XX
nouvelle preuve. En tout cas, si Ton veut attribuer à Jean Juste Tensemble du tombeau, il faudra tout au moins en distraire les quatre statues des Vertus pour les restituer à Tltalien Trebati. Dans un sujet comme le nôtre, celui de la Justice^ il faut avoir soin de rendre à chacun ce qui lui est dû, au Français et à ritalien ce qui leur appartient : « Suum cuique. »
Le globe est Tattribut de la puissance suprême : en iconographie, on le met aux mains des rois et des empereurs, et même aux mains de Dieu. La Justice, qui le porte de la main gauche et qui le défend de la droite armée du glaive, ainsi que Charlemagne est souvent figuré , s'offre donc à. nous comme la -souveraine des Vertus. Mais un autre attribut, l'aigle, caractérise la puissance impériale, soit parce que l'aigle est le roi des oiseaux, soit parce que, vivant dans le ciel, en face du soleil, et, pour ainsi dire, près de la divinité, il s'échauffe aux rayons du soleil divin et s'éclaire à ses conseils. Nos lecteurs savent de reste pourquoi l'aigle est l'attribut de saint Jean, le plus sublime des évangéHstes*. A vrai dire, dans notre Occident, il n'y a eu que deux attributs qui se soient disputé la puissance souveraine , l'aigle des empereurs romains et les lis de nos rois de France : « L'un, au signe commun (Taigle), oppose les lis jaunes », dit le Dante dans son histoire de l'aigle 2. Et même, à un certain moment, l'aigle régnait seul entre les mains de Charlemagne, empereur des Romains et roi des Français ; le Dante dit, un tercet plus haut : « Et quand la dent lombarde mordit la sainte Église, Charlemagne la secourut en remportant la victoire sous les ailes de l'aigle. » Quant aux lions, aux léopards, aux vautours, aux serpents, à ces horribles bêtes, que les autres nations européennes se sont appropriées comme le symbole de leur puissance, cette ménagerie n'est venue qu'après les aigles et les lis, et ne méritait guère l'honneur qu'on lui a fait. L'aigle a même fini par dévorer les lis et par régner en France, en Autriche , en Russie, entre les mains des trois empereurs de l'Europe qui s'en disputent l'exclusive propriété. Comme l'exercice de la justice est le principal et le plus grand attribut de la puissance suprême , la Justice même a été mise à l'ombre des ailes de l'aigle impériale. Dans le Dante, aux chants xviii, xix et xx du « Paradis » , non-seulement les grands justiciers, mais la Justice même habite l'aigle impériale comme un empereur habite un palais ; ou plutôt cette aigle , qui est vivante , qui parle, qui recommande la justice , qui proclame et modèle en caractères d'écriture la sentence
4. Revoyez, dans les a Annales Archéologiques », vol. xvii, pages 444-447, l'article sur le bénitier de la cathédrale de Milan, où M. A. Darcel a recueilli plusieurs inscriptions explicatives des attributs des évangélistes et notamment de Taigle de saint Jean.