‹ Annales algériennesChapitre 99 sur 119 · RÉSUMÉ HISTORIQUE · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ HISTORIQUE

DKS

ETENEIËNTS POLITIQUES ET MUTÂIRES

QUI SE SONT PRODUITS BN ILGÉRIS

Depoifii la chute d^AM-el-Kader»

J'ai inTaillé, pour la rédaction des quaraole^rois livres des Annales algériennes, d'après des matériaux de trois espèces : mes propres souvenirs pour les faits dont j'ai été témoin ou participant jusqu'en 18i2; les renseignements fournis par des correspondants nombreux et bien placés, enfln les documents ofQciels. Pour ce résumé, je n'ai guère employé que des matériaux de cette dernière nature, que j'ai néanmoins contrôlés, plus dans leur esprit que dans les détails, dont je n'avais pas ici à m'occuper, par les éclaircissements que je dois aux relations que j'ai conservées avec l'Algérie. On verra, dans les quelques pages qui vont suivre, et où je groupe les faits par année, figurer une nouvelle génération de généraux qui se trouvent transportés, au moment où j'écris ces lignes, sur un théâtre plus vaste que celui de leurs devanciers et de leurs débuts.

Où dirait qu'il existe une dépendance mystérieuse entre les pomroiirs qui tombent en Algérie et les gonvememeots qui les

renversent, tellement que la chute des uns entratne fatalement celle des autres : la destruction de la domination turque par Charles X fut immédiatement suivie de la Révolution qui renversa ce Prince du trône, et la chute d'Âbd-el-Kader ne précéda que de deux mois celle du roi Louis-Philippe. Le premier effet, pour l'Algérie, de cette dernière Révolution, fut d'en faire partir le duc d'Aumale , qui y fut généralement regretté. Le général Ghangaruier prit, par intérim, le gouvernement, qu'il dut bientôt céder au général Cavaignac, nommé en même temps lieutenant général et gouverneur général par le nouveau pouvoir qui venait de s'établir en France. Peu après, le général Cavaignac fut nommé ministre de la guerre et remplacé k Alger par ce même général Changarnier. Ce dernier, entraîné à son tour, ainsi que les généraux de Lamoricière et Bedeau, vers le tourbillon politique qui devait tous les engloutir, fut intérimairement remplacé parle général Marey , lequel céda la place au général Charon, nommé gouverneur général de l'Algérie, le 9 septembre 1848, par le général Cavaignac, devenu momentanément chef du Pouvoir exécutif en France.

La prise d'Abd-el-Kader semblait devoir être une garantie de repos pour l'Algérie ; mais l'effet moral en fut en partie neutralisé par celui que produisit sur l'esprit des indigènes la nouvelle des graves événements qui s'accomplirent en France, à la fin de février. Ils se persuadèrent qu'il en résulterait une grande cause d'aiTaiblissement pour nous et qu'ils pourraient en profiler : mais nous fûmes heureusement en mesure de pourvoir à tout. Dans le mois d'avril^ le général Marey, qui commandait encore à cette époque la subdivision de Médéa, fit une expédition chez les Righa ei les Beni-Hassen, et y étouffa un commencement de révolte. U fit ensuite une assez longue tournée chez les Oulad-Naîl. Le général Camou, qui commandait à Miliaua, marcha contre les Béni- Zoug-Zoug et les Beni-Menad où de l'agitation s'était manifestée, et les fit rentrer dans le devoir. La garnison d'Aumale fit, pour un motif analogue, quelques courses dans les environs de cette place. Enfin, les Mzaîa de Bougie, s'étant mis dans un état d*hostilité qui faisait craindre pour cette ville le retour de l'ancien état de choses, le général Gentil y fut envoyé par mer avec des forces convenables, et, à la suite de deux petites affaires qui

j et te 6 juillet, il rétablit la situatiOD telle qu'elle Avail été {lepuis la fin de 1SJ€. Un rapprocliement eut li< u avec AmiziaDe; mais ce chef, qui ne pouvait cesser de dous éirc suspect, fut eulevé quelque temps après par le comniaudaiil de Bnugie et euvoyé comme prisonoier aux lies Saiuie-Murgueritc, heureux de De pas payer plus cher le meurtre de M. Salumon de I Uusis. Voilà pour ce qui est de la province d'Alger.

Dans celle d'Oran, le général Pélissier, qui en avait le commandemeni, eut a opérer dans l'aghalik des Beni-Ourag, où d'u;jlez graves désordrt.'s avaieut éclalé. Il les comprima, après un petit combat contre les Maimaïu. il se porta ensuite chez les Flitta, où il eut un autre petit combat h livrer ; après quoi il rentra ÏOran, la Iranquiiliié paraissant rétablie. Dans la subdivision deTlemcen, le général Mac-Mahon, commaudant de cetie partie da territoire, conduisit une petite expédition contre les Beni- Senous, toujours trop disposés à prendre les armes. Dans la province de Constamine, alors commandée par le gé- ' néral Herbillon, un événement important se produisit : Ahmed- I^Bey, qui depuis onze ans menait daus les moutagnes de l'Auras J une existence misérable^ cerné à Kebaich, où il s'était retiré, par Ipes troupes du colonel Canrobcri, commandant de la subdivision ^Ljàii Baibna, se rendit b cet olficier supérieur. 11 fut envoyé à Alger, où on le traita convenabli'ment, et où il mourut ati bout n certain temps, s'éiant concilié, par sa conduite paisible et la L dignité de ses manières, l'opiaion publique, que le souvenir de ^plusieurs actes de cruauté lui rendait d'abord fort hostile.

Des désordres suscités par les frères Ben-Azeddin ayant éclaté chez les Zuuagba, le général Herbillon y envoya une colonne commandée par le colonel Jamin ; puis il s'y porta lui-même, et après deux petiu combats qui Turent livrés le 8 el le 9 septembre, et P.<|ui parurent avoir lait rentrer les agitateurs dans le devoir, il retourna à Consiantine.

Dès le commencement de l'année 1849, une certaine aglialiou f. te manifesta dans le sud de la province d'Oran, Elle était sûscihtée par l«s prédications de Sidi-Cbeik-bcn-Taieb, qui se prt>nun-

çait de noùveaitt contre &(Ais, espérant èti^e soutenu p&r Pettipereur de Maroc, dont il sf^intîtuTa lé tietitenant. Le colonel Maîs^ siat; commandant là subdivision de Mascara, diit diriger une èipédition contre les Rezaîùa, fràction des Hamian-Ghéraga, qt avaient prêté Toreille à sed séditieuses excitations. Les ayant sup* pris par la rapidité de son mouvement, il les fit rentrer dans la soumission 9 mais d'autres désordres ayant éclaté dans cette par» tie du Sahara algérien, le général Pélissier, commandant la province d'Oran, crut devoir s*y porter lui-même avec des forcés imposantes. Il y rétablit la tranquillité par une suite d'opérations de plus de deux mois, auxquelles prirent part, outre les troupes d'Oran et de Mascara, celle de Tlemcen et de Bel-Abbès, coni*mandées par le général Mac-Mahôn et le colonel Mellinet. Sidi^ Gheik-ben-Taîeb se retira auprès de l'empereur de Maroc; mais ce prince, craignant quelque nouveau conflit avec la France, le fit emprisonner.

