‹ Annales archéologiques (volume 2)Chapitre 47 sur 135 · XX · texte numérisé non relu

XX

ICONOGRAPHIE

La légende suivante , que nous prenons textuellement dans la « Saincteté chrestienne » du P. Des Guerrois ^, nous donnera une plus facile intelligente des trois Vertus excellentes entre toutes.Ces Vertus sont dites « théologales »• ou divines, parce qu*elles concernent particulièrement les relations iiécessaires entre r homme et Dieu. L'histoire nous conduira, par une pente naturelle, à la philosophie et, de l'iconogcaphie, nous remonterons au symbolisme.

SAINCTES FOY, ESPÉRANCE, CHARITÉ, VIERGES MARTYRES, ET SOPHIE, LEUR MÈRE.

La parole sacrée de Jésus-Ghrist N. Sauveur s'espanchant parmy tout le monde et faisant fruict en retiraqt les hommes des idoles par la cognoissance de leur salut acquis par le Fils de Dieu et le S. Baptesme, épurant les âmes de leurs péchez, le diable ennemy de vérité et justice, ne pouvant supporter cet accroissement de la foy chrestienne enflama la cruauté de l'empereur Hadrien pour commencer une nouvelle persécution. En ce temps vivoit une noble dame nommée Sophie, avec trois filles qu'elle avoit autant honestes que sobres, autant pieuses que nobles, qui les amena en la ville de Rome pour servir d'holocauste à Jésvs-Christ, car elle les y avoit dédiées : leurs bonne et S. vie converty beaucoup d'impudiques de leur lubricité, dequoy fut indigné un certain seigneur nommé Antioche, et en fist rapport à l'empereur : une certaine femme, luy dit-il, avec ses filles, venue de n'agueres en cette ville, desbauche toutes nos amies, les séparant de nos plaisirs : elle leurs enseigne qu'il faut adorer

4 . a La Saincteté chrétienne... au diocèse et ville de Trqy^es », par N. Dbs Guerrois. Troyes, édition in-4* de 4637. A l'an de Jésus, ^t%, pages 23-27.

pour Dieu un Juif, pendu entre deux laxrons, et s'abstenir des plaisirs de la couche, à quoy nos femmes prestans Toreille et mi*ensorcellées veulent jeus* ner/et faire lict à part : tout se perd si on n'y prend garde. A ces mots, l'Empereur irrité les fist chercher et prendre par ses officiers et se les amener au palais : or c'estoient des vierges très-agréables à Tœil , et bien versées es escritures S. que leurs mère leurs avoit appris aussi tost que le parler, outre ce, qu'elles prenoient grand plaisir à lire les livres sacrez, esquels leurs âmes estoient esclairées à la cognoissance de Dieu et à bien vivre : entrans au par lais se seignerent du sacré signe de la Croix , en silance se recommendans à Dieu.

Le tyran les voyant en fut ravy et la parole luy manqua pour voir. une si rare modestie et beauté en des filles si jeunes, mais reprenant ses esprits, ap** pellant leurs mère luy demanda, d'où estes-vous? de quelle qualité? quoy? vous avez mis du divorce en la cervelle des dames romaines qui mesprjsent leurs seigneurs par je ne sçay quelle continence imaginaire, et de plus vous rejettez Tadoration de nos dieux ? Qui estes-vous qui ausez telle chose ? çom-* ment vous nommez-vous ? Je suis chrestienne, dit la mère : il réplique, je ne demande pas vostre religion, mais vostre nom. Elle repart : ce qui m'est plus illustre c'est d'estre chrestienne, et pour mon nom, je m'appelle Sophie, née de l'une des plus nobles maisons d'Italie, où chacun me cognoist, je suis ve-* nue à Rome, à dessein d'offrir mes filles que voicy pour un agréable présent à Jésus-Christ, qui est le seul objet de nostre estât, vie et éternité» A ces mots, la S. mère et ses filles furent mises en noble garde dans la maison du aénateur Paladins, où estans à repos, après leurs prières, cette S. dame ne passoit son temps qu'en continuelle instructions qu'elle leur donnoit pour le mespris des grandeurs et plaisirs de la vie présente, les animant aux souffrances qu'elles dévoient endurer pour Jesus-Christ leurs espoux : ô qu'une bonne doctrine de père et de mère vaut à des enfans ; mes filles bien-aymées, leurs disoit-elle, que j'ay tant endoctriné de ma parole et de mes exemples, gardez ce que vous avez si bien, appris pour le temps de la tribulation y car celuy la en qui vous avez reposé vos attentes, dès vostre bas aage, vous couronnera, et à vous et à moy vous acquerrez une étemelle récompense» si vous conservez vostre foy et vostre amour entiers vers luy, mesme dans les tourmen^.. Elles luy respondirent : Penseriez-vous , ma Dame , que nous voulussions debaoder de vostre vertu? Soyez asseurée qu'estans petites de corps, par la gr&ce du Ciel, nous ne laisserons d'estre grandes de courage. Permettez que nous respondions à ce juge terrien, et vous verrez nostre force et combat céleste : N. Sauveur, qui est nostre espoux, nous y a disposé, Q'en reste plus

