‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 109 sur 135 · Imperatrix Irène Ducaena, Dei famula · texte numérisé non relu

Imperatrix Irène Ducaena, Dei famula

QusB olim aureis omabar, jam vero laceris vestimentis induor ;

Olim bysso, jam operta cilicio :

Et tamen hosce pannes pluris, quam purpuram, facio.

4. Postquam purpureum amictum proscripsi ac deposui Nigris induta vestibus, ut tibi complacuit,

Tu mihi sortem cum beatis rétribuas, Et gaudium cum sanctis sternum.

Ce monologue, rempli d'antithèses, peut se résumer en ceci :

L'impératrice Irène Ducas, près de mourir et de terminer ses souffrances, fait à Dieu l'offrande de cet arbre de vie sur lequel le Sauveur a terminé sa passion. Autrefois couverte d'or et de pourpre, Irène a revêtu de noirs et pauvres habits ; en échange , elle demande au Sauveur le repos parmi les bienheureux.

J'ai souvent été frappé du contraste qui existe, pendant le Bas- Empire, entre les œuvres d'art et les œuvres littéraires. Celles-ci abondent en recherche, en obscurité, en mauvais goût, tandis que les productions artistiques sont toujours simples, élégantes, faciles à comprendre.

•Tai déjà parlé de l'impératrice Irène en décrivant la Pala-d'Oro sur laquelle on voit son effigie. Qui sait si Tinscription dont je viens de donner le texte ne serait pas de la composition de sa fille Anne Comnène? Le talent qu'on accorde à cette femme dans l'art d'écrire , le style recherché et parfois empreint de mauvais goût qu'on lui reproche, l'amour et la vénération de la fille pour sa mère, qui se révèlent dans plusieurs passages de 1' « Alexiade », enfin l'existence de ces deux femmes dans un couvent, pendant les dernières années de leur vie, toutes ces raisons permettraient de le supposer.

4* Reliquaire de la vraie croix, en forme de tablette carrée. — Sur la partie antérieure, une croix à doubles traverses, creusée dans une feuille d'argent doré , contient la relique et est entourée d'une riche bordure ornée de pierreries. A la partie postérieure, une autre feuille de vermeil, travaillée au repoussé, présente une croix à traverses simples, accompagnée de l'inscription IG. XG. NIKA; elle est entourée d'une bordure. La tablette est couverte, sur son épaisseur, d'une feuille également travaillée au repoussé et montrant des médaillons entourés de rinceaux. Ces médaillons contiennent dix saints en buste avec leur nom en grec ; on y voit : Saint Georges et autres saints guerriers*, saint Nice tas, le Précurseur, saint Jean - Chrysostome et un autre évoque. La partie antérieure est protégée par un couvercle qui glisse dans des rainures et sur lequel est représenté, en émail, le crucifiement. Jésus- Christ est droit, les pieds posés l'un à côté de Tautre sur une tablette, les bras étendus horizontalement, les yeux fermés. La Vierge et saint Jean sont à ses côtés avec ces paroles, en grec : « Voici votre mère — Voilà votre fils ». Deux anges à mi-corps et le soleil et la lune sont dans le haut. Ce sujet est entouré d'une bordure contenant six médaillons émaillés, qui montrent les bustes du Précurseur, de saint Pierre, de saint Paul , de saint Jean l'Évangéliste et d'autres. Les émaux de ce couvercle sont en mauvais état ; cette circonstance fâcheuse est utile néanmoins pour étudier les procédés du travail des émaux cloisonnés.

5" Reliquaire d'argent en forme de boite. — Sur le couvercle on voit, au repoussé, la figure du Précurseur : o AriOG G nPOAPOMGC. Saint Jean est en pied et dit sur un cartel cette phrase qu'il adressait aux Juifs : MeTovogire, •îiYyixe yàp ii paaiXeta tûv oùpavôv. — « Faites pénitence, car le royaume des cieux approche » .

