‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 44 sur 135 · AnU de Vésone », t ii, p · texte numérisé non relu

AnU de Vésone », t ii, p

Les eaux de la source de « Gimeaulx » ou des u Jamaux » » comme on la nomme à présent, parvinrent en effet sur la Claùtre, et aussitôt on s*empressa de faire une fontaine monumentale. Nous n*en avons pas le dessin ni une exacte description , mais nous savons que « certain griffon où Teaue viendroict et descendroict » devait y jouer son rôle. Cette grande figure de grif-^ fon ou de lion, inspirée par le blason des Bonneval, ne manqua pas d'effarou-* cher le patriotisme des consuls. Seuls ils avaient la seigneurie de la ville, et ils allèrent trouver Tévêque , accompagnés de leur procureur, « pour sçavoir de quelle auctorité ledit sieur révérend vouloit faire mectre et pouser audit lieu appelle la Fontaine-de-larClautre ledit griffon^ ». Mais Foulques de Bônneval s*émpressa de les rassurer et déclara , dans les formes les plus solennelles, qu'il ne voulait préjudicier en rien aux droits de la ville.

Malheureusement, pendant qu'on sculptait la fontaine de la Clautre, ses corps en châtaignier faiblissaient déjà sous la pression et sous l'effort de l'eau. Il fallut se résoudre à faire en plomb toute la ventrée ou la courbure de l'a^ queduc, c'est-à-dire depuis la ville jusque par delà la rivière : un kilomètre au moins. Alors l'évèque demanda aux consuls et obtint une subvention de 500 livres. Ces corps en métal furent immédiatement commandés à Limoges, et on les attendait avec impatience. Mais , soit que le zèle du noble prélat fût * refroidi, soit que le hasard seul en fût cause, le plombier limousin , toujours annoncé, n'arrivait jamais. — Les consuls se virent réduits à continuer seuls l'entreprise et, comme le plomb ou, pour mieux dire, l'argent manquait radicalement à Périgueux, tandis que la pierre y abondait, on imagina des corps en pierre. Deux fontainiers étrangers mandés, l'un de Sallaignac et l'autre de BlayCj se chargèrent de les forer, de les ajuster et de les mettre en place moyennant dix sols la brasse. Aussi solidement emboîtés que fussent ces tuyaux de pierre, il semble qu'avec une courbure .très-considérable, l'eau devait nécessairement faire sortir le mortier des joints. Il n'en fut rien : la fontaine de la Clautre jaillit de nouveau, et on en créa d'autres sur plusieurs points de la Cité, notamment au palais de Tévéque et à l'hôtel des abbés de Peyrouse, où un groupe des trois Grâces soutenait la vasque supérieure. Seulement ces aqueducs économiques n'ont pas eu une très-longue durée et la ville de Périgueux, il y a vingt ans, ne buvait que de l'eau de puits.

Dans d'autres provinces, les fontaines du moyen âge n'ont pas eu besoin d'être renouvelées à la renaissance ni dans les temps modernes ; elles ont conservé toute leur utilité jusqu'à nos jours.

Page 1