Dans la province d'Alger^ les Beni-Silem, firaction des Beni- Soliman, ayant refusé de payer leurs contributions et chassé lètfr ka!d, une expédition, conduite par le colonel Dauinas, fut dirigée contre eux et les fil rentrer dans le devoir. Une expédition fut aussi dirigée contre les Oulad-Sultan, dont le ka!d avait été assassiné. Les meurtriers furent saisis et livrés à la justice militaire. Quelques troubles, peu sérieux du reste, qui éclatèrent chez les Beni-Tounès, furent ilaicilemcnt comprimés par les commandants des subdivisions de Mostaganem et d'Orléansville.

Des événements plus graves se produisirent dans la grande Kabylie. Plusieurs tribus, excitées par Si-Djoudi, cheik des Zouaoua, et par le marabout Si-Âmkran, prirent les armes et vinrent, le 5 mai, attaquer les Beni-Messaoud, restés fidèles à notre cause, que les avantages de leur commerce avec nous rendaient la leur. Secourus par la garnison de Bougie, les Beni-Messaoud repoussèrent Tennemi commun ; mais, pour punir cet acte injustifiable d'agression, les troupes de Sétif, commandées par le général de Salles, et une partie de celles de la division d'Alger, envoyées à Bougie à cet effet, sous les ordres du général Saint- Ai^ud, pénétrèrent sur le territoire des rebelles, qu'ils réduisirent après six petits combats.

Après cette expédition, trois bataillons qui y av^enl pris parf

^(oarriàhl à Alger par Aumale, le colonel CanrobeTl, qui cornait b celle époque sur ce point, les réiinil aux troupes disionlblcs de son éanionnemeDl et \cs conituisU contre les Benifala, tribu révollée, qui fut baime le S jnillel. Sameur, le bourg ï^ncipal des Beui'Tala, fui pris et saccagé. Le 12 du même inoÎR, H y eut une autre sITaire contre les Benl-Melliiieucb, qui turent ffidetiieni menés, quoiqu'ils fussent soutenus parles Zuuaoua cl tëurchefSi-Djoudi.

Quelque temps auparavant, le géuéral Blangini, couimanilant i division d'Alger, avait dirigé contre les Guecbloula, autre tribu fSvnltée, une eipédiiioa qui leur avait fait déposer les armes. \jes troupes de la subdivision de Médéa, conduites par le géué- |ti Ladmirault, firent à la même époque une expédition chez les ODiad-Nail pour châtier une fraction de cette grande tribu, les d-Feradj, qui s'étaient révoltés. Elles eurent, le 12 juin, un .fetigagemeDi qui coûta la vie au capitaine d'éiat-major Gobariaud, tuteur d'une belle carte du Sahara algérien.

Dans le courant du mois de juillet, les tribus du Djurdjura ifagilèrent d'après les prédications Tanaiiques d'un imposteur ap- «lé Bou-Sir, qui se Taisait passer pour Boo-Maza, avec lequel il tarait qu'il avait beaucoup de ressemblance. L'autorilé française, ifinde déjouer les projets de cet homme, envoya sur les lieux \b soUB-lieuienant Beauprétre, du bureau arabe d'Âumale, avec ^elques spahis irréguliers et mission de prémunir les indigènes ^ntre les effets et les conséquences d'une révolte qui ne pouvait ^e compromettre leurs intérêts. Après de longues négociations )Our engager les tribus it lui livrer Bou^if, M. Beauprétre, fati- |tlé des hésitations et des lenteurs qu'on lui opposait, se décida h ilttaquer l'imposteur avec le peu de monde qu'il avait avec lui. TIeite audace lui réussit, car il entraîna non-seulement ses spabis Réguliers, mais encore une partie des cavaliers des tribus. Buu- ^r, vigoureusement attaqué, périt, le 3 octobre, dans le combat "^i lui Ait livré, et où ses partisans furent taillés en en pièces. • Les événements les plus remarquables de l'année 18W eurent tvu dans la province de Constantlne. Dès le mois de févrirr, le 'ïbef de bataillon Boudvilli-, de la légion étrangère, qui commandait ii Ojidjelî , dirigea une petite expédition contre les'^ëiii- ~ :d, pour les punir d'avoir pillé un petit navire qui avait échoué

lur lears cAles. Le 19 avril, qneltgues ccDiaines de Cballes, finalisés par un prélenJii chérif appelé Ahmed-ben-DjamiDa, vinreDl subitement ailaquer le camp d'EI-Aruuch. Ce fut une entreprise aussi Toile que l'avait été celle du marabout 6eD-Bt:k.ricb, ea l&ÏO, et qui eut le même succès. Cependant le général Herbillon résolut de se porter lui-raêoie dans le Sabd, pour éiouiïer ce coramcncemeot d'agitation ; d'ailleurs les frères Ben-àziedin, révoltés contre leur neveu, nommé par l'autorité française kaïd des Zouagba, devaient être comprimés. Ce double but fui atteint : les frères Âzzedin furent obligés de quitter le pays, et i-Djamina fut lue dans une petite affuire par nos Arabes auii-

Pendaol que le général Herbillon était occupé dans le nord de IB province, il se passait dans le midi des événements qui ame- 1 'nérent un des plus sanglants épisodes de nos guerres d'Afrique. Quoiqu'en général les habitants des Ziban n'eussent pas à se plain- I dre de l 'administration française, une nouvelle répartition de I l'impAt sur les dattiers ayant frois!<é quelques intérêts privés, un ' certain Bou-Zîan, personnage considérable de l'oasis de Zaatcha, avait été cheik sous la domination d'Abd-el-Kader, se miti f tenir des propos et îi manifester des espérances qui le rendireot l suspect h M. Seroka, adjoint au bureau arabe de Biskara, qui se ' Irouvait pour lors sur les lieux. Cet of&cier, n'écoutant qu'un zèle peu réflécbi, et sans considérer le peu de monde qu'il avait avec I lui, voulut l'arrêteri mais les babitanls le lui arracbèrent des mains. Il eut même de la peine h se soustraire avec ses gens aux effets de l'elTervescence populaire, si imprudemment excitée par acte inconsidéré. Le colonel Carbuccia, commandant la subdivision de Batna, d'où dépendent les Ziban, était alors dans I THodo», oit l'avait appelé une révolte de la tribu des Oulad-Clienoun qu'il venait de comprimer. Il se porta aussitôt sur Zaatcha pour élouffer dès son principe celle de cette oasis, qu'il attaqua le 17 juillet et d'où il lut repoussé très-vigoureusenieDt et avec des pertes assez considérables. Il rentra à Baina. L'arfaire était devenue assez importante pour nécessiter l'acdon directe du général commandant la province, dont elle bita le retour it Conttâiilioe. Cependant, ï cause des grandes chaleurs qui régnaient et du besoin qu'avaient les troupes de <|uclques semaines de repos,

