LA CONTREFAÇON ARCHÉOLOGIQUE
. Les articles que nous avons publiés dans les « Annales Archéologiques » sous le titre de « Quelques jours en Allemagne », et de « Fausse monnaie archéologique • (« Annales », vol. xviii, pages 273 et 301), nous ont valu quelques éloges tempérés par des nuées d'injures. Les honnêtes gens, qui aiment la bonne foi et la bonne science, nous ont félicité; les faussaires et leurs dupes nous ont vilipendé. Les premiers nous sont chers, les seconds jious sont de rien ou de peu. Les faussaires, qui habitent presque tous l'Allemagne, d'Aix-la-Ghapelle à Cologne, de Bonn à Mayence et Francfort-sur- Mein, ont écrit des articles dans des journaux sans lecteurs, pour nous accuser de légèreté ou d'ignorance. L'honnêteté allemande prisant peu ces doléances hypocrites, les intéressés ont expédié leurs plaintes imprimées en Angleterre, où sont principalement les dupes. Une revue anglaise, rédigée et défrayée par un homme riche, qui possède une importante collection où figurent en grand honneur ces pièces fausses, ivoires, émaux, bronzes, objets d'orfèvrerie ache-
copum, qui per translationem duabus Ecclesiis successive prsefuerit, comparasse sibi omnia sacra utensilia redditibus tantum unius Ecclesiae,[nulli divisioni locuserit, sedeadem sacra utensilia ad Ecclesiam cathedraletn tantum spectabunt iilius diœcesis, ex cujus episcopalis mensae proventibus •faerint acquisita.. b
tés en Allemagne ou par rentremîse des juifs allemands, a reproduit, avec un empressement qui me touche, les attaques des journaux allemands. La susdite revue avait même attribué Tune des communications qui lui étaient faites sur ce point à l'un de mes amis de Cologne, qui s'en est défendu avec un défaut d'empressement qui ne me touche pas moins. Mais, en vérité, que me font tous ces commérages! Ce qui m'importe, avant tout, c'est d'avoir dénoncé une ou plusieurs fabriques de fausse monnaie archéologique établies en Allemagne, et d'avoir tenu en éveil, pour l'avenir, les directeurs des musées impériaux ou royaux, et les possesseurs de collections particulières. Certainement il est fâcheux que tel lord, tel membre des Communes britanniques, tel banquier anglais ou français, possèdent des objets faux qu'ils ont achetés fort cher et qui ne valent pas un centime ; mais il eût été plus fâcheux encore de ne pas interrompre dans sa marche triomphante le commerce des faux monnayeurs des bords du Rhin. Du reste, l'Allemagne s'est émue de ce trafic qui la déshonore et l'appauvrit, et elle a fait procéder, à la fin de l'année dernière, à une enquête sur cette fabrication frauduleuse. Malheureusement, peut-être pour donner le change, pour ne pas trop effaroucher ni faire envoler les faussaires moyenagistes, on ne dut s'enquérir que des antiquités romaines. Mais le savant M. de Hefner, qui est chargé de cette mission, est Tun des deux auteurs du grand ouvrage allemand qui a pour titre : « Œuvres d'art et meubles du moyen âge et de la renaissance » (« Kunstwerke und Gerathschaflen des Mittelalters und der Renaissance »): on peut donc croire que l'enquête portera moins sur les objets païens que sur les œuvres de l'époque chrétienne, œuvres que Ton contrefait avec le plus d'audace, parce qu'elles sont aujourd'hui, grâce aux études archéologiques, d'un prix excessif, et que les faussaires en retirent des bénéfices énormes. Voici en quels termes le « Courrier du Bas-Rhin » annonçait, en janvier dernier, la mission donnée à M. de Hefner. Le 16 du même mois, le « Journal des Débals » et la « Presse » reproduisaient celte nouvelle :
« L'Académie royale des sciences de Munich vient de faire procéder à une enquête, dans la Bavière rhénane, sur une affaire qui présente également un assez grand intérêt pour l'Alsace, ou du moins pour tous ceux qui, en Alsace, prennent de l'intérêt aux questions historiques et archéologiques concernant les contrées des bordis du Rhin. Elle a voulu savoir où se trouve la fabrique d'objets antiques qui, depuis un certain nombre d'années, est parvenue à écouler dans les pays rhénans et en Allemagne une grande quantité de poteries, de statuettes et d'autres objets d'origine prétendue romaine, tandis qu'en réalité ces objets sont confectionnés en plein xtx' siècle. L'Académie des
sciences de Munich a envoyé à cet eiïèt, dans la Bavière rhénane, un de ses membres les plus compétents en ces sortes de matière, M. de Hefner, et celui-ci vient de passer un assez long temps à Rheinzabern et dans d'autres localités pour prendre des renseignements.
