‹ Annales algériennesChapitre 97 sur 119 · LIVRE XLlll · texte numérisé non relu

LIVRE XLlll

les blessés, auxquels il savait bien que les soins et les secours ne manqueraient pas. Cette confiance dans la gé« nérosilé du caractère français, après une guerre où de grands excès avaient été commis, après surtout le massacre des prisonniers si indignement égorgés par les Arabes, est certainement un témoignage des plus honorables . pour notre nation.

Abd-el-Kader ayant donc quitté sa position de Kasbatel-Zelouan après sa défaite du 12 décembre, se porta avec tout son monde à Agueddin, sur le rivage même de la mer, à gauche de la Moulouïa. Cette rivière était grossie par la pluie qui tombait avec violence depuis quelques jours, de sorte qu'il ne put d'abord la franchir. Ce ne fut que le 21 qu'il effectua le passage sous le feu des Marocains. Ses guerriers, dans celte journée qui devait être la dernière de leur longue et glorieuse carrière militaire, se conduisirent admirablement. Ils couvrirent la retraite avec un dévoûment tel, qu'à l'exception d'un grand nombre de cadavres de ces hommes intrépides, rien de ce qui appartenait à la déira ne resta entre les mains des Marocains. La Moulouïa franchie, l'Émir et la déira traversèrent la plaine de Taïfa jusqu'au Kis, où se trouve la frontière française et où cessa la poursuite des troupes d'Abder-Rbaman. Aussitôt sur le terri toij|b|rançais, TÉmir fit camper la déira, et après quelques "ij^pints de repos employés par lui à de pénibles adieux , il se dirigea avec une poignée de braves vers le col de Kerbous, seul passage qui lui restait ouvert, pensait-il, pour gagner le Sahara. Mais le général Lamoricière l'avait fait occuper pat un détachement de spahis et se tenait peu loin de là avec ses troupes. Lorsque Abd-cI-Kader se présenta au défilé, dans Idk Quit^ il fut reçu à coups de fusil. Il reconnut alors

302 ANNALES iXGÉRIENNES*

qu'il n'avait d'autre ressowce que de se rendre, les cir-^ constances où il se trouvait n'étant pas de nature à eii* ger, ni même à justifier une lutte sans espoir. Il demanda donc à parlementer avec le lieutenant Ben-Kouïat qoi commandait le détachement de spahis. Ses prctentionsy modestes et conformes à sa mauvaise fortune^ se bornaieftt à l'assurance qu'il serait transporté à Alei^andrie on à Saint-Jean-d'Acre, son intention, disait-ily étant d'aller finir ses jours à La Meeque. Ben-Kouïat se rendit aufsdhéi auprès du général Lamoricière avec un des officiers àû l'Émir. L'assurance demandée fut d'abord afccordée ver* balement^ la nuit qui était des plus obscures et la pluie qui tombait par torrent ne permettant pas d'écrire; man^lë jour venu, un sauf-conduit ou lettre d'aman portant ]§ promesse demandée fut envoyé à Abd-el-Kader,* qui mH si peu d'empressement à en profiter,, que le général hà» moricière dut croire, et crut en effel, que toute cette petite négociation n'avait été qu'une ruse employée par YÈ* mir pour lui échapper. Ses craintes^ à cet égard, rte firent que s'accroître lorsqu'il vit arriver successivera**! plusieurs cavaliers d'Abd-el-Kader qui venaient se? rett-» drc. Us lui tirent connaître la position de la déira et to«M étaient d'opinion que l'Émir avait du gagner la fotftê drt Sahara. Le général fit alors partir le colonel MontâubdA avec toute lacavakrie, pour tâcher de retrouver lestfap ces de l'illustre fugitif. Cet officier supérieur arriva sans le rencontrer jusqu'à la déira qu'il trouva danst'étall6 plus affreux, encombrée de blessés et déjà attaquée p«r les Kbaïles de notre territoire, qui cherchaient à la piller^ Il la mit en sûreté, lui prêta le secours ^e ses chirorgieiiS et envoya prévenir le général Lamoricière de ce qu'il avait vu. Le général fit partir aussitôt le colaâel Mac^HlM

