Le Beau, « Hist. du Bas-Empire », xvi, 4n
ICONOGRAPHIE
L'on nomme Vu Crucis , ou Chemin de la Choix, une série de croix, seules ou accompagnées de tableaux , destinées à remémorer les principales scènes de la Passion de Noire-Seigneur. On désigne aussi sous ce vocable l'exercice pieux au moyen duquel les fidèles cheminant, comme Jésus-Christ, d'une station à l'autre, s'efforcent de gagner les indulgences attachées parles souverains pontifes à ces mêmes croix. Je n'ai point à m'occuper ici de la dévotion proprement dite, qui, d'ailleurs, a trouvé dans MgrChaillot son savant
4 . M. Tabbé Barbier de Montault, qui a bien voula accepter le travail que nous lui avions proposé sur l'iconographie des Chemins de Croix, nous adresse son premier article. Ce travail préliminaire ne pouvait encore entrer dans le détail de chaque Station ; mais la nomenclature des quatorze stations, qui constituent un Chemin de Croix complet, est donnée dans cet article, et nous l'accompagnons d'une gravure d'ensemble où sont figurées quatre des stations principales, la première, la seconde, la douzième et la quatorzième, c'est-à-dire :
La Condamnation a mort. — Le Portement de la croix. ~ La Mort sur la croix. ^ La Mise au tombeau.
M. Barbier de Montault décrira, dans leur ordre, chacune de ces stations qui seront accompagnées de détails gravés de la grandeur même de l'original; nous n'avons donc pas à nous en occuper.
Le monument d'oii est tirée notre planche est ce précieux ivoire du Louvre, qui date des premières années du xiii* siècle, et représente une Vierge assise, tenant l'enfant Jésus. Cette Yierge s'ouvre comme un triptyque et montre sculptées au dedans d'elle-même la vie, la mort, la résurrection et la gloire du Sauveur. Ainsi la Vierge porte gravé dans ses entrailles, dans son cœur, dans sa poitrine, dans sa tète, le souvenir vivant et matériel de son divin Fils : « manet alta in mente repostum ». Je sais bien que le sévère Gerson s'est inscrit contre les images de ce genre et notamment contre les Vierges ouvrantes ; mais il faut le laisser dire, et admirer cette imagination, la plus grande de toutes, idéale et réelle tout à la fois, des artistes du moyen âge. Je ne connais rien de plus saisissant pour montrer qu'une mère vit sans cesse, nuit et jour, avec
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interprète^. C'est l'affaire, un peu trop négligée, soit dit en passant, tant des livres de piété que des ouvrages de droit canonique. Mais, pour répondre au titre choisi par le directeur des « Annales archéologiques », mon rôle est d'envisager la question iconographique au double point de vue de l'art chrétien et de Tarchéologie religieuse.
Qu'il me soit cependant permis, avant de commencer, de rechercher l'origine et les développements successifs du Chemin de la Croix, puis de baser mes observations sur des principes certains.
L'histoire ecclésiastique et les décrets du Saint-Siège seront à la fois la source à laquelle je puiserai et l'autorité qui me servira d'appui. Ainsi guidé et éclairé, j'entre sans crainte en matière.
L*idée première du Chemin de la Croix remonte à la Mère de Celui qui, le premier, suivit la route du Calvaire pour le salut des hommes, nous invitant à marcher à sa suite : « Si quis vult post me venire, abneget semetipsum, et tollat crucem suam et sequatur me ^ ». Ainsi nous l'apprend la u Légende dorée » : o La sainte Vierge » , dit Jacques de Voragine citant un livre apocryphe de saint Jean, « resta dans sa maison près de la montagne de Sion. Et elle visita, tant qu'elle vécut, les différents endroits témoins du baptême, de la passion, de la résurrection et de l'ascension de son Fils, se livrant au jeune et à la prière^ ». S'emparant de ce texte, populaire comme les sermons de l'archevêque de Gênes, le moyen âge le traduisit en iconographie dans le « Spéculum humanae salvationis » , et distribua en huit casiers ou tableaux les reliques et les monuments de la vie mortelle du Christ. En effet, pour le peintre qui a enluminé le manuscrit, tous les événements d'une vie si remplie se rangent et se pressent dâCns une armoire à huit compartiments, qui renferme la crèche, où mangent le bœuf et l'âne et qui reçut Jésus à sa naissance ; le glaive et l'armée d'Hérode, persécuteur du Sauveur ; le calice de sa dernière agonie; la colonne et les fouets de sa flagellation; la croix et les clous de sa crucifixion ; le titre qui le proclama dérisoirement roi des Juifs ; le linge qui garda l'empreinte de sa face vénérée; la pierre que sa toute-puissance leva du sépulcre et, sur le mont des Oliviers, d'où il monta aux cieux,
la pensée d'un fils qu'elle ne veut pas oublier d'une seconde. C'est par- un sentiment analogue, mais un peu moins profond, que certaines mères portent à leur cou des broches ou médaillons à camées antiques, à mosaïques ou miniatures, qui représentent un être chéri entrvtous les autres.
[Noie de M, Didron.)