:|e géDéral Herbilloa ne se dirigea sur Zaatcha que dans le mois 9'oclobre. D'ailleurs il avait dû, pour la sûrelé de la province, UleDdre des renforts qui lui avaient été envoyés d'Alger. Le pays <talt en eiTel dans une très-grande agitation depuis l'échec ^roDvé par le colouel Carbuccia. L'Aurês était eu partie soulevé, et uu des pcrsomiages les plus inDuenls de ces montagnes, Sid- Abd-el-Afid, s'était mis en marche pour conduire des secours à Zaatcha. Cette entreprise tourna du reste ii notre avantage ; car Ad-Abd-el-Afid , audacieuse ment attaqué près de Sérîaaa par H.deSaint-Germain.qui commandait ï Biskara, fut complètement battu ei repoussé dans ses montagnes. Cette affaire, qui eut lieu le 17 septembre, coûta malheureusement la vie au commandant de Saint-Germain, excellent et très-regrettable ofGcicr. Tingt Jours après, c'est-à-dire le 7 octobre, le général Ilerbilion se présentait devant Zaatcha avec un peu plus de 4,000 hommes.

L'oasis de Zaatcha est, comme toutes celles du Sahara, un déâaie de sentiers étroits et lorlueux. bordés par les clôtures îles jardins et des vergers extrêmement fourrés et coupés de canaux d'irrigation, qui forment autour de la ville une large ceinture de palmiers. La ville est pourvue d'un mur d'enceinte crénelé, assez bien flanqué et précédé d'un fossé profond ei plein d'eau. Pour srriver jusqu'à ce fossé et pouvoir attaquer le corps de la place, B fallut livrer bien des comb;tts que la naiure des lieux et Ténerfîe dus défenseurs rendirent exirémement meurtriers ; cependant le 20 octobre, le général crut pouvoir faire donner l'assaut sur deux points différents. Ces deux anaques, quoique conduites avec beaucoup de vigueur, furent repoussées l'une et l'autre et nous -foulèrent beaucoup de monde. Il fallut se décider ^ faire un siège irégulier et ï déblayer le terrain par l'abalage des palmiers. Comme le général Herbillou avait trop peu de troupes pour avoir pu compléter l'investissement de la place, elle recevait des secours incessaots du dehors, de sorte qu'elle ne manquait pas de vivres, tandis que nos communications étaient gênées par de nombreuses bandes d'insurgés, contre lesquels. nos troupes avaient h défendre leur propre camp. La position aurait pu devenir désastreuse, si le gouverneur général, qui le pressentait, n'avait envoyé par terre des renforts qui arrivèrent successive ment sous la conduite des colonels Canrubert et Barrai. Cette augmenUition de forces permit

^^ ANNALES ^M[«a]$g^ENNES.

d'abord de disperser les iejsurgés du dehors e% 4e ^'içopparçr d'onis grande quantité de jbétail, c/e qui ramena r^dpdapce daPi$ te camp français. Malheyreusement le$ trpupe^ dp p.çofQrjt y ^^ys^i^ïA ameoé le choléra qui y ûi de grands ravagies, Les sortie^ coQt^ miellés de^ assiégés nous faisaient aussj perdre bip/gmçQMp î^ monde. Ceux de nos soldats qui tombaiept entre lenr;? main^ étaient mis à jmo^t et souvent crueilemept tourinçntés. \}jfi iéj^f>lp Dculaire (1) a$sufe que les femmes se monirèrejQ^ plu$ féroc^ç qifg les homço^^ dans p.es sc;i^nes d'borreur. Enfin* 1^ ^ npjffij)[kfy^^ trois ajssauts jTu^pnt dopnés siinultanément à trois br^lçbef f e.^.^ nues parfaiten^ep^ pra^cable^. Ils furent conduits par \^ colani;^ CaDroberJty l^arral et l^ogrmelr Le col^n^l Canrobcrt él9l\ k la létjt de ses zQ^av^s ^yeç quatre officiers et seiz;e bon^ppi^ 4'^lif(9 çboi$.is parini Je^ plus iptrépides, Donze de ces bf^yes/nrept tu^ ou blessés. Pip^s qua|.re officiers, deux furent ti^éç et deui^ biç||$$é$r Le colonel, ^r qqi étaient dirigés toys les coups^ pe fut ç^jpfndant pas i(ouché. Les l^rècbes furent enlevées ; mais U s'epg^igefi ensuite un terrible combat de rues et ()e n^a)sQns beaa/^onp pbu soutenu ei beaucoup plus nieur.trier que nç Tarait éij^ e.i) 11^ jpeluide Goiisiantine. Les babitants de Zaalcba, qpi étajent jtfi^ sourds à toutes les sommations du général Herblllon, fiirèn.t ensf!* velis jusqu'au dernier sous les ruines de leur ville, avec |k>n-3^iaMf qui était leur cbef dans cette guerre, où je ne crains p^ ^^ dJ^^ que la gloire des vaincus fit pâljr celle des vainqueurs.

Après la sombre catastrophe de Zaatcha, Je général HerbUlon se bâia de retirer ses ironpes ^'un lieu P^ la vj^toir^ lenr avaU coûté si cher. Elles avaient eu 1,500 honunes .tués pu Me^é$, saw compter les n^ictime^ du choléra. Cinquante officiers avaient 4lA blessés et trente tués* Parmi ces derniers on (^^^ptait )e co^o^ du génie Petit ; le capitaine de la mémte arme GraiUet; le (^$/.df bataillon Guyo^, du 43" de ligne ; le capitaine de spahis Toussaint et le sous-lieuienant du uiéme corps Rose tti, tués t^us deux <i l'as** saut à côté du colonel Canrobert.

Les oasis du Zab, qui s'étaient montrées mal disposées el qui

(i) M. /Charles Bocb«r, qai a piil>)ié dans la Betme des Deux-Mondeitûn i** avril laisi, iioe relation des plus «ttaehafites àa siège de Zêslcha.

