‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 106 sur 135 · SPEM HABE IN DOMINO · texte numérisé non relu

SPEM HABE IN DOMINO

Espère en Dieu.

Recommandation un peu banale ou incomplète, et que TEspérance de la cathédrale de Como (1513) vient compléter en disant :

SPERA • IN • DEO • ET • FAG • BONVM

Espère en Dieu et fais le bien.

La même figure ajoute sur un cartel placé près de sa tête :

âPES • FIRMA • MANBT

L'Espérance demeure ferme.

A l'exception de cette dernière, qui semble faire allusion à Tancre qui maintient ferme le vaisseau ballotté par les orages, les autrjBS inscriptions sont à peu près insignifiantes pour l'iconographie de l'Espérance.

L'Espérance, plus que la Foi encore, parce qu'elle est plus humaine, a été connue de l'antiquité : à Rome il y avait jusqu'à deux temples consacrés à son culte. Cette divinité fut la seule, on le sait, qui resta au fond de la boîte de Pandore, car c'est la seule qui ne nous abandonne jamais : elle est la sœur du Sommeil qui suspend nos peines et de la Mort qui les termine. Les anciens la représentent sous les traits d'une jeune fille ailée, comme les chrétiens l'ont figurée ensuite; ils lui donnent l'air

souriant ; ils la couronnent de fleurs en bourgeons ou de fleurs naissantes^ qui annoncent et promettent des fruits, et ils lui mettent à la main un bouquet de fleurs variées. Comme Dante et lé symbolisme le plus élémentaire l'exigent, ils lui attribuent la couleur verte. Des médailles nombreuses portent l'Espérance à leur revers. C'est une femme qui présente une poignée d'herbes naissantes ou un bouquet de fleurs. De la main gauche, elle relève sa robe par derrière, comme pour marcher plus vite. On lit autour d'elle les inscriptions : Spes plbliga, Spes acglsta , Spes perpétua. Qui ne reconnaîtrait, à ces différents caractères, l'Espérance adoptée et figurée par les chrétiens? Plus j'étudie l'iconographie du moyen âge, celle de l'Italie particulièrement , et plus je constate que les artistes chrétiens ont fait aux païens des emprunts nombreux. Rien ne serait plus intéressant que de mettre ainsi en parallèle, sur des questions toutes spéciales, le moyen âge et l'antiquité, le christianisme et le paganisme. L'intention d'établir ce parallèle de temps à autre ne me manque pas assurément ; mais j'y entrevois des développements infinis, et je suis effrayé des proportions que la moindre question, ainsi traitée, devrait nécessairement prendre ; alors, je m'en tiens au moyen âge et je rentre dans ma coquille.

Dans une livraison prochaine, je tracerai l'iconographie de la Charité, cette dernière et cette reine de toutes les vertus. Autour de cette mère féconde, je grouperai, en description et en gravures, les sept Œuvres de Miséricorde qui en sont les filles généreuses, et, nous le voyons bien de nos jours, véritablement immortelles.

DIDRON

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