« L'origine de cette contrefaçon, singulière et sur une grande échelle, d'antiquités romaines, est assez curieuse et prouve qu'il n'est sorte d'industrie qui ne trouve des adeptes et des praticiens. On sait que la petite ville de Rheinzabern, à quelques lieues de Spire, est, entre les vieilles cités des bords du Rhin, une de celles dont l'antiquité est le plus incontestable. Elle figure dans les anciens documents historiques de nos contrées rhénanes, dans l'Itinéraire d'Antonin et sur la Carte théodosienne, et elle a eu, à travers les siècles, la réputation fondée de receler, sous le sol qui porte les habitations modernes, une foule d'objets antiques provenant encore du temps des Romains. Beatus Rhenanus disait déjà que « ceux qui fouillent la terre à Rheinzabern y « trouvent des urnes d'argile contenant les cendres des patriciens romains, « des sarcophages, des pierres précieuses gravées et des vases en terre rouge, « façonnés par le potier n .
« Au siècle dernier, Schœflin constatait également la découverte de beaucoup de débris de l'antiquité romaine à Rheinzabern; le musée de Schœflin en contenait plusieurs, et des collections intéressantes en ont été faites par diverses personnes à Spire, à Mayence, à Landau. Une des plus belles a été formée par M. de Stichaner, président du gouvernement de la Bavière rhénane; M. Schweighaeuser, notre célèbre philologue et archéologue alsacien, a fait dessiner et lithographier en son temps un certain nombre de pièces provenant de la même origine. La bibliothèque de Strasbourg possède également des poteries romaines de Rheinzabern, et il y a peu de semaines encore on a trouvé une nouvelle série d'objets fort curieux qui ont été recueillis par M. Mellinger, notaire à Rheinzabern.
« Plusieurs de ces pièces authentiques ont été vendues et revendues; elles ont eu leur prix commercial, et dès lors on a vu surgir une industrie nouvelle, celle de la contrefaçon. Tout à coup une foule de poteries d'origine prétendue romaine ont été mises en circulation dans la Bavière et la Hesse rhénanes, en Alsace et sur la rive droite du Rhin, et elles ont trouvé des acheteurs parmi les amateurs d'antiquités. Mais la multiplicité même de ces pièces a éveillé le soupçon, et on n'a pas tardé à acquérir la conviction que, malgré une grande perfection d'imitation, il y en avait beaucoup de fausses et de fabrication toute récente. Ces dernières présentaient moins de saillie dans les contours et des bords plus étroits que les originaux. Depuis lors, les poteries romaines de
Rheinzabern ont perdu leur crédit dans le commerce d'antiquités, mais la contrefaçon n'a pas moins continué à en produire et à faire ses bénéfices aur dépens de ceux qu'elle parvenait à duper.