que les effets : il nous a enseigné, nous respondrons en son nom , ou plustost il parlera par nous et pour nous. Courage donc , mes chères filles , dist la S. mère, je me promets cela de vous, afin que joyeuse je vous suive après vôstre combat et victoire.

Trois jours estans passés en la maison de Palladius, elles furent amenées devant le tyran, les filles marchoient devant, et la mère suivoit, où estans entrées il leurs dit, hà bien, fillettes, croyez mon conseil, ayans soin de vostre belle jeunesse, et des jours surannez de vostre mère, sacrifiez & nos Dieux gouvernant tout ce monde, et dès à présant je vous adopteray pour mes filles, en présance du sacré sénat et des armées roinaines : voyez quel honneur je vous offre? Si vous mesprisez ma parole, je jure tous nos Dieux, que je n'espargneray vostre aage si tendre, n'y vostre beauté, n'y vostre sang illustre, mais vous ayant consommé par tourmens, je vous exposeray à la proye des oyseaux et des chiens. Ces jeunes vierges d'un mesme accord et langue respondirent : vos promesses et vos menaces ne nous esmeuvent point, nous avons un père au ciel, qui ja nous a adopté pour ses filles en l'héritage éternel, nous l'aymons car il est digne d'amour pour sa douceur, nous le craignons car il a des tourmens pour sa juste rigueur : quant au reste nous sommes chrestiennes, et si vous avès dequoy assaillir nostre vertueuse foy, faites en l'espreuve, vous verrez que par la grâce de Dieu les forces des chrestiens sont plus grandes que les cruautez des payens: Hadrien picqué de ces mots appelle leurs mère : dites moy, luy fait-il, les noms de vos filles. Elle respondit, la première se nomme Foi, qui à douze ans, la deuxième Espérance qui en à dix, la troisième Charité qui n'en à que neuf. Venez çà, Foy, dit le tyran, sacrifiez à la grande déesse Diane, voyez qu'elle est belle et majestueuse. quelle folie et aveuglement, dit la saincte, quel conseil de dire, quittez le vray Dieu pour adorer du bois et de la pierre : ce qui est inférieur à nous, n'en mérite point adoration, veu qu'il n'a point de divinité. A ces paroles il la fit despouiller nue, et battre de verges, si elle ne promettoit de sacrifier à Diane : douze boureaux furent employés à la battre mais on ne voyoit aucune playe sur son corps virginal. Il commande qu'on luy couppe les mammelles : quelle cruauté à une fille de douze ans ? les grosses larmes en tombèrent des yeux des assistans, qui se disoient l'un & l'autre, qu'ont faict ces innocentes damoiselles pour les traister ainsi? qu'ont elles démérité, elles qui sont toutes jeunes, pour recevoir une telle barbarie? ô l'inique jugement ! Voilà ce que murmuroient les assistans, neàntmoins les mammelles virginales luy furent tenaillées et couppées, pour le sang en sortit du laict. Sont-ce là tes menaces et cruautez, dit la S., certainement je n'ay pas une playe sur*

mon corps : si mon sein est incisé, le laict en sort pour le sang : pense tu, cruel, me séparer de mon espoux Jésus par tes horribles supplices? cela ne se fera jamais. Dieu aydant : vois tu la merveille que par nature les petites filles, et vierges n'ont point de laict, et au lieu de sang le ciel leurs en departy, par la grâce de celuy qui en a donné & sa vierge mère ?

