c AdU de V^)De », t. ii, p
La ville de Limoges repose sur un banc de tuf très-profond, très-compacte, et Ton avait parfaitement mis à proût cette circonstance pour y conduire à peu de frais les sources, qui naissent en grand nombre sur ces versants granitiques. Chaque aqueduc est un petit tunnel, sans voûte et sans revêtement de maçonnerie, au milieu duquel Teau coule dans une cuvette bordée de trottoirs. Elle n'est emprisonnée dans des cors en plomb que lorsque de fâcheuses infiltrations sont à craindre, c'est-à-dire, ordinairement, dans l'enceinte n^me de la ville. Partout les ouvriers peuvent suivre et surveiller dans leur cours ces ruisseaux souterrains, qui viennent de plusieurs kilomètres et se trouvent parfois à quinze ou vingt mètres au-dessous du sol.
L'aqueduc en tunnel de la ville de Chassenon montre que les Romains avaient donné l'exemple de ces conduites d'eau creusées dans le tuf comme un boyau de mine. D'ailleurs on ne trouve pas trace, dans les environs de Limoges, d'aqueducs antiques conçus et construits à la manière ordinaire ^, et en effet la plupart des sources qu'il était naturel de conduire dans la ville romaine en sont séparées par des plateaux, ncm par des vallées, de sorte que les aqueducs sur arcades devaient nécessairement cette fois céder la place aux tunnels. — Mais, comme la ville de Limoges a pris au moyen âge un autre emplacement, plus élevé, les mêmes sources ont nécessité d'autres tunnels, et la direction des aqueducs, actuels prouve clairement qu'ils n'ont pas été creusés pour la ville antique.
Tel est notamment l'aqueduc de l'abbaye de la Règle, qui fournit aussi de l'eau à l'évêché. J'ai remarqué, sur le plan qui en a été récemment relevé par M. Régnauld, architecte de la ville, qu'après avoir passé à peu près en ligne droite et à une grande profondeur sous l'avenue du Crucifix et la rue des Vénitiens, au lieu de traverser la Cité et de se rendre directement à l'antique abbaye, il décrivait un demi-cercle précisément sous l'ancien fossé de cette partie de la ville , converti maintenant en boulevard. Evidemment, on s'était ainsi allongé pour trouver une route où on ne risquait pas de rencontrer les caves très-profondes de la ville, et où l'extraction des matériaux du tunnel était plus conmiode. Evidemment aussi l'enceinte de la Cité était dès tors tracée, puisqu'on en faisait le tour.
Cet aqueduc avait été établi positivement pour Tabbaye de la Règle fondée au vin* siècle*
Même observation pour l'aqueduc de la fontaine de Saint-Martial et pour
i. M. de Caumont s'étonnait de ce fait (a Congrès arch. », xiv* session, p. 375). Mais en définitive les aqueducs en tunnel dérivent du même principe que tous les aqueducs romains ; s'ils sont exceptionnels, c'est que la nature du sol est elle-même exceptionnelle.
ceux qui passent sous le nouveau champ de manœuvre , en se rendant soit à Saint-Martin 9 soit aux Bénédictins, deux abbayes des faubourgs. — La ville romaine se trouvait, comme rindiquent mille substructions, beaucoup plus à l'ouest et plus près de la rivière, vers le quartier presque désert aujourd'hui du pont Saint-Martial. Il n'y a de doute que pour Taqueduc d'Aigoulène, ainsi nommé, dit--on, à cause de la douceur de ses eaux. Il aboutit cependant droit au point culminant de la ville moderne ou du « château » , comme on l'appe* lait au moyen âge; mais il passe auprès de l'amphithéâtre, quoique aune trop grande profondeur pour qu'il ait pu jamais lui fournir de Teau , et il croise sur ce point un autre souterrain que M. Fayette, architecte, a exploré, et où il a découvert une urne antique avec des monnaies romaines. D'ailleurs, ainsi que M. l'abbé Arbellot, dans son « Guide du voyageur en Limousin », nous l'apprend*, « Grégoire de Tours, & propos d'un miracle de Saint-Yrieix, parle d'une fontaine arrosant le territoire de la ville de Limoges, et la desK cription qu'il en fait, les détails qu'il donne sur les usages auxquels on l'employait, ne permettent guère de douter qu'il n'ait voulu parler de la source d'Aigoulène. »
Néanmoins, je ne suis pas bien convaincu de l'origine antique de l'aqueduc dont il s'agit. Que la source d'Aigoulène, la plus abondante de toutes celles qui dominent Limoges, ait été utilisée dans l'antiquité comme au moyen âge, d'abord pour les besoins des habitants, et ensuite pour d'importantes irrigations, c^est ce que j'accorde sans difficulté ; mais, si l'aqueduc actuel avait été fait par les Romains, il semble qu'il se rendrait par le plus court chemin vers la ville romaine. Au lieu de courir à l'est, il se dirigerait au sud et se trouverait à peu près là oh certaines traditions, dont je ne garantis nullement l'authenticité , supposent l'existence d'un souterrain conduisant des arènes à la Vienne. ^ — Lors du miracle de Saint-Yrieix, la grande fontaine de Limoges avait cessé de couler; Grégoire de Tours le dit positivement. Pendant quatre ou cinq siècles de barbarie , elle a pu éprouver d'autres fois le même sort; elle a pu être négligée et oubliée ; puis restaurée enfin sur un autre plan pour la ville moderne : or, c'est au x* siècle que le château de Limoges se forme & l'abri de l'abbaye de Sainfc-4lf artial ; c'est au xi^ et au xii* siècle que cette tîllc nouvelle se développe ; ce serait vers le commencement du siècle suivant que, ne se contentant plus de la fontaine abbatiale, elle aurait restauré celle d'Aigoulène.
En effet, la chronique manuscrite de Limoges, qui n*a été rédigée qu'au