Mraienjt paru attendre l'issue de la lutte pour se prAnoQcer ouverlemeut, se jbàlèrent d'euvoyer des députée jau quariiiçr général français pour prolester de leur soumission et en donner tous les cages qu'on pourrait en exi^r, dès que Zaaicba eut succombé. Le générai HerbiUon, voyant toute la conirée sçumi&e et tremblante, retourna dans le cbef-lieu de sa province. JLç colopel Canroberi remplaça le colonel Carbuccia dans le connnandement de la subdivision de Batna, avec mission d'aller calmer ce qu'il pourvoit rester d'imitation dans l'Hodna et 1^ JBell^ma, ainsi que dan^ l'Aurès. Il s'acquitta de la première partie de sa lâche avant la fin Afi l'année. L'historique de l'autre appartieut ^ 1830. Le colonel JBarfal reprit la route de Çétif» en passant par Bpu-Sada, aiitsi jqii'il avait fait en venant*

Cet officier supérieiur, à son premier passage à Bou-Sada, avait Isâssé dans /cette ville un petit détachemeni» Le& auxiliaires arabes àt Médéa y étaient aussi venus conduits par le lieutenant Garus, en iHireau arabe de celte ville. Puis, conjointement avec eeux dfe Bqgar et le Bach-Agha-ben-Yaya» ils étaient ailés à einquanle tieues de ik attaquer quelques fractions révoltées du Ouladrflail, Auxquels elles avaient enlevé beaucoup de bétail. Pendap^ oe iei»pS) le détacbeiaent laissé à Bou*-6ada avait été assez vigour lefsement attaqué. Mais un Ji^atail^n du 38* de ligne envoyé de ^étif vint bientôt augmenter la garnison de ce nouveau poste. Les choses en étaient là lorsque le colonel Caorobert, ae rendant 4'AiHaale k Zaatcha, passa à son tour à Bpu-Sada, où arriva bien- 4ôt après Je colonel Daumas, eonunan^nt la subdivision de llédéa^ (yji eonsolida l'établissement et êi aussi une course chez Jes Oulad-Naîl.

La secoftde moitié de Tannée 1849 se passa iranqulilement dans la province d-Oran. Le général Mao-Mafaan eut seulement à i^ primer dans les environs de Tlemcen quelques bandes d'Arabes iragabondSy appartenant à diverses tribus ées froatièrea*

Itous affon3 laissé, vers la iio de l'année précédente, le colonel Canrobfsrt dan^ l'Hodna et chez les Bellezma. Il se porta de là

;B& annales ALGÉIttENNES.

d3DS l'Aurés, oà il ne reocootra de résistance que de la part de la pelile ville de Néra, doDt les habitanis, compliinl sur les moyens de défense qu'ils crnyarent trouver dans la positiun escarpée de leur chélive ciié, ouvtirie du resie et sans miir, eurent l'imprudence d'insulter et d'attaquer ses troupes. Néra fut enlevée de vive force, le 5 janvier, et subit toutes les conscqucncei: d'une exécution militaire qu'elle avait si follement provoquée Cette affaire nous coûta quelques morts, dont deux officiers, a capitaine Lecouteux, des zouaves, et le lieutenant Wolf, du 8' de ligne.

Le colonel Canrobert et le colonel de Barrai furent nommés généraux, par suite de leurs services dans la campagne précédente. Ce dernier, qui eut le commandement de la subdivision de Sélif, dirigea dans le mois d'avril une expédition contre les Maadid et les Oulsd-Hannech, pour les punir d'avoir attaqué un délacbement de nos troupes qui se rendait de Bou-Sada ï Sétlf. Il se porta ensuite sur le territoire des irihus kbaîles, situées entre le cheMieu de sa subdivision et Bougie. Il régnait un peu d'agitation dans cette contrée. Quelque temps auparavant. U. Gravier, officier du bureau arabe, y avait été grièvement blessé par un assassin, qui nous fut livré, h la vérité, mais qui n'en avait pas moins agi sous l'influence d'un parti nombreux et bostile à notre cause. On pouvait considérer le pays, malgré le succès des expéditions précédentes, comme toujours plus nominalement que réellement soumis. Ce fut ce qui détermina le Gouvernement h y envoyer H, de Barrai, qui reçut pour mission d'ouvrir une rouie stratégique entre Sétif et Bougie. Il ne paraissait pas devoir rencontrer de bien grandes difricultés ; mais, le 31 mai, un corps de plus de 3,000 Kbaïies voulut lui interdire le passage chez les Beni'Immel, près de Trouua. Il s'ensuivit une afl'aire Irès-diaude où les montagnards furent dispersés, avec perle de plus de 200 bommes, mais où malbeureusement M. de Barrai fut tué. Le colonel de Lourmel, qui prit le commandement après lui, reçut la soumission momentanée des tribus qui se trouvaieot ^ sa portée, et put alors s'occuper des travaux de b route. Les troupes rentrèrent à Sélif le 8 juillet.

Le général Herbillon renlra en France cette année, après douze ans de très-bons ei irès-Jm portants services en Algérie. Le géué-

rai Saint-Arnaud , qui prit le commandement de la proyînce de Gonstantine, trouva le pays tranquille , ce qu'il put constater par une tournée toute pacifique qu'il fit en mai et en juin chez les Nemencha et dans l'Aurès, où tout était rentré dans le calme depuis l'affaire de Néra.

 l'autre extrémité de nos possessions, d'autres actes de brigandage nécessitèrent quelques courses des troupes de la subdivision de TIemcen, toujours commandées par le général Mac- Mahon. Les Mzaouir, tribu marocaine qui s'était deux fois établie sur notre territoire, en furent deux fois chassés par la force, en février et en septembre.

La province d'Alger jouit dans tout le cours de Tannée du plus complet repos. Dans le midi de Titterî, notre agha Si-Chérifbel-Ârch fit, avec ses seules forces indigènes, une course contre la tribu des Hadjedje, qui avait donné lieu à quelques plaintes.

L'administration française donna cette année beaucoup d'éclat aux courses de chevaux qui ont lieu aux grandes fêtes dans les chefs-lieux des provinces. C'est un grand moyen de rapprochement, dont le duc d'Aumale a été le premier de nos généraux à bien comprendre l'importance. Les courses de chevaux attirèrent en 1850, à Gonstantine , le célèbre et politique Bou-Âkkèsdu Ferdjiouah, qui, ainsi que je le dis dans les Annales, avait si longtemps évité de s'y présenter.

Le 22 octobre, le général d'Hautpoul fut nommé gouverneur général de l'Algérie, en remplacement du général Gharon.

tJne grande agitation se manifesta dans la Eabylie, dans les premiers mois de cette année. Elle était produite par l'attente d'une expédition formidable qui devait avoir pour but, disait-on, de mettre définitivement cette contrée sous la domination de la France; expédition dont le projet, publiquement discuté chez nous, ne pouvait rester ignoré des indigènes. Un de ces prétendus chérifs, dont les apparitions étaient si fréquentes depuis quelques années, avait surgi chez les Zouaoua, et ses prédications excitaient les montagnards à la défense et même à l'attaque. On le désignait sous le nom de Bou-Baghla.