6* Reliquaire en forme de calice. — Comme le précédent, il contient des reliques du Précurseur. La coupe est en agate, le pied en argent doré. Autour du pied est gravée une inscription que j'ai lue ainsi : « -|- KVPIE BOHeEiOTO

1 . Les Grecs aimaient à placer des figures de saints guerriers sur les reliquaires de la vraie croix, « cette arme divine », tcuto to ôeiov, comme on lit sur une croix en argent doré qui est à la cathédrale de Gônes. Cette habitude s'explique facilement pour des reliquaires ayant appartenu à des empereurs et des princes, chefs naturels des armées. Cependant, je puis citer un monument de ce genre, sur lequel, parmi vingt et une figures en émaux, on ne voyait aucun guerrier; cette circonstance et la présence d'une douzaine de saints moines indiquent bien que ce reliquaire avait été fait pour un couvent. Ce précieux monument, à peu de chose près aussi grand que celui de Limbourg, publié dans les « Annales Archéologiques », volumes xvii et xviii, se trouvait dans l'abbaye du Mont-Saint-Quentin, près Péronne; il a été décrit par Ducange dans une des dissertations qui accompagnent son édition de 1' « Histoire de saint Louis », par Joinville.

ENAOEOTAXnnpoEAPft KAinAPAKOiMftMEN... On voit qu'il s'agit d'un haut dignitaire de l'église ou de la cour de Byzance. Deux ou trois petits lions, attachés au bord du vase, supportent une patène en métal qui se trouve ainsi suspendue et néanmoins fixée à demeure. Une inscription commençant par ces mots : -f- niCTfiC RABAPeElccOMA , est gravée en rond sur cette patène en caractères liés et remplis d'abréviations; je n'ai pas eu le temps de la copier entièrement. Des médaillons ciselés sont intercalés dans cette inscription ; ils sont occupés par des saints que désigne leur nom.

Plusieurs des armoires de la chapelle renferment une grande quantité de reliquaires modernes fort simples. Ce sont des vases en cristal, montés sur un pied et garnis d'anses et couvercles en argent ou cuivre doré. Quelques-uns contiennent des reliques enveloppées dans une petite tablette dorée, plate, grande tout au plus comme le pouce, sur laquelle est gravée une inscription comme celles-ci : EK XHC AriAC CINAONOC. — EK TOT ATior AENTior. —

Ano TON AriftN cnAPrAwnN. Il est probable qu'il y en a d'autres. Ces objets ne présentent du reste aucun intérêt sous le rapport de l'art. Beaucoup de petits monuments de ce genre ont dû être répandus dans l'Europe au moyen âge ^ et renfermés dans de magnifiques châsses. Ainsi un couvent de Belgique possède une petite tablette de ce genre, qui provient du trésor d'Oigny et porte le nom de saint Nicolas en grec ; elle est renfermée dans un reliquaire en cristal, richement et très-habilement orné au xiV siècle par l'abbé Hugo, qui y a gravé son nom. Mais sans sortir de Saint-Marc, je pourrai, en poursuivant ma visite, citer des exemples du même genre.

T Petit reliquaire italien. — Il contient un fragment de la couronne d'épines avec cette inscription : EK TOT AKANeiNOY CTE^ANor. C'est un joli monument de l'orfèvrerie italienne.

S" Reliquaire italien, en forme de cône renversé. — Il pose sur trois feuilles recourbées; il est orné de petites statuettes et de médaillons gravés, puis recouverts de morceaux de verre de différentes couleurs et jouant l'émail ; il est surmonté d'un charmant groupe représentant saint Georges à cheval qui transperce le dragon. Ce monument du xiv* ou du xv* siècle , très-original, mais dont il est impossible de donner une idée exacte, parce que, comme tous les ouvrages de cette époque, il est surchargé de détails en tous sens, ce mo-

4. La cathédrale de Paris conservait un petit reliquaire en fornie de châsse ou de coffre à dos d'âne, porté par deux anges. Sur ce reliquaire est gravée cette inscription : Aii<|>avcv tcu npc- ^po{A«u. — Voir DucANGB, « Traité historique du chef de saint Jean-Baptiste ». — Dans le trésor royal de Hanovre, on voit un reliquaire analogue, renfermant des fragments de saint Biaise, martyr.

nument, dis-je, renferme un bras de saint Georges avec une inscription que je copie dans l'opuscule de Thiépolo :

Fecopyiou âôXiriTOu f epcov tcigtiv itocvo'îcXov toÙç èvavTtouç Tpeiro). Georgii martyris armatam ferons ûdem de hostibus victoriam reportabo.

