Bd latin, Tillo, Tillonics
Écoutons à ce sujet un vieil annaliste, le P. Collin : « Les Normans ou Danois, c'estoicnt des peuples sauvages, qui sortoient à grandes troupes des provinces du Nort : pirates fameux qui fesoient mille brigandages, sur les costes de France et partout où ils se pouvoient rencontrer. Ils estoient donc entrés dans la Guienne par la rivière de Gironde et fesoient des ravages extraordinaires dans tout le pays, attaquant même les meilleures villes, après avoir brigandé et saccagé par toute la campagne, s'en prenant même, par une attache particulière, aux esglises, d'ob ils enlevoient les saincts reliquaires, s'ils estoient de quelque prix : ou même les sainctes reliques, si elles estoient de réputation, pour ce qu'ils savoient très -bien que les peuples chrestiens estimoient ces sacrées dépouilles plus que les pierreries, et qu'ils jie manqueroient pas de les racheter à quel prix que ce fust. Or, quand cette nation farouche se jetta dans le pals, les murailles de la ville de Limoges, qui avoient été ruinées par le roi Pépin à l'occasion des guerres de Hunaut et de GaifTer, n'avoient pas encore été restablies, de façon que la ville estoit sans deflense; ainsi les habitans de la ville de Limoges, ne voulant exposer les sacrées reliques de leur sainct tutélaire à l'avarice de ces barbares, se résolurent de quitter leur ville et d'emporter avec eux ce qu'ils avoient de plus précieux. Ils enlevèrent donc le corps de leur sainct apostre, et ne le portèrent que jusqu'à Solomniac, qui estoit pour lors une forteresse d'importance, et si bien remparée et fortifiée de soldats et de toutes sortes de munitions , qu'elle estoit capable de résister aux courses et ravages de ces brigans. Ce sacré thrésor fut là en dépost durant près de deux ans, oii il estoit tenu en aussi grande vénération que dans la ville même de Limoges. •• — Mais enfin cette ravine de nations barbares estant passée, comme ceux de Limoges virent qu'il n'y avoit plus aucun danger, ils le voulurent remporter dans leur église. •• Les habitans de la forteresse de Solomniac firent bien leur possible d'empescher ce transport, mais ils acquiescèrent à la fin quand, par un surcroy de merveilles, les murailles de la forteresse se renversèrent d'elles-mêmes dans le fossé. » — Selon une autre tradition, les habitants de Limoges prirent d'assaut les reliques de leur saint patron.
Viennent les guerres de la domination anglaise. Les moines ne peuvent plus prier et se livrer à leurs pacifiques travaux qu'en la compagnie des gens de guerre. Un fort est construit à côté du monastère ; tour à tour Anglais et Français s'en disputent la possesion avec acharnement, et le voisinage du célèbre château de Chalussset vient encore ajouter aux horreurs d'une situation si précaire. Dans ces temps de combat, les franchises et les immunités du nianastère furent sans doute utiles à plus d'un malheureux, et bien souvent les
vaincus des divers partis bénirent le ciel d'avoir placé à côté de ces ruines» que se disputaient les hommes, un asile où leurs fureurs n'avaient pas d'accès. Aux guerres internationales succédèrent les guerres de religion. L'abbaye n'a plus de droits aux respects des sectaires : son antiquité et sa pieuse destination appellent les profanations au lieu de les éloigner, et les prétendus réformés, après s'être emparés du château de Chalusset, font des courses jusqu'aux portes de Solignac. D'abord délogés par les habitants réunis aux troupes d'Aixe et de Pierre-fiuflière, ils reviennent en force sous la conduite des sieurs de Bourdeille et de Pierre-BufDère. L'abbaye est livrée aux flammes, les tombeaux profanés, et les cendres des grands, qui étaient venus y dormir leur dernier sommeil en compagnie des moines, sont jetées au vent.
Tant d'épreuves, qui justifiaient si mal la devise du monastère, « fax », avaient relâché les liens de la discipline. Pour rétablir toutes choses dans leur primitif éclat. M*' Jaubert de Barrant, archevêque d'Arles, premier abbé commendataire, fit un traité avec les moines de Saint-Augustin-lez-Limoges, au commencement du xvii* siècle. Enfin , en 1619 , l'abbaye fut donnée aux membres de la célèbre congrégation de Saint-Maur, et fut occupée par eux jusqu'au jour où la tempête révolutionnaire vint condamner à la solitude ses cloîtres relevés depuis moins de cinquante ans.
En racontant les vicissitudes diverses de la sainte abbaye, nous n'avons rien dit de ses jours de fête et de réjouissance. La translation des reliques de saint Martial-, la réception de quelques ossements de saint Éloi, le passage d'un illustre personnage de l'ordre civil ou ecclésiastique , la réunion des évêques qui viennent chercher à Solignac un peu de silence, tels sont les seuls événements dont les légendes nous aient transmis le souvenir. Us occupent chez les écrivains ecclésiastiques autant de place que le récit d'une conquête chez les écrivains profanes. N'en soyons pas étonnés : ils ne voyaient pas les choses humaines avec nos yeux mortels, et les guerriers, qui font beaucoup de bruit, n'avaient pas seuls des droits à leur admiration. Mais les travaux des mofàes, mais leurs vertus cachées, qui nous les révélera? Deux religieux en avaient composé une histoire précieusement conservée dans les archives du monastère. La révolution est venue : les histoires et des chartes nombreuses et rares ont servi aux plus vils usages. Tout est rentré dans cette obscurité que les moines étaient venus chercher au cloître. Us ont reçu la seule récompense qu'ils ambitionnassent ici-bas, et cette perte n'est déplorable que pour la postérité, qui a besoin d'exemples et de modèles^.
I. M. Tabbé Texicr a laissé un résumé de cette notice historique sur Tabbaye de Soli-
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ÙFMin' par J. île Vrtnrilh. Gravé par E. Guaittumol.
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