uvRE xua. 30$

bon avec u«e colonne d'infanterie pour protéger la déira, et manda à M. de Mautauban de se remellre à la rccher' cbe de rÉmir, ce que celui-ci fit sans relard. Arrivé à la hauteur du marabout de Sidi-Ibrabim^ eélèbre par la calaslrophe du coIodoI Montagnae, il vit venir à lui quelques cavaliers qui agitaient les pans de leurs bournous en signe de pacification. C'était Tavant-garde de ceux qai restaient encore à TÉmir^ aui nonnbro de cinquante à soixante au plus. Abd-el-Kader he tarda pas à paraître Itii-mènae accompagné de Mustapha- ben-Tami, de Cad^ dour-ben-Hallal et de quelques autres chefs fidèles jusqu'au bout à leur glorieux prince^ et du lieutenant Bou- Kouïat^ qui ne l'avait plus quitté depuis le moment où il lui avait rcmi» la lettre d'aman ; sa famille était à ua quart de lieue en arrière sous Tescorte d'une vingtaine de spahis. Il est à croire que les dispositions qu'il eut à prendre à son égard furent la seule cause dA retard de quelques heures qu'éprouva sa reddition. Le colonel de Montauban reçut l'Émir avec le respect du à son mal^ beur et à son courage. Après lui avoir laissé le tempsy sur sa demande^ de faire ses prières au marabout de Sidi* Ibrahim^ il le conduisit au général de Lamoricière et eQ** suite à Nemours, où le gouverneur général venait d'arriver d'Oran enf bravant une violente tempête.

Le (krc d*Aumale avait jugé perit^te style de la lettre que lui avait écrite Abd-el-Kader, lettre qui, comme ^ te dis plus haut,- resta sans réponse, que son orgueil était assez abattu pour que sa soumission à la France fût de^ venue possible. Néanmoins il pensait, avec raison, qu'après l'insuccès de sa dernière lutté contre les troupes du Maroc, le plus probable était qu'il chercherait à gagner le Sabara algérien^ et ce prince avait prescrit le^ mesures

tiÔik ANNALES ALGÉRIENNES.

qui devaient lui en interdire l'entrée, lesquelles eurent le résultat que nous venons de dire. Il s'était transporté luimême à Oran pour veiller à leur exécution. Ce fut de là qu'il se rendit à Nemours, ainsi que nous venons de le voir.

Abd-cl-Kader vil le gouverneur général le jour même où il fut conduit à Nemours et au moment de son arrivée. Celte entrevue fut en quelque sorte secrète, L'Émir était troublé, son extrême pâleur, la conlraction de ses lèvres, trahissaient l'émotion qu'il contenait à grand'peine : le souvenir du massacre des prisonniers pesait évidemment sur lui. Il salua le duc d'Aumale avec toutes les formes arabes du respect. Ses premières paroles furent ; Il y a longtemps que lu devais désirer ce qui s'accomplit aujourd'hui; tout se passe selon la volonté de Dieu. Il recommanda à la bienveillani^e du prlnee les vaillants soldats qui l'avaient suivi jusqu'au bout, et demanda bienlôtà se retirer, alléguant son extrême fatigue. Le lendemain, la présentation publique et officielle eut lieu. Le prince reçut l'illustre prisonnier avec courtoisie et distinction, au pied du perron de la maison du commandant où il était logé. L'Émir lui offrit une belle jument noire qu'il montait eu venant, et lui dit : Je l'offre la seule chose que je possède el que j'eslime en ce moment. Le duc d'Aumale lui répondit : Je l'accepte comme un gage de ta soumission à la France el de la paix de l'Algérie. L'Émir rappela ensuite les engagements pris par le général Lamoriciére, & quoi le prince répondit qu'il espérait que le gouvernement les ratifierait. Ils se séparèrenl ensuite, el Abd-el-Kader retourna à pied dans sa tente. Le même jour, il fut embarqué pour Oran avec les siens et de là conduit en France, ce qui ne préjugeait rien contre l'exécution de la parole

