‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 101 sur 135 · XX · texte numérisé non relu

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28e ANiNALES ARCHÉOLOGIQUES.

nille » (saint Corneille). — En l/i51, Piètre le Passeur, « homme insensé », pour lequel on venait de faire « une gayolle traillée » , peut-être semblable à la fameuse cage de fer du cardinal La Balue, devait à leur munificence xxxvi*, « pour lui aidier à paier ses contrepoix et offrandes à monseigneur saint Acquaire de Haspre » . (Roquefort ne mentionne pas ces deux maladies. Yoir son M Dictionnaire de la langue romane », t. ii, p. 12i.) — En 1505, ces magistrats font remettre xxii* à une femme « pour garir le chief d'un enffapt et payer le contrepoix dMccllui à saint Quentin ».

Guidés par la superstition, ceux qui voulaient se défaire d'un ennemi, ou» pour parler comme au moyen âge, qui voulaient !*« envoûter», faisaient modeler en cire son image, convaincus qu*ils étaient, qu'à l'aide de certaines opérations magiques, ils parviendraient à lui faire subir les tortures diverses auxquelles ils soumettaient son effigie. Les procès de Robert d'Artois et d'Enguerrand de Marigny (xiv* siècle) nous fournissent, à cet égard, de curieux détails. Au xv* siècle, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, fit conduire prisonnier, à Béthune, Jean II de Bourgogne, comte de Nevers, sous prétexte qu'il avait voulu !'« envoûter ».

Lorsque l'autorité séculière, croyant se conformer aux lois, condamnait au dernier supplice des clercs reconnus coupables, les évoques, aussi bien que rUniversité (pour ses écoliers), obtenaient, presque constamment, qu'au jour de l'amende honorable, les effigies en cire des suppliciés fussent portées solennellement, au nom des magistrats qui s'étaient constitués leurs juges.

Ainsi, à l'occasion de la restitution et de Tamende honorable faites en 1361;, à Philippe Darbois, évêque de Tournai, par le lieutenant du bailli de Lille, les échevins et quatre sergents, Sanderus, dans sa « Flandria illustrata », édition de 1735, t. m, page 438, s'exprime ainsi :

« Locum tenons baillivi villae Insulensis, scabini ac quatuor clientes pracpositurae, jussu Johannis, Francorum régis, satisfaciunt publiée Philippe, tune episcopo tornacensi, ejus officiali et promotori, occasione trium clericorum quos condemnaverant ac morti afîecerant » .

A ce sujet, nous lisons dans les registres aux comptes de la ville de Lille les renseignements suivants sur la cire à sceller les chartes.

Cire pour les sceaux. — « Au caufTechire. pour le grand airest contre révesque, pour l'escripture de cet airest... — A Jehan Furet, caudrelier (H60) • pour le réfection d'un pot de cœuvres servant à cauflfer l'iauwe pour eschaufTer le cire dont on scelle au sceel de ladite ville, un*. — Pour une charlre scellée en chire verd et de la soie, contenant en substanche i pardon de \xii personnez et de tous autres, pour le scel de celi lettre, xlviii frans de

XLii*. — A Philippon le mercbier, pour cxii*. de^chire dont on fist les torses et les personnagez de le restitution faite à Mons. le évesque (de Tournai) payet nu gros et demi de le livre, parmy le fachon, vallent xlii* des gros de XVI^ XVI'. — A Rifflart, pour xv valles qui portèrent ces torses et personnages, XXX gros de xx\ — A Rifflart (annéô J356), pour ii figures de canevach et d'autrez estoffes, que li baillieu de Lille restabli ou lieu de Piètre du Hem et de Bourghongne, sen vallet, xxiïi'. »

