‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 18 sur 135 · XX · texte numérisé non relu

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et un puissant, entre un pauvre qui ne peut rien et un riche qui peut tout, certainement il serait doué d'une âme magnanime , s'il ne faisait pas pencher un peu la balance du côté du riche et du puissant.

Il est donc nécessaire que la justice, cette vertu inflexible, vienne rétablir l'équilibre et donner au « prud'homme » une force qu'il ne trouverait peutêtre pas dans la seule prudence. La Justice, par cela seul, est donc supérieure à la Prudence, et devait venir après elle pour l'appuyer et lui montrer le véritable droit chemin.

Mais en outre, les trois premières vertus, la Tempérance, la Force, la Prudence, sont engagées, quoiqu'à divers degrés, dans les choses corporelles ; seule, la Justice échappe aux intérêts matériels et, négligeant l'avantage qui peut en résulter pour elle , elle attribue à chacun , qu'il soit riche ou pauvre, le droit qui lui appartient. C'est sa qualité spéciale de rendre à tout homme ce qui lui est dû , comme elle s'exprime à la cathédrale de Como :

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La Tempérance n'a guère soin que d'elle-même; la Force ne s'occupe des autres que par intervalles; la Prudence vit en société, mais en rapportant

XIV* siècle. — Statue de la Justice au sommet du tympan qui couronne une arcade du flanc méridioaal de Saint-Marc, à Venise.

1330. — Porte en bronze d'Ândrea Ugolini de Pise, au baptistère de Florence.

1330. ^ Sculptures du campanile de Santa-Maria-del-Fiore, cathédrale de Florence.

4 330 ? — Peinture de Thaddeo Gaddi dans la chapelle des Espagnols, cloître de Sante-Mari»- Novelia, à Florence.

1330? — Sculpture du^Campo-Santo de Pise, attribuée à Giovanni Pisano.

4330? — Sculpture du bénitier de San-Giovanni-for-Città, à Pistoja.

4338. — Sculptures du tombeau de saint Pierre Martyr, à Saintr-Eustorge de Milan, exécuté par Jean Balducci.

XIV* siècle. — Petits ivoires italiens appartenant à M. E. Ifewkins.

4344. — Sculptures du palais ducal, à Venise.

4359. — Sculpture de l'autel d'Or-San-Michele, à Florence, exécuté par Orcagna.

4368. ^ Sculptures du tombeau de saint Augustin, dans la cathédrale de Pavie.

4407-1444. — Peintures de Thaddeo Bartholi, à la chapelle du palais municipal de Sienne.

4466. — Faïence do^Luca délia Robbia dans la chapelle du Portugal, à San-Miniato, près de Florence.

4460-4474. — Stalles de la cathédrale d'Ulm, exécutées par (îeorges Syriin.

4475? — Statue de la cathédrale de Berne, au trumeau de la porle principale de l'occident.

4489-1493. — Statues en marbre du tombeau de la Chartreuse, à Miraflorès, près de Burgos.

4493. — Sculptures en bronze du tombeau du pape Sixte IV, dans Saint-Pierre de Rome, exécuté par Antonio Poilu jolo.

4540? — Sculpture en bronze du tombeau de saint Sébald, à Nuremberg.

4510? — Tapisserie de la Pénitence de David, au musée de l'hôtel de Cluny.

tout à sa propre individualité, qu'elle ne doit jamais compromettre. La Justice^ au contraire , est en contact perpétuel avec les hommes : elle efface , en qutl* que sorte, toute sa personne, pour se mettre à la discrétion de tout le monde. Les nations, on peut le dire, n'existent que par la Justice. Lisez dans le « De Officiis » les belles pages que Cicéron a écrites sur ce caractère spécial de la justice : c'est la vertu politique par excellence, et c'est pour cela que, sur les peintures de Thaddeo Bartholi, à la chapelle du palais de la république de Sienne , on lit , sous la représentation de la Justice , cette grave sentence que les nations qui veulent rester grandes ou le devenir ne devraient jamais oublier :

IVSTITIA, OHNIVM VIRTVTVM PRffGLA&ISSlMA , REGNA CONSERVAT. PEOPTBR INIV8TITIAM TRAN8FERVNTUR REGNA DE GBNTB IN OENTEM.

La Justice, comme l'appellent toute l'antiquité et tout le moyen âge, est donc la reine des quatre vertus cardinales. Aussi , au tombeau du duc François II de Bretagne, à Nantes, elle est la seule qui porte une couronne sur la tête , comme le montre la gravure placée au commencement de cet article.

Comme l'être réel, la figure symbolique naît, se développe et prend des accroissements successifs. Seulement l'individu parcourt le cercle de ses développements en un certain nombre d'années, tandis que l'image allégorique y

454 s. — Peinture de la cathédrale d'Âlbi.

4543. — Sculptures de la cathédrale de Como, portail du sud.

4547-4548. — Sculptures du tombeau de Louis XII, à Saint-Denis.

455IM528. — SUlies de la cathédrale d'Auch.

4629^533. — Cheminée du palais de justice, à Bruges, en albÀtre et bots.

4535. — Tombeau du cardinal Érard de la Marck, évéque de Liège, par Pierre Lecomte.

4537-4538. — Stalles de Saint-Bertrand de Comminges.

4543. — Sculpture du tombeau de Jean de Langheac, évéque de Limoges.

4500? Sculptures de l'arc ou de la porte Sainte-Marie, à Bufgos.

46(K)? — Divers monuments à l'hôtel de ville de Burgos.