LnUE ÏLlIl. 305

^nnée par lecommandaot de la province tl'Oran, car il est

TBTÎdent que renvoi d'Abd-el-Kader à Alexandrie ou à

Saint-Jean-d'Acre ne pouvait se faire sans quelques dis-

)8itioDS préalables qui demandaient du temps et des

immunications diplomatiques avec l'Egypte et la Tur-

lie. L'Émir était encore à Toulon lorsque la révolution

! 1848 éclata. Le nouveau gouvernement l'interna suc-

issîvemenl à Pau et à Amboise. En 1852, il fut mis

liberté et envoyé à Brousse.

Nous terminerons ce livre, le dernier des Annales al-

lérienne», par l'examen de quelques actes administratifs

qiii furent promulgués depuis le départ du maréchal fiu-

geaud.

Par une ordonnance dul" septembre 1847, les trois directions centrales de l'inlérieur^des finances etdeslravaux publics, établies à Alger par celle du 13 avril 1845, furent supprimées. Il fnt institué au cbef-lieu de chaque province un directeur des affaires civiles, chargé dans ces localités de la conduite des affaires afférentes aux directions centrales qui cessaient d'exister.

Auprès de chaque directeur, il fut établi un conseil de direction, qui eut les attributions du conseil du conten- Ceux créé par l'ordonnance du IS avril et supprimé par Celle-ci.

L'ordonnance du 1" septembre statua que les tribus 'bu fractions de tribu indigènes seraient placées sous la érection exclusive des bureaux arabes,sans distinction de ^lles du territoire civil, que l'ordonnance du 15 avril %vait mises sous les ordres de l'autorilé civile. Ces indigènes restèrent cependaul justiciables des tribunaux ordinaires français.

Les corps municipaux créés en 1854 dans les trois villu. 30

S06 ANNâLBS 4XCIÉRIENNES.

les d'Alger, d'Oran et de pône^ renouvelés pour la 4sfr oiëre fois pour ces deux dernières villes en 1837^ et ij;i4éfir nimeot prorogés pour Alger^ avaient de fait cessé d'exister. Uoe ordonnance du 28 septembre 1847 les fit renaître : elle régla que les centres de population en Algérie pourraient être érigés en communes par ordonnances royales^ lorsqu'ils auraient acquis un degré de dévelo[^ pement oonvenable. Pans les communes ainsi constituées, le corps municipal dut se composer d'un maire, d'un OJf, de plusieurs adjoints et d'un conseil municipal. Les maires et adjoints devaienMtre Français; ils étaient pommés par le roi ou le gouverneur général^ selon l'impo^rta^^ de la localité. Les maires pouvaient être rétribués. J^ conseil municipal^ composé de 16 membres à Alger, de 12 ou de 8 dans les autres villes, était tout entier à la nomination du gouverneur général. Les étrangers autorisés à exercer leurs droits civils en Algérie pouyaiei^tt w (airt partie. Il «n était de même des indigènes lorsqu'ils formaient le dixième au moins de la population de la localité; mais dans aucun cas les indigènes ne pouvai^t excéder le quait des membres du conseil.

L'ordonnance du 2S septembre 1847 reproduisait «d grande partie les dispositions de la législation française sur les assemblées des conseils municipaux, les attributions d^ maires, les budgets communaux, enfin .sur Fadministration municipale. Les budgets communaux, jnéglês dans les principes de la loi du 18 juillet 1837^ eurent leurs recettes composées aux dépens du budget local ^t colonial, qui devait en outre fournir une subvention extraordinaire, s'il était besoin.

Telles étaient les bases du régime municipal organisé par l'ordonnance du 28 septembre, en vertu de laquelle

Page 1