« C'est pour mettre fin à ces fraudes et pour en découvrir l'origine, que M. de Hefner a été envoyé en mission dans la Bavière rhénane par l'Académie des sciences de Munich, et qu'il vient de faire un séjour de plusieurs mois à Rheinzabern même et dans les environs. D'après ce que nous apprenons, M. de Hefner a pu constater la fausseté d'un certain nombre de pièces qu'il aexaminées avec soin; mais il a acquis la conviction que c'est du côté de Mayence et non à Rheinzabern même que se trouve la fabrique mystérieuse d'antiquités romaines. C'est donc Mayence qui se voit aujourd'hui accusée de répandre dans le commerce des antiquités de fabrique moderne, nonseulement des poteries, des bas-reliefs, des statuettes en bronze ou en terre cuite, mais encore des objets d'ivoire et du moyen âge. Déjà Mayence était fortement soupçonnée d'avoir fourni un coffret d'ivoire antique, fait avec tant d'art et un tel degré de perfection imitative, qu'il avait été acheté à un prix fort élevé pour le musée de Londres.
« Le gouvernement Hessois, aujourd'hui averti que le point de départ de ces nombreuses contrefaçons d'antiquités est à Mayence ou dans le voisinage de cette ville, fera-t-il procéder à une enquête, comme celle qui vient d'avoir lieu dans la Bavière rhénane, afin de rendre au commerce d'objets antiques le caractère de loyauté dont la spéculation l'a privé depuis quelque temps dans, les contrées voisines du Rhin? »
J'ignore si c'est de Mayence que provient une statuette en ivoire que notre musée du Louvre vient d'acheter 5,000 francs ; mais je crois pouvoir affirmer que cet objet est plus faux qu'un jeton et aussi faux que l'ivoire d'Othon et de Théophanie dont notre musée de Cluny est propriétaire.. Une autre fois je donnerai les preuves de fausseté qui reluisent sur la nouvelle acquisition du Louvre.
DIDRON
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ICONOGRAPHIE
lY. — JUSTICE '.
La Prudence, qui précède la Justice, est une vertu dont la tendance est égoïste. L'homme prudent cherche son intérêt : naturellement il songe à ne rien faire et à ne rien dire qui puisse le compromettre. S'il, y voyait un grand avantage; s'il était appelé, par exemple, à juger un différend entre un faible
4. Voyez les a Annales Archéologiques », vol. xix, p. 299, et vol. xx, pages 40-56. Pour éviter les répétitions trop fréquentes et les citations trop nombreuses, voici, par ordre chronologique, T indication des principaux monuments que j'ai étudiés sur place et qui m'ont servi à tracer l'histoire iconographique de la Justice. ix*-x* siècle. — Miniature du « Pastoral de SaintrGrégoire », manuscrit appartenant au grand
séminaire d'Autun.
xi^xii* siècle. — Émail du prince P. Soltykoff, dessiné par M. A. Darcel. xii* siècle. — Mosaïque de la coupole de l'Ascension, à Saint-Marc de Venise. il75. — Gravure niellée de la couronne de lumière donnée par l'empereur Frédéric Barberousse
à l'église impériale d'Aix-la-Chapelle.
4480. — Miniatures de 1' «Hortus deliciarum » de Tabbesse Herrade, manuscrit appartenant à
la bibliothèque municipale de Strasbourg.
i485f — Une des deux rosaces en vitraux peints au croisillon ' méridional de la cathédrale de
Strasbourg.
lS50f '-Sculpture du portail nord delà cathédrale de Chartres. 4t69. — Blanuscrit appartenant à M. le comte Auguste de Bastard et contenant une explication,
ornée de miniatures, des Vertus et des Vices. 4180? — Font baptismal en bronze de la cathédrale d'Jflildesheim. xiv* siècle. — La «Tour de la sagesse », dessin sur parchemin, avec un texte explicatif. Un
exemplaire est à la bibliothèque, municipale d'Aix en Provence. 4340. — Pavé de la cathédrale de Sienne par Duccio. 4346. — Peintures de Giotto à Santa-Maria-dell'.-Arena à Padoue. 4 318-1335. — Sculptures des tombeaux des Scaiiger à Vérone.