J'ai fait connaître dans le XLIIË livre des Annales le jeune Marabout deChellata, Sid-Âli-el-Ghérif. Cet homme, qui avait été sympathique à tous les Français qui l'avaient vu, et que sa nature distinguée attirait à notre civilisation, s'était montré depuis iWI fort partisan de la cause fran<;ai$e, tellement qu'il en était devenu suspect et même odieux à une partie de ses compatriotes. Le 19 mars, ses propriétés furent envahies par la troupe de Bou-Baghla, qui s'empara de ses troupeaux. Abandonné des siens, il fut obligé de chercher asile auprès des Français. Les secours ne lui manquèrent pas : d'un côté, le colonel Âurelle se porta avec les troupes d'Aumale sur ses domaines, pour lui construire une maison fortifiée qui le mtt désormais à l'abri des attaques de l'ennemi (1) ; d'un autre, le général Bosquet, commandant la subdivision de Sétif, prît position vers les Biban pour empêcher l'insurrection de se propager dans la province de Gonstantine.

Le 10 avril, le colonel Aurelle attaqua et dispersa une réunion considérable de Kbailes, qui s'était formée en face de son camp, sur la rive gauche de l'Oued-Sahel, au village de Selloum, qui fut incendié. Bou-Baghla rentra chez les Zouaoua; mais un mois après, jour pour jour, il eut l'extravagance de se présenter devant Bougie. Le colonel de Wengy, qui commandait ce poste avec distinction depuis 1846, sortit à sa rencontre et le mit en pleine déroute. li se retira de nouveau chez les Zouaoua, nécessairement fort affaibli et plus ou moins déconsidéré.

Il semblait que c'était cette confédération des Zouaoua, siège de l'insurrection, que la grande expédition annoncée et préparée devait surtout attaquer. Cependant il en fut autrement : on décida que les forces principales, commandées par le général Saint- Arnaud, opéreraient dans le triangle montagneux compris entre Philippeville) Milah et Djidjelli, tandis qu'un corps moins considérable manœuvrerait entre Sétif et Bougie. Ce plan laissait^ on le voit, tout à fait en dehors les Zouaoua et Bou-Baghla. Le gé-

(1) On STait adopté, depuis quelque temps, la sage mesure de construire pour nos fonctionnaires indigènes do ces sortes de petits forts, dits Maitvnè de eommandemeni»

néral Camou eut le commaDdement du corps de Sétif où il se repdit avec des troupes tirées de la division d'Alger. Le général Bosquet^ rappelé de sa position d'observation, alla se réunir au général Saint- Arnaud à Milah. Celui-ci rassembla dans cette ville douze bataillons, quatre escadrons et huit pièces de campagne. Ces forces furent partagées en deui brigades, commandées par les généraux Bosquet et de Lusy.

ILiC général Saint- Arnaud partit de Milab» et se mit en campagne le 8 mai, en descendant la vallée de TOued-Kebir. Il arriva vers rembouchure de cette rivière le 14, après trois affaires très-chaudes, Tune le 11 sur TOued-Eudja^ laquelle coûta la vie av commandant Yalicon, du 20' de ligne ; les deux autres le 13 et le 14, entre ce point et la mer. Dans l'affaire dn 13, deux cornpag^nies du 19" de ligne furent complètement mises hors de combat, car elles eurent 50 tués, dont 5 officiers, et 60 blessés. Le 16, le corps d'armée arriva à Djidjelli.

Après avoir donné deux j.ours de repos à ses troupes, le général Saint-Arnaud se remit en mouvement le 19, se dirigeant vers le sud. Il traversa successivement les territoires de Beni-Ahmed, fieni-Amran, Beni-Foughal, Beni^Ouarzeddin, culbutant les Kbaîles qui voulurent s'opposer h sa marche, dans plusieurs petits combats qui eurent lieu le 19, le 20, le 26 et le 27. Le 25, étant à Tibaîren, dans le Ferdjiouah, il fit partir, pour se rallier aux troupes du général Camou, le général Bosquet, avec deux bataillons et deux pièces d'artillerie. Il retourna se ravitailler à Djidjelli, après l'affaire du 27.

Le 5 juin, le général Saint-Arnaud quitta une seconde fois cette ville, et se porta h l'ouest vers l'Oued-Mansourlah. Il parcourut cette contrée où il eut quelques petits engagements, et rentra une troisième fois à Djidjelli le 16.

Le 18, le corps d'armée reprit le cours de ses opérations, se dirigeant celte fois vers l'est pour revenir sur l'Oued-Kebir. 11 y eut encore plusieurs petites affaires, dont la plus considérable fut un combat d'arrière-garde qui eut lieu le 26 juin, entre Tébenna et Kounar.

Après cette affaire, le général Saint- Arnaud se porta sur la rive droite de l'Oued-el-Kebir, se dirigeant vers Collo. 11 eut à

combattre le 1"' juillet chez les Bou-Âdjoul ; le 2, chez les Beni- Meslem et les Oulad-Aîdoun ; le 4, chez les Djebala , le 6, chez les Mechat. Après quelques autres engagements moins importants, le corps d'armée arriva deyant Collo le 15. Cette ville avait été menacée quelques jours auparavant par les Âchach et les Beni-Isbak. Le général Saint-Arnaud marcha contre ces deux tribus le 16 et le 17, et leur fit éprouver quelques pertes.

Cependant le temps était venu de donner du repos à des troupes qui depuis 80 jours étaient en campagne, qui avaient parcouru près de 700 kilomètres, et eu 26 rencontres avec Tenuemi. Il est peut-être superflu de dire que chacun de nos avantages avait été suivi, de la part des tribus atteintes, d'un acte de soumission momentanée, d'un de ces actes auxquels le temps et une action continue de notre côté donnent seuls de la consistance, et dont l'administration connaît si bien elle-même le peu de solidité, que la langue officielle les désigne habituellement par l'expression hybride de demande d'Aman (1), qualification vague et indéterminée qui n'engage à rien. Quoi qu'il en soit, ces soumissions ou demandes d*Aman ayant été en nombre assez considérable pour qu'un résultat politique pût être annoncé avec une trèsconveuable apparence de raison , et d'ailleurs rien de plus ni rien de mieux ne pouvant être fait, il ne restait plus qu'à renvoyer les troupes dans leurs cantonnements, et c'est ce qui eut lieu.