4560 ? — Statue à Fhôtel de ville de Cologne.

4580. — Sculpture d'un tombeau dans la cathédrale de Worms.

45S9. — Statues de l'horloge au palais de justice de Paris.

4589. — Statue de la fontaine de la place Saint-Laurent, à Nuremberg, exécutée par Benedict

Wurczipaur.

4590. — Statue dans l'église de Loyola, en Espagne, province de Guipuscoa.

4600? — Peintures des maisons d'Augsbourg, renouvelées vers 1600 par J.-G. Bergmuller. 4000? — Daniel jugeant et condamnant les deux vieillards, sculpture en marbre, par RiCbter,

dans le musée de la Renaissance, au Louvre.

4654. — Sculptures des maisons de Bruges.

4750? — Sculpture à la coupole de la cathédrale de Montauban. 4769. •— Sculpture du tombeau de Zurheim, dans la cathédrale de Worms. 4770? — Statue au tribunal civil de Gand.

met toute la durée de l'humanité. Pour une évolution , le symbole prend un siècle où moins d'une année suffit à Thomme; le symbole se meut, pour ainsi dire, avec la lenteur de l'éternité. L'iconographie de la Justice, que nous allons parcourir pendant huit ou neuf siècles, du dixième jusqu'au nôtre, nous en fournira la preuve.

La Justice, comme ses trois sœurs, est femme; elle porte un costume qui lui est commun avec elles, mais qui en diffère par certains détails, et elle a des attributs qui lui appartiennent exclusivement.

Son costume est une robe et un manteau ; mais de même qu'à la cathédrale de Nantes, cette robe est serrée au buste de la Force par une cuirasse, de

même aux bras de la Justice de ce monument, on voit des brassards en

fer battu. A cette Justice la cuirasse guerrière est remplacée par la cotte échancrée et faite d'hermine ; mais la couronne fleurdelisée de la tête et l'épée nue que tient la main droite indiquent bien que la Justice, pour faire exécuter ses arrêts, est obligée d'avoir une partie de la puissance guerrière à ses ordres.

Les pieds de la Justice sont rarement nus ; cependant on trouve quelques exemples de cette nudité en Italie. Souvent aussi, dans ce noble pays, on voit un nimbe circulaire ou à six pans rayonner autour de la tête des vertus cardinales, et surtout de la Justice, comme si elles étaient des saintes. Le nimbe à six pans, comme celui dont Andréa Ugolini a décoré la tête de sa Justice et de ses autres Vertus sur la porte qu'il fondit en bronze pour le baptistère de Florence*, est, suivant les idées symboliques du moyen âge, d'un degré inférieur au nimbe circulaire, parce que le cercle seul est parfait dans sa forme ; mais ce n'en est pas moins un nimbe et un attribut de sainteté.

C'est encore en Italie principalement , pour ne pas dire exclusivement, qu'on a mis des ailes aux épaules des Vertus non-seulement théologales, mais même cardinales. L'émail de M. le prince P. Soltykoff, dont la gravure paraîtra plus tard, est peut-être allemand plutôt qu'italien; mais au palais ducal de Venise (1344), à la chapelle du Portugal, dans San-Miniato (1466), sur les petits ivoires italiens du xiv* siècle, de M. E. Hawkins, les figures de la Justice ont de grandes ailes aux épaules. Pour les Italiens ce sont des anges du ciel, délégués par Dieu et envoyés par lui sur la terre afin d'y exercer la justice souveraine et divine. La tapisserie de la pénitence de David, (1510?) qui appartient aujourd'hui au musée de l'hôtel de Cluny et qui pro-

4 . Les Vertus des petits ivoires italiens, que possède un Anglais, M. E. Hawi^ins, portent également le nimbe à six côtés. — Voir a Société d'Arundel », moulages des anciens ivoires, classe IX, n^* 8.

vient d'un château du comté de Nice, est d'un travail artésien ou flamand, à ce qu'il semble, plutôt qu'italien; mais, s'il en est ainsi, il faut dire que les Allemands, par l'émail de M. le prince Soltikoff, et les Français, par la tapisserie, ont fait accueil à une grande idée que les Italiens, plus que les autres peuples, aimaient à reproduire.

La couronne est le commencement des attributs de la Justice ; car, si on la donne quelquefois à ses sœurs, surtout à la Force, comme l'a fait le xiV siècle en France, on peut dire qu'en général, comme au tombeau de Nantes, c'est à elle seule qu'on la réserve , parce qu'elle est vraiment la reine des Vertus cardinales : « Justitiaest omnium domina et regina virtutum », dit le « Selectae è profanis », résumant la doctrine de Cicéron et de l'antiquité. A Saint-Marc de Venise, sur le flanc méridional, la Justice qui domine le sommet du tympan d'une arcade porte même une couronne de bronze, comme elle est armée d'une épée de bronze , tandis que la statue proprement dite est en marbre blanc.

Les attributs caractéristiques de la Justice sont la balance, Tépée, le globe, le livre de la loi et le bandeau ; chronologiquement, c'est dans cet ordre que la Justice est armée de ces attributs.

La Balance. — Cet attribut, le premier en date, est le dernier à disparaître, ou plutôt il n'a pas encore disparu, car l'on continue toujours à le mettre entre les mains de la Justice. Cette vertu, dans l'émail^e M. le prince P. Soltykoff, n'a pas même d'autre attribut que la balance , et la Justice des fonts baptismaux de Hildesheim proclame que sa fonction essentielle est de peser tout avec nombre, mesure et poids :

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