Le tyran, mi-vaincu, commanda qu'elle fust estandûe sur un grand gril pour y estre rostie, ou mise qu'elle fut, elle y reposoit doucement, conmie la nef ancrée en son havre,* ou eslevant sa voix avec ses yeux à son bénit espoux : Mon Seigneur Jésus, fit-elle, regardez d'un œil de grâce et de force vostre servante, pour luy donner courage de résister au tyran et à ses cruautez: ô miracle! elle y fut trois heures entières, où le feu luy servit plus de frais que d'ardeur n'ausant agir sur un corps virginal, où les verges et fouets n'avoient rien entamé : il commande qu'elle soit jettée dans une grande poésie avec de la poix, de la cire, de la graisse pour y estre fricassée : les boureaux n'en eurent pas la peine, car la S. vierge voyant la poésie bouillir à grosses ondées, invoquant le S. nom de son Sauveur, y saillit dedans et s'y tint à repos, comme si elle eust esté dans un bain faict de rosée céleste : ces tourmens n'ayans point de vertu contre ce tendre corps, le tyran entre en fougues qu'il ne peut la vaincre, et commande que le boureau par l'espée en fasse la depesche. A cette ordonnance, la vierge fut remplie de joye, et rendant grâces au fils de Dieu, prioit sa bonne mère là presante, que par ses oraisons elle àydast son combat pour finir ses jours en la perfaicte profession de la foy chrestienne, et de suitte parlant à ses deux sœurs qui assistoient à ce cruel spectacle, les admonestoit de ne pas craindre les tourmens pour consentir aux malignes volontez, et folles impietez de ce tyran, mais p]utost qu*à son exemple elles vissent la grâce de Dieu et son assistance qui Faisoit qu'elle n'estoil • surmontée, mais que dans les supplices elle vainquoit le tyran. Soudain, donnant le dernier baiser de son amour à sa S. mère et à ses sœurs, elle tendit le col au boureau, qui d'un coup luy enleva la teste, dont elle s'envola vers son espoux glorieuse martyre et vierge victorieuse.

Après S. Foy, le tyran fit appellçr la seconde. Espérance sa sœur, et luy faisant mille caresses : ma fille, luy dit-il, je ne désire pas vous si mal traitter que vostre sœur, si vous estes plus prudante, acquiescez à mes justes paroles comme à celles de celuy qui désire estre vostre père ; ma mie, sacrifiez à la déesse Diane pour ne point subir ces tourmens : sachez, luy dit la vierge, que vous ne gaignez rien par vos blandices, ce ne sont aussi que paroles et promesses : ma saincte sœur est bien plus puissante en mon endroit que vous : de parole véritable et d'exemple vertueux, elle m'enseigne que je suive sa mort.

et dans la trace de son sang les voyes de sa confession qui conduisent à la vie éternelle dans la mort humaine: faites tout ce que vous voudrez par cruauté, vous cognoistrez que je suis sa sœur, de sang et de sens, de chair et d'esprit. Au commandement du tyran qui ne profitoit rien dé luy parler, elle fut despoûillée nue (ô quelle honte à cette sainctel) et battue outre mesure, de nerfs de bœuf par dix boureaux qui se lassèrent à la frapper, ne pouvans arracher d'elle cette promesse verbale qu'elle sacrifieront : cependant, la S. mère estoit auprès du corps de son aisnée S. Foy, le gardant et en sa prière et silance, disant à Dieu : Mon Seigneur Jésus, desja voici une de vos espousesqui en souffrant à vaincu, pour tesmoigner vostre divinité aux hommes, donnez une pareille force à sa sœur qui souffre pour vous maintenant: ces victoires célestes viennent de vous, elles sont aussi pour vous : le combat se faict sous vostre drappeau, le triomphe vous en donne aussi la gloire. Conmie sa mère recommandoit à Dieu sa fille Espérance, la vierge dans les tourmens fist cette oraison: Mon Dieu, mon souverain Roy, pour qui je combats, donnez-moy la patience, octroiez moi la victoire. D'où la victoire sinon que de soustenir l'effort de ses ennemis et les abbatre? le pouvoir vient de vous, mon Sauveur ; et toy, boureau, n'as-tu point d'autres inventions et tourmens? employé tout, et tu verras que la vertu de Dieu me fortifie, et qu'estant en moy sa servante, il te peut surmonter par une faible fille. De ces mots en fut enfurié, et si tost ordonna qu'elle fust bruslée vive dans une ardante fournaise là préparée: S. Espérance y entra, le feu s'esteint, et elle y loùoit Dieu hautement en chants mélodieux.

