‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 112 sur 135 · HlBEONTM., « Epiât. X VI n · texte numérisé non relu

HlBEONTM., « Epiât. X VI n

dans le sol, la sublime théorie du Chemin de la Croix, telle que nous la connaissons et pratiquons aujourd'hui.

En Allemagne, de riches pèlerins transformaient leur ville natale de Nuremberg en une nouvelle Jérusalem et accrochaient aux flancs de sa colline les Stations en haut relief qui, de nos jours, excitent si puissamment l'admiration des voyageurs.

En Angleterre, deux descendants du glorieux martyr de Cantorbéry, les BB. Paul et Jean Becket, imitaient la voie douloureuse qui aboutit au sépulcre. A Cordoue, un humble frère prêcheur, leB.Alvaro, construisait dans son couvent autant d'oratoires que la Passion nombrait de stations ^. Je laisse volontiers au bréviaire dominicain le soin de raconter ce fait important, que Benott XIV, ce pape d'une science si vaste et d'une critique si sûre, n'a pas fait difficulté d'admettre et d'approuver 2. Voici comment s'exprime la leçon du deuxième nocturne de Toffice du B. Alvaro, au 21 février : « Singulari ac praecipuo erga Christi passionem agebatur aifeclu. Quamobrem loca sancta Palestine ejus mysteriis conspicua summa devotione lustravit; utque eorum monumenta aliqua in extructo a se cœnobio perpétue extarent, varia in eo oratoria disposuit, in quibus redemptionis nostrsG mysteria certis distincta stationibus exhiberentur ; quam subinde piam institutionem alia cœnobia adoptasse perhibentur. »

Ce dernier trait jette une grande clarté sur le moment précis où commence, à proprement parler, l'institution du Chemin de la Croix. Jusque-là les faits sont personnels, locaux, sans importance. A partir d'Alvaro , qui meurt en 1/^20, l'institution se généralise et est adoptée par les « autres couvents ».

Mais qui, en ce monde, travaille pour soi ou les siens? Les Dominicains ne bénéficièrent pas de la découverte d'Alvaro, ou ils en laissèrent modestement la gloire aux Franciscains. L'origine fut même si complètement oubliée et l'adoption si peu controversée, que Benoît XIII, par son bref « Interplurima », renouvelant en cela le bref « Ad ea per quœ » d'Innocent XII, nomma les Franciscains, sinon les auteurs, au moins les fervents propagateurs d'une dévotion aussi salutaire pour les âmes : « Fratres ejusdem Ordinis pium exercitium Viae Crucis appellatum, quo tota Dominicae passionis séries piclis tabulis, ubi commode fieri posset, expressa inque plures stationes distributa, eo modo quo peregrini civitatis S. Hierusalem loca ipsa, ubi Christus passus est, recolentes et fréquentantes, invisunt, contemplanda proponeretur,

4 « Recueil de prières etd'œuvres pies », trad. de l'abbé Pallard, p 90. 2. « Analecta », t. m, col. 757.

in varias christianorum provincias magno animanim fructu intulisse ^» »

L'Église, qui procède toujours avec sagesse et maturité, s'occupa fort tard du Chemin de la Croix. Trois siècles s'étaient écoulés depuis la mort d'Alvaro, quand enfin, prêtant l'oreille aux voix saintes qui l'y conviaient, elle rompit le silence et montra, par les indulgences dont elle Tenrichissait, combien ce pieux exercice lui était agréable. Mais comme, grâce à son zèle pour la propager, la dévotion du Chemin de la Croix paraissait identifiée à l'Ordre de saint François, le premier bref d'indulgences, octroyé par le vénérable Innocent XI, le 5 septembre 1686 , ne concerna que les églises franciscaines, les religieux et religieuses de l'Ordre, ainsi que les personnes aflSliées ou agrégées aux confréries canoniquement érigées en ces mêmes églises "^^

Innocent XII, en 1692, concéda de plus amples faveurs, mais sans atteindre ni d'autres lieux ni d'autres privilégies *.

Cependant les fidèles faisaient le Chemin de la Croix, mais sans gagner d'indulgences. A la demande du procureur général des Franciscains de l'Observance*, Benoît XIII publia, à la date du 5 mars 1726, la bulle « Inter plurima » , qui dérogeait aux prescriptions de ses prédécesseurs, et permettait & tous fidèles indistinctement de jouir des indulgences accordées, dans les seules églises toutefois appartenant à l'ordre Séraphique^.

Enfin Clément XII, par son bref « Exponi nobis » , du 16 janvier 1731, déclara que toutes églises, oratoires, monastères, hôpitaux et autres lieux pieux seraient aptes à recevoir le Chemin de la Croix, pourvu que l'érection en fut faite par un religieux de l'ordre de Saint-François. « Quod praedicta loca Viae Crucis seu Calvarii in ecclesiis, oratoriis, monasteriis, hospitalibus, et aliis itidem piis locis ipsi ministre generali non subjectis, nec ab eo dependentibus, per fratres dicti Ordinis nunc erecta et in posterum erigenda, indulgentiis ac privilegiis fruanturet gaudeant, quibus fruunturet gaudent erecta in ecclesiis et in locis Ordinis praefati •. »

Si à celle liberté l'on ajoute la 10* clause insérée par ordre de Benoît XIV, le 10 mai 1742, à la suite des « Avertissements » antérieurement publiés

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