Tablettes enduites de cire. — I^es tablettes enduites de cire étaient fort en vogue à Lille au xiv* siècle. Ainsi, en 1323, l'argentier nous dit qu'il a déboursé ii*. vi*". « pour encirer ii père de taules, ii*. pour les taules des tailles « planer, et, un*.. (1337) donnés au coustre de Saint-Estienne, pour ii paires n de galles ». En 13A.0, la même somme lui est allouée « pour les galles pour tt tailler eschevins et huit hommes ». Disons ici que le droit « de tailler » appartenait aux quatre curés de Lille. En 1335, en effet, on porte en dépense vir* nu*'* (( pour vin à prestres, quant il eurent tailliet eschevins et le conseil, « et vu*' II**, pour semblable courtoisie, le jour qu'il raportèrent wit (huit) (c hommes et paiseurs » . (Ailleurs : « vin aux prestres le jour qu'il prisent tail- « leurs, vu*') En 13/iO, le vin présenté « devant les Toussaints aux prestres, « quant il fissent les taies pour taillier eschevins », revient à xxxiiii'*; et celui offert « as un curés (1313) le jour qu'il fizent viii hommes », à xxvr* viii'"*. (En 1316, on leur faisait hommage de vi los de vin, de ii los « de sauget » et de VIII los « de moust ».) En 136/i, la chire, dont on fist « les galles des tailles » coûte u gros, de xv**, et il faut (1381) « demi-livre de verde cire (1 pour faire les gales, dont les mayeurs de le haulte perce (la halle aux « draps) sont créés à Pasques communiauls »• (Deux paires coûtaient u**, nu paires xxii'*, enl3&3.) On se servait aussi de « taules » enduites de cire « pour escripre (1330) l'assize des boulenghiers, leur frine, et les brais des goudaliers (1337.) — En 1&86, le cirier Allart le Cocq faisait payer viii'*, une (c espinette de chire » donnée, selon Tusage^ au roi des couleuvriniers.

Les ciriers qui mettaient en oubli les bans de leur métier encouraient des amendes considérables pour Tépoque. Ainsi, en l/i/i2, l'un d'eux en acquitte une de x"*, pour avoir esté trouvé venant de sa maison, « enseignié de son enseigne, certain ouvrage de chire qui ri'estoit pas sy bon qu'il devoit estre, mais estoit empirié de malvaise melure, telle que des poit et a d'espeghelaire » , en allant contre les bans et ordonnances, et, avoec ce, fut led. ouvrage ars au-devant de sa maison ».

de la FONS, Baron de MÉLICOQ

Chaque année, la Société d* Arundel donne à ses souscripteurs un certain nombre de gravures, lithographies et chromolithographies qu'elle fait exécuter spécialement pour eux. Ces dessins reproduisent ' les oeuvres des anciens et grands mattres de l'Italie ; parmi ces œuvres,' la:Société choisit de préférence les plus» belles, les plus inconnues, et celles^lài^urtout qui sont exposées à périr proehaii^ement. / . . . '

Aux souscripteurs dé i85S, on a donné' la « Nativité du Ghfist », fresque de Pinturicchio, dans la cathédrale de Spello; Vt( Ensevelisâeraeht de sainte Catherine, par - les anges », fresque de Luini, au -palais .Brera de Milan; quatre sujets de la vie de Jésus-Christ, peints par Giotto à Santa^Maria-deir* Arena de P^doue. De grands- détails de Pinluriccbio et- de Lùini accompa* gnent les tableaux d'ensemble, et enfin une « Notice » de. M. A.- H. Layard, membre du parlement britannique, donne des renseignements sur les fresques de Pinturicchio. . * ;

Aux souscripteurs de 1859, la Société. vient d'envoyer : — i*la « Vierge tenant Tenfant Jésus » , entourée de deux anges et de quatre saints, surmontée de la « Résurrection du Christ», peinte à fresque par Giovanni Sanzio, père du divin Raphaël, dans l'église Saint-Dominique, à Cagli; — 2^ la; «^ Vierge et l'Enfant », fresque de. Léonard de Vinci, dans le couvent <ie Saint-Onufre, à Rome; — 8' l'« Ensevelissement » et la « Résurrection du Christ » par Giotto, à l'Arena de Padoue ; — 4* une « Tête d'ange »; qu'on suppose représenter Raphaël enfant, tirée de la fresque de Giovanni Sânzk); — 5* la « Tête de la Vierge » de la fresque de Léonard de Vinci ; — 6* une «Notice» de M. Layard sur Giovanni Sanzio et ses fresques de Cagli.