Pendant que les événements que je viens de raconter se développaient, le général Camou manœuvrait entre Sélif et Bougie. Le 23 mai, il eut une affaire à £ulma-ou-Aklou contre Bou-Bagla, qui fut encore une fois mis en fuite. Le lendemain, un combat assez animé eut lieu à l'attaque du village d'El-Naîra , chez les Oulad-Khalifa. La jonction du général Camou et du général Bosquet, détaché comme on Ta vu plus haut de la colonne du général Saint-Arnaud, eut lieu à Eulma-ou-Aklou le 30. Le 1*' juin,

(i) Ce root aman signiGe proprement en arabe sauf-condoit, assorance. Le savant lexicographe Freytag le déGnit ainsi : Quo quit seemrut eêt et Mut. Ce par quoi quelqu'un est assuré et à coufert.

les deux généraux réunis attaquèrent Bou-Bahgla chez les Gheboula, dispersèrent les Kbaîles qu'il était encore parvenu à réunir, lui tuèrent une centaine d'hommes et lui prirent sa musique, sa tente et ses bagages. Le 15, ils arrivèrent à Bougie. La colonne se remit en marche le 18, s'étant renforcée de deux bataillons pris dans cette ville. Le 24 juin, elle bivouaqua chez les BeniOuzellaguen ; le 25, le bourg d'Iril-Netara fut enlevé, et le prétendu cherif de nouveau mis en fuite. Le 27^ les Beni-Ouzellaguen ayant reçu un renfort de Zouaoua , ne craignirent pas d'offrir le combat. Ils furent assez complètement défaits pour qu'ils dussent se soumettre. Le 2 juillet, nos succès ayant rendu de l'influence à notre ami Si-ben-AH-Chérif, les Illoula, les Beni-Ourglis , les Ouzellaguen et quelques autres tribus, formèrent, sous ses auspices, une fédération pour résister aux entreprises de Bou-Baghla. La colonne pénétra ensuite chez les Beni-Abbès, qui se conduisirent en alliés. Nos troupes parvinrent jusqu'au pied de la montagne de Kala. Plusieurs officiers allèrent visiter cette ville mystérieuse, dont l'accès avait toujours été interdit aux Turcs.

Bou-Baghla était rentré chez les Zouaoua, où l'on était résolu d^avance de ne pas aller le chercher ; d'ailleurs il avait été si souvent battu, que son double caractère de chérif et d'inspiré devait avoir beaucoup perdu de son prestige auprès des crédules montagnards qui l'avaient accueilli. Si-ben-Ali-el-Ghérif avait été vengé et réinstallé à Chelatia. Le but qu'on s'était proposé de ce côtélà ayant donc été atteint, le général Gamou retourna à Alger et le général Bosquet à Sétif, en même temps que le général Saint-Arnaud rentrait à Gonstantine, d'où il ne tarda pas à partir pour la France, où d'autres destinées l'attendaient.

Il se produisit peu de faits importants sur les autres points de l'Algérie eu 1851. Le général Ladmirault, commandant la subdivision de Médéa, fit une course chez les Oulad-Na!l et établit une maison de commandement à Hammam pour notre agha. Les troupes de Moslaganem et d'Orléansviile eurent à étouffer un commencement de révolte des Achacha dans le Dahra. Gelles de Tlemcen eurent à punir les Oulad-Draîr de quelques actes de brigandage. Le colonel Eynard, commandant la subdivision de Bône, dut se porter à la Galle avec ses forces disponibles. On croyait, avec quelque fondement, que les Tunisiens voulaient nous dispu-

ter la possession de h mine de Oam-Teboul, récemment mise en exploitation ; mais une pareille pensée ne podTait qtie trayerser, sans s'y arrêter^ l'esprit du Bey-^ Ahmed. Cependant les bruits qui coururent k cet égard encouragèrent les brigands des frontières, qui, plus d'une fois, inquiétèrent les travailleurs de la mine.

Au mois d'octobre Bou-Baghia, ayant quitté de nouveau son asile des montagnes des Zouaoua, vint pousser à la révolte les tribus de Sebaou , qui attaquèrent un petit camp français établi & Tiziouzou pour la construction d'une maison de commandement Bs furent repoussés ; mais le gouverneur général, voulant couper court à ce commencement d'insurrection, se transporta lui-même sur les lieux avec les troupes de la division d'Alger. Ce n'était déjà plus lë général d'HautpouI, qui était rentré en France, mais le général Pélissier, qui l'avait remplacé par intérim. On se battit, les 1«% 2 et 3 novembre , au Ehamis des Maatka et à Tizîlt- Mahmoud. Leâ insurgés furent cdnlplétément défaits et vingt-neuf de leurs villages incendiés. Le 13, les Guecbloula, qui avaient pris part à l'insurrection, furent ch&tiés. Bou-Baghla, après avoir compromis ces malheureux, s^étail sauvé, comme il le faisait toujours, chez les Zouaoua. Les tribus qu'il avait entraînées n'eurent d'autre ressource que d'implorer la clémence du gouverneur général, qui ne se montra pas inflexible; mais il établit, pour les surveiller, un kaîd français à Boghni. Cette affaire étant terminée, il rentra à Alger le 27 novembre.

Bou-Baghla, après l'insuccès de son entreprise sur le Sebaou et quelque temps de repos dans le Djurdjura, se montra dans la vallée de l'Oued-Sahel vers le milieu de janvier. Le 14, il attaqua le village d'Agueminoun dont ii s'empara. Le maghzen de Bougie, c'esi-à-dire le corps de cavaliers indigènes préposé à la police du pays, lut repoussé avec perles d'hommes et de chevaux. Il fallut que les troup^is de Sélif accourussent. Le général Randon, qui venait d'être nommé gouverneur général, en envoya aussi d'Alger. Le général Bosquet, à la tête de ces forces, repoussa encore une fois Bou-Baghla sur le territoire difficile des Zouaoot,

où nos colonnes ne pénétrèrent pas, et qui semblait être pour le prétendu chérif le tonneau du chien de Montargis.

tJn autre chérif venait de paraître dans le Sahara où il prêchait la guerre sainte contre nous. Celui-ci, déjk connu des lecteurs des Annales algériennes, était ce Nohammed-ben-Âbdallah que nous avons vu posé un instant en rival d'Abd-el-Kader en 1842, puis Khalifa de Tiemcen, enfin pèlerin de La Mecque. Il était revenu des lieux saints et avait pénétré en Algérie en 1849, par Tripoli et Ghadamés, sous les auspices des Turcs (1). Cet aventurier, qui s'était créé un parti à Ouargla, quitta cette position au mois de janvier 1852, se dirigeant vers le nord en soulevant les tribus sur son passage, et principalement les Larba. Le général Ladmirault , commandant la subdivision de Médéa, dut se mettre en campagne pour s'opposer à ses progrès. Une colonne légère commandée par le commandant Deligny, directeur des affaires arabes dans la province d'Oran, fut envoyée en même temps chez les Oulad Sidi-Ghirck, où elle se saisit de la personne de Sidi-Hamza, leur chef, que l'on savait être en relations avec Mohammed-ben-Abdallah. Gette mesure déconcerta un peu les projets que celui-ci pouvait avoir formés sur Fouest; comme d'un autre côté le général Ladmirault couvrait Laghouat, il résolut de revenir vers l'est; mais il se rencontra le 21 mai, près de Mlili, avec une petite colonne conduite par le commandant Gollineau, du cercle de Biskara, qui, secondé par le Gheik-el-Arab, le mit en pleine déroute. Cette affaire^ où nous avions une grande infériorité numérique, fut dirigée avec beaucoup d'habileté et de hardiesse. Elle arriva fort à propos pour atténuer l'effet d'une petite révolution qui venait d'avoir lieu à Tugurth, et qui paraissait avoir quelque chose de contraire à nos intérêts. Le prince ou cheik héréditaire de celte oasis, Ben-Djellab-Bou-Lifa, dont le père s'était mis en 1834 en relations avec le général Voirol, et qui était lui-même rallié à notre cause, avait été assassiné. Il ne laissait qu'un fils en très-bas âge ; mais l'assemblée de ce petit peuple ne reconnut pas moins cet enfant comme son chef, sous

