L'ORFÈVRERIE DU MOYEN AGE
« allemand. Après les guerres de l'empire, lorsque les esprits lassés goûtaient « avec douceur les joies nouvelles de la paix, le savant M. Charles Heideloff « voulut publier, par la gravure, un magnifique édifice gothique, et ses anci nonces répétées à grands frais , dans les journaux allemands , lui procu- « RÈRENT UN SOUSCRIPTEUR. Lcs cspHts Sommeillaient alors, comme sommeil- « lent sous nos yeux, dans cette campagne tranquille, tant d'êtres endormis « auxquels n'arrive pas notre voix. Vienne un de ces esprits supérieurs qui tt dominent les intelligences, et tout va se réveiller. C'est ainsi qu'au lever « du soleil les troupeaux conduits aux pâturages, les oiseaux cachés sous la « feuillée, les insectes qui rampent sous Therbe, salueront par mille cris, mille « bourdonnements , mille murmures, l'astre qui leur envoie la lumière et la chaleur. Maintenant, que votre voix essaye de troubler ce silence, le silence « seul vous répondrait. »
ce Sans faire observer, comme il l'aurait pu, qu'il ne fallait pas rendre le public responsable des erreurs et de la partialité de quelques érudits , que les temps étaient meilleurs et que des travaux immenses avaient préparé les esprits, l'autre interlocuteur (c'était moi, s'il vous plaît) se leva silencieusement, et, s'inclinant sur la fenêtre, il frappa lentement deux coups dans ses mains. A ce bruit qui troublait leur repos, les chiens de la ferme voisine répondirent par de longs aboiements , et aussitôt , à droite , à gauche , dans toutes les habitations rustiques du village, étagées sur la colline, ce fut un concert assourdissant de voix. Et le bruit allait s'étendant à la ronde, de ferme en ferme, de village en village; et, un quart d'heure après, on entendait encore les lointains aboiements des chiens de Saint-Maureil, auxquels répondaient des aboiements plus lointains encore.
c( Ami, » reprit-il après cet incident, « sans de grands efforts, vous en avez (c la preuve, il est facile de troubler pour un moment le plus profond silence. « Au sein des nuits les plus calmes se cachent des vigilances qui seulement (c sommeillent. Dans l'obscurité la plus profonde s'abritent des sympathies qui tt n'attendent que l'occasion de se manifester. Elles apparaîtront quand 'le tt temps sera venu. »
Quelque temps après cet entretien remarquable et qui m'a toujours si vivement frappé, le temps était venu en effet, et notre savant ami en marquait l'avènement par ce gros et savant livre qu'il dédiait, avec une si haute convenance et une reconnaissance si méritée de nous tous, à M. le comte de Montalembert. Cet ouvrage, dont nous avons extrait ce qu'on vient de lire, est historique, descriptif et technique tout à la fois; c'est un traité complet sur Torfévrerie du moyen âge et les arts qui s'y rattachent. Il est apparu lorsque
déjà cinq ou six fabriques de bronzes et d'orfèvrerie s'occupaient spécialement, sinon exclusivement, de reproduire ou d'imiter les œuvres du moyen âge. L'abbé Texier a constaté cette petite renaissance, déjà flagrante en 1857; mais il entrevoyait un accroissement bien plus marqué encore dans un avenir prochain, et cet avenir, nous y sommes. L' « Orfèvrerie » de l'abbé Texier aura précipité le mouvement, et c'est pour y contribuer de notre mieux que nous avons déjà publié tant d'articles sur les objets de métal , tant d'inventaires anciens , tant de gravures et de descriptions diverses. La nouvelle planche que nous donnons ici, et qui présente les détails, en grandeur d'exécution, du reliquaire retrouvé par l'abbé Texier et conservé à Saint-Georges-les-Landés (Haute-Vienne), s'adresse plus spécialement aux ciseleurs, bijoutiers et orfèvres. Le fragment du pied montre, dans ses irrégularités, la liberté et la facilité du ciseleur à manier son outil. L'anse et toute l'armature qui maintient le cristal de la burette et l'assujettit au pied du reliquaire prouvent le goût du modeleur et l'habileté du nielleur. Le couvercle, en plan et en profil, confirme et double cette même preuve. Nous espérons que nos orfèvres d'aujourd'hui sauront s'inspirer de l'anse, de l'attache et du couvercle du petit vase à reliques pour les reproduire dans les burettes ou les aiguières modernes ; s'ils y faisaient défaut, nous serions là pour les remplacer.
L'abbé Texier déclare que le Limousin a possédé, au moyen âge, l'école la plus féconde et la plus remarquable de l'orfèvrerie chrétienne qui ait existé dans le monde. A supposer que le patriotisme ait entratné notre ardent ami en quelque exagération, il n'en est pas moins vrai que le pied au moins du reliquaire de Saint-Georges-les-Landes est d'un travail limousin. La sainte agenouillée, qui présente à un évêque sa tête coupée; le jeune diacre, que des captifs agenouillés invoquent à droite et à gauche, sont tous trois les patrons principaux du Limousin : sainte Valérie, saint Martial et saint Léonard. Cette œuvre, qui date du xiir siècle, est donc de Limoges ou du Limousin; elle fait honneur à cette grande ville et à cette intelligente contrée.
DIDRON