On a dit que Raphaël était l'élève du-Pérugin, dans l'atelier duquel il travailla avec Pinturicchio; mais il est plutôt encore l'élève de son père, et, en voyant la fresque de Giovanni Sanzio, à Cagli, on est frappé de la ressem-

blance intime qui existe entre la peinture du père et celle du fils. Le père était vraiment un grand artiste passionné pour la beauté, pour la noblesse du style, et le fils n*a pas e\i trop de pas à faire ni trop de coups d'ailes à donner pour s'élever au sommet de la peinture. Cette fresque de Cagli est comme une révélation ; elle fera revenir les gens qui croient que les fils illustres procèdent uniquement d'eux-mêmes et que les pères de génie n'ont ordinairement pas de fils.

Aux souscripteurs de 1860 et des années suivantes, la Société d'Arundel se prépare à donner des œuvres notables d'autres anciens grands maîtres de la peinture. La souscription annuelle, nous devons le rappeler, est de 26 fr. 25 c, et, pour cette somme, on reçoit chaque année des chromolithographies et des gravures dont la valeur commerciale est trois ou quatre fois supérieure.

En dehors de la souscription, la Société livre, à prix réduit pour ses membres, des dessins et des moulages en plâtre. Récemment, elle a donné le « Portrait du Dante », peint à fresque par Giotto lui-même, le grand ami du poète florentin, dans le Bargello de Florence. Cette peinture fut découverte en 18A.1 et fit alors une grande sensation. Elle fut exécutée en chromolithographie avant la restauration de la fresque.

Quant aux moulages en plâtre stéarine, ils reproduisent les ivoires les plus historiques ou les plus curieux qui sont disséminés aujourd'hui dans les trésors des cathédrales ou dans les principaux musées de l'Europe. Déjà, grâce k M. Gaucherel, nous en avons publié plusieurs, et, aujourd'hui, nous en donnons un qui paraîtra intéressant à nos lecteurs. Cet ivoire, qu'on croit antérieur au xi* siècle, appartient au musée archéologique d'Orléans, dont il est, assurément, une pièce des plus importantes. Nous l'intitulons la Jérusalem QÎLESTB, parce que nous croyons y voir la Cité symbolique entrevue et décrite par le prophète Isaïe et l'évangéliste saint Jean.

Isale dit au chapitre vi, versets 1-9, de sa prophétie : « L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône sublime et élevé, et ce qui était sous ses pieds remplissait le temple. Les séraphins se tenaient au-dessus du trône; six ailes à l'un, six ailes à l'autre; de deux ailes ils se voilaient la face, de deux ils voilaient leurs pieds, de deux ils volaient. Ils criaient l'un à l'autre et disaient : Saint, saint, saint le Seigneur Dieu des armées; toute la terre est pleine de sa gloire. Le dessus de la porte fut ébranlé par le retentissement de- ce cri, et la maison fut remplie de fumée. Et j'ai dit : Malheur à moi pour m'être tu, parce que je suis un homme impur des lèvres; j'habite au milieu d'un peuple qui a les lèvres souillées, et j'ai

SOO ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.

VU de aies yeux le Seigneur des armées. Et l'un des séraphins vota vers moi» et il avait à la main un charbon de feu quMl avait pris à l'autel avec des pinces. Il toucha ma bouche et dit : Ce charbon a touché tes lèvres, ton iniquité sera effacée et ton péché sera purifié. Et j'entendis la voix du Seigneur qui dit ! Qui enverrai-je et qui portera nos paroles? Et j*ai dit : Me voici, envoyez-moi. Et le Seigneur a dit : Va, et dis à ce peuple : Écoutez ce que je vous dis... »

Saint Jean dit dans son Apocalypse, chapitre i, versets 10-15 : « Je fus ravi, en esprit un jour de dimanche, et j'entendis derrière moi une grande voix, comme celle d'une trompette, qui disait : Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept églises qui sont en Asie, à Éphèse, à Smyrne^ Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. Et je me retournai pour voir la voix qui me parlait, et, m'étant tourné, je vis sept candélabres d'or, et, du milieu des sept candélabres d'or, quelqu'un qui ressemblait au Fils de l'homme, vêtu d'une robe tombant aux pieds et ceint d'une ceinture d'or au-dessous des mamelles. Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme la laine blanche et como^e la neige, ses yeux comme la flamme du feu. Ses pieds semblables à l'airain d'or dans la fournaise ardente et sa voix comme la voix des grandes eaux... »