Comme il l'entendit chanter les louanges du vray Dieu, il pensa crever de rage, et la faisant tirer dehors commanda de l'appliquer sur les tympans et géhennes, où dans ces tortures bourelée, sortit un doux-flairant odeur de ses membres, surquoy elle dit à ce cruel boureau: Jésus^Christ m^assiste M puissamment que je ne sents point tes supplices, il en faudroit d'autres: où il n'y à point en l'âme du consentement au mal et au forfaict. Dieu oste le sentiment du mal et de la peine, quand il luy plaist. Mais qu'esb-ce que n'invente la malice d'un tyran ? il fait apporter sur la place une vaste chaudière, pleine de poix, suif, gresse, cire, et le feu dessous: la chaudière pétille à gros bouillons, les assistans en fremissoient d'horreur: en cette fureur de flammes et de bouillons, les ministres y plongèrent la saincte pour l'y perdre ; elle n'y est pas si tost jettée, qu'elle demeurant dans le frais, la chaudière se rompit en morceaux, et ces liqueurs bouillantes et bruslantes se jetterent sur ces misérables ministres : le tyran n'en fut point esmeu, estimant que cela se faisoit par magie ordinaire aux chrestiens, il ordonna qu'elle passast par le tran-

chant de Tespée: ô quelle joye à la vierge, qui oyant sa sentence, accouru à sa mère et à sa sœur, et leurs donnant le baiser de paix, les supplioit de n'avoir point de crainte de ces tourmens, esquels elle demeureroit victorieuse, moyennant la grâce de Dieu, lors élevant ses mains vers le ciel : Mon Seigneur^ dit-elle, et mon Jésus, j*ay tousjours eu espérance en vous, ainsi que mon nom me renseigne, recevez mon ame entre vos mains : elle tendit le col, elle perdit la vie. Que pût dire sa vénérable mère ? ces mots : Mon Dieu, je vous ay déjà sacrifié deux de mes vierges et filles, reste cette troisiesme que je vous offre, si elle est plus jeune et tendre que ses deux sœurs, faites qu'elle en soit plus victorieuse, car elle est vostre. Or, comme elle vit que sa fille s*en alloit alaigrement au martyre : Charité ma fille très-chère, luy dit-elle, céderiez vous à la foy et espérance de vos sœurs, et que j'ay de vous? Vos sœurs m'ont contenté, il ne reste plus que vous à exercer vostre charité vers Jésus dans les tourmens : Combattez vaillament, ma bien aymée, le ciel est pour vous, aussi bien que pour vos sœurs; si vous estes plus jeune. Dieu vous rendra plus forte : il ne délaisse jamais les siens.

Le tyran amadouant cette vierge, pensoit la gaigner de paroles, mais elle qui estoit perfecte et pleine de charité, selon son nom, luy dit : ignore tu que je suis née, animée et instruite comme mes sœurs? J'ay de mesmes parans qui m'ont mis au monde, et un mesme Dieu qui m'encourage, ne pense pas que je sois moindre à la vertu, si je le suis de corps et d'aage: Personne ne veut céder quant à l'esprit : le mesme sang me vivifie, le mesme esprit me conduit, et le mesme Jésus m'assiste. Ce cruel fut davantage despité, et commanda qu'elle fust guindée en l'air, tourmentée : neuf bouréaux y furent employez à la battre de verges, pour la déchiqueter toute vive: en ces tourmens la petite innocente fist cette prière : Mon Jésus, donnez-moi assistance de vostre secours: si je travaille dans ces peines pour vous, prenez en le repos : qui est aydé de vous, ne peut estre surmonté. Hé bien, dit-elle au tyran, en vain tu me tourmente, car je ne sens pas tes cruaûtez, affermie que je suis de la force de mon Sauveur : le boureau luy dit d'une voix effarouchée : dis seulement Diane est grande, et tu seras soudain délivrée. Quoy? mal aduisé, respond elle, ause tu tousjours contrepointer la vérité? faict ce que tu voudras, tu ne pourras gaigner cela sur moy. Delà elle fut jettée dans une fournaise ardante où y entrant et faisant le signe de la croix, les flammes s'espancherent dehors, et mirent en cendre une quantité de ses ministres, cependant que la saincte à la ma;nière des trois enfans de Bahylone, sepourmenoit y glorifiant Dieu; Tespouvante et l'effroy surprirent le cruel qui commanda de la tirer dehors, à quoy ses officiers obeîssans et s'approchans y vireht trois personnes se pour-