(I) Voir à ce sujet la note de la page 6 de ce volame

la régence de sa mère. Le gouvernement d'une femme n'était pas une innovation dans le pays; carie prince décédé, qui était aussi parvenu au trône dans son enfance, avait été longtemps sous la tutelle de la sienne, Lella-Aîchouch, qui avait conduit les affaires avec habileié et fermeté. La régente de Tugurih avait été reconnue par les autorités françaises, et suivait à notre égard la politique qu'avait suivie Bou-Lifa, lorsque Ben-Seliman, cousin du dernier cheik , parvint à la renverser du pouvoir et à se mettre à sa place. On craignit un instant qu'il ne se déclarât notre ennemi, et n'écoutât les conseils de Mohammed- Abdallah ; mais la déroule de Mlili fit cesser ces appréhensions. Le chérif retourna à Ouargla, et Ben-Seliman ne changea rien aux relations deTu« gurth avec les Français.

Après le dernier succès du général Bosquet contre.Bou-Baghla, ce général, ne voulant pas dégarnir trop tôt le pays de ses troupes, les employa à la continuation et au perfectionnement des travaux de route depuis longtemps commencés ; mais vers la fin de février, le mauvais temps l'ayant obligé de se replier sur Bougie, il fut assailli en chemin par un ouragan de neige semblable à celui qui avait été si fatal à la brigade du général Levasseur en 1846, et qui ne fit pas moins de mal à la sienne.

Au printemps, le gouvernement résolut de diriger une nouvelle expédition contre la Kabylie de Test ; ce qui prouve combien avait été peu décisive celle de l'année précédente. 11 en confia ]<i soin au général Mac-Mahon, devenu commandant supérieur de la province de Constanline. Il fit en même temps surveiller le Djurdjura par le général Camou et les troupes de la division d'Alger. Le général Maissiat commanda un autre corps d'observation entre Bougie et Sélif ; ces deux généraux durent, tout en observant les Kbaïles, continuer les travaux de route.

Le général Mac-Mahon partit de Milah, le 12 mai, pour commencer son expédition avec près de 7,000 hommes, partagés en deux brigades, commandées par les généraux Bosquet et d'Autemare. Il se dirigea sur GoUo et eut à livrer plusieurs combats. Du reste, celte expédition eut exactement le même caractère que celle de 1851, tant pour les faits de guerre que pour les soumissions de tribus. Les Kbailes avaient à leur tête un nouveau chérif appelé Bou-Seba.

Pendant que le général Mac-Mabon était dans les environs de Gollo, une insurrection inattendue éclatait dans le cercle de Guelma. Dans la nuit du 1"' au 2 juin, les Oulad-Dahn attaquèrent un camp de travailleurs établi à Aïn-Souda ; le 5, les Haracta vinrent bloquer le poste d'Aîn-Beïda; le 12, les Beni-Salah massacrèrent les bûcherons militaires établis à Feld]-el-Foul et menacèrent les villages français de Barrai et de Penihièvre. Notre kaîd fut obligé de s'enfermer à Bordj-Àkara ; le capitaine Mesmer, chef du bureau arabe de Bône, fut tué en cherchant k lui porter du secours. Il fallut faire marcher des troupes de tous côtés. Le général Mac-Mabon dut diriger sur Gonstantine le gé-* néral d'Autemare avec deux bataillons. Le gouverneur général envoya aussi d'Alger des renforts sur Bône, ce qui permit au colonel de Tourville, commandant la subdivîson, de marcher, avec des forces suffisantes, contre les insurgés, qui furent battus, le 13 et le 14* juin, à Akbet-el-Zeitoun et à Kef-el-Asks. Le général d'Autemare s'était porté de Gonstantine chez les Hanencha, qui s'étaient, comme leurs voisins, mis en insurrection. Le général Mac-Mahon, revenu de la Kabylie, s'y porta aussi, et, le 13 juillet, les Hanencha étaient défaits près de Kalah, sur la frontière tunisienne, avec perle (le plus de 400 hommes. Quelques jours après, les Beni-Salah furent atteints chez les Ouchelata, tribu tunisienne, où ils avaient cherché refuge. A la fin de juin, l'insurrection fut entièrement comprimée, et les troupes de la province de Gonstantine rentrèrent dans leurs cantonnements.

Le chérif d'Ouargla, après sa défaite de Mlili, et avant de rentrer à Ouargla, s'était arrêté quelque temps sur TOued-lttel. Sa retraite définitive des Ziban fut déterminée par un mouvement hardi du commandant de Bou-Sada, le capitaine Pein , qui se ' combinait avec un projet d'attaque du colonel Devaux, commandant la subdivision de Batna. Le capitaine Pein n'atteigail pas le chérif} mais, le 16 juillet, il livra un combat heureux aux Oulad- Sassi, qui avaient embrassé son parti.

Abdallah-ben-Mohammed resta dans l'inaction tout le reste de l'été. Mais au commencement d'octobre, le général Yousouf, qui conmiandait à cette époque la subdivision de Médéa, étant h Djelfa chez les Oulad-Naïl, apprit qu'il s'était remis en campagne et qu'il menaçait de nouveau la ville de Laghouat. Le général

Toiisouf s'y transporta aussitôt, fit prendre aax babitans quelques mesures de défense, et eroyant qu'il n'y arait plus d'apprében* sions à avoir de ce côté, il retourna à Djelfa le 17. On construis sait là une maison de commandement. Le cbérif paraissait s'être éloigné ; mais vers le milieu de novembre, il reparut de nouveau dans les environs de Lagbouat, où ses partisans avaient pris le dessus depuis le départ du général Tousouf.'Gela déterminale gouvernement général à faire converger plusieurs colonnes sur ce point et à y envoyer le général Pélissier. Mais avant qu'il ny fdt arrivé, le cbérif s'en était emparé, se montrant résolu à s^ bien défendre, ce que permettaient la nature de la locab'té et la position de la ville, qui fut enlevée de vive force le 4 décembre, après un combat très-vif où le général Bouscaren fut tué, ainsi que le commandant Morand des zouaves, et les capitaines Staël et Bessière. Mobammed-ben-Abdallab parvint à se sauver et à regagner le désert ; mais la prise de Lagbouat assurait notre domination dans la contrée qu'il avait si violemment agitée. Le 17, le général Pélissier alla visiter Mn-Madby où il fut accueilli comme l'est toujours un général victorieux. Il laissa une garfiisoii de 1,000 bommes k Lagbouat, et rentra dans sa province.