Au chapitre x, versets 8-11, saint Jean complète ce qui regarde le livre : « J'entendis une voix du ciel me parlant de nouveau et disant : Va et prends, de la main de l'Ange debout sur la terre et la mer, le livre ouvert. Et je m'en allai vers l'Ange en lui disant de me donner le livre. Et il me dit : reçois le livre et le dévore; il te causera de l'amertume dans le ventre, mais dans ta bouche il sera doux comme du miel. Et je pris le livre de la main de l'Ange et le dévorai. Dans ma bouche, il était doux comme du miel; mais, après que je l'eus dévoré, je sentis de l'amertume dans le ventre. Et l'Ange me dit : Il faut que tu prophétises de nouveau aux nations, aux peuples de langues diverses et à beaucoup de rois » .

L'ivoire d'Orléans traduit en relief, plus ou moins fidèlement, ces textes d'Isaïe et de saint Jean.

Au centre, le Seigneur ou le Fils de l'homme assis sur un trône élevé ; longue robe descendant sur les pieds, manteau noué en ceinture au-dessous des mamelles ; cheveux lissés comme de la laine, yeux grands ouverts comme pour jeter des flammes, bouche gonflée comme pour pousser sa grande voix; pieds nus et brillants; sous le pied gauche, deux petits êtres nus et couchés, qui doivent personnifier la Terre et la Mer, dont parle saint Jean ; à la main gauche, volume, qui est l'attribut du Sauveur enseignant, comme le nimbe crûci-

fère de sa iéte eat Tattribut de la divinité. A la main droite, livre qu'il donne à saint Jean, qui le reçoit pieusement dans ses mains voilées sous une draperie. C*est le livre qui sera doux à la bouche et amer aux entrailles. A la gauche du Seigneur, Isale debout tendant les lèvres pour en être touché par le charbon ardent que le séraphin a saisi dans des tenailles. Trois autres sera** phins au-dessus du trône, autour de la tête du Seigneur et criant sans doute : Saint, saint, saint le Seigneur des armées !

Dans le bas, le temple, qui est sous les pieds du Sauveur. Dans le temple, le peuple auquel I&ale apporte la parole de Dieu, et ces nations diverses auxquelles saint Jean prophétise. Saint Jean doit être le personnage imberbe, assis dans une chaise, sous le saint Jean debout, également imberbe et qui reçoit le livre. Isalo doit être le personnage barbu, qui regarde au ciel et s'apprête à écrire dans un livre ce qu'il a vu et entendu. Il est assis dans une chaire immédiatement au-dessous de Tlsale debout, également barbu et purifié par le charbon ardent. Si cet Isale était seul, dans l'attitude où nous lé voyons, assis dans une chaire en face d'un pupitre surmonté d'un aigle (l'aigle da saint Jean?), j'avoue que je le prendrais pour saint Jean auquel ordinairement, dans les époques anciennes, et presque toujours chez les byzantins, on donne une grande barbe et un âge avancé. Mais, sur cet ivoire, le saint Jean debout est imberbe, l'Isale debout est barbu^ et Ton ne voit pas pourquoi, immédiatement au-dessous, on aurait donné une longue barbe au saint Jean assis et représenté i^nberbe l'Isaîe assis dans une chaire.

Tout en haut, au-dessus du Seigneur, la Cité sainte, la Jérusalem céleste, d'où le Dieu des armées est descendu un instant pour parler à son prophète et à son évangéliste. Cette Jérusalem, remplie des monuments les plus variés et entassés l'un sur l'autre, est gardée par deux guerriers, deux anges peutêtre, l'un à droite, l'autre à gauche. Au centre de la sainte Cité, sous un dôme de forme byzantine, un trône tendu d'une épaisse draperie et défendu par deux rideaux écartés; il est occupé, à la place du Souverain, par le livre des Évangiles. C'est ce trône ou plutôt cet appareil que les byzantins appellent la c( Préparation » [i ÈToi(iâ<;ia), sur laquelle M. Julien Durand a doctement disserté, pages 255-258 de ce volume des « Annales Archéologiques ».