menans avec elles plus esclatansque le soleil en plain midy: ils en furent espouventez, et tunibèrent & terre de crainte, néantnioins reprenans leurs forces, supplièrent huniblement la vierge qu'elle sortist : elle sort saine, le tyran la void, il ordonne qu'elle perde la vie avec Tespée. La S. fille oyant une telle sentance, et se disposant à la mort: Madame, dit*elle à sa mère, ce que je suis après Dieu, c'est de vous : les commencemens de ma vie viennent de vous, que de vous aussi je reçoive assistance à ma fm : Mais au contraire, ma chère fille, dit sa mère, quand vous serez avec vos sœurs priez pour vostre mère, afin que bien tost N. Seigneur me reçoive auprès de vous. A la fin de ces propos, la vierge fut décapitée.

Or, S. Sophie, recueillit leurs corps avec grande révérance, et après qu'elle les eut embausmé de bien flairans-odeurs, les mist en un carosse, et les fist conduire & 18 milles de Rome, qui font 6 lieuës, où elle les enterra dignement, d'où elle s'en retourna dans la ville, rendant grâces à Dieu d'avoir donné une telle bénédiction à ses enfans. Quelque temps après elle s'achemina au tumbeau de ses S. filles, accompagnée de beaucoup de dames romaines qui portoient de bonnes senteurs pour embausmer les corps des S. En leurs presance s*estant prosternée en oraison sur les sepulchres de ses bienaymées créatures, disant avec larmes et souspirs: Mes enfans que j'ay chéri plus que moy mesme, recevez-moy auprès de vous. A ces mots, assouppie

d'un doux sommeil, rendit en paix son ame à Dieu. la douce mort ! 6 Theureuse fin I elle est morte martyre en ses filles, et non martyre en soy mesme : celles qui l'assistoient à ce S. office d'embausmer ces corps des vierges, furent bien esmerveillées de la voir morte, et remercians Dieu de la grâce qu'il luy avoit faict, l'ensevelirent auprès de ses filles : tant il estoit convenable, que celles que le sang, Tamour, et la vie, la foy, la religion, et Jésus avoient ensemble uny, le sepulchre les mist aussi dans une mesme compagnie. Telle fut la souffrance et martyre des S. filles et l'heureuse mort de leurs bonne mère, desquelles la solennité se célèbre le premier jour d*Aoust : elles souffrirent Tan de grâce 122, qui fut le troisiesme de l'empire d'Hadrien : leurs S. reliques sont dans une belle chasse au monastère de Boulancourt, qui est de l'ordre de Cisteaux, autrefois elles estoient dans trois chefs comme nous dirons en la vie de S. Ascëline qui les apporta de Cologne au monastère des Dames lez Boulancourt. Le martyrologe Romain et Usuard en font mémoire, Métaphraste digne et docte collecteur de la vie des Saincts, à descrit leurs actes et mort des anciennes archives qu'il rapporte au 15 des Calendes d'Octobre qui est le 17 Septembre, auquel jour aussi les Grecs en font mémoire en leurs menologes : Pierre des Noels récite le tout, en abrégé, comme cy dessus

ao livre 7 chap. 7 de son catalogue des saincts : Lipoman au tome vi et Snriiis au iv, ne les ont pas oublié : et ce que nous en avons icy escrit est tiré d^un ancien livre manuscript de la bibliotèque de Piihou , qui est au collège de Troyes, chez les P. de l'Oratoire. Combien de beaux enseignements icy? Vous y voyez une belle et divine instruction des père et mère, qui les offre à Dieu : la patiance à souffrir pour la vérité et le S. Esprit qui anime ces tendres enfans à nous servir d*un divin exemple.

