‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 46 sur 135 · Limoges, f8S6, p. S · texte numérisé non relu

Limoges, f8S6, p. S

XVII* siècle, s^ns doute, mais qui n*en contient pas moins de précieux reosei-* gnements , donne nettement cette date à la fontaine d'Aigoulène. Elle commence bien par dire qu'un émir sarrasin, nommé Aigolan , en avait doté Limoges et avait employé à ce travail le prix de « son grand chariot d*or », enrichi de pierreries ; mais , en arrivant à une époque moins fabuleuse » elle se dément elle-même, et nous raconte ce qui suit : a Pierre Audier fust sénéchal de la Marche, Anglais. Ayant acheté le lieu de la Borie, près la ville, et k un mille d'icelle , fist clore la forteresse du dit lieu de belles murailles. Il fist creuser soubs terre pour aller de sa maison de Limoges audit La Borie. Indirectement, il trouva le moyen d'amener l'eau de la fontaine d'Aigoulène, où après furent faicts les étangs*. »

Le style de ce petit récit est certainement détestable ; mais je ne vois pas pourquoi le fond n'en serait pas vrai. Notre chronique placç le fait entre 1206 et 1216, postérieurement à la grande confiscation de Philippe-Auguste; mais il est prouvé qu'elle ne s'étendit pas immédiatement au Limousin ni au Périr gord, et que les rois d'Angleterre continuèrent à y avoir des sénéchaux^. La source d'Aigoulène vient précisément de La Borie, et enfin j'ai ou! dire qu'il existait, de ce lieu à Limoges, une communication souterraine indépendante de l'aqueduc d'Aigoulène, et qui débouche dans une cave de la place Saint-Michel. Elle aurait été murée il y a environ vingt années. — M. Méri*- .mée, dans ses u Instructions sur l'architecture militaire », révoque en doute, d'une manière générale, l'existence de souterrains de ce genre i mais Froissart cite deux châteaux, l'un secouru , l'autre surpris par le moyen de leurs tunnels, et il n'est pas douteux que lorsque la nature du sol $e prêtait à l'établissement de ces communications secrètes, les villes et les châteaux avaient le plus grand intérêt à se les procurer. Les seuls aqueducs de Limoges permettaient, en cas de siège, de communiquer avec la campagne, en dépit de l'ennemi; mais il n'en est pas moins possible que le sénéchal Audier ait commencé par creuser un souterrain de son château à son hôtel, et qu'il ait ainsi donné l'idée, non pas des aqueducs limousins en général, mais de celui d'Aigoulène, que les consuls auraient restauré par son conseil et sous sa direction.

Bientôt après, en 12&/i, les consuls entreprennent seuls de donner une utilité nouvelle à leur fontaine d'Aigoulène. Voyant qu'après tant d'autres incendies plus graves , vingt-deux maisons venaient encore de brûler dans la rue du Clocher, ils firent creuser de vastes étangs que remplissait le trop-plein

i. « Chron. manuscrites de la bibl. de Limoges», p. 483.

2. Dessales, 1' « Administration en Périgord, du xiii* au xvin« siècle », Périgueux, 4855«

ARCHITECTURE CIVILE DU MOYEN AGE. I[i9

de la fontaine. Comme ces réservoirs étaient situés près du sommet de la colline sur laquelle la ville est étagée, en les vidant, on nettoyait à volonté la plupart des rues, surtout celle où étaient réunies les boucheries, et Ton faisait couler un ruisseau devant toute maison où se manifestait un incendie. — Du reste, ces étangs d'Aigoulène existent encore et n*ont pas beaucoup perdu de leur utilité depuis le moyen âge ^. Ils ont été recouverts de voûtes il y a, dit-on, à peine deux siècles.

Ce fait, évidemment authentique, est tiré, comme le précédent, de la chronique manuscrite de Limoges, qui nous dit aussi qu'Arthur de Bretagne, vicomte de Limoges, ayant à se plaindre de Tabbé de Saint-Martial, fit couper Taqueduc qui alimentait la fontaine de Tabbaye. C'était celle dont les eaux étaient préférées par les « fameux » émailleurs de Limoges.

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