Celte province avait joui de la plus grande tranquillité dans tout le courant de l'année ; seulement le général Montauban, commandanl de la subdivision de Tlemcen, avait eu à réprimer des actes d'bostilités de plusieurs tribus marocaines, surtout des Béni- Senassen, qu'il cbâlia rudemeut et justement le 10 avril, le 15 mai et le 2i juin. M. de Montauban alla les cbercber jusqu'au delà des frontières, qu'il ne craignit pas de franchir, exemple suivi peu après par le général Mac-Mahon, du côté de Tunis, ainsi qu'on l'a vu un peu plus baut. Les deux Etats barbaresques ne s'en plaignirent nullement, tandis qu'il est possible que, si l'affaire de Bcni-Senassen et celle des Ouchlata eussent été traitées régulièrement par les voies diplomatiques, il en fût résulté une rupture ouverte. Les barbares sont ainsi faits : nos généraux le comprennent mieux que nos diplomates.

APPENDICE. SSl

Le commandant de Bou-Sada, M. Peîn, récemment nommé chef de bataillon, en revenant de Laghouat, où il ayait conduit son contingent de forces, avait eu une affaire assez vive avec les Ottlad-Tebbat, fraction révoltée des Oulad-Naïl, à qui il avait fait éprouver de grandes pertes. Le 10 janvier, ce même officier supérieur eut une autre affaire de même nature, et avec le même succès, contre les Oulad-Sidi-Zian.

Dans le mois de février, notre Bach-Aga-sî-Chérif-bel-Arche fit une grande course vers le sud contre les tribus qui se laissaient encore dominer par l'influence de Mohammed-ben-Âbd-ÂlIah. Ce mouvement, que soutenait la garnison française de Laghouat, sous les ordres du commandant Dubarail, eut un plein succès. Mohammed-ben-Âbd-ÂIlah dut rentrer à Ouargla, et les Larba, qui s'étaient montrés ses plus chauds partisans, Tabandon aèrent. Les Beni-Mzab, qui s'étaient aussi plus ou moins ralliés à sa cause, s'en séparèrent également et envoyèrent des députés à Alger.

Dans la province d'Oran, le chef desOulad*Sidi '^Chirk, Si-Hamza, que nos troupes étaient allées enlever de chez lui l'année précédente, parce quMl nous était justement suspect, nous avait depuis donné des garanties auxquelles on crut pouvoir se fier ; et comme c'était un homme des plus considérables parmi les siens, on le nomma khalifa dans le Sahara occidental. Il ne urda pas à donner des preuves de sa fidélité à ses nouveaux engagements, en allant attaquer la tribu rebelle des Hamian-Ghada^ sur laquelle il fit beaucoup de butin.

L'année 1853 eut, comme celles qui l'avaient précédée, son expédition contre la Kabylie. Elle fut commandée par le gouverneur général en personne et fut dirigée contre le Babor, région âpre et diflicile, entre Djidjelli etSétif. Le général Randon s'étant porté par Bougie dans cette dernière localiié, y réunit des forces considérables avec lesquelles il pénétra dans les montagnes du Babor, ayant sous ses ordres les généraux Mac-Mahon et Bosquet. L'expédition se divisa en deux périodes bien distinctes : dans la première, il fallut combattre ; dans la seconde, toute résistance ayant cesséi les troupes furent occupées à des travaux de route.

Le général Randon, qui dans son commandement de Bône avait ouvert la belle route de l'Ëdoug , comprenait mieux que personne l'importance de ces sortes de travaux qui, ouvrant les pays les plus difficiles, finiront par nous en assurer la possession.

Le gouverneur général rentra à Alger au commencement du mois de juillet. Le reste de l'année s'écoula tranquillement dans toute l'Algérie. Les commandants de nos postes les plus avancés, les chefi^des bureaux arabes de la zone du sud, exerçaient une surveillance active qui, leur faisant connaître les moindres germes d'agitation et de désordre, leur permettait de les extirper le pins souvent avant qu'ils ne se développassent. Ce fut ainsi que dans l'automne de 1853^ le capitaine Galinier, commandant intérimaire de Laghouat, le capitaine Lacretelle, à Sidi-Bel-Abbès, le commandant de France, encore plus au sud de la province d'Oran, le lieutenant Japy, à Tebessa, étouffèrent quelques petits com^ mencements de révolte.

Le commencement de cette année, dont la fin, au moment où j'écris, est encore dans les ténèbres de l'avenir, a été signalé par une brillante eiEpédilion de notre khalifa Si-Hamza. Ce chef arabe était campé à Noumrat, au sud-est de Metlili, lorsque deux de ses frères, qui suivaient le parti de Mohammed- ben-Abdallah, s'en sont détachés. Cette circonstance ayant déterminé Si-Hamza à marcher sur Ouargla, le chérif a été contraint d'abandonner cette position, où il avait fait construire un château qui a été détruit. Il paraît qu'il s'est réfugié dans le Djerid. Si-Hamza a élé appuyé à distance dans son mouvement par MM. Dubarail et Mgueux, commandant des troupes françaises de Laghouat et de Tiaret. Le colonel Durrieu, commandant la subdivision de Médéa, s'est joint à lui avec une centaine de cavaliers et a parcouru les oasis des Beni-Mzab et d'Ouargla , où il a fait reconnaître l'autorité de la France. Après avoir donné à ces régions éloignées l'organisation que réclamaient les circonstances , il en a conduit les chefs à Laghouat, où ils ont reçu l'investiture de M. le gouverneur général, qui s'était rendu dans cette ville.

Bou-Bagla ayant reparu dans les montagnes du district de Se-

baou, le gouverneur général a dû, un peu plus tard, diriger dans ces montagnes une expédition qui vient de se terminer au moment où je termine moi-même ce résumé. Nous y avons eu pour auxiliaires un corps considérable de Kbaîles, qui ont combattu sous nos drapeaux. Le parti de Bou-Bagla a encore été vaincu, mais ce chef opiniâtre nous est échappé. Cette expédition de la Kabylie a pu convaincre les indigènes que nous ne sommes nullement disposés à abandonner l'Algérie, comme plusieurs d'entre eux étaient portés à le croire par une fausse induction tirée des affaires de l'Orient.

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