Encore que ces deux (trois?) sainctes vierges et martyres soient Romaines, néantmoins à raison que Dieu nous a donné leurs chefs et quelques autres S. reliques de leurs corps, qui sont dans l'abbaye de N.-Dame de la Chapelle aux Planches de Tordre de Prémontré, nous les mettrons icy comme Rostres»

Cette légende, délayée par Des Gnerrois en sa « Sainteté chrétienne » , est sans doute un peu longue; mais il valait mieux la donner en entier que par extrait. Du reste, c'est une traduction presque littérale de Lipoman et de Sorius, traducteurs eux-mêmes de Siméon le Métaphraste. L'écrivain byzantin da X* siècle, qu'on a surnommé le traducteur par excellence (le Métaphraste) , n'est pas l'auteur, mais le collecteur de cette légende, qu'il aura trouvée dans quelque monastère du mont Athos, par exemple. Il y aurait de l'intérêt à remonter jusqu'à l'origine de ce récit; mais la source et la date n'en seront peut-être jamais connues. Ce qui paraît assez probable, c'est que la légende de cette famille intéressante est byzantine et orientale, comme toutes celles dont la poésie et le symbolisme sont un peu haut montés.

Les Bollandistes, qui ont tâché d'éclaircir, avec une certaine dose de cri* tique et d'histoire, ce courant poétique de l'hagiographie orientale, déclarent, relativement aux trois saintes Foi, Espérance et Charité, filles de sainte Sagesse, qu'il faut douter de tout ce qui les concerne, excepté du culte qui leur est rendu : « Solus cultus indubitatus est* ». Leur origine, leur famille, leur genre de vie, le lieu et la date où elles ont souffert le martyre sont incertains. Suivant les Bollandistes, leur nom même serait purement qualificatif et non appeUatif ; en d'autres termes, on les aurait nommées ainsi parce qu'elles auraient souffert, pour la « foi » du Christ, avec « espérance » et « charité », sous la direction de la a sagesse » . Les uns les font martyriser à Rome, les

4 . « Acte Senctonim », par les Bollandistes, Boàt, I* volume et 4** jour du mois, pftges 16<*(9. XX. 21

autres à Nicomédie ; ceux-ci sous Adrien, ceux-là sous Dioclétien, à un demisiècle de distance. D'après Usuard, elles ont souffert à Rome, sous Adrien, et le !•' août : « Item Romœ, passio sanctarum virginum Spei^, Fidei et Charîtatis, et matris earum Sapientiae, quae sub Adriano principe martyrii coronam adeptœ sunt ». Suivant Notker, c'est le 23 juin, à Nicomédie et sous leur nom grec, qu'elles furent martyrisées : « In Nicomedia passio sanctarum virginum Pistis, Elpis, Agapis, quae latine Fides, Spes, Charitas dicuntur, et matris earum Sophiae quae Sapientia interpretatur, et aliarum multarum^ ».

C'est seulement à la fin du ix' siècle qu'elles sont nommées dans les martyrologes classiques. Leur martyre est placé au i" août par les Latins ; mais les ménologes grecs le mettent au 17 septembre, et le « Guide de la peinture », que nous avons rapporté du mont Athos, assigne leur supplice au 15 septembre, deux jours plus tôt*. Suivant le « Guide », leur mère sainte Sophie aurait été décapitée en même temps que ses trois filles; mais, d'après les hagiologues latins et grecs, la mère aurait assisté au martyre de ses enfants, aurait recueilli et enseveli leurs restes, et, priant au pied de leur sépulture, se serait endormie dans le Seigneur trois jours après la mort des trois saintes. Sophie eût dont été martyre dans ses filles et non dans elle-même.

Leur culte, que ne révoquent pas en doute les Bollandistes, est répandu en Grèce, en Afrique, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, un peu en Espagne et beaucoup en France.

Les Menées grecs contiennent leur office que précèdent ces vers :

Tyî icpoç 91 TçicTiij TliaTtç, ÈXitlç, ÀyaTDO, Al Tpei;, Tpiaç, xXtvouatv où^évaç Çif et.

« Croyantes en vous, ô Trinité, les trois saintes , Foi, Espérance, Charité, inclinent leur cou sous le glaive. »

Leur mémoire était très-honorée à Alexandrie d'Egypte. En Ethiopie, on les nommait Basènes, Hélis et Ghani.

Leurs reliques seraient conservées dans les églises Saint-Pierre du Vatican et Saint-Silvestre de Rome; mais M. Barbier de Montault, dans son « Année liturgique à Rome », n'en fait pas mention.

Dans la cathédrale de Canterbury, parmi les reliques d'un grand nombre de vierges, étaient placées celles de sainte Sagesse et de ses filles Foi, Espé-

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