9* Reliquaire en forme de bras. — Il est orné d'émaux , posé sur une boule couverte d'entrelacs gravés dans le style oriental. Il renferme un bras de saint Pantaléon avec cette inscription, que j'emprunte encore à Thiépolo :

G Tûv vo<JOuvT(dv laTpoç (JLUpO^UTa Xpuaoùç ûyeiaç tÇ Tpo^^co xpouvouç p^oiç.

iEgrotanlium medice unguentum spirans Aureae sanitatis rota scaturigines emittas.

Je n'ai pas vu les inscriptions de ces deux derniers reliquaires; elles sont gravées, sans doute, sur une plaque appliquée à la relique même, comme cela s'est vu plusieurs fois.

10* Reliquaire de la vraie croix. — Je ne l'ai pas aperçu, mais il a été publié par Thiépolo et Corner. C'est une tablette carrée, sur laquelle est une croix à doubles traverses, cantonnée, dans le bas, des figures en pied de Constantin et d'Hélène ; dans le haut , des archanges Michel et Gabriel en buste. Chaque personnage est distingué par son nom en grec. Cette tablette porte en outre l'inscription suivante :

Oç oîa iroiei tci9Ti; ii KœvaravTivou , ToOi TcaTptxîou xai rpin^ap^ou Çeva.

Xpuaapyjpov yap tôv roXyoOà ^ixvuei roXyoOà TOUTOV xai yap 6 GTaupou tcJtcoç.

quam admiranda facit fides Constantini patritii triremium prœfecti qui Golgolha ex auro et argento effinxit, Golgotha bunc quo crux roseditl

Thiépolo prétend que le Constantin nommé ici était le frère de l'empereur Nicéphore Phocas (963-969). J'ignore s'il a raison; je sais seulement que le nom de Constantin est très-commun parmi les noms des dignitaires du Bas-Empire. Il y a eu un patrice appelé Constantin Dalassène, qui n'est probablement pas celui du reliquaire, mais au sujet duquel l'histoire rapporte une anecdote curieuse qu'il n'est pas tout à fait hors de propos de transcrire ici, parce qu'elle montre l'impression que produisaient alors des reliques comme celles conservées à Saint- Marc de Venise. L'empereur

Romain III, Argyre, avait été empoisonné en 1034 par sa seconde femme Zoé. Cette princesse, de concert avec ses courtisans et ses complices, travailla à faire reconnaître comme empereur son favori Jean , avec lequel elle s'était remariée. On tenait à avoir l'assentiment du patrice, Constantin Dalassëne, alors éloigné de Constantinople et retiré dans ses terres; mais il refusa, et plusieurs individus envoyés vers lui ne réussirent pas à le convaincre. « Rien ne coûtait au ministre : il fit partir l'eunuque Pagizès, favori de l'empereur, avec les gages de sûreté les plus respectables que Ton connût alors : c'était du bois de la vraie croix, la Véronique, la lettre de J.-C. au roi d'Édesse, une image miraculeuse de la sainte Vierge. A la vue de ces dépôts précieux sur lesquels l'empereur avait juré, Dalassène n'eut plus de défiance, il arrive à la cour... etc. * »

Un fait analogue arriva encore lors de la conspiration qui fit monter Alexis Comnène sur le trône, en 1081. Anne Dalassène, -mère de celui-ci, s'était réfugiée avec plusieurs princesses dans l'église de Sainte-Sophie. L'empereur Nicéphore BoUniate les envoya chercher par deux de ses officiers, qui leur assurèrent qu'on ne leur ferait aucun mal. Un d'eux, pour en donner l'assu* rance, ofi'rit la croix qu'il portait au cou ; mais Anne la refusa, trouvant cette croix trop petite et il fallut que l'empereur en envoyât une plus grande pour qu'elle pût sortir avec sécurité de l'asile où elle s'était retirée. Pour en revenir au reliquaire de Saint>-Marc, il pourrait avoir appartenu à Constantin Dalassène qui commandait la flotte à la fin du xi* siècle, époque à laquelle paraissent avoir appartenu beaucoup d'objets du Trésor.

Julien DURAND.

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