‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 22 sur 135 · Liber sapieniia », cap. i, vers · texte numérisé non relu

Liber sapieniia », cap. i, vers

î. « Divine Comédie b, Paradis, chant xx. c Ripheus, juatissimus... e senrantiasimos aequi », dit Virgile, au livre n de r« Enéide ».

intime qui unissait la Justice et l'aigle, la Vertu reine et Taigle impériale, on n'ait pas assigné une place à l'aigle parmi les attributs accordés à la Justice./ A l'exception de l'ange qui personnifie la béatitude de ceux qui se rassasient de la justice, dont ils ont faim et soif*, je ne connais pas une seule Justice, ayant l'aigle pour attribut. Voilà pourquoi, en dressant la liste des symboles consacrés à la quatrième Vertu cardinale, nous n'avons pas dû nommer cet oiseau de proie.

Le livre de la loi. — Le Code est, en date, le dernier des quatre attributs principaux qui se donnent à la Justice. Le plus ancien exemple que j'en connaisse est offert par la Justice, en marbre blanc, qui décore le bénitier de S. -Giovanni-for -Ci tta, h Pistoja, lequel paraît dater du xiv* siècle et est attribué à Nicolas Pisano. La Justice (ivsTiTmA), diadème antique au front, tient un livre et une espèce de sceptre terminé par trois petites boules , trois fruits peut-être. Ce livre contient sans doute les « Pandectes » , dont le manuscrit avait, dit-on, été retrouvé deux cents ans plus tôt par les Pisans, voisins de Pistoja, dans la ville d'Amalfi. Au palais municipal de Sienne, la Justice {lliOl-ikili) tient de la main droite une épée nue , et , de la gauche, plusieurs livres qui renferment le t Code », le « Digeste », les « Institutes », les « Novelles », tout le droit civil et tout le droit canon. Un des plus beaux exemples du large livre de la loi , que tient la Justice, est fourni par notre gravure du Tombeau du duc François IL Cette belle Justice réunit en elle tous les attributs que nous trouvons quelquefois disséminés, du x' au xvi* siècle, sur les autres diverses figures : robe, brassards, cote-hardie, couronne royale en tête, épée nue à la main droite, balance à la main gauche et servant de signet , en quelque sorte , au code tout grand ouvert. Le globe seul lui manque ; mais le globe appartient surtout à l'Italie, et non pas à la France.

Pour en finir avec ces attributs, parlerai-je du bandeau, inventé à la fin du XVI* siècle, et dont, à partir de cette triste époque d'art jusqu'à la nôtre, oti couvre ordinairement les yeux de la Justice? Le Dante, qui se connaît un peu mieux en symbolisme que notre temps , non-seulement n'éteint pas les yeux de son aigle, de sa Justice impériale, mais il les avive d'une lumière incompa-

1. Sur la banderole qu'il déroule devant lui, Fange de la Justice montre aux justes les paroles mêmes prononcées par Jésus-Christ sur la montagne : c Beati qui esuriunt et sitiunt justiciam,' quoniam ipsi saturabuntur ». — S. Matthieu, v.-6. Cet ange est jeune, nimbé et pieds nus, mais sans ailes comme ses sept. autres compagnons. A sa gauche, sept justes, dont deux femmes et cinq hommes ; à sa droite, quatre hommes et deux femmes. Ces treize personnages, tous d'âge différent, et probablement aussi de différente condition, regardent Tange et écoutent avec admiration, affamés et altérés qu'ils sont de justice, cette proclamation de la justice béatifiée. La Couronne ardente d'Âix-la-Chapclle parait dater de 4475.

rablë. Son aigle dit : « Cette partie de moi qui voit et, dans les aigles mortels, soutient Téclat du soleil, veut maintenant être regardée fixement. Car, des feux qui composent ma figure, ceux qui font étinceler mon œil dans ma tête sont les premiers de tous leurs degrés. Celui qui brille au milieu par la prunelle fut le chaatre de. TËsprit-Saint (le roi David) , qui transporta Tarche de ville en ville ^. » Si, pour juger les deux femmes réclamant l'enfant, Salomon n'avait pas vu clair, assurément la sentence eût été moins prompte et moins décisive. Je condamne donc les Justices aveugles et les Justices aveuglées par un bandeau, qu'on voit à l'hôtel de ville de Cologne (fin du xvi' siècle) ; à la fontaine de la place Saint-Laurent, à Nuremberg (1589) ; à Bruges, rue des Pierres, aux maisons des n""* 2et li (165/i), et au pendentif nord-est de la coupole de la cathédrale de.Montauban (1750). Je n'aime pas plus ces Vertus aveuglées que nos statues modernes de la Foi, qui portent également un bandeau sur les yeux. L'œil est fait pour voir, pour discerner le vrai du faux , comme la tête est faite pour raisonner sa croyance et ses jugements. Cette impartialité de la Justice, qui résulte de ce qu'elle ne voit pas clair, me parait d'assez mauvais aloi , et je pense que la foi aveugle est un peu moins solide que la foi vivement éclairée.

La Justice est souvent complétée par sa négation et par son ennemie. Tinjustice. Ainsi, à Santa-Maria-deU'-Arena, Giotto a placé les Vertus en regard des Vices, comme, pour l'aviver davantage, on met une lumière en pleine obscurité. Il est même à remarquer que le grand peintre florentin a eu le soin d^aligner toutes les Vertus au côté droit ou sud de la chapelle, et les Vices au côté nord. L^intention est évidente : la vertu réchauffe et le vice est glacial. En face de la Justice, qui trône en reine, qui récompense l'ouvrier vertueux et punit le coupable, l'Injustice, sous la figure d'un châtelain, est assise à l'entrée d'un donjon crénelé, bâti dans une gorge de montagnes, au milieu des rochers et des bois. Ce brigand, seigneur de la montagne, est d'une taille gigantesque ; il dépasse de moitié les plus grands arbres. Il est coiffé d'une sorte de chaperon d'étoffe comme un baron du moyen âge italien. De la droite il tient un long bâton armé, à son extrémité, de deux crochets de fer, pour attirer à lui hommes et marchandises qui passeraient dans son voisinage. A la gauche, une épée pour venir en aide au harpon, et, sous sa robe et son manteau, une cotte de mailles, dont on aperçoit le collet à tresses serrées, pour amortir les coups que les voyageurs surpris et désespérés pourraient lui porter. C'est un tableau complet et qui, par son opposition, fait mieux com«* prmdre encore et ressortir la scène charniante de la Justice.

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