Des arabesques de feuillages entremêlés d'animaux, lions et griffons, festonnent les quatre tranches de ce feuillet d'ivoire. Malgré notre goût bien prononcé pour le symbolisme, il nous est difficile de trouver ici, dans les jeux de l'esprit et de la main du sculpteur ivoirier, une idée réellement significative.

Cet ivoire d'Orléans est-il byzantin ou latin? L'un et l'autre peut-être.

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c'est-à-dire latin modifié par des influences byzantines, comme on en voit quelques exemples en France et tant d'exemples en Italie. Il est difficile de lui assigner une date, et le plus sage est de le classer, comme l'a fait la Société d*Arundel, dans les ivoires antérieurs au xi* siècle; du vin* au x*, inclusivement, il y a de la marge.

Toutefois, que la Société d'Arundel, dont j'ai traduit textuellement cette partie du catalogue publié dans les « Annales Archéologiques » ,. me permette de faire ici deux rectifications. A la droite, le Seigneur ne donne pas les clefs à saint Pierre, niais le livre k saint Jean. Dessous, dans le temple, ce n'est pas le Christ qui enseigne, mais saint Jean et Isale qui prophétisent aux nations. Du reste, je reconnais volontiers que toute espèce de doute n'est pas encore levée sur l'explication de cet ivoire infiniment curieux ; mai$, comme nos lecteurs en ont maintenant sous les yeux une gravure fidèle, chacun pourra étudier les sujets sculptés sur ce monument, et nous proposer une interprétation différente de la nôtre.

Un vœu h soumettre à la généreuse Société d^Arundel, c'est qu'elle complète sa collection précieuse et poursuive le moulage de tous les ivoires historiques ou symboliques, dont elle a certainement connaissance aujourd'hui et qui existent dans les musées, dans les bibliothèques publiques et dans un grand nombre de collections particulières. La Société en a déjà publié cent quarantesept; il lui en reste plus de deux cents encore à nous donner*

DIDRON

r F fr K

Dum spiro Bpero.

L'Espérance peut se définir :

L'attente certaine des biens de ce monde et des félicités de l'autre, fondée sur la bonté divine et justifiée parles mérites personnels.

Cette définition est à peu près celle que Dante, traduisant Pierre Lombard*, donne au chant xxv du « Paradis », lorsqu'il répond aux questions que lui adresse saint Jacques Majeur. Pour Dante, saint Jacques est le représentant de l'Espérance comme saint Pierre l'est de la Foi. Saint Jacques est l'apôtre des pèlerinages et des voyages; or, c'est principalement quand on est loin de sa maison, loin de sa patrie, qu'on a besoin d'être soutenu par l'espérance, tant on a d'ennuis à vaincre et d'accidents à craindre. C'est pour ce motif que le moyen âge, par l'organe du Dante, aura mis l'espérance sous le patronage de saint Jacques Majeur. Dans sa définition, Dante ne considère, il est vrai, que l'espérance de la gloire future, l'espérance dans le ciel ; mais il faut la compléter par l'espérance des biens de la terre. Comme nous allons le voir dans son iconographie , l'Espérance ne porte pas seulement des attributs relatifs au ciel : des ailes, des livres, des palmes, des couronnes ; elle est armée tout à la fois du berceau, de la bêche, des dés, de l'ancre marine, qui symbolisent l'espoir de la vie, de la moisson, du gain, du vent favorable. L'Espérance prend l'homme ici-bas, où elle le garde jusqu'à la mort et ensuite elle le conduit jusqu'au ciel.

J'ai cherché Tétymologie de la Foi dans le verbe « fio » , qui signifie je fais, je produis, je crée. On a pu partager ou contredire mon avis, parce que, pour extraire de cette racine la tige de « ifido » et de « fides », il faut nonseulement supprimer une consonne, mais encore, tout aidé qu'on y soit par

4. rEst spes certa expectatio futurœ beatitudiois, veniens ex Dei graliâ et meritis praecedentibus ».

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