelle. Mais Abd el-Kader connaissait trop bien les affaires d'Europe pour ignorer que l'Espagne ne pouvait lui être d'aucun secours, et que, d'ailleurs, cette puissance était précisément à cette époque dans les meilleurs termes avec nous. 11 ne pouvait lui échapper, d'un autre côté, qu'un moyen à peu près infaillible de rendre sa cause extrêmement populaire dans le Maroc aurait été de chasser, n'importe comment, les chrétiens d'une des places qu'ils occupent sur le littoral de cet empire, et qu'il aurait pu de cert&J>lace se mettre en relation avec les Anglais, fort irritlB alors contre nous , par suite de l'affaire désignée par la diplomatie du moment, sous la dénomination de mariages espagnols.
Quoi qu'il en soit, l'entrevue de rÉmir avec le commandant de Melilla parut avoir fixé les irrésolutions de l'empereur Abd-er Rhaman, s'il lui en restait encore. Ses deux fils, Moulcy-Mohammcd et Mouley-Soliman, reçurent ordre de serrer Abd-el-Kader de très-près, conjoin-
tement avec le kaïd du Rif^ de maDiëre à amener sa reddition^ ou au moins à le rejeter sur nos frontières où dos généraux, prévenus de ces dispositions, avaient de leur côté disposé des troupes auxquelles il lui était difficile d'échapper. M. de Lamoricière se porta sur les lieux pour les diriger. Il fit délivrer des cartouches au kaïd d'Oucheda et à celui du Rif qui lui en demandèrent; enfin, Tentente fut complète entre les Français et les Marocains, dans cette sorte de chasse contre le moderne Jugurtba, qui^ à la trahison près^ trouva son Bacchus dans Abd-er- Rhaman. L'Émir, se voyant cerné de toute part, ébranlé surtout par l'attitude des tribus du Rif qui se déclarèrent contre lui , voulut entrer en pourparlers avec ses ennemis. L'émissaire qu'il envoya aux Français fut renvoyé sans réponse. Bou-Hamedi, qui fut dépêché aux Marocains, fut retenu à Fez, et l'empereur fit écrire à Abdel-Kader qu'il fallait, pour sauver sa tête, qu'il dispersât sa déira et se rendit de sa personne auprès de ce prince. Celte réponse jeta le découragement dans la propre famille de l'Émir. Ses deux frères, Sidi Mustapha et Sidi- Saïd, l'abandonnèrent et se rendirent aux Français. Quant à lui, malgré l'extrémité où il était réduit, il ne put se résoudre à céder sans combat à la fortune. Son indomptable courage se montra jusqu'au bout supérieur à sa destinée. Prenant méiûérinitiative de Tattaque, il fit sur le camp des Marocains, dans la nuit du 11 au 12 décembre, une entreprise qui n'eut aucun succès, et lui fit encore perdre un nombre considérable de ses fidèles et intrépides guerriers. Il résolut alors de gagner le Sahara avec ce qui lui en restai!, après avoir fait passer sur le territoire français toute la partie non combattante de sa déira, les femmes, les enfants, les vieillards, les malades,